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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Petits aspects d’un grand problème
Internationalisme n°37, Septembre 1948
Article mis en ligne le 1er novembre 2015
dernière modification le 10 octobre 2015

par ArchivesAutonomies
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"La doctrine matérialiste de la modification des conditions et de l’éducation oublie que les conditions sont modifiées par les hommes et que l’éducateur doit être lui-même éduqué. Elle doit donc diviser la société en deux parties dont l’une lui est supérieure. La coïncidence de la modification des circonstances et de la modification de l’activité humaine ou de la modification de soi-même ne peut être saisie et rationnellement comprise qu’en tant que pratique révolutionnaire." (Karl Marx - 3ème thèse sur Feuerbach)

LE PROBLÈME DE LA CONNAISSANCE ET LE MOUVEMENT OUVRIER RÉVOLUTIONNAIRE

La pensée humaine est le phénomène dont l’action a une influence maîtresse sur les autres. Du moment où l’on ne considère l’homme que comme une branche de la nature et dépendante d’elle, on est obligé de considérer l’histoire humaine comme un produit naturel au sens biblique du terme, c’est à dire déterminée par des facteurs naturels, indépendants, plus forts ou au-dessus d’elle-même.

Du jour où l’on considère l’histoire humaine non seulement comme ne dépendant pas de la nature, mais comme une tentative de domination des forces de la nature par l’homme et la mise en service des forces naturelles, dès ce moment on considère la connaissance sous un angle différent.

Dans le premier cas, la connaissance ne fait qu’enregistrer des phénomènes. Les discussions philosophiques et scientifiques n’auront qu’un sens interprétatifs.

Dans le second cas, on est obligé de se rendre à l’évidence que la connaissance est active, c’est-à-dire qu’elle réfléchit sur les phénomènes dans le but de les transformer, et cela dans un sens qui cherche à atteindre sans cesse une plus grande perfection dans la satisfaction des besoins humains.

L’histoire, dans son évolution, a jusqu’à présent réalisé en partie cette tendance, au service de classes sociales dirigeant l’humanité et exploitant les fruits de son travail pour elles-mêmes. Il s’agit maintenant d’une phase toute nouvelle de l’histoire humaine fondée sur l’action révolutionnaire du prolétariat. Il s’agit de libérer l’humanité de la dernière classe dominante du monde, dont l’existence entrave son développement et l’entraîne dans le chaos causé par le maintien de cette classe à la direction de la société.

Nous entrons dans une crise dont l’issue est imprévisible. Seule la connaissance que nous avons des phénomènes historiques, économiques, sociaux et politiques nous permet de fonder une action dans le but de donner à cette crise une issue favorable à un développement ultérieur de l’humanité, sur la base du renversement du capitalisme par l’insurrection généralisée du prolétariat dans le sens d’une révolution sociale, politique, économique et historique.

Dire seulement que la connaissance est active est cependant insuffisant. Toute classe sociale dominante fonde son existence sur une certaine connaissance du monde, connaissance dont la nature est en rapport avec les buts qu’elle s’assigne, avec le genre d’existence qu’elle tend à réaliser. Cette connaissance, qui tend à être imposée d’une manière ou d’une autre à l’ensemble des hommes, à deux aspects essentiels : 1) elle construit des systèmes scientifiques dans le but de satisfaire aux besoins qu’elle s’est donnée pour tâche de réaliser comme tels, 2) elle élabore des lois économiques, morales et politiques dans le but de conserver ce qu’elle a acquis pour ses enfants, contre les empiètements des autres classes de la société. Ces deux aspects de la connaissance sont développés indépendamment l’un de l’autre par la classe capitaliste. L’un sous le nom de sciences dites expérimentales se développe dans le but indiqué. L’autre sous le nom de sciences dites morales et politiques est développé uniquement dans le but de justifier en dernier ressort l’état de choses existant et de justifier, avec lui, la nécessité d’une classe dirigeante et d’un État national. Les connaissances sont alors transmises d’une génération à l’autre et les modifications qui y sont apportées sont déterminées en dernier ressort par les modifications opérées dans la société qui, comme le dit Marx "opèrent comme des lois naturelles."

