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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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L’Orient point crucial des antagonismes impérialistes
Internationalisme n°39, Novembre 1948
Article mis en ligne le 1er novembre 2015
dernière modification le 10 octobre 2015

par ArchivesAutonomies
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Cette "caverne de brigands impérialistes" qu’est devenu sous l’égide de l’ONU, le Palais de Chaillot, retentit de pacifiques vociférations. Mais tout le pathos diplomatique ne saurait masquer les antagonismes irréductibles entre les deux blocs qui se partagent les délégués et les excités du type Spaak lesquels brandissent leur peur comme un revolver Chacune des séances de l’Assemblée se termine par le renvoi à la suite des questions litigieuses. Ainsi il en est de l’affaire de Berlin ou du singulier imbroglio palestinien, où trêves et combats reprennent selon les intérêts de l’une ou de l’autre partie intéressée. Ce qui domina pourtant la session, c’est l’apparente expectative américaine devant la récente et formidable offensive que la Russie a déclenchée par toute la planète. Notable est en ce sens, la parfaite concordance entre l’offensive juridique du Kremlin à l’ONU et l’offensive stalinienne dans le monde. C’est à ce point que la motion visant au contrôle des engins atomiques, déposée par Vychinski, s’est doublée par le déclenchement de grèves dans les mines d’uranium au Congo belge. L’on sait que l’industrie atomique des USA est tributaire, au moins pour partie encore, de l’extraction congolaise.
Il est probablement trop tôt, en cette fin de mois, de préciser ce que seront les réactions de Washington, mais la période électorale et ses séquelles politiques, la mise en marche relativement lente du plan de mobilisation industrielle – conséquence de l’échec du plan de reconversion – la marée des attaques staliniennes déferlant sur les points faibles du dispositif Marshall en Europe : l’Italie et la France, permettront difficilement à la Maison Blanche de quitter, dans l’immédiat, le stade défensif, l’obligeront à composer avec les événements. Sans doute le Pacte à Cinq entre dans la phase des réalisations pratiques, lisez militaires ; sans doute les recommandations de la Conférence du Fonds Monétaire International ont-elles reçu un commencement d’application dans le nouvel alignement du franc ou l’unification économique de la Trizone [1] ; à Berlin enfin, les positions occidentales resteront entamées. Mais l’instauration d’un commandement militaire unique pour les Cinq était contenue dans les termes de l’accord de Bruxelles. Dans la conjoncture actuelle, Berlin est au plus un abcès de fixation, une caisse de résonnance aux entreprises divergentes des impérialistes russe et américain en Allemagne. Aussi la Commission des Affaires Étrangères du sénat américain, déclare la situation en Chine plus dangereuse pour la paix" que celle de Berlin ; et en Chine d’est le très stalinien Mao Tsé-toung qui dame le pion à Tchang-Kaï-chek.

La situation de la Chine.

