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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Qui choisit qui ? (la guerre russo-américaine)
Internationalisme n°27, 15 octobre 1947
Article mis en ligne le 1er novembre 2015
dernière modification le 10 octobre 2015

par ArchivesAutonomies
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La guerre de 1939 a été la conclusion d’un cours historico-économique dont les éléments les plus immédiats se dégagent au moment de la crise de 1929 :

1- La Russie devient une grande puissance économique.

2- Le Japon affirme sa puissance économico-militaire en passant de l’expansion économique à l’impérialisme armé, imposant à l’Asie le bloc "yen" et faisant des pays conquis des "colonies d’accumulation".

3- L’Allemagne devient également une puissance économique mondiale qui ajoute à son expansion économique mondiale une expansion politico-militaire en Europe centrale.

Le conflit profond mais médiatisé est entre le bloc américain (É-U, GB et Dominions) et le danger que représentent séparément pour lui l’expansion allemande d’une part et japonaise de l’autre.

Dans ce conflit, les expressions immédiates sont :

1- pour le Japon : guerre contre la Chine, constitution d’un bloc économique et militaire de défense et d’attaque ;

2- pour l’Allemagne : anschluss autrichien, invasion de la Tchécoslovaquie, constitution d’un bloc économique et militaire européen, en même temps de défense et base d’attaque.

L’expansion japonaise en se développant met immédiatement, par la suite, des possessions américaines, françaises et anglaises sous sa coupe et attaque donc ces pays.

En se développant, l’expansion allemande se heurte directement aux pays alliés de la France et de l’Angleterre qui savent bien que la Tchécoslovaquie et la Pologne envahies par Hitler signifient à brève échéance l’invasion de la France et de l’Angleterre.

La Russie, devant l’expansion japonaise et allemande, comprend très bien que son indépendance est en danger. Rester neutre signifierait, pour elle, simplement être mangée plus tard mais plus surement. Elle s’engage donc dans la politique d’expansion impérialiste armée à son tour et veut également se faire une base de défense-offensive en Finlande (son point faible stratégique étant la baie d’Helsingfors et de Kronstadt) et en Pologne.

À son tour, Hitler voit dans cette manœuvre russe une menace directe ; l’offensive est encore la meilleure défense, détruire la menace russe, faire des richesses russes un appui économique dans sa guerre contre les USA, voilà le motif de son offensive contre la Russie. Mais les USA comprennent qu’il serait dangereux que l’Allemagne gagne la guerre contre l’URSS et, d’autre part, que le moment est favorable pour attaquer l’Allemagne, alors que ses forces sont dispersées sur plusieurs fronts.

Il y a donc le front japonais opposé aux É-U et à l’Angleterre, le front allemand opposé à la Russie et le front allemand opposé à l’Angleterre et aux É-U. Si l’un quelconque des fronts - sur lesquels le Japon et l’Allemagne attaquent - s’effondre, tous les autres fronts se trouvent ainsi renforcés. Cette vérité devait, pour un moment, rejeter les É-U et la Russie dans une communauté d’intérêts momentanée et immédiate : celui de la défensive. Mais, aussitôt que l’Allemagne s’effondra, la Russie s’empressa de prendre sa place en Europe pour s’assurer son plan de défense et les réparations de la guerre, cela face à la victoire menaçante des É-U.

La victoire met aussitôt en présence, par l’élimination des blocs allemand et japonais, les deux blocs vainqueurs. L’un et l’autre sont une menace l’un pour l’autre.

Dans ces deux conflits, celui de 1939-45 et le conflit russo-américain présent, la place des petits pays est la suivante : de gré ou de force leur situation géographico-économique les introduit dans le cycle d’une des campagnes politico-militaire d’offensive-défensive des grands blocs impérialistes. Ces nations ne choisissent pas : leur situation géographique et économique d’une part, les plans des grands impérialistes et leurs développements d’autre part choisissent pour eux. La Pologne est d’abord dépecée par l’Allemagne et la Russie, puis par l’Allemagne et, en définitive, par la Russie. La France est dépecée par l’Allemagne, puis libérée par les É-U, etc. Dans ces conditions, certaines fractions de la bourgeoisie peuvent se donner l’illusion qu’elles choisissent leur appartenance à tel ou tel bloc. En réalité, elles ont autant de part dans leur choix que le choix des grands impérialismes vis-à-vis d’eux peut en avoir. En définitive, c’est le rapport des forces impérialistes en présence qui fait que tel ou tel petit pays est enchainé au char d’un grand impérialisme.

