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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Réponse à Morel !
{Internationalisme} n° 40, Décembre 1948
Article mis en ligne le 13 décembre 2015
dernière modification le 10 décembre 2015

par ArchivesAutonomies
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J’accepte volontiers les remarques faites par le camarade Morel dans son article à propos de la Revue Internationale, et cela d’autant plus que je ne vois pas en elle une critique mais plutôt un complément à mon analyse de ce que fut et prétendant être la Revue Internationale.

Il est parfaitement exact que l’équipe de la Revue Internationale était dans sa grande majorité composée d’éléments politiques, vieux militants venus du trotskisme. Je l’avais, je crois, expressément mentionné dans mon premier article. Si Morel insiste plus particulièrement sur cet aspect, c’est qu’il examine l’évolution de la Revue, en quelque sorte de l’intérieur, et de l’intérieur de l’évolution générale du trotskisme. Ce dernier en tant que courant suit une évolution d’intégration dans le capitalisme d’État, et cela le caractérise en entier et par conséquent cette évolution ne peut expliquer en particulier le cas de l’équipe de la Revue Internationale. Ce qui caractérise cette dernière, c’est précisément sa voie, presque son détachement organique du trotskisme, sa prétention, sincère ou non, mais toujours proclamée d’être un centre de la pensée et de la théorie révolutionnaire : un groupement spécifique d’intellectuels. Un tremplin pour les bureaucrates trotskistes en voie d’intégration dans le capitalisme d’État, dit Morel. Cela est possible, et même certain pour quelques-uns ou pour la majorité de la Revue Internationale. Mais Demazière, Parizot et tant d’autres bureaucrates trotskistes n’avaient, eux, pas besoin de ce tremplin pour parcourir le même chemin et se faire une petite place dans le RDR. Le fait que la Revue Internationale était un tremplin n’explique pas encore pourquoi elle groupait et s’adressait uniquement à des éléments "intellectuels" et pourquoi elle pouvait abriter, en son sein, pendant deux années, des tendances aussi opposées par ailleurs que les staliniens et socialistes.
C’est d’ailleurs en le prenant sous son meilleur jour, en lui accordant les meilleures intentions du monde, sincérité et honnêteté politique que le cas de la Revue Internationale nous offre l’enseignement le plus intéressant : c’est l’impossibilité absolue de faire un travail de recherche et d’élaboration théorique révolutionnaire en dehors de d’une délimitation politique préalable franche et publique, en dehors d’une orientation politique consciente, en dehors d’un lien organique avec le travail politique des groupes révolutionnaires.
C’est sous cet angle que nous avons voulu examiner la valeur de l’activité de la Revue Internationale, et d’y insister. Dans la période présente, où le travail révolutionnaire est forcément un travail essentiellement de recherche théorique, nous avons voulu mettre en garde certains militants qui à contrecœur, peut-être, croient tout de même faire œuvre utile en collaborant à toutes sortes de revues indépendantes et socialisantes.
Si Lénine pouvait dire "sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire" à notre tour nous pouvons dire pas d’élaboration de théorie révolutionnaire hors du cadres, si réduits soient-ils, d’une activité politique et pratique révolutionnaire.
Ce n’est donc pas un parallèle, ou une opposition entre ouvriérisme et intellectualisme que j’ai voulu établir, ni davantage nécessité pour les "intellectuels" d’être liés à "tel noyau ouvrier révolutionnaire" mais uniquement démontrer que la recherche théorique révolutionnaire ne peut se faire qu’en se situant à l’intérieur du mouvement révolutionnaire et non séparément et extérieur à lui.
Je crains que le camarade Morel n’ouvre une petite fenêtre sur la possibilité d’existence d’une expression d’indépendance de l’activité culturelle, séparément des tendances de classes. Certes, il nie une telle possibilité dans la période actuelle mais en se référant à des exemples dans le passé, il semble ne pas l’exclure pour l’avenir.
Une telle élaboration intellectuelle, même sur un plan purement scientifique me semble déjà difficilement réalisable sans qu’elle ne s’intègre à une orientation générale, mais quand il s’agit des sciences ayant trait à l’homme et à la société, et encore plus spécialement quand il s’agit de problèmes sociaux, alors une telle élaboration purement intellectuelle devient catégoriquement impossible sans se rattacher directement aux idéologies des classes fondamentales de la société. Cela n’est pas exclusivement le fait de la période décadente du capitalisme, mais c’était aussi valable dans sa période ascendante. Il faut remonter bien loin dans l’histoire de la société capitaliste pour trouver ce genre de milieux intellectuels au sein desquels un travail de différenciation d’orientation de classe est encore en train de se produire. Cette différenciation étant achevé depuis environ un siècle, depuis lors, l’idéologie socialiste et ses fondements théoriques ne s’élaborent qu’au travers des organismes propres du prolétariat, et exclusivement au travers de ceux-ci.
Plus se précise l’opposition des classes et leur formulation idéologique, moins il y a de place à des groupements et à des expressions intellectuelles indifférenciées. L’impossibilité d’existence d’un tel groupement et d’une telle revue est donc un fait, leur dislocation rapide, inévitable, et cela sans qu’elle ne puisse jamais être d’un apport positif.
La Revue Internationale a été ce qu’elle a été, c’est à dire un vaste fiasco du point de vue de la pensée révolutionnaire, non parce qu’elle voulait se situer sur un terrain qui n’existe plus depuis longtemps, et c’est parce qu’elle voulait se situer sur ce terrain qu’elle pouvait servir que de tremplin à des bureaucrates en mal de percer.

Marc




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