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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La perspective de barbarie (suite)
{Internationalisme}, n° 42, février 1949
Article mis en ligne le 1er novembre 2015
dernière modification le 23 octobre 2015

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II - La phase concurrentielle du capitalisme (période ascendante)

Cette parenthèse fermée, abordons maintenant les trois phases : concurrence, monopole, capitalisme d’État, qu’a traversé successivement la société moderne. C’est en les passant en revue qu’on pourra comprendre la dernière d’entre elles : le Capitalisme d’État. Précisément, l’enseignement du texte d’Engels qu’on vient de citer est de montrer que la première phase traçait en quelque sorte à l’avance les lignes de force des deux qui lui ont succédé. Seulement, puisque d’un côté il faut avoir la prudence de ne pas voir chez Engels une sorte "d’anticipation", et que de l’autre nous avons aujourd’hui une expérience plus étendue que la sienne, il faut reprendre les phénomènes qu’il avait annoncés, mais en le faisant cette fois-ci a posteriori d’après l’histoire. Ce qu’Engels annonçait en termes très simples il y a fort longtemps nous devons aujourd’hui le concrétiser, le préciser d’après l’expérience qui désormais existe, et enfin le placer dans le cadre de l’historique réel tel qu’il apparaît de nos jours. De plus il faut situer l’évolution économique par rapport aux conditions de l’accumulation, au moins dans les grandes lignes car en définitive elles commandent la vie phénoménale du capitalisme. Et dans le même temps aussi il faut retracer l’évolution parallèle de l’État dans ses rapports avec la classe capitaliste puisque l’achèvement ultime atteint à la fusion de l’État et du Capital. En apparence on donnera peut-être l’impression de rabâcher des choses bien connues – quoi de plus familier en effet que le capitalisme concurrentiel ou le capitalisme des monopoles -. En réalité on atteindra à une véritable idée d’ensemble, permettant une meilleure conception qu’autrefois puisqu’on pourra restituer le passé en fonction de son aboutissement présent.

On doit donc commencer par récapituler les caractères spécifiques du Capitalisme dans sa première période ; la période concurrentielle ou période ascendante, puis en s’en tenant toujours aux caractères ainsi dégagés, montrer ce qu’ils sont devenus avec les autres périodes. Il restera entendu qu’on s’astreindra à respecter une sorte de perspective dans laquelle apparaîtra la logique économique selon laquelle on passe de l’une à l’autre. Il est bien évident que ce n’est pas par hasard si les caractères de la première période (concurrentielle) feront ainsi figure de caractères fondamentaux du capitalisme par rapport auxquels les formes ultérieures sont seulement dérivées. Il est vrai que dans toutes les sciences qui considèrent une succession historique, c’est à partir de la phase la plus achevée d’une suite de structures représentant une évolution qu’on peut comprendre (par exemple, c’est l’homme, dit Marx, qui permet de comprendre le singe, et non pas l’inverse). Mais il est aussi vrai que les périodes de développement établissent les caractères dont se déduisent les formes postérieures qui en dérivent (biologiquement c’est le singe qui explique l’homme). Ce principe très général vaut particulièrement dans l’histoire du capitalisme. En effet, d’un part le capitalisme d’État permet aujourd’hui, et bien après coup, de comprendre les formes premières, classiques, du régime, dans ses conditions de propriété privée et de concurrence, et ceci bien mieux qu’il n’en était dans le passé. Parce qu’il les enrichit d’une perspective historique. Mais d’autres part, il contraint à se référer aux caractères spécifiques de ces conditions premières parce qu’elles fournissent seules les catégories économiques d’où une théorie du capitalisme en général est possible comme cela se voit chez Smith, chez Ricardo et chez Marx dans le Capital. Au cours de la période classique (concurrentielle) du capitalisme, les normes essentielles du régime se sont établies. Ce sont bien ces normes qui ont conditionné son devenir à partir de là. Elles forment le cadre de la loi capitaliste de la valeur, laquelle traduit la transformation de la force de travail en marchandise et sa consommation par le Capital. Cette loi de la valeur, loi spécifique du régime capitaliste, le distingue de tout régime passé et à venir de l’histoire, et par conséquent c’est seulement par rapport à elle qu’on peut expliquer et interpréter les phases monopolistes et étatiques, en considérant la manière dont elle opère dans chacune d’entre elles.

