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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Document présenté par Socialisme ou Barbarie (Conférence avec la GCF du 21 avril 1950)
{Internationalisme} n° 45, 1950 (certainement juin-juillet)
Article mis en ligne le 13 décembre 2015
dernière modification le 10 décembre 2015

par ArchivesAutonomies
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1) Le fondement de l’existence idéologique de l’avant-garde est la perspective révolutionnaire. Sans celle-ci, il n’y a pas de compréhension de la société actuelle, puisque le développement de cette société, encore inachevé, n’acquiert sa pleine signification que par son avenir possible. Cet avenir n’est d’autre part possible pour les représentants idéologiques d’une classe que comme projection des intérêts et des buts historiques de cette classe, donc en fonction d’une orientation d’action. En ce sens la perspective révolutionnaire est le point focal de l’idéologie prolétarienne.

2) L’avenir réel de l’histoire dépend de l’issue de la lutte entre les deux forces historiques en présence. Le caractère conscient du mouvement prolétarien s’exprime d’une part en ce qu’il est capable d’envisager son but, le socialisme, autrement qu’un idéal à atteindre ou la simple réalisation de ses intérêts, mais qu’il montre les prémisses de cette réalisation comme contenues et développées dans la société actuelle ; d’autre part, en ce qu’il est capable d’intégrer dans sa perspective l’éventualité de sa défaite, aboutissant à la chute de la société dans la barbarie. La perspective historique s’exprime donc dans l’alternative Socialisme ou Barbarie, et l’idéologie révolutionnaire démontre le développement de la réalité, développement contradictoire, parallèle et indépendant des prémisses du socialisme et de celles de la barbarie.

3) La société capitaliste reste capitaliste aussi longtemps qu’elle développe ces eux éléments à la fois. En effet la victoire de l’un sur l’autre, signifierait la négation du capitalisme, et le passage à une autre société- prolétarienne ou barbare. En définitive, la seule définition historique valable du capitalisme est qu’il contient et développe la possibilité de la révolution prolétarienne. La division de l’histoire du capitalisme en une phase ascendante et une phase descendante ne signifie pas que pendant la première phase les prémisses de la révolution se développent et qu’elles reculent dans la seconde ; mais que le régime passe d‘un état d’équilibre à un état de crise structurelle. A cette crise correspond désormais la possibilité de la révolution prolétarienne mondiale. En ce sens ce n’est que pendant la période décadente du capitalisme que les prémisses de la révolution sont effectivement et totalement posées, puisque c’est cette période qui réalise les conditions de la défaire de la classe dominante.

4) Les prémisses du socialisme ne se résument pas dans la misère croissante du prolétariat - misère qui a été le lot commun de toutes les classes exploitées de l’histoire, sans les rendre capables pour cela de révolution communiste - mais dans l’expansion des forces productives à un niveau rendant possible la suppression de l’exploitation, dans le développement de la capacité du prolétariat à devenir classe dominante.
Ce développement des forces productives par la société capitaliste continue quoique ralenti par la décadence du régime. Entre 1913 et 1948 la production industrielle mondiale s’est accrue deux fois et demie (la production agricole moins, la production des services beaucoup plus) donc beaucoup plus rapidement que la population (qui n’a augmenté entre temps que d’un cinquième). La production de guerre ne représente qu’une infime partie de cet accroissement et d’ailleurs, ne cesse pas, elle aussi d’être production. Parallèle à ce développement est l’accroissement du poids du prolétariat industriel dans la population, comme aussi la prolétarisation de plus en plus étendue de tous les secteurs de l’économie.

5) La question de la capacité du prolétariat à devenir classe dominante concerne d’une part ses capacités à gérer l’économie, d’autre part sa capacité politique, autrement dit, le développement de sa culture technique et de sa conscience politique.
L’accroissement de la culture technologique du prolétariat, considéré du point de vue de la capacité gestionnaire du prolétariat en tant que classe découle inévitablement du développement de la technique, de la socialisation du processus de production et même de l’automatisation de ce dernier. La perte de qualifications quasi-artisanales individuelles d’autrefois est de ce point de vue sans commune mesure avec les possibilités de domination du processus de production créée par la division du travail et la mécanisation. D’autre part, de même que l’appropriation des moyens de production par le prolétariat ne peut être que collectif, de même est collective son appropriation des techniques productives. Le sujet de la révolution prolétarienne est l’ouvrier collectif et non l’ouvrier individuel.
Le développement de la conscience de la classe est le résultat d’un long processus dialectique, dont l’évolution de la société capitaliste aussi bien que l’expression objective des luttes contre l’exploitation ont formé les éléments. L’histoire du mouvement ouvrier considéré jusqu’ici sous l’angle superficiel de l’action des partis, de leurs erreurs et de leurs "trahisons", ou des "maturations" et des régressions de la conscience de la classe, aussi soudaines et aussi inexplicables les unes que les autres, doit être comprise dans ce cadre.
Ainsi le passage du mouvement ouvrier à travers les phases de la révolte immédiate, du réformisme, du bolchévisme et du bureaucratisme stalinien exprime l’élaboration progressive au sein de la classe d’une conscience de classe des buts et des moyens de son mouvement. Particulièrement la phase qui n’est pas encore close et qui est caractérisée par l’emprise de la bureaucratie stalinienne sur les fractions les plus actives du prolétariat, exprime ce moment de la conscience de classe pendant lequel la nécessité du renforcement radical de l’État bourgeois et de la propriété privée est comprise, mais ce renversement est considéré comme ne pouvant se faire que sous la direction exclusive et totale d’un parti qui est en fait la bureaucratie stalinienne. Mais la réalisation de ce moment entraine sa propre négation, par le développement de la mystification qui y est contenue, par la réalisation du pouvoir de la bureaucratie comme couche exploiteuse personnifiant le Capital dans la dernière phase de son histoire et en fin de compte par l’expérience objective que le prolétariat est ainsi amené à faire de cette ultime forme de société d’exploitation.

