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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Propriété et capital (suite)
{Internationalisme}, n° 42, février 1949
Article mis en ligne le 1er novembre 2015
dernière modification le 23 octobre 2015

par ArchivesAutonomies
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3 - LES BUTS DE LA REVENDICATION SOCIALISTE.

Tout en conservant la division technique du travail et la concentration des forces productives engendrées par le capitalisme, la lutte de la classe des salariés contre la bourgeoisie capitaliste a pour objectif d’abolir en même temps que l’appropriation patronale des produits et la propriété privée des moyens de production et d’échange, le système de production par entreprises et le système de distribution mercantile et monétaire, puisque le système d’exploitation et d’oppression constitué par le salariat ne cesse qu’avec la disparition de ces systèmes. (idem que dans le numéro précédent, on trouve ce passage dans la traduction de Programme Communiste)

Avant d’entrer dans cette recherche qui concerne les institutions juridiques de la propriété qui accompagnent l’histoire de l’économie capitaliste, il est nécessaire de rappeler quels ont toujours été les termes véritables de la grande revendication socialiste.
Historiquement, celle-ci consiste dans le mouvement qui depuis sa naissance attaque les fondements sociaux du régime et du système capitaliste (nous laissons ici de côté les allusions littéraires et philosophiques sur le communisme des biens dans les régimes pré-bourgeois dès l’antiquité, qui se rattachaient aussi à des bouleversements de classes). Mouvement de critique et de combat dont la forme complète n’est pas séparable de l’intervention effective dans les luttes sociales de la classe ouvrière salariée et de son organisation en parti de classe international faisant sienne la doctrine du Manifeste des communistes et de Marx.
La revendication socialiste, énoncée des millions de fois dans les pages de livres théoriques ou dans les modestes paroles de discours ou de petits journaux de propagande, ne peut être vivante et réelle en dehors de la méthode dialectique du marxisme, en même temps dans sa simple évidence et sa puissante profondeur.
Le cri de protestation contre les injustices, les inégalités, les infamies dont le régime capitaliste est pétri ne suffit pas à établir ce qu’est la revendication socialiste du prolétariat. C’est dans ce sens que furent insuffisantes les innombrables positions pseudo-socialistes ou semi-socialistes de philanthropes humanitaires, d’utopistes, de libertaires, d’apôtres, plus ou moins excités par des éthiques et des mystiques sociales nouvelles.
Le cri du prolétariat et du marxisme devant le régime bourgeois n’est pas un "Vade retro Satanas !". Il est en même temps une bienvenue et, à une certaine époque historique, une offre d’alliance, puis une déclaration de guerre, puis une menace de destruction. Position incompréhensible pour tous ceux qui fondent l’explication de d’histoire et des luttes qu’elle a connues sur des croyances religieuses et des systèmes moraux ou, plus généralement, sur des méthodes non-scientifiques et inconsciemment métaphysiques qui cherchent dans chaque événement et à chaque stade de l’histoire de la société humaine le rôle de certains critères fixes, dûment affublés de majuscules, comme le Bien, le Mal, la Justice, la Violence, la Liberté, l’Autorité...
Parmi les caractéristiques d’organisation sociale que le capitalisme a réalisées à son avènement, il en est certaines que non seulement le socialisme accepte, mais sans lesquelles il ne pourrait même pas exister, tandis que d’autres sont des formes et des structures qu’il se propose d’anéantir.
Ses revendications seront donc définies en se rapportant aux différents points dans lesquels nous avons récapitulé les éléments typiques, les caractères distinctifs du capitalisme au moment de sa victoire. Celle-ci est une révolution et c’est la première condition historique générale du régime pour lequel les socialistes lutteront. La prise de position anticapitaliste quasi-immédiate, si radicale et ouverte qu’elle soit, n’a pas le caractère d’une apologie et d’une restauration des conditions et des formes précapitalistes. Il faut aujourd’hui rétablir clairement tout ceci, même si cela fait plus d’un siècle que notre école réitèrent ses efforts en ce sens, dans la mesure où à chaque pas de la lutte de classe, de dangereuses déviations ont donné naissance à des mouvements et des doctrines qui falsifiaient des positions essentielles du socialisme révolutionnaire.
