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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Quelques notes sur la politique internationale
{Internationalisme} n°26, 15 septembre 1947
Article mis en ligne le 23 septembre 2015
dernière modification le 19 septembre 2015

par ArchivesAutonomies
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LA CRISE ÉCONOMIQUE EN FRANCE ET EN GRANDE-BRETAGNE,
ET LA CONFÉRENCE SUR L’ACIER ALLEMAND

À propos de la crise économique anglaise, les "économistes" français se sont beaucoup réjouis de montrer au public français le parallèle qu’il y avait entre les deux situations, l’anglaise et la française. Et, comme d’habitude, presque tout le monde les a pris au sérieux. La seule identité de situation est pour le prolétariat et se traduit par des mesures draconiennes : réduction de son nécessaire "minimum vital" par la baisse de son ravitaillement et par l’augmentation des prix. Pour tenter de redresser la situation, on pressure toujours, comme d’habitude, le prolétariat.

Cela ne veut pas dire du tout que la situation économique de la Grande-Bretagne et celle de la France soient identiques. La France n’est plus qu’un impérialisme de "grand guignol", dont la situation économique est maintenant zéro et compte pour zéro dans le monde. La France peut seulement servir demain au bloc américain, comme la Grèce lui sert aujourd’hui. C’est tellement vrai qu’on "...accepte d’entendre le point de vue de la France sur la question de l’acier allemand..." et "...qu’on en tiendra compte que dans la mesure où..." politiquement on pourra conclure avec elle un accord militaire qui la liera définitivement au "Plan militaire de défense américain".

Par contre, la Grande-Bretagne se trouve presque sur un pied d’égalité avec les É-U dans ces discussions, bien qu’elle soit loin d’avoir la puissance correspondante.

C’est que la Grande-Bretagne a effectivement à redresser "une situation", alors que la France ne pourra jamais plus rien redresser, même pas le ton de ses discours.

La Grande-Bretagne participe encore, pour une grande part, à la société anonyme "Impérialisme anglo-saxon" et c’est cette part qu’elle entend sauvegarder. Et c’est étonnant comme les américains applaudissent eux-mêmes à ces mesures qui ont, malgré tout, comme résultat immédiat de réduire leurs exportations vers l’Angleterre. C’est que l’impérialisme voit plus loin. Il s’agit que l’Angleterre soit forte ; cela sera nécessaire demain pour tenir tête à la Russie. L’expérience de la guerre 1939-45 a servi aux américains : ils ne veulent pas que la solidité anglaise soit compromise ; ils comptent sur elle pour tenir le coup.

Quant à la France, les américains savent très bien qu’ils ne peuvent plus compter sur elle en tant que puissance militaire et qu’en cas de guerre contre l’URSS ils devront l’occuper militairement.

* * * * *

FAMINE EN EUROPE

Ainsi, la "crise économique" anglaise apparaît surtout comme une crise volontaire qui consiste à affamer le prolétariat pour faire des économies, augmenter le taux de plus-value et ainsi redresser l’appareil productif, productif de matériel de guerre. On prépare, en Angleterre, l’armement industriel pour la prochaine.

En France, la bourgeoisie française, par l’intermédiaire de ses bons gérants "socialistes" SFIO et des syndicats, prépare également au prolétariat "des lendemains qui chantent"... devant des buffets vides. Hausse générale des prix, tel est le résultat des grèves "giratoires" dans lesquelles on a conduit les ouvriers par le bout du nez vers la porte de sortie.

En Italie, le chômage réduit une masse considérable d’ouvriers à la famine et permet à la bourgeoisie de resserrer les conditions de ceux qui travaillent.

En Allemagne, on tiraille un prolétariat exsangue dans tous les sens ; il faut le préparer au fait que la scission en deux de l’Allemagne sera peut-être la cause toute trouvée pour déclencher le conflit en Europe. De la zone américaine à la zone russe, de la française à l’anglaise, en ajoutant là-dessus que la bourgeoisie allemande qui essaie de frayer à un nouveau chauvinisme allemand, le chemin que les dissensions des "alliés" préparent. Dans tout ce tiraillement, le prolétariat aura beaucoup de mal à retrouver un chemin de classe, et c’est bien un des buts de ce morcellement.

L’ère est aux économies sur le dos du prolétariat européen ! On lui fait "reconstruire" un armement pour de nouveaux VERDUN, STALINGRAD ou CASSINO, à l’échelle atomique... et, puisque le prolétariat accepte toujours, pourquoi ne pas continuer ?

On ne demande pas des "sacrifices" à un prolétariat révolutionnaire.

LES INDES "LIBÉRÉES"

La Grande-Bretagne vient d’accorder leur indépendance aux Indes. Les Indes sont "libres de se déterminer librement".

Les trotskistes anglais vont pouvoir chercher dans leur grand livre Le programme transitoire, leur bible, quelle est la page suivante et appliquer aux Indes la nouvelle "tactique" (que peut bien faire, selon "le programme transitoire", un pays colonial qui s’autodétermine ? Il ne doit pas être loin du socialisme ; encore quelques étapes transitoires de ce genre et nous y serons...).