La connaissance du prolétariat, partant d’autres préoccupations, voulant atteindre d’autres buts, procèdera d’une autre méthode.

La transformation à opérer dans la société est avant tout sociale et politique. Le prolétariat, moteur de la révolution, rejette l’apparente impartialité que tendent à revêtir certains "penseurs" ou "savants" pour une partialité de classe basée sur une objectivité scientifique. La démarche du prolétariat est avant tout de prendre connaissance de la réalité sociale et politique pour fonder son action révolutionnaire sur cette réalité. La faculté que le prolétariat a, dans telle ou telle période historique, d’être plus réceptif à l’idéologie bourgeoise ou à l’idéologie révolutionnaire, est un phénomène qui n’a pas lieu d’être examiné ici mais qui s’explique du fait que la classe ouvrière est une catégorie économique pour le capital dans la société capitaliste et peut être empêchée momentanément d’envisager le devenir social ; elle obéit alors et est déterminée par les lois de cette société. Elle est par contre une classe historiquement révolutionnaire et peut être mise dans une situation historique où elle se trouve contrainte de se poser comme l’unique moteur du devenir humain.

Pour que la conscience et la connaissance que le prolétariat doit avoir de lui-même et du monde qu’il a à transformer se développent, il faut qu’il ait la faculté de développer en son sein une avant-garde. Le rôle des militants du parti révolutionnaire du prolétariat est de porter à la connaissance du prolétariat les conditions de son devenir révolutionnaire. Le prolétariat atteindra le plus haut point de sa maturité politique lorsque les problèmes qui font l’objet des discussions de l’avant-garde et du parti seront discutés largement dans sa presse et dans ses réunions politiques.

La condition de la révolution c’est donc non seulement que cette discussion ait lieu mais encore qu’elle s’y développe. Notre tâche est de favoriser son éclosion et son développement.

NOS MÉTHODES

Nous n’avons pas à imposer une pensée mais à rechercher, dans la classe ouvrière et en commun avec elle, les moyens de faire la révolution. Nous ne pensons pas détenir seuls le monopole de la "pensée révolutionnaire", enfermée dans un tabernacle et qu’on sort devant les fidèles prosternés. Bien au contraire, nous pensons comme étant une des manifestations de la classe ouvrière de faire naître des groupes politiques. Notre tâche n’est pas autre chose que de participer à la vie de ces groupes politiques, expression de la classe, et de favoriser leur naissance et leur développement. C’est seulement par le développement de l’action révolutionnaire que les positions acquises peuvent se vérifier ; c’est seulement au travers de la vie de ces groupes que des positions sont acquises, renforcées et développées.

Ce qui est important pour la révolution, ce n’est pas que le parti compte un nombre d’adhérents suffisant mais que la conscience du prolétariat soit mure pour accomplir la tâche de diriger la société. Tout l’objectif à atteindre est là, il s’agit de faire que toute une classe, ses éléments les plus avancés du grand prolétariat industriel soient aptes à accomplir la tâche révolutionnaire la plus gigantesque de l’histoire.

