Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
On nous écrit
Internationalisme n°27, 15 octobre 1947
Article mis en ligne le 1er novembre 2015
dernière modification le 10 octobre 2015

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Un camarade, après avoir pris connaissance d’une de nos brochures INTERNATIONALISME, demande de prendre contact avec nous et il nous écrit :

"… Je souhaiterais vivement avoir quelques précisions sur les points suivants : sur les motifs objectifs de votre scission d’avec la FFGC ; votre appréciation du rôle incombant aujourd’hui au parti, à l’organisation politique ; et si, surtout, vous acceptez la plateforme politique du PCI d’Italie, plus précisément ses thèses 1 et 2. Une telle attitude ne fait, selon moi, qu’aboutir à un conformisme ecclésiastique. Le socialisme scientifique de Marx, fondé sur le matérialisme dialectique, apparaît aujourd’hui comme nettement incomplet. Non seulement il ne tient pas assez compte de l’homme (HOMME), c’est-à-dire de l’homme lié aux structures mentales que lui a infusées, dès l’école, la bourgeoisie, mais encore, et sur son terrain même, ne peut tenir compte de la grande alternative posée par notre époque : société bureaucratique, dont les formes s’intègrent en brigue du capitalisme étatique à l’existentialisme, ou RÉVOLUTION prolétarienne et HUMAINE.

Enfin ce marxisme apparaît fortement retardataire dans la mesure où, sclérosé et dé-vitaminé, il n’a pu, révolutionnairement, synthétiser les acquisitions de la science moderne (de la physique quantique et ondulatoire à la psychanalyse, par exemple). Le désintérêt manifeste que les militants marxistes ont par rapport à cet ensemble d’acquisitions (certes hétérogènes) me paraît symptomatique d’un aveuglement lorsque ceux-ci laissent cette synthèse au jugement des théoriciens bourgeois. Bien sûr, de telles critiques sont aisées, mais il n’en demeure pas moins que le seul "révolutionnaire" à avoir jaugé l’importance des théories scientifiques modernes est Pierre Naville et que ce dernier l’a fait en un sens mécaniste, c’est-à-dire inhumain.

Qu’en pensez-vous, camarades de la Gauche Communiste de France ?

Les processus de montée au pouvoir d’une classe bureaucratique méritent plus que des dénégations peureuses. Il est, là encore, symptomatique que de telles études n’ont été faites que par des réformistes (Schatchman), des anarchistes (Coffinet [1]) ou des petits-bourgeois avérés (Burnham).

La GCF reconnait-elle la réalité de ces processus, ou non ?

Salutations révolutionnaires.

* * * * *

1- La formulation des points 1 et 2 de la plateforme politique du PCI justifie pleinement la phrase du camarade : "Une telle attitude ne fait, selon moi, qu’aboutir à un conformisme ecclésiastique." :

2- La conception historique du parti est celle du Manifeste Communiste de Marx et Engels de 1848 et des applications classiques qu’ils en ont donné à l’histoire de la lutte des classes ; sa théorie économique est celle du Capital de Marx, complétée, en ce qui concerne la plus récente phase du capitalisme, par les appréciations essentielles de l’analyse de Lénine dans L’impérialisme... ; sa politique programmatique est celle qui a été développé d’après la doctrine fondamentale dans L’État et la révolution de Lénine et dans les textes constitutifs de l’Internationale de Moscou. (Plateforme politique)

On croirait en effet plutôt des litanies destinées à des paysans pour adorer des dieux fétiches quelconques qu’une haute expression des idées les plus achevées et avancées de communistes révolutionnaires.

NOTRE RÉPONSE

Cher camarade,

D’abord je te demande d’excuser le retard que je mets à te répondre. Ensuite je passerai immédiatement dans le vif du sujet.

Je suis désolé de te décevoir mais je comprends difficilement, de la part de quelqu’un qui a l’air de parler en connaissance de cause, la phrase aussi à la mode aujourd’hui : "… Le socialisme scientifique de Marx, fondé sur le "matérialisme dialectique" apparaît actuellement comme nettement incomplet..."

Nous entendons tous les jours des "gens extrêmement biens", "extrêmement éminents", enfin des bonshommes dans le genre de Burnham (que tu cites d’ailleurs toi-même) et d’autres, et quantité d’autres le répéter à qui mieux-mieux, à tous vents et à qui veut bien les entendre.

Or chose extrêmement curieuse, cette phrase constitue, de leur part, en quelque sorte le visa sur le passeport qui leur donne droit d’entrée dans les couches ultra-réactionnaires de la société ; c’est leur dénigrement de la révolution ; c’est l’expression de leur rancœur de ne pas avoir pu "jouer un rôle" dans le mouvement ouvrier, de ne pas avoir pu être des "chefs" enfin, des Lénine ou même, pourquoi pas, des Marx.