Toute proportion gardée, la Chine remplit dans le présent cours vers la guerre un rôle analogue à celui joué par la Turquie dans les préliminaires à la première guerre mondiale. Pays essentiellement agricole, et de structure féodale, vivant en grande partie sous le régime de l’économie naturelle, la Chine connaît le séparatisme provincial des maréchaux et la pénétration intense du capital étranger lié aux transports et à une industrie faible et inégalement répartie et développée. Il n’est pas jusqu’à une fameuse construction de "Bagdad bahn" [2] en 1913-1914 qui ne trouve une manière de similitude dans la reconstruction de la voie ferrée stratégique Canton-Hankéou par des spécialistes américains et 60 millions de dollars. Un trait toutefois distingue radicalement la chine d’aujourd’hui de l’Empire Ottoman : la guerre que s’y livre russe et américain.
La situation y a évolué dans le même sens des rapports entre les impérialismes dominants. En 1945 un pacte russo-chinois fut conclu et, par-là acquis un semblant de stabilisation politique interne. Un semblant seulement car Tchang-Kaï-chek devait s’efforcer de réduire les nombreuses poches tenues par les armées staliniennes, afin de consolider sa dictature. Homme des grands propriétaires terriens, suzerain de ses généraux, son objectif principal était de percevoir sa dîme sur les revenus aux feudataires et aux banques par l’impôt, la rente foncière (fréquemment 60% de la récolte annuelle) ou les prêts usuraires dont le taux atteint aisément 1000% et souvent plus.
La pénétration américaine dans la Chine de Nankin a pris pendant la guerre une extension considérable. Sous forme de Prêt et Bail ont été livrés près de 2 milliards de dollars en marchandises, en échange des bases américaines et de concessions privilégiées. La Grande Bretagne a du céder au capital américain le contrôle de la plupart de ses investissements chinois, tandis que la France était évincée. Cependant les américains ne s’accordent guère de leur présent allié. Rentrant d’une longue mission en Chine, la général Marshall déclarait à sa rentrée aux EU qu’il ne fallait pas signer une "police d’assurance pour la Chine". Le motif en est simple : la puissance d’achat du paysan chinois (90% de la population) a été extrêmement réduite par le régime féodal.
Les Américains en conséquence n’ont manqué aucune occasion de faire savoir à Tchang-Kaï-chek, qu’ils souhaitaient une Chine "vraiment démocratique". Émanation du pouvoir féodal, le chef du Kuomintang n’a pu céder que quelques lopins de terre aux "héros" parmi ses trois millions de soldats et convoquer une grotesque parodie des Parlements occidentaux. Aussi l’aide américaine à la Chine s’est-elle vue diminuée. Si le volume des exportations américaines à la Chine s’est-elle vue diminuée. Si le volume des exportations américaines s’est maintenu à son niveau d’avant-guerre – et les envois de techniciens civile et militaires – les allocations Marshall – ou assimilées – ne se montent qu’à 26,5 millions de dollars, soit la moitié des crédits, pour le même temps et titre, consenties à la bizone, pour le même temps et titre, consenties à la bizone. Enfin, les Américains n’ont rien fait pour favoriser la réforme monétaire, tant les victoires staliniennes en Chine du nord associées à la désastreuse conjoncture économique, réduisent à néant les effets.
Après un bref essai de collaboration avec Tchang-Kaï-chek, la clique stalinienne du Yunnan a repris les hostilités. Elle était poussée pour bonne part, par la nécessité où se trouve le bloc russe de parer à une éventuelle pénétration américaine en Mandchourie. Aguerris par vingt années de guérillas, soumise à un commandement unique et rigoureux, l’armée de Mao Tsé-toung n’a pas tardé à prendre l’initiative des opérations et à la conserver. Elle s’est emparée de la Manchourie, du Chantoung, a renforcé de nombreux nids sur les arrières de Tchang-Kaï-chek. Tout en effet joue et jouera contre ce dernier ; la corruption extraordinaire des généraux et fonctionnaires a pour corollaire des armées mal équipées, sous alimentées, une direction incapable et déchirée. Dans les territoires occupés, Mao procède immédiatement à ses "réformes" : limitation de la rente foncière et du taux de l’usure, réduction de la fiscalité, nationalisation des banques, chemin de fer, et usines d’aviation, expropriation de grands propriétaires terriens. Le côté remarquable des dites réformes, est l’exonération totale des impôts pour les capitaux qui s’investiraient dans l’industrie.
Tout laisse à penser que dans les semaines à venir, l’effondrement des nationalistes chinois s’accentuera et que les armées staliniennes prendront leurs quartiers d’hiver dans les campagnes entre le fleuve Jaune et le fleuve Bleu. L’offensive victorieuse des "rouges" a provoqué aux EU, un concert de récriminations contre la politique du Département d’État en Chine. L’aide promise depuis mai 1948, de 510 millions de dollars en marchandises entrerait non seulement en cours d’exécution, mais serait accompagnée de dizaines de millions de dollars sous forme d’armes. Washington cependant préfèrerait rééditer avec Mao, le coup qui a si bien réussi avec Tito. Un groupe dissident de Tchang a été formé à Hong Kong dont fait partie la veuve du général chrétien Feng Yu Siang [3]. Après un long séjour aux USA. Cette dame est rentrée en Chine via Moscou. Le but de ce groupe est de former avec Mao un gouvernement de coalition. Il exprime ainsi une tendance qui, d’une manière ou d’une autre prévaudra dans la politique chinoise, à savoir : élever sensiblement le niveau de vie du paysan par la limitation des privilèges féodaux, reconstituer et rebâtir avec l’équipement américain une industrie chinoise. Ce programme réalisé sera le parachèvement de l’œuvre de la révolution bourgeoisie entamée il y a une trentaine d’années par Sun Yat Sen. L’absence d’une bourgeoisie indigène, économiquement puissante et indépendante, l’ampleur et la rapidité que prendra une industrialisation de la Chine, transformera cette révolution bourgeoise en un régime évoluant vers le capitalisme d’État. Mao connaitrait ainsi le sort de cette "démocratie populaire" appuyée militairement sur l’URSS, mais que la nécessité de développer les bases industrielles du régime mène sous la coupe de l’Amérique.