Une méthode, vieille comme le mouvement ouvrier, consiste à créer des écoles pour apprendre aux ouvriers l’économie politique, les principes, etc. Cette méthode de la IIème et de la IIIème internationales, reprise par la IVème et par des groupes actuellement existants, a définitivement prouvé sa faillite ou du moins accompli, en son temps, une tâche pour laquelle elle avait été créée et qui est aujourd’hui dépassée. La méthode scolaire est à l’image de la faiblesse des professeurs es-révolution qui la pratiquent et la préconisent ; elle est la méthode, par excellence, d’étouffement de la pensée. On n’apprend pas aux ouvriers ce qu’est un syndicat, on discute avec ceux-ci de la nature du syndicat. On n’apprend pas aux ouvriers ce qu’est la bourgeoisie, on discute avec eux du patriotisme, du nationalisme ou de l’antisémitisme. On n’apprend pas aux ouvriers ce qu’est la plus-value quand on l’a plus ou moins bien compris soi-même mais ils sont incités à se plonger dans l’étude du capital - qui, rappelons-le, a été écrit par Marx pour les ouvriers révolutionnaires - lorsque, au cours des discussions, leur degré de maturité ayant augmenté, ils en éprouvent la nécessité. La véritable éducation révolutionnaire se fait au feu de la discussion. L’école, c’est la discussion. Chaque ouvrier, même ne sachant ni lire ni écrire est capable de participer à une discussion politique qui a trait à la vie de sa classe. La qualité de son argumentation varie avec son niveau d’éducation, sa maturité nécessite cette éducation, mais la nature de classe des arguments, aussi simples soient-ils, fournis en faveur d’une thèse ou d’une autre, ne varie pas. Tout ouvrier est capable de participer à des discussions à condition qu’il y manifeste de l’intérêt. Il est évident que les discussions sont en rapport avec le public auxquelles elles s’adressent. Si un large public ouvrier pouvait être réuni autour de la confrontation de plusieurs groupes, sur des questions politiques telles que : syndicats, parlementarisme, guerre, problèmes du regroupement de l’avant-garde, situation politique du moment, perspectives, etc., ce travail serait le plus fructueux et celui ayant, dans la classe ouvrière, les meilleurs résultats éducatifs.

La méthode scolaire - telle que la pratiquent par exemple Marc Paillet [1] et ses amis - fatigue inutilement les ouvriers sans leur ouvrir de perspective révolutionnaire de classe. Elle conduit à l’étouffement de la pensée par éclectisme dilettante. On a ici substitué à l’activisme trotskiste un activisme éclectique de la pensée qui conduit partout sauf à une conscience militante, qui éloigne les camarades du prolétariat et des problèmes de la révolution.

La méthode scolaire - telle que la pratique la FFGC - exprime suffisamment son contenu. Un exemple : un camarade qui a lu la brochure Salaires, prix et profits est chargé de faire un exposé sur la plus-value et le problème de la valeur. L’exposé doit avoir un double but : former des conférenciers et éduquer en même temps les autres camarades. On oublie seulement que pour pouvoir exposer une matière il faut tout connaître à fond. La manière la meilleure pour la connaître étant d’ailleurs d’en discuter et de s’en instruire. Mais ici, on atteint le but inverse qu’on s’était assigné : le camarade ne connaît rien à la matière qu’il expose, il bégaie lamentablement, déformant, à chaque phrase nouvelle, les questions dont il parle. Il apprend aux autres et croit connaître des choses qu’il apprend de travers et ne connaît pas. Quant aux malheureux auditeurs, s’ils ne dorment pas tous au milieu de l’exposé, ils n’ont d’autre ressource que de penser à autre chose. Quand arrive la fin de l’exposé, on tape sur l’épaule des trois auditeurs péniblement attirés dans ce guet-apens pour leur demander s’ils n’ont pas quelques mots à dire qui pourraient tenir lieu de discussion. Et le camarade Gaspard [2], à qui est posée malencontreusement une question sur la loi de la valeur, répond en parlant des vaches à lait et de la rente foncière. Cette atmosphère de grotesque, pompeusement appelée "cercle d’étude" pour les ouvriers, sorte d’école du parti où école, professeurs et élèves sont à l’image du parti, est le milieu type d’abrutissement des ouvriers qui pourraient être intéressés par les idées révolutionnaires. On apporte un soporifique à des ouvriers qui ont besoin du stimulant de la discussion et de l’habitude de celle-ci, disparue depuis longtemps déjà du mouvement ouvrier.