Les conditions de la période concurrentielle furent celle d’un développement sans entraves des forces productrices et des luttes révolutionnaires de la bourgeoisie pour la domination économique et politique de la société. Cette période peut être caractérisée par les termes suivants :

1° - PROPRIETE PRIVEE. – Chaque entrepreneur est propriétaire de ses moyens de production. Il est capitaliste et technicien. Il dirige l’ensemble de l’entreprise sur tous les plans. C’est "l’Entrepreneur" de Saint-Simon. L’héritage assure la transmission des entreprises et des biens de main en main d’une génération à l’autre.

2° - CONCURRENCE. – Le capitalisme individuel travaille pour le marché. Les produits sont échangés, ils deviennent "marchandises". Le capitaliste recherche le profit maximum. Il produit pour le profit, non pour obtenir des valeurs d’usage (dont il a personnellement besoin). La masse des profits résultant de toutes les productions réunies se répartit à l’échelle sociale en profits d’entrepreneur (industriel et commercial), intérêt et rente et ceux-ci apparaissent une fois répartis, comme un rapport du Capital argent individuel engagé. C’est (individuellement) "la production pour la production". Il n’y a pas entre les capitalistes d’associations assurant la maitrise du marché à quelques uns. Les coalitions d’intérêts sont interdites. Les valeurs s’ajustent par le mécanisme des prix libres. Les firmes surgissent et disparaissent par le mécanisme libre (correspondant à celui des prix) de l’entreprise et de la faillite.

3° - CREATION D’UN MARCHE MONDIAL. – A cette époque le but historique assigné à la bourgeoisie, semble être la création d’un marché mondial (Marx). Les diverses régions du monde entrent dans la formation d’un marché commun. Les tarifs douaniers tendent à baisser par rapport au passé (capitalisme commercial) pour devenir (à des niveaux très bas) purement compensateurs. Ils égalisaient les conditions de ressources naturelles de développement ou d’âge des industries des diverses nations. La libre circulation tend à s’élargir constamment de pays à pays, aussi bien pour les marchandises que pour les hommes (capitalistes et ouvriers) et les capitaux. L’étalon-or international fournit le moyen stable de mesure permettant le marché mondial et son développement. Les capitaux se transfèrent de pays à pays et s’investissent d’après la loi du taux différentiel du profit (là où le profit est le plus élevé). Sur cette base, il se dégage une profonde division internationale du travail, condition même du marché mondial, division qui se recoupe avec celle en catégories distributives du capital (pays d’entreprise, d’intérêt, de rente foncière, etc…)

4° - RENTABILITE. – Chaque entreprise doit assurer individuellement la couverture des frais de production, plus le profit. Toute entreprise en perte disparaît.

5° - PROLETARISATION. – La tendance naturelle du capital est à la concentration dans le cadre de la concurrence. Il y a élimination des petits producteurs par les gros. Une masse croissante d’individus sont transformés en prolétaires.

6° - LOI DE LA VALEUR. - L’économie travaille sur des prix et pour la formation du profit. Mais en réalité, prix et profits ne sont que des formes déviées des valeurs représentées et mesurées par les quantités de travail dépensées dans la production. Tout se passe comme si la masse du travail dépensé par la société reproduisait (capital constant et variable) et élargissait (plus-value) le capital social, somme des capitaux (machines et matières) possédées par l’ensemble des capitalistes individuels. Ce procès fournit une plus-value sociale globale qui est partagée entre tous les capitalistes individuels en fonction des capitaux que chacun a engagés et sur la base d’un profit moyen qui se forme par péréquation. Le mouvement est commandé par les rapports entre les masses sociales de capital variable, capital constant et plus-value, assurant la reproduction et l’élargissement de la force de travail sociale en même temps que ceux des moyens de production qu’elle met en œuvre, ce qui ajuste la production ce ces derniers à celle des biens consommables (la Branche I s’ajuste à la Branche II de la production). Il y a (socialement) production pour la consommation. Les ajustements ainsi réalisés dans l’anarchie de la propriété privée, et selon la LIO (cachée) de la Valeur, s’opèrent par le déroulement successif de crises cycliques.

7° - NON INTERVENTION.- La société capitaliste étant divisée en classes, les tâches de gestion communes à la société sont l’œuvre d’un organisme spécialement délégué pour cela : l’État.