Autrement dit, le développement des caractères politiques du prolétariat s’exprime par la prise de conscience des nouvelles formes d’exploitation et par le rejet auquel le prolétariat est successivement amené de toute forme de gestion et de pouvoir qui ne soit pas la propre gestion de son propre pouvoir.

6) Parallèlement aux prémisses de la révolution socialiste se développent dans la société actuelle, les prémisses de barbarie. Celles-ci sont symétriques aux précédentes et s’expriment dans l’expression progressive des moteurs et des possibilités du développement des forces productives et dans l’aliénation croissante du prolétariat.
La concentration croissante du capital, entraînant la disparition graduelle du marché, de la concurrence et de la propriété privée du Capital et leur remplacement par la planification de la production dans les intérêts des exploiteurs, les luttes violentes entre ceux-ci et l’exploitation ne pourra s’arrêter, en cas d’échec de la révolution, que par la victoire, à l’échelle mondiale, concrétisée par la domination mondiale d’un seul État et d’une classe exploiteuse unifiée. Mais la réalisation de cette tendance signifierait la disparition définitive du moteur de l’accumulation capitaliste qui est la lutte entre les représentants du Capitalisme pacifique (concurrence) ou violente (guerre). Parallèlement l’exploitation et l’aliénation constante du prolétariat par la crise de la productivité du travail qu’elles provoquent, tendent à réduire le surproduit et par là même minent la base objective de la possibilité d’accumulation.

Si la concentration de l’économie signifie inéluctablement sur le plan social l’éviction de la bourgeoisie par la bureaucratie, la domination mondiale de la bureaucratie signifierait à la longue l’arrête du développement des forces productives, la stagnation économique et la transformation de la classe dominante en une couche simplement parasitaire, consommant improductivement le surproduit sans accumuler.

Déjà la victoire de ces facteurs signifierait une régression des capacités révolutionnaires puisque celles-ci sont en fonction du développement général de la société. Mais plus profondément encore, il faut voir que la société bureaucratique, ne pouvant exister que sur la base d’un asservissement total de la classe exploitée, altérerait (illisible) la nature révolutionnaire de celle-ci, par la suppression de toute possibilité de lutte, les conditions matérielles de misère absolue, la (illisible), la mystification, le cloisonnement et la stratification des (illisible) catégories de production.

7) Le point de rencontre des deux processus sera la troisième guerre mondiale. Résultat elle-même de la tendance vers la concentration mondiale du Capital, elle signifiera nécessairement la réalisation de cette concentration quels que soient ses résultats. Elle ouvrira ainsi directement ou par ses conséquences immédiates la voie du socialisme ou celle de la barbarie.

La guerre posera concrètement la possibilité de la révolution, non seulement par la crise objective du système d’exploitation dont elle sera l’expression violente, mais en achevant l’expérience que les masses font de l’exploitation et particulièrement de sa forme bureaucratique dont l’essentiel deviendra commune aux deux blocs en présence, et ceci au moment où ces masses seront en possession des moyens de violence.

8) La victoire de ces possibilités révolutionnaires dépend d’une manière décisive de la constitution et du développement d’une avant-garde organisée. C’est là la tâche qui nous incombe directement et immédiatement. Sa réalisation est possible car dans la période actuelle sont données les éléments objectifs de l’élaboration et de la concrétisation de l’idéologie et du programme révolutionnaire, et sont également donnés, sous forme d’une avant-garde ouvrière diffuse ayant fait l’expérience de la bureaucratisation, les éléments humains pour la constitution d’une organisation révolutionnaire. Le terrain pour la constitution de cette avant-garde organisée est formé par les luttes continuelles de la classe ouvrière contre l’exploitation.

Ce document a été présenté par le camarade Chaulieu.




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