Dans le chapitre précédent nous avons tout d’abord rappelé les caractères technico-organisatifs bien connus de la production capitaliste par opposition à la production artisanale et féodale. Dans leur ensemble ces caractères sont conservés et intégralement revendiqués par le mouvement socialiste. La collaboration de nombreux ouvriers à la production d’un même type d’objet, la division ultérieure du travail, c’est-à-dire la répartition des travailleurs dans des phases diverses et successives de la fabrication d’un même produit, l’introduction de toutes les ressources de la science appliquée - machines motrices et machines-outils - dans la technique productive : tels sont les apports de l’époque capitaliste auxquels nous ne nous proposons certes pas de renoncer et qui seront au contraire la base de la nouvelle organisation socialiste. Le fait que les procédés techniques aient été débarrassés du mystère, du secret et des exclusivités corporatives est un autre acquis important et irréversible car, pour le déterminisme, il constitue la base solide pour que la science, avec toutes les difficultés, se dégage des antiques mixtures de sorcellerie, de religion, et de philosophies.
La démonstration que la bourgeoisie n’est arrivée à ces résultats que par des méthodes barbares et en précipitant les masses productrices dans la misère et l’esclavage du salariat reste toujours un point fondamental. Mais cela ne signifie certainement pas que nous nous proposions pour autant de retourner à la libre production de l’artisan autonome.
Spoliés de toute possession, l’artisan et le petit agriculteur furent réduits à l’état de salariés plongés dans la misère tandis que leurs résistances étaient étouffées par la violence. Mais les nouveaux critères d’organisation de l’effort productif permettaient d’en augmenter le résultat et le rendement dans le sens social. Malgré les prélèvements effectués par le patron industriel, les masses eurent la possibilité, à l’échelle générale, de satisfaire des besoins nouveaux et plus variés avec le même temps de travail (2). Avant même de considérer les énormes avantages de la division du travail et du machinisme pour le rendement productif, nous retenons comme un acquis définitif sur lequel il ne peut être question de revenir, la simple économie de frais de transports, d’opérations commerciales et de gestion engendrée par la manufacture par rapport aux petites échoppes des artisans. Chaque artisan était son propre caissier, placier, comptable, et commis : c’était un énorme gaspillage de temps de travail, alors que dans la grande usine un seul employé sur cent ouvriers est occupé à ces fonctions. Toute proposition tendant à éparpiller à nouveau les forces productives concentrées par le capital est réactionnaire aux yeux des socialistes. Et par forces productives, nous n’entendons pas seulement les travailleurs dont nous venons de parler, mais naturellement aussi la masse des matières à travailler et travaillées, les instruments de travail et toutes les installations modernes complexes qui sont nécessaires à la production de masse en série.
Ce n’est pas une digression de souligner qu’en acceptant la concentration progressive des installations et des lieux de travail en opposition à l’économie basée sur des petites entreprises, la revendication socialiste n’accepte pas pour autant cette conséquence du système capitaliste qui consiste dans l’industrialisation accélérée de certaines zones, et l’abandon d’autres zones à des conditions arriérées, que l’on considère le rapport de pays à pays à celui de la ville à la campagne. Historiquement ce rapport subsiste tant que le régime bourgeois n’a pas épuisé sa phase de spoliation des anciens producteurs et leur réduction à l’état de salariés non possédants. Dialectiquement, la revendication socialiste ne peut pas ne pas s’appuyer sur la fonction révolutionnaire dirigeante des ouvriers urbanisés par le capitalisme en masses importantes, mais elle tend à la diffusion partout des moyens techniques et de la vie moderne plus riche de manifestations, conformément à ce que disait déjà le Manifeste au point 9 de son programme immédiat "mesures pour supprimer progressivement les différences entre ville et campagne" - ce qui n’est aucunement en opposition avec toutes les autres mesures d’organisation nettement centralisatrices. Le même critère guide la prise de position socialiste à propos des rapports entre les métropoles et les colonies qui veulent se soustraire à l’exploitation des premières, sans oublier que seuls les développements du capitalisme ont pu accélérer de siècles entiers ce résultat, bien que dans ce domaine toutes les limites des méthodes de conquête les plus brutales aient été dépassées.
Héritant donc de la révolution capitaliste l’énorme développement des forces de production, les socialistes se proposent de révolutionner l’édifice correspondant des formes et des rapports de production qui se reflète dans les institutions juridiques ; et ceci après avoir accepté que le "Quart État", les prolétaires aient combattu en alliance avec la bourgeoisie luttant pour briser les formes et les institutions du régime précédent, pour établir et consolider les siennes propres et les étendre aussi bien au monde avancé qu’arriéré. Mais dans quel sens notre revendication historique comporte-t-elle l’abattement et le dépassement de ces formes ?