La société civile se fondant sur la propriété privée, l’ État qui administre en vertu de cette délégation – ne possède pas – n’est pas propriétaire – (du moins à l’échelle de la société) – et c’est un appareil auxiliaire de répression entretenu "hors" de la société, sur une sorte de cotisation des capitalistes, prélevée sur la plus-value (l’impôt) (et l’emprunt pratiqué en bourse) aussi est-il leur État, l’instrument de la répression qu’ils exercent sur la classe ouvrière pour la maintenir dans l’exploitation et contenir sa tendance à l’émancipation. Il tombe sous le contrôle de la classe bourgeoise économiquement la plus forte dans la Société, ou arbitre deux classes bourgeoises de poids égal. Son rôle est alors de tracer le cadre juridique (les lois) approprié à la vie et à la perpétuation du régime capitaliste (droit de succession) et au maintien de l’exploitation sur laquelle il est fondé (appareil judiciaire). Il maintient ce cadre sans y intervenir et contraint de l’extérieur les exploités à rester dans l’exploitation, à l’aide de forces de répression physiques organisées par lui (police, armée). De plus, il est l’instrument de la lutte, soit entre les différentes fractions nationales de la bourgeoisie mondiale. Car le caractère de la production capitaliste est d’être, dans le cadre d’un marché mondial, divisé en nations.

Quant à la gestion de l’État elle peut prendre une double forme. Dans un cas l’État fait lui-même les lois et les applique, et il assure la gestion de la société en son propre nom pour le compte des capitalistes (Dictature). Dans l’autre, les lois sont l’œuvre des représentants élus des classes bourgeoisies (Parlement) qui, en même temps limitent les pouvoirs propres de l’appareil (la propriété) et sur les personnes, c’est à dire au premier chef les capitalistes (Démocratie). Le prolétariat peut être admis à faire entendre sa voix dans le cadre parlementaire (suffrage universel) dans la mesure où cela laisse sans danger le régime social lui-même. Dans le cadre démocratique, les différentes classes s’expriment politiquement (c’est à dire par rapport à l’État), sur le plan parlementaire ou autre, par l’intermédiaire de Partis. Ceux-ci matérialisent la conscience active des classes. Ils représentent des milieux politiques très faibles par le nombre, l’essentiel de la vie sociale se passant dans la société civile. Dans cette période le temps travaille pour la Démocratie. En effet, le développement de la Révolution Bourgeoise amène la consolidation du système démocratique avec suffrage universel, au fur et à mesure que s’étendent la domination du capital et le marché mondial.

III - La phase monopoliste du capitalisme (première période de décadence)

Avec la fin du XIXème siècle, c’est à dire après que furent terminées les révolutions bourgeoises de l’Europe occidentale et de l’Amérique du Nord, commença une nouvelle phase du Capitalisme : le cadre concurrentiel laissa la place au monopole. Ainsi le voulait la loi de l’accumulation capitaliste. Cette loi impliquait en effet l’accroissement permanent de la composition organique du capital (rapport du capital constant au capital variable), et la tendance simultanée des capitaux à la concentration et à la centralisation. Ce qui veut dire que pour travailler, le capital devait atteindre chaque jour à cette époque une dimension plus grande dans chacune des entreprises, tendance qui avait pour effet d’en réduire le nombre. Naturellement dans chaque pays, le mouvement d’après lequel le nombre des entreprises allait en diminuant et le poids économique de celles qui subsistaient, en croissant, tendit à réduire les pouvoirs de la production à quelques formations peu nombreuses et très puissantes du capital individuel, ce qui aboutit à placer l’économie sous le contrôle de quelques-uns. La concurrence engendrait le monopole qui s’établit par des trusts et des cartels. En opérant ainsi, le capital résolvait les tâches imposées par l’accroissement de sa propre position organique.

La période des monopoles a produit un gigantesque développement économique, mais en même temps posé, par les conditions mêmes de ce développement, les prémices de la décadence du capitalisme. Cette période qui, en gros, s’est étendue jusqu’à la première guerre mondiale et la crise de 1930, peut-être, par rapport à celle de la concurrence, caractérisée par les termes suivants :

1° - MODIFICATION DES RAPPORTS INTERNES DU CAPITAL. L’élargissement de l’accumulation atteint un palier. La composition organique du capital social est alors d’une dimension telle que la formation de plus-value ne serait plus suffisante pour maintenir le rythme antérieur d’accumulation si les conditions de concurrence étaient maintenues. Le capital se concentre à une vitesse accélérée.