Ceci est valable en tant que problème de la pensée dans le prolétariat, problème de la diffusion et de la confrontation des idées, problème de la connaissance active et révolutionnaire du prolétariat. Toute autre chose est le regroupement politique de l’avant-garde. Si une saine atmosphère de discussion loyale doit être créée dans le prolétariat, maintenant qu’ont passé social-démocratie, stalinisme, trotskisme et anarchisme avec leur méthode typiquement différente certes, mais pas meilleure, si cette méthode est la condition d’une prise de conscience révolutionnaire, le climat nécessaire pour rendre possible la diffusion des idées révolutionnaires et l’éducation politique du prolétariat, cela ne veut pas dire du tout que c’est là la méthode de regroupement de l’avant-garde. Cette méthode s’inspire de positions politiques principielles, tels les quatre points que nous avons énoncés comme critère de classe du prolétariat, à une étape donnée de l’histoire, actuellement.

Une chose est d’opposer les idées de groupes politiques devant un public ouvrier et autre chose est de former un organisme quelconque entre groupes en vue de n’importe quelle action, aussi limitée soit-elle.

Dans le premier cas, il s’agit d’un problème d’auto-éducation du prolétariat, dans le second cas d’un regroupement de nature politique.

Depuis la "Libération", nous n’avons fait que nous inspirer des mêmes méthodes, dans les deux cas :

- contre le sectarisme organisationnel des écoles et les monopoles de l’éducation, dans le premier ;

- pour une rigidité des principes politiques, dans le second.

NOTRE ACTIVITÉ SUR LE PLAN DE LA DISCUSSION ET DE LA CONFRONTATION DES IDÉES

Des camarades voient dans le fait que nous n’avons jamais réussi à créer l’atmosphère de discussion et de confrontation des idées préconisée, la faillite de la méthode. C’est seulement l’influence des évènements politiques et du développement d’un cours réactionnaire qui a, jusqu’à présent, empêché le prolétariat d’apporter, à la vie des groupes, des militants dans son avant-garde, un oxygène nécessaire et l’imposition de saines méthodes pour son éducation. Le prolétariat, définitivement embrigadé derrière les groupes politiques de la bourgeoisie en son sein, et cela depuis une quinzaine d’années, n’a jamais, même d’une façon réduite, pu apporter cet oxygène. On a assisté seulement à la naissance de groupes au cours et à la fin de la guerre, mais ils sont morts nés ou ne se sont pas développés. On a assisté à un processus continu de morcellement, de dissociation et de dislocation de l’avant-garde, dans une psychose de schizophrénie, à l’image de l’ambiance qui règne dans le capitalisme, du chaos dans lequel il est lui-même entraîné.

La méthode scolaire des sectes est l’aspect actuel de l’étouffement de ces groupes sur eux-mêmes. Notre réaction et nos méthodes ne peuvent donc pas avoir un très grand écho. C’est cependant autour de cette méthode et de son triomphe que doit être fondée une activité de groupe de militants révolutionnaires aujourd’hui. Le triomphe même partiel et momentané signifierait, même d’une façon partielle et momentanée, la reprise d’une vie de la pensée révolutionnaire dans la classe ouvrière et des possibilités de développement de cette pensée. Nous devons persister aussi longtemps qu’il le sera nécessaire ; la révolution est, en grande partie, à ce prix.