Quand "l’intellectuel marxiste" dit : "Marx ? Bah, tout ça c’est dépassé... C’est tout juste une expression romantique de démocratisme petit-bourgeois, d’une classe montante qui veut également avoir droit au gâteau... ou bien "… Le marxisme est maintenant dépassé... La science moderne (et ses acquisitions) ridiculise l’idée même de la révolution prolétarienne de Marx, qui était tout juste valable au 19ème siècle..."

Je m’arrête. De tout cela s’exhale une telle odeur d’égout, quand on sait la signification profonde que cela prend pour ceux qui l’affirment. Il n’est que de demander : où vont-ils ? Que font-ils ceux qui font ces sortes de "réflexions amères" sur le marxisme ?

Tu me diras : "Ces gens sont moins dangereux que ceux pour qui le marxisme est devenu la Bible ou le Coran." Tous sont dangereux. Tous sont dangereux, soit parce qu’ils sont ignorants, soit parce que ce sont des détracteurs conscients.

Les sciences sont très à la mode dans les milieux "intellectuels petit-bourgeois". Il y a le "snob" des sciences comme il y a le "snob" de l’art. Alors on dit : "… le marxisme ne tient pas assez compte des uns et des autres, Marx ne tient pas assez compte de l’HOMME." On veut dire pour soi : "La vie de marxiste ne me laisse pas assez de temps pour m’intéresser à ces choses-là."

J’ai, en général, horreur de m’appuyer, dans la discussion, sur des phrases ou des citations de Marx parce que je n’aime pas faire le type qui "connait par cœur les œuvres complètes de Marx, Engels, etc." Je n’en connais que très peu malheureusement ; cependant, dans le peu que je connais, j’ai assez pour infirmer totalement ces affirmations telles "le marxisme est dépassé", "le matérialisme dialectique est incomplet", "il ne tient pas assez compte de l’HOMME" ou bien "le marxisme est fortement retardataire dans le sens où il n’a pu synthétiser révolutionnairement les acquisitions de la science moderne... etc."

Le matérialisme dialectique n’est ni incomplet ni dépassé ; il ne peut l’être, pour la bonne raison qu’il est une méthode qui s’applique, en tant que méthode d’étude historique, économique et politique, au processus concret de la vie de la société humaine et, partant, de ses différentes manifestations, évolutions, etc., et EN MÊME TEMPS il se propose d’agir sur cette vie de la société humaine dans le sens de la RÉALISATION de l’HOMME.

Le marxisme est donc pensée agissante, tout comme l’homme est un être pensant et agissant. Mais il pense et il agit sur la vie de la société humaine. Le marxisme est donc le seul HUMANISME RÉEL puisqu’il considère l’homme comme un être social, sa pensée comme une pensée qui doit englober tout ce qui est social et agir socialement ; en un mot c’est le Socialisme.

L’histoire jusqu’à nos jours n’est que l’histoire de l’homme aliéné.

La propriété privée et surtout la propriété privée collective, le besoin de l’homme de "posséder", d’"avoir", d’"acquérir", en un mot tout ce qui se rattache à cette aliénation de l’homme au travers des besoins créés par la société jusqu’à nos jours, tout cela c’est l’histoire d’une humanité qui EST, qui VIT sans avoir conscience réellement de son être, de SON ÊTRE HUMAIN et SOCIAL.

L’HOMME jusqu’à nos jours ne réalise pas lui-même son histoire, en vue de subvenir à ses besoins, CONSCIEMMENT et d’en être libéré.

L’histoire de l’homme jusqu’à nos jours est l’histoire d’une humanité qui, luttant en vue de dominer les forces de la nature, est elle-même dominée par les forces qu’elle a engendrées dans ce but.

Jusqu’au capitalisme cependant, l’humanité (ses membres exploités) ne pouvait que s’insurger contre les conditions qui leur étaient faites sans pouvoir trouver, dans le degré objectif d’évolution de la société, la possibilité de réaliser sa véritable libération.

Mais l’appareil que la société a engendré pour lutter en vue de la domination de la nature a atteint une complexité d’organisation sociale-économique et sociale-politique qui, du fait qu’existent les conditions de sa disparition, se conserve uniquement contre l’histoire elle-même, contre l’intérêt historique de l’humanité et l’entraine, pour conserver les privilèges de la classe au pouvoir, dans une chute vers une barbarie moderne avec la guerre permanente.