2° - SOCIALISATION CAPITALISTE DE LA PROPRIETE PRIVEE. La concentration du capital provoquée par l’élévation de la composition organique, exige pour chaque unité de production, la mobilisation de ressources considérables qui, détenues par les capitalistes individuels dispersés, ne pourraient plus atteindre une dimension suffisante chez chacun. La société de capitaux pouvant grouper les capitaux isolés succède au capitaliste individuel. Elle devient propriété de l’Action, elle-même part sociale à une propriété privée. La propriété reste privée dans son essence.

3° - RESTRICTION DE LA CONCURRENCE. La socialisation capitaliste de la propriété privée conduit à son regroupement par un nombre réduit de capitalistes. La propriété de l’Action permet en effet à ceux qui en détiennent un nombre même minoritaire, de contrôler la propriété des moyens de production de nombreuses entreprises. Le monopole réalisé par le regroupement des Actions succède donc à la concurrence, engendrée par elle. Des trusts se forment qui regroupent et combinent d’importants complexes de production. Les entreprises qu’ils n’incorporent pas d’une manière directe sont en même temps regroupées en cartels, ou ententes monopolistes. Les coalitions d’intérêts (trusts et cartels combinés) dominent le marché. Les prix sont établis par le monopole qui "fait" le marché, et en ce sens cesse de produire pour lui. Dès lors on ne produit plus au hasard, "pour produire", mais au contraire pour un marché calculé (quotas monopolistes) sur lequel on règle la production (restreinte). C’est une esquisse – très embryonnaire – d’un plan. Mais c’est un plan qui a pour office de contrecarrer le développement des forces productives pourtant stimulées par ailleurs par le monopole, puisqu’il est fonction de quotas restrictifs. Ce système ouvre donc pour la première fois un cours de décadence capitaliste pour le moment où le monopole, une fois la stimulation initiale passée, conduit à la sclérose des forces productives existantes. D’autre part, les prix cessant d’être libres, les valeurs ne peuvent s’ajuster. Le développement monopoliste détraque (en même temps que les prix libres) le mécanisme libre de l’entreprise et de la faillite. L’accès à la production et l’élimination des capitalistes individuels ne sont plus ouverts. C’est que le monopole consolide les positions acquises et maintient avec ses prix artificiels (qui viennent compenser la réduction que les rapports accrus du capital constant au capital variable infligeaient au taux de profit moyen) les entreprises non rentables. Contrairement à ce qui se passait à l’époque de la concurrence – laquelle conduisait à une sorte de sélection naturelle. Il y a désormais exploitation des petites exploitations par les grosses, sans expropriation.

4° - EPANOUISSEMENT ET CLOISONNEMENT DU MARCHE MONDIAL. L’essor du marché mondial se poursuit sous l’impulsion des forces productives. Les échanges internationaux s’accroissent considérablement en volume et en valeur, et avec eux la solidarité économique des différents pays. La monopolisation prend un cadre et un essor international. Le monopole dans chaque pays culmine en trusts et en cartels internationaux. Ces derniers se resserrent ou se relâchent selon les fluctuations des crises cycliques.

Cependant dans le même temps qu’il simplifie puissamment les échanges, le monopole érige rapidement des barrières douanières constamment rehaussées, les barrières sont nécessaires pour que chaque élément national du réseau mondial des monopoles établisse ses assises. Le marché mondial, tout en se développant, tend donc à se cloisonner.

C’est l’étalon-or qui continue à assurer le lien entre les États, jusqu’au moment où, avec la guerre de 1914 et la montée du capitalisme (monopoliste) américain sur le plan mondial, il commence à se détériorer. L’or sera dorénavant drainé vers les banques américaines et la plupart des pays deviendront exsangues l’un après l’autre. Dans l’ensemble le marché mondial est dominé par l’exportation du capital dont les traits et les causes seront repris plus loin.

5° - MAINTIEN MONOPOLISTE DE LA RENTABILITE. Le monopole au fur et à mesure qu’il s’affermit, se constitue en oligarchie.

