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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Document proposé à la discussion par notre groupe : "caractérisation de la période actuelle"
{Internationalisme} n° 45, 1950 (certainement juin-juillet)
Article mis en ligne le 13 décembre 2015
dernière modification le 10 décembre 2015

par ArchivesAutonomies
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Notre effort consiste à défini et à démontrer une hypothèse de travail d’une part et d’autre part à interpréter la période qui débute avec la proximité de la guerre mondiale et qui se terminera, pensons-nous, avec la révolution socialiste.

Hypothèse de travail

1/ La première guerre mondiale et la Révolution de 17 sont les indications essentielles d’un changement d’orientation de la courbe de développement du capitalisme. En effet ;

a) Pendant près d’un siècle de 1815 à 1914, le capitalisme en tant que force historique en développement, assure à la société en général une paix à l’échelle universelle conditionnant sa progression dans le monde.
Les guerres coloniales du 19° siècle peuvent être considérées comme une pénétration économique dans les territoires non capitalistes. L’expansion colonialiste, pacifique ou non, suit plus ou moins une crise cyclique.

b) Quand la guerre oppose deux États capitalistes, elle n’entraine pas la régression économique de l’un au profit de l’autre. Au contraire, elle est un ferment de développement ultérieur des deux États capitalistes.
Corolairement, la guerre entre deux États capitalistes indique un point critique du développement capitaliste et fait immédiatement apparaitre sur la scène politique le prolétariat comme classe indépendante avec un devenir historique, Mais en raison des possibilités de développement de la société capitaliste, la classe ouvrière ne peut qu’affirmer la nécessité de la succession du capitalisme dans l’histoire sans toutefois pouvoir la réaliser.

c) La guerre de 14-18 se présente comme un tournant dans le cours du capitalisme. Par l’ampleur de la guerre, elle est mondiale – et par l’ampleur de l’intervention du prolétariat, elle est internationale- la société ne pose plus nettement le problème de la succession historique du capitalisme, mais la proclame comme une nécessité immédiate.

2/ Si les aspects politiques de ce tournant dans le cours du capitalisme prennent leur véritable sens, c’est dans la mesure où le facteur économique, ascendant dans le 19° siècle, régresse au 20° siècle.

a) La contradiction historique du système capitaliste réside dans l’opposition irréductible entre les forces productives et les rapports de production.
Chaque crise du 19° siècle révèle cette opposition, mais le capitalisme la surmonte en élargissant son marché et en augmentant sa production. Ce qui nous amène donc à constater que la moyenne de la production entre deux crises est supérieure à la moyenne suivante. Jusqu’en 1913 cette progression est effective, mais à partir de 19, il n’en va pas de même.

b) Entre 13 et 29, la moyenne se ressent de la destruction de la production pendant les quatre années de guerre : - La consommation se développe, restreignant par-là l’accumulation de capital. (consommation = production de guerre).- La destruction de capital social s’opère pour la première fois sans contrepartie en permettant au moins le renouvellement. (Dans capital social nous incluons, non seulement les moyens de production, mais aussi le travail perdu dans 15 millions d’individus morts).
Enfin de compte cette moyenne se trouve être inférieure à celle de la période d’avant 13. Pour la première fois donc, la courbe ascendante du capitalisme entre en régression.

c) La période qui englobe l’après crise de 29 jusqu’à nos jours, reproduit avec plus d’acuité la régression de 14-19. Ainsi cette continuité dans la régression nous indique la nouvelle tendance du capitalisme que nous qualifions de décadence.

3/ Les raisons de cette décadence du capitalisme nous les trouvons dans l’hypothèse de Rosa Luxembourg sur l’accumulation du capital.

En conclusion : Le capitalisme atteint en 1913 son plus haut point de développement. La guerre de 1914 par son caractère mondial ne présente plus la possibilité d’ouvrir de nouveaux débouchés, mais marque l’impossibilité pour l’ensemble de la société capitaliste de continuer à se développer et que désormais :

- tout développement d’un secteur capitaliste ne peut se faire qu’au détriment d’un autre secteur,

- le capital social régresse.

A ce stade l’unique dépassement historique ne peut être que la Révolution Socialiste. L’ensemble de l’analyse marxiste du capitalisme se trouve confirmé : en même temps la perspective Socialisme ou Barbarie devient une réalité concrète et immédiate. Elle donne aux institutions de Lénine et de Luxembourg un sens dynamique. Le "nous sommes entrés dans une ère de guerre et de révolution" et le "1919 ouvre la crise permanente du régime" injectent à l’action révolutionnaire sa nature offensive face à la société capitaliste, en opposition à sa nature défensive à l’intérieur du capitalisme de la période ascendante.

