Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Impressions prises sur le vif
{IRL}, n°16, Octobre 1977, p. 16-17.
Article mis en ligne le 16 décembre 2013
dernière modification le 19 décembre 2013

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Remarque importante : ces quelques lignes ont été écrites dimanche 31 Juillet au retour de Malville. Il s’agit d’impressions prises sur le vif, si l’on peut dire.
Camping de Montalieu. Ambiance décontractée, avec samedi en fin d’après-midi A.G à propos de la marche du lendemain. Le départ y est classique avec le clou du spectacle devenu maintenant banal, offert par une organisation "on va voter pour savoir si on vote". Démocratie et unité oblige... Courage camarade, la manivelle est encore bien huilée.
Au bout de peu de temps, une majorité de l’assemblée semble se dégager comme étant non-violente. Cependant quelques individus et quelques groupes manifestent leur refus de suivre l’optique générale qui est donnée à la marche du lendemain. On leur conseille alors de rejoindre le camp de Morestel où se trouvent les vilains et violents allemands. Dimanche matin mise en place rapide de la marche. Les manifestants s’ébranlent et une impression d’être entourés de gens passifs et mous déjà apparaît. Semblant partis en promenade loin, très loin de la situation réelle.
Premier barrage policier, barrage étant un grand mot vu leur nombre plutôt restreint ; négociations en tête de manif : résultat trente mille personnes le contournent. Les 99% des manifestants n’ont rien vu. Par contre de là-haut dans l’hélicoptère tout va bien "les manifestants vont là où nous voulons" devaient se dire les flics. Deuxième barrage, même scénario avec en prime triple chaine de service d’ordre contre les provocateurs. Mais ne voyons nous pas un camarade arriver en courant vers ce SO et crier tout excité "y en a qui tirent à coup de lance-pierre sur les flics" réaction du SO : "qu’ils passent devant on a rien à voir avec eux". Messieurs les provos tirez les premiers qu’ils disaient. Et puis vous vous rendez compte lancer des pierres contre les forces de l’ordre, les pauvres.
Tiens on aperçoit les manifestants partis de Morestel. Arrêt de la manif. A l’arrière certaines personnes remarquent justement qu’il est prés de midi et pas au courant estiment que cette arrêt est fait pour le casse-croûte. Les pêches font leur apparition, les estomacs font leur fonction. Sans commentaires.
Après quelques dizaines de minutes de marche les premières détonations se font entendre. Certains manifestants entendent les détonations sans comprendre ce dont il s’agit. "tiens les ambulances remontent il y a des blessés". Alors c’est l’affrontement se disent ils. Tu as mis le temps à comprendre touriste. Effectivement la tête de la manif est face aux flics dans la cuvette de Faverges où nous avons été mené comme un troupeau. Nous nous retrouvons là où les autorités le voulaient. Dans un lieu stratégique les favorisant. Cuvette, champ de bocage, mais, petite route...
De nombreux individus s’approchent du barrage, celui-là beaucoup plus sérieux que les précédents, mais assez rapidement les responsables de la coordination et même certaines organisations forment plusieurs chaînes de SO et forcent les gens à reculer. Résultat probant puisque les "violents" se retrouvent isolés. La manif est coupée en deux. Une majorité qui ne voit rien et une minorité face aux flics. Les forces de l’ordre vont avoir alors la situation complètement en main. Bien renseignées par l’hélico elles vont pouvoir frapper dur sur les "excités" et faire mal.
En haut de la colline on crie au méga "ça castagne bas ils sont encerclés, il faut reculer pour les dégager". En fait, face au barrage pas d’encerclement. Erreur ou magouille ? Mystère. Les "violents", ils l’ont voulu tant pis pour eux, mais parmi eux se trouvent les non-violents et c’est pour eux qu’il faut dégager. Voilà le sens de cette phrase. Autre phrase relevée : "il faut reculer, avancer c’est les acculer au massacre". Elle aussi est révélatrice des informations qui circulaient à l’intérieur de la manif lors des affrontements.
En fait, durant les affrontements, plusieurs milliers d’individus sont face aux flics. Derrière eux, un grand trou... Et puis... et puis... les spectateurs qui sont placés plus haut, beaucoup plus haut, au niveau des tribunes : "ah moi je suis non-violent, je ne descend pas". Qu’est ce que ça veut dire ? Le non-violent ou le pacifiste qui pour des raisons quelconques refuse l’affrontement et quitte la manif encore ça passe. Les non-violents qui regardent les affrontements, ça passe déjà plus difficilement. Ils acceptent la violence par personnes interposées et se masquent derrière un langage non-violent. Une grenade qui explose à 50 mètres, les voilà qui cavalent dans tous les sens, chacun pour soi, oublions la solidarité, l’amour, la fraternité... Les grenades se calment et hop on regarde de nouveau en bas où ça en est.
Ceux-là qu’ils se disent non-violents, c’est évidemment leur droit, mais ne peut-on pas se poser des questions ? Les termes de rigolos sembleraient plus appropriés. Ils se réclament de Gandhi mais oublient que les manifestations de Gandhi n’étaient pas de tout repos et parfois les blessés et les morts étaient nombreux. De plus, il est bien connu qu’entre la lâcheté et la violence, Gandhi choisissait la violence.
Non-violent, on essaie de l’être jusqu’au bout. Vraiment ils donnent une piètre idée de ce que peut être la non-violence. On en arrive à défendre la non-violence sans être spécifiquement non-violent, ni pour autant spécialement violent. Il y a des situations où il faut user de violence, d’autres non.
En dehors des formules intégrant logiquement comme un jeu de cubes les événements de Malville dans une idéologie prouvant par A plus B égale C qu’on l’avait toujours dit, que peut-on en tirer ?
Il est évident que les forces de l’ordre étaient plus armées, plus organisées, plus entraînées que nous. Même en forçant un barrage, on sait bien que derrière il y en a encore avec en supplément gratuit l’armée au grand complet.
Mais le but est de tenir et vu le nombre, cela semblait possible. Tenir le plus longtemps possible essayer d’avancer le plus près possible du site. Les non-violents aiment à répéter qu’il ne faut pas lutter sur le terrain de l’adversaire où il nous a mené avec une facilité dérisoire. Forcer le premier barrage au lieu de négocier, voilà autre chose de plus percutant. Au moins le terrain plat aurait permis à la manif de s’élargir.
Les non-violents s’en prennent également aux provocateurs. Ils oublient qu’une manif interdite c’est déjà provoquer. Et provoquer quoi ? Un pouvoir qui passe son temps à provoquer. Ces antennes de combat, les forces de l’ordre, ce sont pire que des provocateurs, ce sont des ...bref peut importe le mot.
Autre remarque, le nombre n’est pas tout. Vous pouvez faire manifester des millions d’individus, si ce qu’ils veulent ce sont les petits oiseaux et les jolies fleurs, le pouvoir s’en lave les mains.
A Malville, le pouvoir a bien manœuvré face aux manifestants perdus. D’ailleurs des responsables ne disaient-ils pas très sérieusement, s’en prenant sérieusement aux "violents" "ce qui a manqué ce sont des petits chefs". Jusqu’à quel point est-on anti-nucléaire ? Ne trouve-on pas de tout dans l’écologie ? Les rassemblements sont-ils valables ? Autant de questions que l’on peut se poser.
Deux choses sont sures : d’une part lorsqu’il y a danger, le pouvoir en France devient ouvertement fasciste. D’autre part avant Malville, je comptait aller à Naussac et au Larzac, après Malville j’ai décidé d’aller me promener ailleurs.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53