En effet, l’action, expression socialisée de la propriété privée, se vend et s’achète. La Bourse, autrefois marché des valeurs d’État, devient alors marché des Actions. Mais par la Bourse et les participations que les opérations permettent, Capital industriel, Capital commercial, Capital bancaire, tendent à fusionner sur la base du capital industriel monopoliste.

C’est en définitive sur le plan financier que l’oligarchie se constitue, puisque sur ce plan la bourgeoisie monopoliste peut se cimenter autour de l’État qui devient son instrument direct. Formant un tout homogène – bien que toujours divisé par des contradictions internes – le monopole institué en oligarchie opère sur le taux d’accumulation propre au secteur monopolisé, taux cadrant justement avec le niveau atteint par la composition organique du capital social.

Tout se passe dans ces conditions comme si le monopole contrecarrait tout simplement la tendance qui s’affirmerait normalement avec la concurrence du taux de profit moyen à la chute, chute résultant, comme il a été dit, de la composition organique élevée du capital - et de l’insuffisance relative de plus-value sociale qui lui correspond. La rentabilité individuelle reste donc en principe la règle impérative comme dans le cadre concurrentiel, mais elle opère désormais, non par rapport à "l’entreprise" pure et simple, mais dans le cadre du monopole. Mais cette rentabilité monopoliste est assurée parce qu’il y a prélèvement grâce aux prix artificiels du monopole, d’un surprofit monopoliste prélevé au détriment de la plus-value accumulée dans le secteur mondial encore concurrentiel (notamment colonial et semi colonial). Dans ces conditions de rentabilité, se réalise, au moins initialement, une formidable explosion des forces productives. En même temps, toutefois, ces conditions préparent un renversement de tendance car elles ont un double effet :

1) Etablissement d’une rentabilité globale pour les formations monopolistes qui se substituent à la rentabilité strictement individuelle de chaque branche ou entreprise comme sous la concurrence. C’est ainsi que les entreprises mal placées subsistent. Le calcul économique échappe à l’intérieur du monopole (particulier ou général) à l’emprise des conditions de rentabilité individuelle telles que les imposait jadis la loi de la valeur.

2) Formation, dans le cadre d’une insuffisance absolue de plus-value, d’une surabondance relative. C’est à dire que l’accumulation monopoliste excède la capacité d’élargissement immédiate du monopole. Il faut donc dans chaque pays, exporter du Capital. Le monopole national synthétique organisé autour de l’État, entre en lutte contre les autres monopoles nationaux pour les sphères extérieures d’investissement. Cette lutte culmine en lutte armée, et l’armement fournit à son tour et en partie un moyen d’absorber l’excédent relatif de plus-value, puisqu’il le volatilise dans des productions antiéconomiques (commandes d’État). La guerre permet aux États qui la gagne de dérober dans un cadre mondial les espaces d’investissements monopolistes aux autres États. En devenant mondiale à son tour la guerre contribue à sa manière à la marche économique du système. Mais, par son extension, la guerre du monopole (guerre impérialiste) accélère à son tour la décadence du capitalisme telle que l’ouvre la restriction monopoliste.

6° - LIMITES TENDANCIELLES ET CHANGEMENT DE PLAN DE LA PROLETARISATION.

Le monopole empêchant l’élimination des entreprises capitalistes, même non rentables dans les pays avancés, la prolétarisation prend un nouveau cours. Les couches bourgeoisie productives comme parasitaires se trouvent consolidées et la prolétarisation – malgré la croissance continue – subit une contre tendance. La classe ouvrière, autrefois assez homogène se divise – sous l’empire du progrès technique et des conditions du monopole – en couches différenciées par leur qualification technique et leur rôle dans la production (techniciens spécialistes en manœuvres). Le surprofit monopoliste permet en outre de surpayer des couches entières de travailleurs hautement qualifiés (aristocratie ouvrière) ce qui accentue la différenciation du prolétariat en couches distinctes.

Simultanément, une partie des couches bourgeoises prend – tout en restant au sein de la bourgeoisie – une position de salariée. En effet, avec le monopole les capitalistes se retranchent dans la sphère financière, et la production proprement dite passe entre les mains d’une bureaucratie interne aux monopoles et créées par lui (directeurs, ingénieurs, employés). Le "salariat" s’introduit donc au sein de la bourgeoisie – mais sans changer son caractère capitaliste – donnant ainsi à la gestion économique, la forme d’une profession libérale (perception indirecte de plus-value).

