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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Lettre du RKD du 26 juin 1944
Communisme n°2 - Avril 1945
Article mis en ligne le 17 mars 2016
dernière modification le 11 février 2018

par ArchivesAutonomies

Critique du texte "Pour une politique conséquente dans la question de l’URSS".

La critique que nous présentons ici est une critique amicale destinée à aider les auteurs dans leur lutte contre la bureaucratie trotskyste. Il ne faut pas que les avocats trotskystes aient jeu facile dans leurs attaques démagogiques contre l’opposition CR en formation, …

Capitalisme d’Etat ou capitalisme privé ? C’est une question qu’il faut examiner et résoudre, mais bien entendu c’est une question tout à fait secondaire en face du problème principal : la Russie actuelle se trouve-t-elle en deçà ou au-delà de la ligne de démarcation qui sépare la société capitaliste de la société socialiste (la phase transitoire "Dictature du Prolétariat" y compris) ? D’après vous et d’après-nous la Russie n’est pas socialiste ni pro-socialiste, la dictature du prolétariat y est abolie, l’exploitation acharnée de l’homme par l’homme rétablie, etc. nous en concluons, et nous le démontrons dans nos textes, surtout dans la quatrième partie de notre plate-forme (L’Expérience russe), que les principes du système capitaliste y sont rétablis. Il n’y a pas d’autre réponse marxiste à ce problème, même si les preuves matérielles, si les informations et les renseignements étaient insuffisants, nous serions obligés, en tant que marxistes de conclure qu’après l’abolition de la Dictature du Prolétariat, seul le rétablissement des principes capitalistes est possible. Le système capitaliste rétabli par la contre révolution accomplie en Russie a sans doute revêtu de nouvelles formes que nous devons examiner, mais il serait tout à fait faux et insuffisant d’en conclure qu’il s’agit d’une nouvelle société intermédiaire entre capitalisme et Dictature du Prolétariat ("société stalinienne", etc.).

A notre avis la Russie est redevenue un maillon de la chaîne capitaliste, réintégrée dans le système capitaliste mondial. Il n’y a pas d’autres explication marxiste possible. Les différentes formes d’exploitation de classe que nous trouvons en Russie, de l’esclavage au salariat moderne, sont toutes dominées par le système d’exploitation capitaliste moderne dans sa forme étatiste la plus accentuée. Le soi-disant "capitalisme d’Etat" existe, il a été prédit par Marx, Engels et Lénine pour le cas d’un échec prolongé de la révolution prolétarienne mondiale, mais ce n’est pas une nouvelle société pas plus qu’un stade nécessaire du capitalisme, mais une phase possible au sein du capitalisme international même. Dans notre dernière lettre au camarade Fernand nous avons déjà dit que la discussion sur les différentes formes de l’exploitation capitaliste en Russie est extrêmement importante et point close ; elle continue et continuera encore entre marxistes internationalistes. Elle a commencé en Russie même et sera continuée dans tous les pays du monde. Ce qu’il faut d’abord et en premier lieu c’est se délimiter du mensonge officiel stalinien-trotskyste, et dénoncer ceux qui prétendent d’une façon ou d’une autre que la Russie actuelle se trouve au-delà de la ligne de démarcation désignée plus-haut.

Nous devons affirmer résolument et hautement que la Russie actuelle dans une forme ou dans l’autre se trouve à nouveau en-deçà de la ligne de démarcation désignée et qu’après l’abolition de la Dictature du Prolétariat il ne peut pas en être autrement.

* * * * *

Sur "l’ultragauchisme".

Dans l’introduction à votre texte sur la Russie vous délimitez "des appréciations ultragauchistes et trotskystes" ? d’abord, quelles appréciations "ultragauchistes" ? Nous n’en connaissons presque pas. Est-ce que vous en avez connaissance ? Nous supposons que non. Les bordighistes et le GRP n’ont presque pas d’analyse du problème russe et souvent ils partagent les conceptions trotskystes (voir la copie de notre lettre politique aux bordighistes italiens). Mais supposons qu’il y ait une position "ultra gauchiste" au sujet de la Russie ; serait-il juste de la mettre sur le même plan que les positions trotskystes prédominantes, publiées et répandues dans des centaines de documents et de journaux pendant des années et des années et mortellement dangereuse pour la cause révolutionnaire ?! Dans votre texte vous mettez les deux tendances (dont l’"ultragauchiste" est extrêmement problématique) non seulement sur le même plan, mais vous mentionnez et essayez de traiter d’abord cette dernière. Nous trouvons que c’est une concession superflue à la mentalité des camarades trotskystes avec lesquels vous discutez et que cela vous amène à des imprécisions théoriques.