Il n’y a pas de groupe révolutionnaire prolétarien en Chine. Le sanglant échec de la révolution de 1927-29, puis les polices de Tchang et de Mao expliquent en partie cette absence. D’autre part, après avoir lutté "contre l’agresseur japonais" dans les armées du Yunnan, les éléments trotskistes ont été décimés par les soins de la GPU chinoise. Dans la Chine nationaliste quelques groupes anarchistes se contentent d’une attitude intellectuelle e d’éditer des bouquins à tous égards dépassés, tandis que des trotskistes participent, sur le plan syndical, aux luttes revendicatives, se faisant ainsi les fourriers de Mao, par leur contribution à l’entretien des illusions réformistes.

La situation en Indonésie.

La capitulation des Nippons en août 1945 fut accompagnée de la proclamation d’une république indonésienne dirigée par Soekarno et autres nationalistes [4]. Ces derniers ont cherché à promouvoir leur politique capitaliste d’État en l’organisant à partir des entreprises hollandaises que l’occupation japonaise avait arrachées à leurs premiers possesseurs. Pour ce faire, les nationalistes obtinrent, dans leur lutte contre le Japon et pour le contrôle des exploitations ex-hollandaises, l’appui des staliniens, des socialistes et, celui plus réticents, des trotskistes. Bientôt cependant, avec l’aide britannique, les impérialistes néerlandais, négociant ou combattants, réoccupèrent certaines de leurs positions en Insulinde. Le conflit devenait inéluctable, car il devait opposer nationalistes et colonialistes. En effet, les Pays-Bas sont dans l’obligation de reprendre l’exploitation de l’archipel indonésien, exploitation dont vit directement près d’un dixième de leur population. A quoi l’on peut ajouter, que dans la seule branche des huiles, les britanniques contrôlaient, avant-guerre, au travers de groupes mixtes, environ 26 millions de livres sterlings d’investissements. De son côté la clique nationaliste de Djokdjakarta [5], devait chercher à garder le contrôle des entreprises dont elle s’était accaparée. Elle avait donc à lutter contre les premières tentatives de reprise du pouvoir dans les îles et contre le "Front du Peuple" qui réunissait autour des leaders trotskistes Ten Malaka et Soebardjo [6], certains éléments dits avancés de l’intelligentzia ultranationaliste. Ces derniers, d’abord emprisonnés, furent libérés au moment où la pression hollandaise se transforma en guerre ouverte, le 24 juillet 1947. Très rapidement les armées des "États-Unis d’Indonésie" se sont vues confinées sur une portion du territoire javanais, tandis que les néerlandais s’assuraient un contrôle effectif des territoires de l’Insulinde. Ils y instaurèrent un gouvernement dit fédératif analogue à celui installé par les impérialistes français dans les territoires indochinois. Les Néerlandais et les britanniques y ont repris la direction de leur entreprise. On aura une idée de l’accentuation de l’exploitation à laquelle ils soumettent leurs "associés dans l’Union néerlandaise" lorsque l’on saura que de 352 millions de florins pour l’année 47, les exportations indonésiennes se chiffrent à 520 millions de florins pour les sept premiers mois de 48. Les capitaux que les trusts hollandais, anglais ou américains investissent ne font qu’accroître cette exploitation. Si importants soient-ils cependant ils s’y montrent insuffisants, et les EU allouent aux Indes Néerlandaises, 84 millions de dollars au titre du Plan Marshall. C’est que l’Indonésie se situe au premier rang des producteurs de matières premières stratégiques, caoutchouc, étain, pétrole plus particulièrement.