7° - ALTERATION DE LA LOI DE LA VALEUR. Les prix, dans le système concurrentiel déviaient par rapport aux valeurs. Mais ils déviaient précisément dans le cadre de la loi de la valeur, c’est à dire en fonction de rapports déterminés entre catégories de la production (capital constant, capital variable, plus-value), l’ajustement entre ces catégories d’une part et entre ces prix et la valeur de l’autre, se faisant par des successions de crises cycliques. Ce sont ces conditions qui se trouvent changées.

Avec le monopole en effet, les prix subissent une déviation (prix de monopole) qui n’a plus rien à voir avec la déviation concurrentielle. L’ajustement des catégories (valeur) du capital, (en fonction des prix et par l’intermédiaire d’un taux de profit moyen formé par péréquation), ne se fait plus dans les mêmes conditions. Les prix ne gravitent plus librement autour de la valeur. Il y a donc altération de la loi de la valeur. Cette déviation des prix monopolistes, conséquence des monopoles, donne à la concurrence le caractère d’une "concurrence monopolistique.

D’immenses appareils de distribution s’édifient alors (marketing) qui établissent et maintiennent le contrôle du marché. La distribution des produits gonfle par rapport à la production. Egalement leur circulation, ce qui tend à son tour à gonfler aussi l’appareil bancaire déjà renforcé par la centralisation industrielle. Les frais de vente tendent à dépasser les frais de production. La bureaucratie économique (la fraction salariée de la bourgeoisie) qui, dans le cadre du monopole produit et gère pour le compte de l’oligarchie, s’étend ainsi à une bureaucratie parasitaire dont la charge économique vient faire contrepartie à la rentabilité établie par le monopole. C’est un des aspects de la décadence économique ouverte avec le monopole. Quoiqu’il en soit, la formation de prix et de profits monopolistes se fait dans le cadre du marché, donc, par rapport à lui, en quelque sorte comme une de ses fonctions ( la propriété subsiste, elle reste le fondement du monopole, inconcevable sans elle). Dans ces conditions les crises cycliques persistent et elles assurent – dans le cadre certes maintenu mais désormais altéré de la loi de la valeur – l’ajustement de la production à la consommation, du produit en valeur de la Branche I (moyens de production) à la Branche II ( biens de consommation). Cet ajustement s’effectue par le mécanisme des prix monopolistes déviés.

8° - AMALGAME DE L’ETTTAT ET DE l’OLIGARCHIE. Par l’intermédiaire de la Bourse, les Finances publiques de chaque pays et le capital privé (monopoliste) réalisent une certaine interpénétration. Les banques détiennent l’essentiel des titres des emprunts d’État. Elles contrôlent ainsi le Trésor. Mais en même temps, les commandes d’État (armement surtout) et les placements publics à l’étranger, également ses nouveaux marchés extérieurs ouverts par la force, (colonies, semi-colonies, Etats adversaires) donnent au monopole l’espace qui lui faut. Une interpénétration étroite, un amalgame s’opère entre l’Etat et l’Oligarchie. L’Etat prend en mains des services publics plus étendus (postes, télégraphes, etc…). La Bureaucratie militaire gonfle particulièrement.

Toutefois la société (économie, production) et l’Etat restent "extérieurs" l’un à l’autre comme par le passé, puisque l’essentiel des moyens de production est toujours objet de propriété privée. Les classes parasitaires du capitalisme monopoliste (et dans son ensemble l’Oligarchie) prédominant économiquement, et elles forment avec l’Etat un système financier commun.

L’Etat fonctionne comme leur appareil de répression dans les mêmes conditions que pour les autres classes capitalistes qui avaient dominé l’économie avant le formation de l’oligarchie monopoliste. Son rôle – de l’Ettat – s’accroit sur le terrain des antagonismes (économiques et surtout militaires) entre les fractions nationales de la bourgeoisie mondiale. Les conditions de gestion de l’Etat restent, du point de vue général, les mêmes qu’avec la concurrence (Dictature, Démocratie, Suffrage Universel). Le Monopole supposant des rapports capitalistes ainsi qu’une accumulation avancée, succèdent d’autres part dans les pays dominant (Europe de l’Ouest et Amérique du Nord), ouvre la voie à la consolidation, à l’épanouissement de la Démocratie. Celle-ci atteint alors son maximum de développement.

(à suivre)

Morel




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