Il faut évidemment combattre impitoyablement la tendance anti-bolchevique représentée par le GRP et ceci au même titre que le trotskysme ; mais cet anti-bolchevisme du GRP n’est pas "ultragauchiste", mais tout simplement menchevik. C’est le revers du trotskysme.

"Société stalinienne" ?

S’il s’agissait seulement de divergences sur différentes formes du nouveau capitalisme russe, on pourrait dire que ces divergences sont secondaires, mais vous parlez à plusieurs reprises d’une "société stalinienne" (page 38) et d’une "accumulation bureaucratique" ; tout en disant très justement page 31 qu’une "société intermédiaire entre le capitalisme et le socialisme" n’est pas possible, vous laissez entrevoir qu’un nouveau genre de société est apparu qui n’est ni capitalisme, ni socialisme, ni dictature du Prolétariat ! C’est sans doute la faiblesse principale de votre travail et vous devriez l’extirper aussi vite que possible. Peut-être est-il nécessaire de se contenter d’une formule algébrique, c’est-à-dire de laisser ouverte la question de savoir si le capitalisme est étatique, monopoleur ou prend une autre forme, mais la question qu’on ne peut laisser ouverte est celle du rétablissement des principes capitalistes.

Une société qui a franchi la ligne de démarcation en liquidant le capitalisme et en érigeant la Dictature du Prolétariat, stade intermédiaire vers le socialisme, et qui recule de cette voie, en abolissant la Dictature du Prolétariat, ne peut que retomber dans le capitalisme. Il est vrai que ce nouveau capitalisme, cette nouvelle réintégration dans le système capitaliste mondial revêtent inévitablement d’autres formes que le capitalisme qui existait avant la première révolution prolétarienne victorieuse. Et c’est dans ce sens que nous sommes tout à fait d’accord avec vous que l’histoire ne fait pas machine arrière. En 1917 deux révolutions ont eu lieu en Russie : la révolution bourgeoise et la révolution prolétarienne ; la dernière est liquidée, la première ne l’est pas (relire à ce sujet "la Dictature du Prolétariat" dans "Le Pouvoir" - conclusions de la IVe partie et nos polémiques contre la conception trotskyste de la Russie). Les lois de développement de la révolution prolétarienne sont foncièrement différentes de celle de la révolution, bourgeoise.

Votre incompréhension de cette question est en rapport étroit avec le fait que vous ne vous détachez pas encore complètement de la façon trotskyste de voir les choses. D’ailleurs nous savons par notre expérience qu’il n’est pas possible du premier jet de dévoilez la vérité de A jusqu’à Z et de se détacher complètement de la déformation trotskyste. Ainsi le camarade Fernand nous écrit dans sa dernière lettre : "sur le plan de l’analyse marxiste il n’existait que celle que Trotsky avait tenté de faire. Plutôt c’était la seule qui malgré ses énormes contradictions contenait une appréciation dialectique de la question. Alors que les tentatives autres plus ou moins marxistes elles aussi d’ailleurs étaient très schématiques. L’histoire démontre leur faiblesse ; elles n’ont jamais pu rompre l’isolement où étaient maintenus leurs auteurs.". nous avons prouvé que la conception de Trotsky concernant la Russie non seulement n’est pas marxiste-léniniste, mais encore qu’elle est anti-marxiste et anti-léniniste. Nous avons prouvé que "La révolution trahie" de Trotsky est "l’anti-Lénine" de notre période, représentant l’antithèse à "L’Etat et la révolution" de Lénine. Son appréciation n’est pas dialectique mais idéaliste, juridique, sophistique, fausse. Tout le reste vous le trouverez dans notre critique du trotskysme. En ce qui concerne les analyses des autres "plus ou moins marxistes elle aussi d’ailleurs" (une analyse est marxiste ou elle ne l’est pas, le marxisme n’est pas du caoutchouc) il faut d’abord bien les connaître avant de les juger. Malheureusement nous ne connaissons pas les analyses de Rakovsky et des bolcheviks-militants, etc. de Verkhné-Ouralsk. Toutefois nous savons que des analyses de communistes de gauche américains et mexicains étaient nettement supérieures à celles de Trotsky.

