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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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A Clermont-Ferrand : Répression physique et dévoiement idéologique
{Internationalisme} n°36, Juillet 1948
Article mis en ligne le 23 septembre 2015
dernière modification le 22 septembre 2015

par ArchivesAutonomies
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Il y a 30 ans Rosa Luxembourg écrivait :

″Toutes les classes dominantes ont toujours défendu leurs privilèges jusqu’au bout avec l’énergie la plus acharnée. Les patriciens de Rome comme les barons féodaux du moyen-âge, les cavaliers anglais comme les marchands d’esclaves américains, les boyards valaques comme les patrons de tissage lyonnais, tous ont versé des torrents de sang, tous ont marqué leur chemin par les cadavres des victimes et la cendre des incendies, tous ont provoqué la guerre civile et recouru à la haute trahison dans le seul but de maintenir leurs privilèges et leur pouvoir.″

En faisant couler le sang des travailleurs de Clermont-Ferrand, par ses troupes mercenaires le ″socialiste″ Jules Moch n’échappe pas à cette règle et prouve une fois de plus son dévouement à la cause du capital. Nous qui nous donnons pour tâche la destruction de ce régime ignore par la guerre civile, nous ne nous laisserons pas emporter par le côté sentimental les événements politiques de Clermont-Ferrand.

S’il parait exact que ce soit sur la base d’un réajustement du niveau vital à 12.900 Fr et sur la revendication des 20 % présentée par la CGT que les travailleurs de chez Bergougnan sont entrés dans la grève, il n’en est pas moins vrai que dans la conjoncture présente, ces revendications sont de la poudre jetée aux yeux des travailleurs ; en réalité, elles ne peuvent garantir le pouvoir d’achat des travailleurs. Depuis 1936, les salaires courent constamment après les prix, et au travers de toutes ces tractations et conférences entre gouvernement et syndicats, le souffle révolutionnaire est entravé et conduit sur une voie de garage. La bourgeoisie par son système d’économie autarcique reprend d’une main ce qu’elle donne de l’autre.

Il ne peut exister de minimum vital garanti par aucune espèce d’échelle mobile des salaires quand le cours de la monnaie nous indique une instabilité permanente. Cette méthode peut paraître fausse mais si nous prenons 1936 pour base de discussion, nous verrons que depuis cette date les travailleurs ont toujours fait les frais de ces grèves pour les revendications économiques même quand ces grèves terminent par des soi-disant victoires présentées par des parties de la contre-révolution. En fait, le pouvoir d’achat des travailleurs est en diminution par rapport à 1936.

L’état de siège et les grèves de Clermont-Ferrand ne se posent pas uniquement sur le terrain économique, ils sont le produit de la colère les travailleurs, devant la carence du gouvernement et de la cherté de la vie subordonnés à l’agitation de la CGT.

Le fait même que la ville de Clermont-Ferrand soit en état de siège avec occupation des locaux administratifs démontre le dépassement de la lutte économique pour le minimum vital par des mots d’ordre politique.

En ce qui concerne la CGT, l’objectif est clair, la CGT et l’antichambre du parti communiste français et le PCF a pour mot d’ordre : renversement du gouvernement Schumann. Il s’agit pour lui de faire obstruction au plan Mayer, d’autant plus que les statistiques économiques indiquent une reprise de la production. Et c’est sur les mots d’ordre politiques que dans la plus grande confusion les travailleurs dans leur ensemble répondent au parti de Monsieur Thorez. Il est facile de comprendre combien l’agitation des trotskistes et des anarchistes autour de l’échelle mobile du minimum vital s’inscrit en faux comme objectif révolutionnaire. Une fois parce qu’il est impossible d’apporter la moindre satisfaction immédiate dans la décadence du régime capitaliste, même quand il tend à stabiliser relativement son économie. Dans ces conditions c’est une impasse, Clermont-Ferrand est un exemple.

La seconde fois parce que la fraction capitaliste PCF bloque les travailleurs avec des mots d’ordre politiques : "lutte contre le plan Marshall et lutte des gouvernements démocratiques contre le fascisme américain". Les mots d’ordres économiques sont utilisés comme monnaie d’échange et deviennent un moyen de dévoilement des ouvriers.

La grève de solidarité d’une heure du vendredi 18 et du samedi 19 par son caractère spectaculaire est beaucoup plus une démonstration de force au gouvernement actuel qu’une manifestation de solidarité aux grévistes ainsi qu’en témoigne la polémique entre le ministre de l’intérieur et le journal du PCF à propos du pourcentage de grévistes.

Il est cependant très difficile de se prononcer sur l’éventualité d’une orientation de grève généralisée de la part des staliniens. Les travailleurs sont fatigués de ces grèves mais la cherté de la vie pousse dans ce sens. Dans une situation aussi complexe une baisse minimum des prix grossie par la démagogie des soutiens de Monsieur Mayer : CGT-FO et CFTC prouvant l’habileté du gouvernement et les possibilités de la conjoncture économique internationale peut être un frein sur l’influence des partis staliniens. On peut toutefois penser que l’attitude du gouvernement vis-à-vis des grévistes de Clermont-Ferrand par rapport aux grèves de novembre, c’est-à-dire la répression sanglante actuelle indique une certaine stabilité de l’orientation de la politique actuelle du gouvernement.

Que ce soit le PCF qui influence par son idéologie la classe ouvrière ou la bourgeoisie de Monsieur Mayer subordonnée à la politique américaine, il n’en est pas moins vrai que la situation française reste y compris les événements de Clermont-Ferrand un produit de la situation internationale.

La division économique de l’Allemagne, le manque de lait aux enfants des prolétaires allemands de la zone occidentale, ceci dû au démontage des voies de chemins de fer par les russes, sont autant de facteurs qui poussent vers la troisième guerre mondiale et le minimum vital de la CGT proposé aux travailleurs de Clermont-Ferrand devient lui aussi un facteur de guerre, dans le camp opposé de la bourgeoisie américaine.

C’est donc en corrélation avec la politique extérieure que doit être interprétée la manifestation d’un caractère local. La lutte contre la troisième guerre mondiale s’inscrit dans la lutte contre les idéologies des parties du capitalisme d’État : celui de Monsieur Schuman comme celui de Monsieur Thorez.

Goupil




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