La révolution capitaliste dans la production a séparé violemment les travailleurs de leurs produits, de leurs instruments de travail et de tous leurs moyens de production, en ce sens qu’elle a supprimé leur droit d’en disposer directement et personnellement. Le socialisme condamne cette spoliation, mais ce n’est certes pas pour restituer à chaque artisan ses outils et le produit qu’il a fabriqué avec eux, pour qu’il aille sur le marché l’échanger contre des moyens de subsistance. En un certain sens, la séparation brutalement effectuée par le capitalisme est historiquement définitive. Mais dans notre perspective dialectique, cette séparation sera dépassée sur un plan supérieur et plus vaste. L’artisan libre et autonome disposait individuellement des outils et des produits ; puis ils sont passés à la disposition du patron capitaliste. Ils devront revenir à la disposition de la classe des producteurs. Ce sera une disposition sociale et non plus individuelle, ni même corporative. Ce ne sera plus une forme de propriété, mais une forme d’organisation technique générale et si nous voulions préciser les choses dès maintenant, nous devrions parler de disposition de la part de la société et non d’une classe, puisque cette organisation tend à un type de société sans classes.
De toutes façons, sans pour l’instant parler de disposition et de "propriété" de l’individu sur l’objet qu’il va consommer, nous ne pouvons inclure dans la revendication socialiste l’arbitraire personnel du travailleur sur l’objet qu’il a fabriqué.
Si l’ouvrier d’une usine de chaussures en régime bourgeois, emporte une paire de chaussures, il n’évitera pas la prison en démontrant qu’elles correspondaient bien à sa pointure et encore moins s’il entend au contraire les vendre pour avoir, disons du pain. Le socialisme ne consistera pas à permettre à l’ouvrier de sortir de l’usine avec une paire de chaussures en bandoulière, et ceci, non pas parce qu’elles auraient été volées au patron, mais parce que cela constituerait un système ridiculement lent et lourd de distribution des chaussures à tous. Avant de voir là un problème de droit ou de morale, nous y voyons un problème technique concret : il suffira pour s’en convaincre de penser aux ouvriers d’une fabrique de roues de chemins de fer ou, pour illustrer de façon encore plus évidente la révolution à laquelle conduisent les transformations de la technique et de la vie, à ceux d’une centrale électrique ou d’une station de radio, qui, comme dans cent autres cas, n’ont aucun motif pour être fouillés à la sortie.
Or la question du droit de propriété sur le produit fini ou semi-fini est en réalité la question cruciale, beaucoup plus importante que la propriété des instruments de production, des usines, des ateliers ou des installations quelles qu’elles soient.
La véritable caractéristique du capitalisme est l’attribution à un patron privé des produits et en conséquence de la possibilité de les vendre sur le marché. En général, au début de l’époque bourgeoise, cette attribution dérive de celle de la manufacture, de la fabrique, de l’établissement à un particulier qui en est le titulaire, le capitaliste industriel ; juridiquement cette attribution a une forme analogue à celle de la propriété du sol ou des immeubles.
Mais cette propriété privée individuelle est un fait statique, formel, c’est le paravent du vieux rapport qui nous intéresse, qui, lui, est dynamique et dialectique et qui consiste dans le mouvement de la production, dans l’enchaînement incessant des cycles économiques.
C’est pourquoi la revendication socialiste propose de supprimer l’attribution des produits du travail collectif à un propriétaire unique, chef de l’entreprise et libre de les vendre à son gré, alors qu’elle devait accepter le remplacement du travail individuel par le travail associé. Ce postulat relatif à toute la dynamique industrielle s’exprime logiquement comme l’abolition du libre droit privé de l’industriel sur l’installation productive.
Cette formulation est pourtant incomplète, même sur le plan auquel nous nous limitons dans ce paragraphe, c’est-à-dire sur le plan du contenu négatif et destructeur de la position économique du socialisme ; nous ne traitons pas encore du type d’organisation productive et distributive du régime socialiste et du chemin à parcourir pour y arriver, dans le domaine des mesures économiques comme de la lutte politique.
La formulation est incomplète parce que tout en précisant que nous sommes pour le dépassement de l’attribution de tous les produits manufacturés dans une usine au seul patron de celle-ci et de ceux-là, elle ne dit pas ce que nous voulons que deviennent les autres formes propres à l’économie capitaliste.