Il faut détruire une bonne fois pour toutes l’autorité de Trotsky surtout dans cette question. Il faut rompre avec toutes ces notions et constructions d’esprit, pour vor les choses telles qu’elles sont.

Classe capitaliste dominante et bureaucratie.

A la question trotskyste "est-ce que la bureaucratie est une classe ?" Vous répondez : Oui. Alors que nous disons : cette façon trotskyste de poser la question est fausse ; il faut demander : est)-ce que la classe dominante en Russie peut encore être appelée "bureaucratie" ? Et nous répondons à cela : Non.

Une bureaucratie est une caste employée au service d’une classe dominante ; une telle bureaucratie existe dans tous les pays du monde, également en Russie. Il y a en Russie des bureaucraties - des ronds-de-cuir, des geôliers, etc. - qui n’appartiennent point à la classe dominante, mais sont ses serviteurs. On désapprécierait la notion de "bureaucratie" si l’on attachait à la nouvelle classe dominante en Russie qui en grande partie sort de cette bureaucratie, mais a cessé d’être une simple bureaucratie comme Trotsky l’avoue d’ailleurs lui- même dans sa "Révolution trahie".

Il vaudrait donc mieux laisser tomber le mot équivoque de "bureaucratie" et parler tout court d’une nouvelle classe exploitrice et dominante qui a perdu la caractéristique essentielle d’une bureaucratie à savoir d’être au service d’une classe dominante.

La classe exploitrice et dominante russe a des caractéristiques décisives du capitalisme ; la propriété individuelle n’est point une caractéristique décisive du système capitaliste, ceci est encore une déformation trotskyste. Nous montrons dans notre plate-forme et d’ailleurs aussi dans notre résumé paru dans "RCR" [1] les caractéristiques décisives du capitalisme. De toute façon nous avons le "choix" de considérer le système russe comme capitaliste (faisant partie du système capitaliste mondial) ou comme pré-capitaliste, mais aucunement comme post- capitaliste, comme vous semblez le faire - car post-capitaliste, c’est pro-socialiste. Ou alors nous inventerions une nouvelle société intermédiaire entre le capitalisme et le socialisme - "la société stalinienne". Ceci signifierait un renversement de toute la théorie marxiste.

Déjà page 1 vous dites justement que les privilèges économiques sont rétablis par la "bureaucratie" ; or ces privilèges économiques sont des privilèges capitalistes. Les "objectifs historiques propres" de la classe dominante sont des objectifs capitalistes et impérialistes et ils ne pourraient pas être autres. Vous dites justement page 2 que l’intérêt de classe de "la bureaucratie et de la bourgeoisie" est "de conserver le pouvoir et leur propriété" ; or c’est l’intérêt de classe bourgeois exprimé dans la conscience de clase bourgeoise de la "bureaucratie".

De tout cela résulte aussi que de notre avis de nouveau la révolution PROLETARIENNE, donc la révolution SOCIALE et SOCIALISTE sont à l’ordre du jour historique, en Russie comme dans le monde tout entier. Page 38 vous parlez tout simplement de la nécessité de "la révolution en URSS" sans spécifier le contenu de classe et le contenu social et historique de cette révolution qui en Russie se trouve à l’ordre du jour et qui ne se contentera pas du "renversement de Staline".

La propriété des moyens de production arrachés en octobre 1917 à l’ancienne bourgeoisie, a été déplacée depuis ; le prolétariat propriétaire des moyens de production, à travers ses conseils (soviets), a été exproprié par la nouvelle classe capitaliste que vous appelez "bureaucratique". Il faut exprimer nettement le contenu social de la contre-révolution russe et proclamer à nouveau en Russie comme ailleurs la nécessité de l’expropriation des expropriateurs.