La prise de conscience du prolétariat est maintenant l’ACTE attendu qui, en tant que pensée et action, créera l’étincelle sociale, la révolution dans les cerveaux embués d’atavisme d’une humanité aliénée de caractère naturel humain, et la révolution dans la société où existent, où subsistent les conditions de cette aliénation.

La révolution socialiste sera donc, dans l’histoire de l’homme, le passage de l’humanité en tant qu’être à l’humanité en tant que conscience, en tant qu’humanité consciente : la vraie libération de l’homme.

Tout ne sera pas rose quand la révolution commencera, mais il s’agira de créer les conditions nécessaires pour libérer l’humanité du besoin, pour lutter contre tout retour en arrière, contre toute tentative des anciennes conditions sociales de se reformer d’une manière ou d’une autre à la faveur des hésitations du prolétariat.

Le rôle du parti est, avant la révolution, de développer et de conserver la vie à l’expression la plus avancée de la conscience de la classe. Toute conception du parti qui, de quelque manière que ce soit, empêcherait, dans la vie du parti, la conscience révolutionnaire de s’exprimer et de se développer, exprimerait en réalité une tendance réactionnaire et irait à l’encontre des intérêts historiques de la classe ouvrière. La révolution commencée, le rôle du parti reste toujours le même : entretenir et développer dans la classe ouvrière la conscience de la tâche révolutionnaire de celle-ci.

La révolution ne se fait pas contre le prolétariat. Il faut donc permettre aux couches les plus retardataires de développer toutes leurs objections, en évitant de renouveler des aberrations de la révolution comme le fut Kronstadt (1921), expression typique d’une révolution qui se heurtait à des problèmes qu’elle n’était pas encore en mesure de résoudre.

Le milieu où doit justement se faire la libération de "l’homme lié aux structures mentales que lui a infusé, dès l’école, la bourgeoisie", en tenant compte "de la grande alternative posée par notre époque", est le parti du prolétariat, dans le problème-même qu’il pose historiquement : prise de conscience et action révolutionnaire – libération de l’HOMME.

En dehors des grandes lignes exposées ci-dessus, je ne vois pas d’autres solutions. Et je préfère que, au lieu de dire : "...le marxisme ne tient pas compte de l’HOMME", on dise clairement : "je ne crois pas en la libération de l’homme", car, à ce moment-là, on sera plus sincère pour les autres et pour soi-même.

Mais le fait même que le marxisme est dialectique prouve sa réalité en tant que science révolutionnaire. Du fait que chaque moment de la vie de la société est en même temps différent et contient une influence du moment qui le précède, les marxistes doivent sans cesse réviser leurs théories et leurs principes d’action en fonction de cette influence de l’histoire et d’après l’expérience des luttes du prolétariat, de ses défaites et de ses succès.

Le matérialisme dialectique ne peut être "incomplet".

Le fait même qu’il est dialectique signifie qu’il s’applique à l’évolution et au mouvement de l’humanité. Il y a effectivement le facteur subjectif de la prise de conscience sur la situation objective. Mais, camarades, tous ces problèmes, c’est le matérialisme dialectique qui les pose et qui peut seul permettre de les résoudre.

Comment le matérialisme dialectique serait-il un système achevé, tel les conceptions mécanistes ou utopiques, alors que l’évolution de la société est illimitée pour l’état de nos connaissances actuelles ?

Pourquoi les domaines de la dialectique auraient-ils des limites puisque justement ils posent comme principe premier et absolu qu’il n’y a pas de limites dans le devenir ?

La dialectique est simplement une idée du devenir humain, une idée sur et pour la réalisation de ce devenir. Et de même que le communisme n’est pas un but mais simplement une condition du devenir historique humain, de même dire que "le matérialisme dialectique est incomplet", c’est déjà le limiter à l’état d’un système et d’une conception mécaniste.

De même, affirmer que "le marxisme n’a pas su synthétiser les acquisitions de la science moderne et... laisse cette synthèse au jugement des théoriciens bourgeois..." exprime à la fois une méconnaissance du rôle et de la place du marxisme (rôle dans l’histoire et place dans les sciences de la nature) et une méconnaissance du rôle et de la place de la bourgeoisie.

Toute l’histoire de la bourgeoisie - en tant que classe sociale - et du capitalisme - en tant que système économique - est basée sur l’étude et l’application des sciences de la nature.

Le capitalisme n’a été possible que parce que la chimie, la physique etc... sont sorties des limbes de la pensée où les reléguait la philosophie pour passer dans le domaine de l’application pratique et expérimentale. La philosophie bourgeoise fait donc son apparition en se proclamant matérialiste et elle est effectivement, avant tout matérialiste, mais elle est encore philosophie.