En conséquence, toutes les formes de lutte de la classe ouvrière avant la période de 14 - telles le parlementarisme, le syndicalisme, l’action revendicative, la lutte démocratique, etc.. - perdent leur sens révolutionnaire, et si hier elles aidaient à l’organisation et à la conscience de la lutte du prolétariat, elles ne pourront désormais que fausser et détourner la classe ouvrière de ses véritables objectifs, pour la lier au système d’exploitation capitaliste.

La période actuelle : Si capitaliste de la guerre est d’être l’expression de la crise permanente du régime, pour chaque secteur capitaliste, la guerre mondiale représente la possibilité d’une redistribution des zones d’influence à son profit. Le problème perdant son caractère universel pour ne présenter que des solutions individuelles, l’intervention du prolétariat prendra, elle, un caractère universel de transformation sociale.

a) L’intervention du prolétariat se manifeste immédiatement comme une opposition à la guerre impérialiste. Le caractère offensif du prolétariat est dû au fait que le capitalisme ne peut plus vivre comme par le passé. La crise du régime brise les cadres de la société. La classe ouvrière se trouve dans des conditions objectives mûres pour la Révolution. La perspective Socialisme vient à l’ordre du jour, c’est la Révolution débutant en 1937 en Russie.

b) La Révolution de 17 acquiert un caractère révolutionnaire par sa portée universelle, son programme, quelles que soient ses imperfections. La destruction physique de l’État capitaliste est son premier acte constructif d’une nouvelle société.

c) Le problème de la Révolution mondiale se posant, la théorie révolutionnaire se trouve en deçà du caractère de la période. Il y a immaturité du prolétariat devant une maturation de la situation. Les causes en sont nombreuses :

- La résistance du capitalisme.

- La persistance d’idéologie rétrograde dans la classe ouvrière (social-démocratie).

- La nécessité de solutionner tous les nouveaux problèmes posés par la nouvelle situation créée par le prolétariat dans la pratique quotidienne.

- La tendance dans la classe ouvrière de commencer le socialisme en vase clos.

a) L’échec de la révolution est dû à une immaturité idéologique du prolétariat. Cette immaturité a écarté pour le moment la perspective socialiste et, le capitalisme qui a survécu ne peut que continuer sa courbe décadente.

b) La tentative révolutionnaire échouant, le capitalisme, pour survivre, doit, une fois le prolétariat écrasé, réintégrer dans la société la classe ouvrière. Le capitalisme d’État représentant une concentration de la production poussée à l’extrême, entraine par là une intégration de la société en général dans l’État. De plus ce caractère de concentration ne traduit pas une tendance à sortir la société de la crise permanente du régime, mais une solution de continuité même, dans la décadence.

c) Les différents capitalismes d’État ne peuvent s’élever à l’échelle d’un Super capitalisme d’État puisqu’ils ne sont que les produits de la crise permanente du régime. Leur existence même est conditionnée par la perpétuation de la guerre impérialiste. Leur concentration économique n’ayant comme fonction qu’une production de destruction.

d) Sur le cadavre de la Révolution un Capitalisme d’État surgit en Russie s’appuyant sur toutes les solutions faussées- par l’isolement de la Révolution russe- des problèmes des rapports État ouvrier-classe ouvrière.

e) La deuxième guerre impérialiste ne fait que confirmer le nouveau mode d’existence de la société : la destruction.

CONDITIONS DE LA RÉVOLUTION

Une fois admise la crise permanente du régime, les conditions de la révolution ne peuvent plus répéter celles de 17. L’opposition aigüe entre les forces productives et les rapports de production ont donné comme première réponse la Révolution. La défaite du prolétariat entraînant un retour du capitalisme au pouvoir, l’opposition fondamentale des forces productives et des rapports de production existe toujours avec la même acuité qu’en 14, mais n’est plus apte à ouvrir la crise révolutionnaire. Cette opposition exprimait un maximum dans une courbe ascendante ; dans une courbe descendante, elle ne fait qu’exprimer la nécessité de la révolution sans en préparer les conditions objectives.

Les conditions objectives nouvelles ne peuvent que refléter l’impossibilité même pour le capitalisme d’État de continuer à vivre. La continuité du capitalisme d’État, étant fonction de sa concentration économique et par là, sociale, la guerre ne peut provoquer une dislocation profonde de cette concentration, rejetant par là la société civile hors des cadres de l’État. C’est à ce moment que la crise du régime repose la perspective socialiste comme immédiate.

Les conditions objectives de la révolution se représenteront donc, sans pour cela garantir l’éclatement de la Révolution. Celle-ci est fonction de la maturité de la classe ouvrière, maturité qui s’exprime dans son idéologie et dans ses militants.

Ce document a été rapporté par notre camarade Mousso.




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