La situation - plus compliquée dans la guerre de 1939-45 parce que la liquidation de la situation de la crise de 1929 et de la situation historique antérieure l’avait produite telle - se trouve aujourd’hui simplifiée : deux blocs restent en présence ; qui choisit qui ?

Les bourgeoisies polonaise, tchèque, bulgare, roumaine, yougoslave peuvent être, dans leur for intérieur, départagée quant à leur position (appartenir au bloc russe ou au bloc américain) en fait, le bloc russe s’appuie sur la fraction de ces bourgeoisies qui lui est favorable pour exercer sa dictature sur le pays et liquider toute opposition à lui non favorable.

Les bourgeoisies grecque, italienne et française choisissent-elles entre leur appartenance au bloc russe ou au bloc américain ? Le choix de la Grèce est très clair : les troupes anglaises, puis les capitaux et les armements américains ont choisi la fraction qui leur est favorable au sein de la bourgeoisie grecque pour écraser la fraction favorable au bloc russe, qui elle-même reçoit l’appui matériel direct de ce bloc. Qui choisit dans ce choix ? La Grèce ou le rapport de forces russo-américain ?

La France et l’Italie doivent leur "vie" aux É-U et les É-U ont entre les mains leur destinée. Est-ce que la bourgeoisie française CHOISIT les É-U plutôt que l’URSS ? La force de l’opposition stalinienne dans ces deux pays est en mesure de démontrer avec suffisamment de clarté à quel point, dans ce CHOIX, ces deux bourgeoisies sont satisfaites : l’opposition stalinienne en France fait son cheval de bataille de toutes les abdications de la France devant les É-U ; ce n’est pas par démagogie, cela exprime réellement le mécontentement d’une fraction de la bourgeoisie française face au CHOIX de l’autre fraction ; mais QUI choisit QUI ? Pour l’instant, la France EST CHOISIE par les É-U, qui font peser sur elle la menace de désagrégation de son empire colonial. L’Italie est choisie par les É-U qui occupent militairement le pays.

* * * * *

La guerre entre les É-U et la Russie peut se diviser en 3 phases :

1) escarmouches,

2) le choix des bases d’opérations et la déclaration de guerre,

3) les opérations militaires.

Le plan Marshall a été la transition de la première phase à la seconde : les É-U choisissent leur base d’opération. La conférence de l’ONU : le duel Marshall-Vichinsky : la déclaration de la guerre.

La réunion des 9 partis communistes et la résolution sur "les questions nationales" (le rapprochement ainsi tenté des pays de "démocratie nouvelle") : la réunion - où n’assiste pas le parti allemand et où n’assistent, en dehors du bloc russe, que les partis italien et français - est la réponse russe au plan Marshall ; la Russie choisit, comme base d’opération en Europe, l’Italie et le France et entend s’appuyer sur les fractions de la bourgeoisie à eux favorables, en engageant d’avance une politique destinée à renforcer ces 2 fractions.

Au rythme actuel des opérations de préparation (le plan Marshall, la conférence de l’ONU, la réponse russe, en France la réponse de De Gaulle à Thorez), on peut dire que les opérations militaires sont extrêmement proches et, comme c’est en France que le conflit prend sa phase la plus aigüe, il apparaît que la France peut devenir la base de départ de ces opérations militaires, la troisième phase du conflit.

Suivre maintenant le rythme des opérations de la phase présente entre américains et russes d’une part (politique américaine en Allemagne et conférences), d’autre part le duel entre les forces des fractions bourgeoises favorables aux américains et aux russes en France, c’est suivre avec sureté l’évolution de la transformation de la 2ème phase en la 3ème.

PHILIPPE




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