Les sciences de la nature sont donc du point de vue historique une acquisition de la bourgeoisie. Dans ce domaine comme dans le domaine économique - le capitalisme lui-même -, il y a progrès humain ; mais, du fait qu’aussitôt que la condition du progrès crée, entre les mains de la classe bourgeoise, des conditions d’asservissement et d’empêchement de tout autre progrès HUMAIN RÉEL - la révolution -, elles sont circoncises de leur élan initial progressif pour tomber sous les lois historiques propres au devenir humain lui-même.

En d’autres termes, les sciences de la nature ont été une condition de la réalisation du capitalisme - qui, lui-même, est objectivement une condition de la réalisation du socialisme -, mais il y a une étape à franchir et cette étape échappe totalement au domaine des sciences de la nature : c’est le domaine de la science historique, économique et sociale. Seule la révolution de la révolution politique est une condition, pour les sciences de la nature, de devenir objectivement un nouveau facteur de progrès et de progrès au sens social et HUMAIN.

C’est-à-dire que le fait que ces sciences peuvent aujourd’hui servir à la destruction systématique des richesses et des vies humaines montre que, EN SOI, elles sont bâtardes sans l’apport de la révolution politique et sociale.

Les sciences sont un simple instrument, aujourd’hui au service du capitalisme, demain elles seront au service du socialisme.

Le marxisme ne doit pas "synthétiser les sciences de la nature", il doit créer le climat qui engendrera une synthèse historique de négation de l’exploitation sous toutes ses formes, la société sans classes (négation du capitalisme par le prolétariat et négation du prolétariat par lui-même). Les sciences suivront l’évolution générale de la société.

Cela ne veut d’ailleurs pas dire que nous ne devons pas nous y intéresser, au contraire ; mais tout en sachant bien la place qu’il convient de leur accorder.

Il n’y a pas un processus de "montée au pouvoir d’une classe bureaucratique" mais une évolution générale du capitalisme moderne vers une bureaucratisation étatique, d’une part en vue d’assurer une meilleure répartition des revenus nationaux dans la classe capitaliste, d’autre part en vue d’être mieux armée dans la compétition inter-impérialiste, ensuite en vue de lutter contre le prolétariat en cas d’insurrection et d’essayer de le pousser à la collaboration de classe dans une cogérance de l’État.

Nous sommes en désaccord formel avec toutes les théories "techno-bureaucratiques" ou similaires, se rapprochant, quant au fond, de l’idée de "l’ère des directeurs" ou "la révolution des chefs". Pour nous, dans cette évolution de la société capitaliste - qui correspond à des nécessités propres au système -, rien n’est changé au niveau des rapports fondamentaux de classe et des bases économiques fondamentales du système capitaliste lui-même. Il y a accentuation des contradictions antérieures, crise permanente, étatisme, bureaucratisme, militarisme, guerre permanente et nécessité objective de la révolution socialiste.

Mais si, tout en tenant compte que la société évolue, que l’histoire n’est pas un phénomène statique et mécanique, nous ne pensons pas qu’il y ait besoin de "nouvelles philosophies", pas plus que nous ne prenons au sérieux ceux qui parlent de "révolution des technocrates" et autres ; si nous n’avons pas d’ailleurs dans ces deux domaines une position intransigeante, nous sommes absolus et intransigeants dans le domaine politique.

Je précise : nous avons, dans les deux premiers domaines, une position bien déterminée, des idées relativement arrêtées et complètes mais toujours susceptibles d’être mises en doute, discutées et surtout constamment complétées et révisées. Mais, dans le domaine politique, nous sommes absolument intransigeants.

Tous les courants politiques qui, de quelque manière que ce soit, mène à la participation à la guerre impérialiste, ou y ont participé hier, sont pour nous des ennemis de classe du prolétariat.

1- Défense conditionnée ou inconditionnée de l’URSS.

2- Dilemmes antifascisme-fascisme ou démocratie-totalitarisme (la politique du moindre mal est pour nous profondément réactionnaire).

3- La défense du "droit des peuples à disposer d’eux-mêmes" et les luttes nationalistes qui en sont les compléments.

De même, après le terrain de la guerre impérialiste, la politique syndicale et parlementaire nous trouvent également intransigeants.

Si nous sommes intransigeants sur le terrain politique, c’est parce que c’est sur ce terrain que le prolétariat doit prendre position dans l’immédiat et être ou ne pas être dupé et embrigadé par la bourgeoisie.