De son côté la République de Djokdjakarta a dû se plier aux exigences américaines. Se conduisant en Franc-tireur du capital d’État américain, un groupe de businessmen, le groupe Fox, s’est assuré le monopole des exportations et importations indonésiennes. 500 millions de dollars en marchandises, répartis sur cinq ans, seront livrées à la République, tandis que 250 millions de dollars en marchandises seront annuellement exportées par les soins de Fox. Ce groupe prendra en mains, d’autre part le développement industriel de la république. Aussi les staliniens ont dû, sur les injonctions de Moscou, abandonner le soutien du gouvernement Soekarno et passer à l’attaque. Ce "cours nouveau" du stalinisme en Indonésie s’inscrit dans celui imprimé aux divers mouvements staliniens du Sud-est asiatique, le Viet Nam excepté. Il s’agit moins pour lui de s’emparer d’un pouvoir auquel il ne saurait s’accrocher longtemps, que de freiner la production et l’exportation des matières premières.

En trois semaines l’insurrection de Madiun [7], où les staliniens avaient organisé un "gouvernement populaire" a été étouffée par les Nationalistes. Ceux-ci ont refusé le concours proposé à cette fin, par les hollandais. Soekarno, muni de pouvoir extraordinaire, a préféré, pour bien mener sa lutte antistalinienne, s’appuyer sur Tan Malakka et ses trotskistes des groupes de jeunesse. Il entendait par là, pouvoir traiter de puissance à puissance avec les Pays-Bas dans les négociations qui s’ouvraient.

Dans l’attitude de Malakka, nous retrouvons l’une des constantes de comportement des trotskistes. Pour eux, il s’agit moins de "défense inconditionnelle" de la Russie que de défendre les gouvernements exprimant selon l’appréciation du trotskisme, les "aspirations des masses opprimées" et de promouvoir par la suite un gouvernement ouvrier et paysan. Mais en Asie sud orientale il s’agit bien moins pour les staliniens, répétons-le, de s’emparer d’un pouvoir illusoire que de saboter la production. L’appât qui miroitait aux yeux des trotskistes, c’était au contraire la transformation de Soekarno en Kerenski, l’installation du susdit gouvernement ouvrier et paysan. Dans ces conditions Malakka et les siens ne pouvaient faire autrement que de se rallier à Soekarno, afin de le "dépasser" au cours de l’action, en dénonçant leurs associés comme gouvernants "bourgeois" "traitre à la classe ouvrière" quantitativement minime d’ailleurs en Indonésie.
Un accord donc était en vue, respectant "l’autonomie de la République Indonésienne dans le cadre de l’Union Néerlandaise". Tan Malakka en sera pour ses frais ; mais des centaines d’hommes, résolus à renverser révolutionnairement l’ordre existant, auront été massacrés inutilement. Ceux qui resteront, gangrénés par la collaboration de classe, ou dégoutés de ladite collaboration, seront perdus pour le mouvement révolutionnaire prolétarien. Tels sont les aboutissements concrets du trotskisme : aider à dresser les cadres capitalistes d’État, rejeter les militants révolutionnaires vers ces objectifs stérilisants que sont les revendications économiques des syndicats ou le combat dans les rangs des nationalistes "progressifs" en Chine, au Viet Nam, à Ceylan, en Indonésie.

Appréciation de ces situations.