En fait, l’économie capitaliste n’a été possible que dans la mesure où la séparation des travailleurs et des moyens de production a trouvé un appareil de distribution mercantile déjà en fonction qui permettait au capitaliste de porter les produits sur le marché et de créer le système du salaire, en donnant aux ouvriers une partie des sommes encaissées afin qu’ils puissent se procurer sur ce même marché leurs moyens de subsistance. L’artisan abordait le marché comme vendeur et acheteur, le salarié le peut seulement comme acheteur et avec des moyens limités par la loi de la plus-value.
La revendication socialiste classique consiste dans l’abolition du salariat. Seule l’abolition du salariat implique l’abolition du capitalisme. Mais ne pouvant abolir le salariat dans le sens où l’on rendrait au travailleur la physionomie absurde et rétrograde de vendeur de son produit, le socialisme revendique dès l’origine l’abolition de l’économie de marché.
La forme mercantile de la distribution a précédé, comme nous l’avons déjà rappelé, le capitalisme ; elle existait dans toutes les économies différentiées antérieures, en remontant jusqu’à celle où existait un marché des personnes humaines (esclavage).
Economie mercantile moderne veut dire économie monétaire. La revendication socialiste anti-mercantile implique donc aussi l’abolition de la monnaie comme moyen d’échange et comme moyen de formation pratique des capitaux
Dans un cadre de distribution mercantile et monétaire, le capitalisme tend inévitablement à resurgir. Si ce n’était pas vrai, il faudrait déchirer toutes les pages du Capital de Marx.
Tous les textes du marxisme et en particulier les polémiques de Marx contre Proudhon et contre toutes les formes de socialisme petit-bourgeois se prononcent contre le mercantilisme. C’est un mérite du programme communiste rédigé par Boukharine, malgré la prolixité de son texte, d’avoir remis pleinement en lumière ce point essentiel.
Mais à la fin du paragraphe précédent, nous avons établi un troisième point qui distingue le capitalisme des régimes qu’il a vaincus : le produit du produit du travail des ouvriers est amputé d’une forte fraction représentant le profit patronal, et surtout une partie importante de cette fraction est consacrée à l’accumulation d’un nouveau capital.
Il est évident qu’en retirant au patron bourgeois le droit de disposer du produit et de le porter au marché, la revendication socialiste lui retire son droit de propriété sur l’usine et en même temps la disposition de la plus-value et du profit. Elle a proclamé il y a plus d’un siècle que l’on pouvait abolir le salariat, ce qui signifie dépasser l’économie du marché connue jusqu’alors. En détruisant le marché sur lequel le petit artisan du Moyen-âge se présentait timidement avec quelques articles manufacturés, et où les produits du travail associé moderne arrivent avec leur caractère capitaliste de marchandises, il est tout aussi évident que l’on détruit également le marché des instruments de production et le marché des capitaux, donc l’accumulation du capital.
Mais tout ceci ne suffit pas encore.
Nous avons déjà dit que dans le processus d’accumulation il y a un aspect social. Nous avons rappelé que dans la propagande sentimentale - et qui parmi nous, socialistes, n’en a pas abusé ? - nous mettions en avant l’injustice que constituent, face à une justice distributive abstraite, les prélèvements effectués par le capitaliste sur la plus-value en vue de sa consommation ou de celle de sa famille, et qui lui permettaient un niveau de vie bien supérieur à celui des travailleurs. Abolition du profit, avions-nous donc l’habitude de crier, et c’était parfaitement juste. Aussi juste qu’insuffisant. Depuis cent ans, les économistes bourgeois nous refont un calcul d’où il ressort que le revenu national entier d’un pays donné divisé par le nombre de ses habitants ne donnerait à chacun qu’un niveau de vie à peine supérieur à celui de l’humble ouvrier. Le calcul est exact, mais sa réfutation est aussi vieille que le socialisme lui-même, même si on ne trouvera jamais un économiste bourgeois capable de la comprendre.
Les diverses sommes que le capitaliste met de côté avant de prélever la dernière part qui servira à ses plaisirs ont, dans une certaine mesure, un but rationnel et social. Dans une économie collective aussi, il faudra mettre de côté des produits et des instruments en quantité suffisante pour assurer le maintien et le progrès de l’organisation générale. Dans un certain sens, il y aura une accumulation sociale.