Depuis la "Libération", dans des discussions que nous avons tentées avec les CR-RKD, CR dissidents, UC etc. et avec des individualités éparses, nous avons échoué apparemment. En réalité, nous avons aidé ces groupes, en grande partie, à retrouver le néant d’où ils étaient sortis. Expérience certes négative. En réalité, nous avons aidé une crise à se développer. Si elle s’est développée en un sens négatif, c’est que ces groupes et camarades fondaient leur activité sur une perspective à rebours de la perspective réelle. Leurs aspirations, s’étant avérées en contradiction formelle avec les perspectives, ils se sont éteints pour le plus grand bien du prolétariat. Si leur crise s’était développée dans une voie différente, s’ils avaient fait un bilan et revu leurs perspectives et leurs positions, ils auraient pu continuer à vivre sinon à se développer. Le PCI d’Italie qui a réagi et réaligné ses positions, quoique en retard et quoique seulement à la manière de compromis momentanés, a réussi de cette manière à prolonger sa vie ; il n’a cependant pas pu empêcher ses rangs de s’éclaircir. La FB [3] vit une vie léthargique et hivernale de marmotte, attendant ainsi que le réveil lui soit apporté du dehors ; le réveil ou la mort, toute sa vie, comme celle de la FFGC, étant liée par l’intermédiaire d’un Bureau international, au parti d’Italie et non à la situation internationale du prolétariat. Quant à la FFGC, elle pense que, si elle emploie les méthodes de diffusion et de propagande du trotskisme, elle échappera au sort que ces méthodes ont donné comme résultat avec ce courant politique. C’est au repliement des groupes sur eux-mêmes, à la dissociation de la pensée d’avec le monde, qu’on assiste ; et l’activité de ces groupes est seulement l’expression de cette vérité. Le réveil de ces groupes sera pénible et seulement au prix du rejet des méthodes employées depuis leur naissance, ou sinon d’une mort sans gloire dans le grotesque, comme le groupe CR qui a publié son dernier numéro de Pouvoir ouvrier avec en gros titre "La révolution monte en Grèce, en Italie, en France, en Allemagne, etc."

Nous avons tenté, depuis la "Libération", de grouper le plus possible de groupes, d’individus et de sympathisants dans des cercles de discussion. Ces cercles n’ont, en général, pas groupé grand monde, chacun préférant faire sa petite cuisine pour soi. La discussion souvent n’a pas pris le caractère qui était nécessaire à éveiller l’intérêt de tous autour des problèmes qu’elle abordait. La faute n’en est encore pas à la méthode mais à l’immaturité des camarades qui menaient ces débats. Cependant, nous n’avons pas eu que du négatif dans notre besogne ; celle-ci nous a permis de contacter des camarades et surtout de diffuser nos bulletins. Mais, ce n’était pas là seulement le but poursuivi. Nous devrons tendre vers la réalisation de larges cercles d’ouvriers, où tout le monde discute les positions des groupes, et non des réunions entre groupes où des bonzes viennent s’affronter comme sur un ring oratoire.

LE PROBLÈME DU REGROUPEMENT DE L’AVANT-GARDE

Le camarade Marc [4] a abordé ce problème dans une série d’articles intitulés "La tâche de l’heure". D’autre part, une résolution sur le parti parait en ce moment, qui expose nos positions fondamentales sur ce problème.

Nous avons toujours tenté de créer des organismes de contact entre les groupes révolutionnaires sur la base des autres points énoncés.

Quand le Bureau International des groupes de la GCI a été créé, nous nous sommes adressés à lui pour proposer notre concours. Voici les termes dans lesquels il nous a été répondu :

"Paris le 10 décembre 1946
Puisque votre lettre démontre une fois de plus la constante déformation des faits et des positions politiques prises, soit par les Fractions françaises et belges soit par le PCI, que vous ne constituez pas une organisation politique révolutionnaire et que votre activité se borne à jeter de la confusion et de la boue sur nos camarades, nous avons exclu, à l’unanimité, la possibilité d’accepter votre demande de participation à la réunion internationale des organisations de la GCI".

Pour le PCI, pour la FB, pour la FFGC

Les camarades de la GCI n’ont certainement pas été mis au courant, et sont, en tous cas, placés devant le fait accompli. Il y a une révolution à faire contre de telles méthodes et nous nous sommes en grande partie unis pour en expurger le prolétariat. Nous n’aurons de cesse que le travail titanesque de la grande purge soit opéré, nous ou nos successeurs idéologiques.