Ainsi l’offensive lancée par le Kremlin en Extrême-Orient vise surtout à réduire l’importance de cet atout de taille que l’Asie représente dans les mains de la Maison Blanche. Moscou sait que ses hommes au pouvoir se verraient acculés rapidement à négocier avec Washington l’envoi d’équipements industriels et agricoles. Staline peut sans doute, abandonner quelques miettes de la plus-value extraite aux travailleurs dans les pays satellites de la Russie. Décréter en Pologne la suppression du rationnement du pain, décider en Roumanie une nouvelle baisse des prix, allant de 25 à 50%. Mais ces pays sont situés à ses portes, il les tient à la gorge par des créances multiples et des gouvernants à sa dévotion. En Asie, nous l’avons vu, il n’en va pas de même ; Mao-Tsé-tung victorieux devrait entrer dans l’orbite américaine.
La substitution des EU aux vieilles puissances coloniales en Asie – appuyées sur les survivances du féodalisme et sur une bourgeoisie embryonnaire – comme tuteur de bourgeois indigènes s’acheminant vers un système de capitalisme d’État ; telle est la conséquence fondamentale des victoires et de la défaite de l’impérialisme nippon. Les prodromes de la 3ème guerre mondiale, qui se manifestent sous la forme du sabotage stalinien de la croissante emprise américaine sur l’Orient, s’y font ressentir. Moscou sape ainsi les bases même du plan Marshall, en frappant ses sources d’approvisionnement de produits "stratégiques", en détournant maints crédits de leur européenne destination. Laissant demain s’occuper de lui-même, la politique impérialiste russe se contente de ces résultats. Dans cette perspective, le Kremlin entravera les palabres entre Mao et Hong Kong, entre Ho-Khi-Minh et Bao Daï. Les différentes sections du front stalinien seront épurées de leurs éléments "petits bourgeois". L’heure est passée de participations aux gouvernements non entièrement stalinisés. C’est le GUERRE en Grèce, en Chine, au Viet Nam, les guérillas en Malaisie, Birmanie, Indonésie ; ce sont des opérations militaires en France et en Italie.
L’Internationaliste, organe de la Fraction Française de la Gauche Communiste, publie dans son numéro d’Octobre, une analyse, en gros, correcte des rivalités impérialistes en Birmanie et en Malaisie. On pourra cependant lui reprocher l’imprécision de ses conclusions. Le communisme révolutionnaire, écrivent ces camarades ne renaîtra "que lorsque les groupes qui s’efforcent de retrouver une position de classe auront rompu avec les motifs trompeurs de la liberté des peuples à disposer d’eux même". Cette rupture ne s’effectuera pas par une révolution mystique du caractère de classe de ladite idéologie, mais bien par l’étude approfondie des tendances étatique du capitalisme contemporain. Le volontarisme de "construction d’un parti de classe" est pour le présent voué à l’échec. La classe ouvrière, disait Marx, est révolutionnaire ou n’est pas. Aujourd’hui, ni les ouvriers, ni les paysans surexploités ne peuvent se comporter en révolutionnaires conscients. Par la suppression, en Orient, des prérogatives féodales dépassées par l’histoire, par leur lutte menée contre les vieux impérialismes anglais, hollandais et français, staliniens et nationalistes indigènes trouvent une base de masse. La nécessité où se trouvent ces vieux impérialismes, d’abaisser chez eux le niveau de vie ouvrier, cette nécessité fournit aux "progressistes" occidentaux cette même base populaire. Aussi longtemps que cette conjoncture durera, les tenants du capitalisme d’État auront beau jeu de se donner des apparences progressistes et mêmes révolutionnaires. Ils peindront en rouge le nationalisme social-démocrate ou stalinien, la façade de leur "sweating system" [8]. La troisième guerre mondiale les obligeant à abandonner ces apparences pour les tâches fixées par leurs patrons, les superviseurs américains ou russes, peut favoriser une reprise de la conscience révolutionnaire du prolétariat. Alors seulement le capitalisme d’État se démasquera non comme une tendance progressive dans l’histoire, mais comme un produit de la décadence du système capitaliste de la baisse du taux de profit monopoliste et de la centralisation et concentration capitaliste, dans les mains de l’État. Alors seulement le travail, les activités des petits groupes d’avant-garde prolétariens, trouveront un écho dans la classe où l’idéologie du "droit des peuples à leur auto-disposition" ne trompera plus personne.