Sur le terrain philosophique, ma foi, cela ne me dérange qu’un ouvrier, qui est d’accord avec notre programme politique, vienne me dire : "Je suis anarchiste" ou "Je crois en Dieu", parce que sa libération de ces aberrations philosophiques retardataires est fonction de la libération de l’homme par la révolution, révolution impossible en dehors des bases politiques étroites dans lesquelles la bourgeoisie contraint le prolétariat à se retrancher de plus en plus.

Dans le fond, personne n’est complètement libéré des empreintes de la société bourgeoise capitaliste et ce ne sont pas ceux qui se disent les plus matérialistes qui en comprennent le mieux le sens. Tout est relatif. Il n’y a rien d’absolu dans ce domaine-là (philosophique). En politique c’est le contraire : les frontières entre les classes sont absolues.

C’est ce qui explique nos divergences extrêmement importantes avec l’ensemble de la GCI (FB, FFGC, PCI d’Italie), divergences qui d’ailleurs ne justifie pas la scission mais la crée, en fait, de par leur nature.

En effet, il s’agit surtout de la conception du parti, son rôle et son organisation, sa formation etc.

Au début nous étions opposés à la formation prématurée d’un parti en Italie, avec tout ce que le parti incombe de tâches, pour la simple et bonne raison qu’il n’y avait pas, à notre avis, une situation italienne ou internationale qui permette à une fraction de la Gauche de devenir un parti de la classe ouvrière, c’est-à-dire y ayant une influence déterminante dans sa lutte. Sur ce point, la situation ultérieure nous a donné raison.

La FFGC est la cristallisation, en France, de la mystification du parti en Italie. Nous n’avons jamais scissionné d’avec ces camarades, pour la simple et bonne raison que les camarades qui en font partie n’étaient pas membres de la GCI avant que l’existence du PCI n’ait été révélée en France. Trois camarades, qui avaient rompu avec nous, sont restés un mois sans vie politique et ont accepté de former ce regroupement basé sur l’adoration du parti italien et de ses faits et gestes, regroupement qui, pendant plusieurs mois, a vécu en prenant le même nom que nous et en appelant son journal Étincelle comme nous. Vint la formation d’un Bureau International et ce regroupement, qui se faisait d’autant plus orthodoxe qu’il avait un passé à faire oublier, fut "reconnu" ; et nous, parce que nous avions osé formuler quelques critiques, on nous rejetait d’une manière absolument bureaucratique, comme aux plus beaux jours de la 3ème Internationale.

L’évolution de cette situation devait révéler, de la part du PCI et du reste de la GCI, des conceptions extrêmement dangereuses sur le parti qui creusèrent le fossé idéologique entre nous.

Ainsi, peu à peu, l’ensemble de la GCI retournant en arrière de 20 ans sur les acquisitions de la Gauche italienne sans même mettre en cause les points politiques qu’ils sautaient aussi légèrement - l’abstentionnisme, l’ensemble des problèmes se rattachant au parti -, nous nous trouvions poussés à approfondir tous ces problèmes, à faire une série d’évolutions, à dépasser les acquis antérieurs (notamment sur la question syndicale) et à trouver la séparation plus prononcée entre nous et le reste de la GCI. Cependant, ces camarades gardent de nombreux points communs avec nous sur les problèmes essentiels se rattachant à la guerre impérialiste et à la Russie. L’hostilité de nos rapports vient seulement du fait de leur hargne et de leur rage devant notre opposition absolue et intransigeante ; et elle est surtout basée (de leur côté) sur un crétinisme épais et sur un amour propre hypertrophique maladif relevant de la psychiatrie.

Salut communiste.

Pour la GCF, PHILIPPE

Notes :

[1NdE - Julien Coffinet (1907-1977) fréquente d’abord le Cercle communiste démocratique de Boris Souvarine. Il le quitte en 1932 avec les amis de Lucien Laurat qui adhèrent au parti socialiste SFIO pour y fonder une nouvelle tendance, Le combat marxiste, qui publie la revue du même nom. Il participe aux activités du Cercle d’études marxistes animées par Lucien Laurat et Marcelle Pommera ; il publie une brochure, Faillite du marxisme ? (Nouveau Prométhée, 1934). En 1937, Il est exclu du parti socialiste en même temps que les militants de la Gauche révolutionnaire de Marceau Pivert. Il quitte la France avec sa femme et son fils quelques jours avant la déclaration de guerre. Il anime avec Luce Fabbri la revue Socialismo y Libertad, entre septembre 1943 et juin 1944, à Montevideo. (cf. à ce propos L’exil de Julien Coffinet ou un marxiste hérétique à Montevideo, de Charles Jacquier, in Dissidences, n° 12-13, octobre 2002-janvier 2003, pp. 79 à 83.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53