Sur l’initiative des Communistes de Conseil, une conférence de contact a été tenue à Bruxelles, qui devait publier un bulletin international de discussion en plusieurs langues. Entre autres, les groupes de la FB, de la FFGC et du PCI ont été invités. Ils n’ont même pas daigné répondre. Sans doute, est-ce sous leur unique direction qu’ils désirent opérer le regroupement de l’avant-garde, ce qui est confirmé par les rapports qu’ils ont eus avec un groupe américain à qui ils conseillaient, entre autres, "de se méfier de certains individus". Cette méthode est celle qui a si bien réussi à la IIIème Internationale, puis à Trotsky, laquelle, en son temps, les camarades de la Fraction italienne ont dénoncé plus d’une fois. En plus des défaites que cette méthode a apportées au prolétariat quand il s’agissait d’organisations puissantes, cette méthode a aujourd’hui le privilège d’être profondément ridicule, vu la force de ceux qui veulent opérer ce regroupement dans un prolétariat international considérablement plus étendu et divers qu’antérieurement.

Pour manifester un amour-propre de secte, pour vouloir péter plus haut que son derrière, la GCI se retrouvera isolée et croupissante sans oxygène. Elle n’en portera pas moins une certaine responsabilité, car, en se contraignant elle-même au croupissement, c’est le développement de la pensée du prolétariat qu’elle entrave.

Nous gardons sur ces deux points nos positions solidement établies et nous continuerons à œuvrer en vue de la réalisation des buts révolutionnaires auxquels elles se rattachent. Nous ne pensons pas réaliser, en un jour, ces buts, même partiellement. Il faudra peut-être plusieurs années d’efforts, et peut-être d’autres secousses sociales graves et la mort de quelques groupes, pour que la renaissance de la pensée révolutionnaire soit possible. Notre action, elle, continue inlassablement.

UNE DERNIÈRE EXPÉRIENCE

La dernière expérience que nous avons faite cette année a prouvé, une fois de plus, le pourrissement des milieux se réclamant de la classe ouvrière, incapables de se situer sur un plan révolutionnaire. Le cercle auquel nous avons participé aurait pu, si tous les camarades l’avaient voulu, être un point de départ pour un élargissement des discussions. Au lieu de cela, on a eu affaire à la FFGC qui, pensant que le regroupement pour la révolution se fera autour d’elle et autour d’elle seulement, est venue à ce cercle pour en démontrer la non-viabilité en l’aidant à mourir. Ce cercle s’est éloigné des buts qu’il s’était assigné : de créer une atmosphère de discussion large où tout le monde pouvait assister, sous condition que les camarades seraient sûrs. Parmi les initiateurs de ce cercle, nombreux se sont dégonflés et n’y ont jamais paru, les autres ont tenté un cercle de discussion, un cercle d’étude dirigé par quelques-uns. À ce moment, nous avons pensé que si un tel organisme se créait, il ne pouvait pas faire moins que de se situer sur les quatre critères de classe fondamentaux, ou d’en faire, avant sa formation, l’objet d’une discussion approfondie. Puisqu’organisme il y avait, qui voulait se substituer à la discussion de l’ensemble des camarades et passer au-dessus d’eux, il fallait ces critères ou leur discussion afin que ne soit pas crée un organisme artificiel de plus, tendant à regrouper et à publier sans racines de classe. Cet organisme est mort-né. Tant mieux. Regrettons, une fois de plus, les méthodes de la FFGC. La FFGC étant politiquement le groupe plus proche de nous, il eut été normal que nous tendions nos efforts pour faire vivre sainement ce cercle et empêcher que se créât une tendance à la transformer en un vague organisme politique. Le jour où la FFGC comprendra, il sera sans doute trop tard pour elle.

Philippe

Notes :

[1NdE - Marc Paillet, alias Soudran secrétaire nationale de la JCI du PCI trotskiste. Il fut plus tard un essayiste et romancier connu.

[2NdE – Raymond Hirzel dit "Raymond Bourt", "Gaspard" (1920-2002) trotskyste au POI de 1936 à 1940 puis Communiste internationaliste - CR (Contre le courant) pendant la guerre diffusant la feuille Arbeiter und Soldat ; membre de la Fraction "bordiguiste" de 1945 à 1950, puis du groupe "Socialisme ou Barbarie".

[3NdE : Fraction Belge.

[4NdE : Marc Chirik.




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