Cousin

Notes :

[1NdE - Trizone nom donné à la partie ouest de l’Allemagne de 1948 à 1949, constituée par les trois zones d’occupation alliées occidentales (française, britannique et américaine).

[2NdE - Chemin de fer Berlin-Bagdad : voie ferrée de 1 600 km de long, construite entre 1903 et 1940 dans l’Empire ottoman pour assurer la liaison entre Konya (Turquie actuelle) et Bagdad (Irak actuel). Il inclue le chemin de fer anatolien Istanbul-Konya et les voies annexes en Syrie et en Irak, la longueur totale de l’ouvrage atteint 3 205 km, ce qui en fait un des plus grands ouvrages d’infrastructure de l’époque et une des réalisations capitales de l’impérialisme économique allemand. Il se rattache à un ensemble de grands chantiers ferroviaires reliant l’Europe centrale au Levant et où le rôle de l’Allemagne a été prédominant.

[3NdE - Feng Yuxiang ou Feng Yü-hsiang (1882 – 1948), seigneur de la guerre des premières années de la République de Chine. Feng se distingue cependant d’autres seigneurs de la guerre en gouvernant ses domaines avec un mélange de paternalisme chrétien et une discipline militaire (il est célèbre pour avoir baptisé ses troupes avec une lance à incendie) ce qui lui valut le surnom de "Général chrétien". En 1929, Feng contrôle une grande partie de la Chine centrale et du Nord ; mais, sous la pression du gouvernement de Nankin, il doit entamer une guerre civile sanglante désignée sous le nom de Guerre des plaines centrales : allié avec Yan Xishan et Li Zongren, contre Tchang Kaï-chek, il est finalement vaincu par les forces loyales à Nankin.

[4NdE - Soekarno et Hatta proclamèrent l’indépendance de l’Indonésie, le 17 août 1945, deux jours après l’acceptation, par l’empereur japonais, de la capitulation. Soekarno ou Sukarno (1901 – 1970), est le premier président de la République d’Indonésie (1945-1967). Mohammad Hatta (1902-1980).

[5NdE - Yogyakarta, prononcé [dʒok’dʒa’karta], écrit Jogjakarta jusqu’à la réforme orthographique de 1972. En janvier 1946, soit cinq mois à peine après la proclamation de l’indépendance, les Hollandais ont réinvesti Jakarta, forçant le gouvernement indonésien à transférer la capitale à Yogyakarta. Elle le restera jusqu’au transfert formel de la souveraineté le 27 décembre 1949, qui voit la création d’une République des États-Unis d’Indonésie et marque la fin de ce que les Indonésiens appellent la Revolusi, c’est-à-dire la période de conflit armé et diplomatique qui oppose l’Indonésie à son ancien colonisateur.

[6NdE - Tan Malaka ou Ibrahim Datuk Tan Malaka (1897 - 1949) fonde le parti : l’Assemblée du Peuple le 7 novembre 1948 puis abattu trois mois après sa fondation. Il fait figure de robin des bois ou héros populaire dans un certain nombre de romans, notamment L’Ami rouge écrits par Matu Mona. Raden Achmad Soebardjo Djojoadisoerjo (1896 – 1978). Le 18 Août 1945, Soebardjo devient secrétaire d’État du premier cabinet, puis ministre des Affaires étrangères en 1951 - 1952. Il devient ambassadeur de la République d’Indonésie en Suisse en 1957 – 1961.

[7NdE - En 1948, des militaires sympathisants du Partai Komunis Indonesia (PKI, le parti communiste indonésien) occupent la ville de Madiun à Java Est. L’insurrection sera réprimée rapidement.

[8NdE - Terme utilisé au début du capitalisme et la révolution industrielle quand les prolétaires travaillaient plus de 10 heures par jour et où les conditions d’exploitation étaient exécrables. Sweat = suer – d’où l’expression "faire suer" les travailleurs.




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