Dirons-nous alors, que nous, socialistes, nous voulons remplacer l’accumulation privée par l’accumulation sociale ? Cela ne suffirait pas. Si la consommation d’une partie de la plus-value par le capitaliste est un fait privé, dont nous réclamons l’abolition, mais qui a quantitativement peu de poids, l’accumulation, même capitaliste, est au contraire un fait déjà social, un facteur tendanciellement utile à tous sur le plan social.
Les vieilles économies qui se contentaient de thésauriser sont restées immobiles pendant des milliers d’années, tandis qu’en accumulant, l’économie capitaliste a centuplé les forces de production en quelques dizaines d’années, travaillant ainsi pour notre révolution.
Mais l’anarchie que Marx impute au régime capitaliste réside dans le fait que le capitaliste accumule par entreprise, par usine, entreprises et usines qui agissent et vivent dans un cadre mercantile.
Ce système (nous verrons mieux par la suite avec quelques exemples cette thèse économico-technique difficile mais fondamentale) ne s’organise pas autrement qu’en fonction du profit maximum de l’entreprise, ce qui souvent ne s’obtient qu’en diminuant les profits d’autres entreprises. Au départ, et ici les économistes classiques de l’école bourgeoise avaient raison, la supériorité de la grande entreprise organisée sur la super-anarchie de la petite production conduisait à un rendement tellement supérieur que, outre le profit du capitaliste et le large prélèvement destiné à de nouvelles installations et de nouveaux progrès, l’ouvrier de l’industrie évoluée pouvait mettre sur sa table des plats inconnus du petit artisan.
Mais chaque entreprise courant au profit maximum, chacune enfermée dans sa comptabilité de dépenses et de recettes du marché, les problèmes du rendement général du travail humain ont été mal résolus au cours du développement, et même résolus à l’envers.
Le système capitaliste empêche de poser le problème qui consiste à élever au maximum non le profit, mais le produit à égalité d’efforts et de temps de travail, afin qu’une fois prélevée la fraction nécessaire à l’accumulation sociale, il soit possible d’augmenter la consommation et de réduire le travail, l’effort de travail, l’obligation du travail. Soucieux uniquement de vendre à prix élevé le produit de l’entreprise et de payer le moins cher possible les produits des autres, le système capitaliste ne peut arriver à une adaptation générale de la production à la consommation, et il tombe dans des crises successives.
Par conséquent la revendication socialiste se propose d’abattre non seulement le droit et l’économie de la propriété privée, mais en même temps l’économie de marché et l’économie d’entreprise.
C’est seulement lorsqu’on tendra à dépasser les trois formes de l’économie actuelle : propriété privée des produits, marché monétaire, et organisation de la production par entreprises qu’il sera possible de dire que l’on va vers l’organisation socialiste.
Il s’agit maintenant de voir comment la revendication socialiste tombe quand on en supprime un seul terme. Le critère de l’économie privée individuelle et personnelle peut être largement dépassé même en plein capitalisme. Nous combattons le capitalisme comme classe, et pas seulement les capitalistes en tant qu’individus. Il y a capitalisme aussi longtemps que les produits sont portés sur le marché ou au moins "comptabilisés" à l’actif de l’entreprise, considérée comme îlot économique distinct, même très grand, tandis que la rétribution du travail est portée à son passif.
L’économie bourgeoise est une économie en partie double. L’individu bourgeois n’est pas un homme, c’est une maison de commerce. Nous voulons détruire toutes les maisons de commerce. Nous voulons supprimer l’économie en partie double, fonder l’économie en partie simple, que l’histoire connaissait déjà à l’époque où le troglodyte sortait pour cueillir autant de noix de coco qu’il y avait de compagnons dans la caverne, avec ses mains pour seul instrument.
Tout ceci, nous le savions déjà en 1848, ce qui ne nous empêche pas de continuer à le dire avec une ardeur juvénile.
Nous verrons plus loin que pendant ces cents ans il s’est passé beaucoup de choses dans le jeu des rapports que nous avons examinés ; mais toutes ces choses ont encore renforcé notre détermination à soutenir les mêmes thèses.
Après avoir averti le lecteur que sous le socialisme même le pronom général devient un pronom social.

A. Orso

NdE : Par la suite en 1948 sera rajoutée une quatrième partie : La propriété rurale : LA RÉVOLUTION BOURGEOISE ET LA PROPRIÉTÉ DES BIENS IMMOBILIERS.




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