En réalité, tout ce tapage sur les Indes est surtout destiné à montrer que Attlee et son gouvernement sont "socialistes", et à redorer la réputation anglaise ternie en Asie depuis la guerre contre le Japon.

En comparaison avec la politique colonialiste française, la politique anglaise est une pratique impérialiste intelligente, moderne, qui emploie des procédés du 20ème siècle et qui sait très bien qu’un pays ne se détermine pas lui-même. On peut dire : les anglais sont partis, mais ils sont toujours présents aux Indes et vigilants, autant sinon plus qu’avant. Ils ont, dans tous les cas, mis à la tête des États des "serviteurs fidèles" du principe des Trade-unions ; et ils ont aussi, un tout petit peu, misé sur les dissensions intestines qu’ils ont mis un soin particulier à entretenir.

LA GUERRE EN INDONÉSIE

Soekarno et les républicains indonésiens, eux, ne comprenaient pas assez bien quel était le sens de la liberté qu’on avait bien voulu leur accorder. On le leur a fait comprendre. Maintenant on observe s’ils sont suffisamment "mûrs", s’ils sauront se servir de leur liberté. S’ils n’ont pas compris, on leur donnera une nouvelle leçon. Les peuples peuvent "se déterminer eux-mêmes", tous. Mais tous ne savent pas encore très bien, il leur faut faire l’apprentissage de "l’auto-détermination".

LA "PAIX" (dont on parle) EN INDOCHINE

Ho-Chi-Minh a commencé la "révolution" indochinoise en demandant la paix à la France ; et il la veut effectivement conditionnée.

La France pense qu’elle va peut-être pouvoir traiter avec le Vietminh, c’est-à-dire lui faire abandonner une guerre "qui ne profite à personne". Le Vietminh pense que, s’il ne traite pas avec la France maintenant, il sera trop tard par la suite.

Pendant ce temps, la France n’en continue pas moins les tractations autour de Bao-Daï qui veut bien prendre le pouvoir, à condition que ce soit réellement un pouvoir... Qui l’emportera ?

Peu importe ! La situation du peuple indochinois, dans sa masse, sera toujours celle d’un peuple surexploité, que ce soit avec Ho-Chi-Minh, Bao-Daï ou un gouverneur français.

Il faut rejeter toute participation à ces guerres, simples chicanes au sein de la classe bourgeoise : en prenant cette position, le prolétariat n’a rien à perdre, il a tout à gagner.

Les trotskistes hurlent : "Ho-Chi-Minh nous a trahis !". Sont trahis ceux qui veulent bien l’être. Ils ont surtout permis, dans la mesure où ils sont écoutés, de continuer là-bas l’expérience de la libération nationale qui, d’après certains trotskistes, n’aurait pas été poussée en France.

* * * * *

LE CONGRÈS SFIO

Comme tout congrès de la SFIO, le dernier commence par des annonces, de tous côtés, que cette fois-ci c’en est fait du Parti "Socialiste", que la scission est proche, etc.

Le congrès se déroule dans le calme le plus complet, donnant ainsi "le plus bel exemple à la nation". On rappelle à l’ordre ceux qui voudraient oublier que "tout de même" il y a une discipline, "la discipline librement consentie et voulue par tous" en opposition à la discipline stalinienne. On attaque "les écarts de la gauche", on réprouve "les écarts" de la fraction parlementaire, on met au pas les ministres et finalement, après avoir demandé plus de pouvoir pour le Comité directeur contre la fraction parlementaire, on vote une résolution "très à gauche" qui "met en garde" contre des erreurs passées et prend des décisions pour le futur...

... Et on prend les mêmes et on recommence. La "gauche" promet d’être sage et elle a droit à sa place au Comité directeur. Les ministres et les parlementaires promettent de "suivre la ligne", on les applaudit longuement et on leur vote "la confiance du parti".

Quand on pense que cette comédie dure depuis un demi-siècle !

Il y a une chose intéressante cependant. Les JS seront mieux "encadrées" par le parti, mieux "comprises" aussi, plus "paternellement". Les Dunoyer et tous les noyauteurs [1]. n’ont qu’à bien se tenir, la flétrissure du parti les accompagne.

Philippe

Notes :

[1Crise des Jeunesses socialistes de l’après-guerre : le bureau national des J.S. n’a pas été dissous pour son opposition à la politique gouvernementale, mais pour ses liens avec le mouvement trotskyste, ignorés des adhérents. André Essel (Dunoyer) et Robert Sauterey restent aux Jeunesses socialistes malgré l’opposition à cette politique du deuxième congrès du PCI de février 1946. Quelques mois après, Sauterey est secrétaire fédéral de la Seine et Dunoyer atteint son objectif d’être responsable de la formation des militants. Les deux hommes sont élus au bureau national de la SFIO au congrès de Perpignan




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