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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Introduction sur la perspective de guerre
{Internationalisme} n° 46, 1952
Article mis en ligne le 13 décembre 2015
dernière modification le 10 décembre 2015

par ArchivesAutonomies
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EDITO

Le dernier numéro de notre bulletin parait avec un certain retard, eu égard à ce qui était auparavant sa publication régulière. La présente livraison montre qu’il ne s’agit plus même ici de retard : notre bulletin paraitra désormais très irrégulièrement. Ce fait ne peut être attribué aux conditions actuelles générales de dépression de l’Avant-garde. Ces conditions étaient, à bien peu près, les mêmes voici deux ans. C’est la dispersion de notre groupe qui en est la cause.

Pour certains de nos camarades, en effet, la perspective de guerre, qu’ils ne cessent jamais de considérer comme imminente, tombe à échéance. Nous vivons dans un état de guerre imminente et la question qui se pose à l’analyse n’est pas d’étudier les facteurs qui pousseraient à la conflagration mondiale – ces facteurs sont donnés et agissent déjà – mais, bien au contraire, d’examiner pourquoi la troisième guerre n’a pas encore éclaté à l’échelle mondiale. Ce seraient des éléments secondaires qui freineraient cette échéance. Ainsi la concentration des pouvoirs entre les mains de l’État permettrait à ses éléments dirigeants de contrecarrer momentanément le cours vers la guerre. La volonté de ces dirigeants est plus efficace aujourd’hui qu’hier. Pearl Harbour entraîna les États-Unis dans la guerre, mais le coup de Prague, le blocus de Berlin ou la guerre de Corée n’ont pas eu cette signification dans le cours vers la troisième guerre : c’est que, l’État dispose de moyen suffisant à retarder l’ouverture d’un nouveau conflit qu’il a, en tant qu’État ou bloc d’État, toutes raison de craindre.

Dans cette situation de guerre imminente, la tâche la plus impérieuse est celle de la sauvegarde physique des militants que leur présence en Europe exposerait, dans ces conditions, à l’extermination. Ce qui signifie une certaine dislocation de notre groupe, ses militants se dispersant là où ils peuvent, mais avec l’objectif d’un regroupement ultérieur appuyé, dans l’immédiat, sur d’étroit contacts.

Quelques camarades tiennent cependant que le cours vers la guerre n’a pas encore touché à son terme. La guerre est le produit de contradictions qui, emprunter des images à la botanique, avant de s’épanouir, doivent germer et croitre. Sans doute la guerre est devenue le mode de vie du capitalisme. L’éclatement des guerres remplace celui des crises comme régulatrice de l’économie capitaliste. Cependant par les transformations qu’elle entraine, aussi bien que par un certain équilibre des forces impérialistes à quoi elle conduit, la guerre représente un phénomène tout à la fois essentiel et transitoire dans l’évolution du Capitalisme vers la Barbarie. La guerre mondiale n’est pas, à tous moments, en puissance d’éclater : l’ouverture des hostilités suppose acquis un certain degré de préparation matérielle et idéologique tandis qu’un état de crise insurmontable s’affirme chez l’un comme chez l’autre des éventuels belligérants. Les camarades dont nous parlons estiment et ils exposeront leurs vues de façon plus détaillée – que les conflits actuels sont des phases dans le déroulement de la préparation à la guerre et qu’ils représentent un exutoire suffisant, quoique provisoire, aux contradictions de l’un et l’autre bloc. L’ouverture d’un conflit généralisé s’effectuerait donc à partir de ce moment où ces divers palliatifs que sont les grands plans bureaucratiques, le réarmement, les guerres "civiles" du type grec ou coréen, ne suffiront plus à contenir les facteurs de crises. Si l’analyse montre que cette échéance est inéluctable, elle montre, tout de même, qu’elle n’est pas immédiate. Ces camarades pensent en conséquence que, même sur ce plan de guerre "imminente", la nécessité ne se fait pas encore ressentir de quitter un continent, où si réduite soit elle, il subsiste une Avant-garde.

Mais les divergences dont nous venons de rendre compte ne touchent pas aux positions fondamentales de notre courant politique telles qu’elles furent à maintes reprises dégagées dans son organe. Serait-ce à dire qu’elles se placent dans un débat académique ? La seule réponse à cette question est que dans la mesure où une discussion politique mène à des conduites politiques, dans cette mesure elle perd tout caractère de joute intellectuelle. Aujourd’hui c’est la clarification et la publication de ses idées qui constitue l’essentiel de l’activité d’un groupe et c’est par rapport à cette considération fondamentale qu’a pris place la discussion dont nous venons de faire état.

* * * * *

L’orientation de notre groupe – celle du bulletin qui en constitue l’expression – va se trouver perturbée. La continuation des discussions comme la sortie d’Internationalisme va se ralentir. Cependant les objectifs que fixait l’introduction à notre dernier numéro restent ce qu’ils sont : publications de documents politiques définissant une conception d’ensemble de la période ainsi que les perspectives qui se peuvent esquisser à partir de cette conception.

La suivante série d’exposés du camarade Marc est une contribution à ce travail. L’étude sur le mouvement ouvrier en Allemagne, rédigée par un camarade des communistes de conseils, en est aussi un élément. Ainsi la présente livraison tente-t-elle de faire un bilan de la période et sous l’angle de l’analyse politique et sous celui, non moins important, de l’expérience du mouvement ouvrier.

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