La première phrase de la page 4 de votre texte est insuffisante et par conséquent équivoque ; si l’Etat n’est pas entre les mains du prolétariat, la propriété étatisée n’est pas socialiste mais capitaliste, c’est-à-dire qu’elle ne sert pas les intérêts du prolétariat et l’évolution vers le socialisme, mais l’exploitation multipliée du prolétariat par le capitalisme national et international.

Encore sur le capitalisme d’Etat.

Votre polémique contre cette conception est extrêmement faible et on a le sentiment très net que vous la connaissez mal. Nous avons aussi l’impression que vous n’avez pas suffisamment approfondis la citation d’Engels. Pourtant, c’est un de nos devoirs essentiel d’approfondir les prévisions géniales de Marx, d’Engels et de Lénine. Vous reprochez à ceux qui considèrent que le régime russe représente un capitalisme d’Etat, "d’oublier tout simplement la théorie marxiste de l’Etat". Nous avons m’impression que la théorie "marxiste" dont vous parlez n’est pas marxiste, mais trotskyste. Vous devez réexaminer nos notions de l’Etat qui sont certainement et inévitablement déformées par les théories révisionnistes du trotskysme, présentées comme "marxistes".

Nous sommes aussi de l’avis que l’Etat capitaliste ne peut pas devenir totalement propriétaire des moyens de production par simple évolution, bien que la tendance existe dans tous les pays du capitalisme privé. Mais cela ne change rien au fait qu’en Russie, après l’expropriation totale de l’ancienne bourgeoisie par le prolétariat révolutionnaire (la Révolution d’Octobre) et après une nouvelle expropriation du prolétariat par une nouvelle classe exploitrice et dominante, le nouvel Etat s’érigeant sur les débris de la révolution d’Octobre a rétabli tous les principes fondamentaux de l’exploitation et de l’oppression capitaliste et est devenu propriétaire total des moyens de production. Nous voyons donc et devons assimiler dans notre conscience que par un "accident" imprévu (isolement prolongé d’une révolution prolétarienne victorieuse) le capitalisme s’est rétabli dans ses principes sociaux, mais dans une nouvelle forme.

Vous devez abandonner la déformation du marxisme suivant laquelle "capitalisme signifie propriété privée des moyens de production", car cette thèse signifie que les diagnostics et les pronostics de Marx, Engels et Lénine étaient faux (le terme capitalisme d’Etat a été employé à plusieurs reprises par Lénine même), et d’autre part dans la Russie actuelle un régime a pris naissance qui représente une nouvelle société se plaçant historiquement entre capitalisme et dictature du Prolétariat. - il faut aussi distinguer entre propriété privée et propriété individuelle. Les actionnaires d’une société par actions possèdent souvent ensemble une usine ou une autre entreprise ; il y a là propriété privée, mais pas propriété individuelle. La propriété des sociétés par actions, de l’église médiévale, etc. est aussi "collectiviste" que la propriété de la classe exploitante en Russie. Si vous entendiez par capitalisme privé la propriété commune des moyens de production par une minorité exploitrice ou oisive, nous serions d’accord avec vous, mais jusqu’à maintenant vous identifiez propriété privée et propriété individuelle.

Dans le sens le plus large du terme la propriété privée est rétablie en Russie, c’est-à-dire qu’une minorité exploitrice et non travailleuse possède les moyens de production pour son propre profit, mais en ce qui concerne cette petite minorité, elle les possède "collectivement". Il ne s’agit pas des formes de la distribution du profit parmi la couche mince des exploiteurs, il s’agit des principes de l’exploitation capitaliste qui ont été rétablis en Russie. Dans ce sens, il faut constater qu’en Russie l’exploitation capitaliste est non seulement rétablie, mais poussée à l’extrême, l’organisation de la classe dominante et exploitante à atteint là-bas son point culminant jusqu’à maintenant. Les autres classes capitalistes des autres pays essaient d’imiter ce système et l’admirent.

Conception de l’Etat.

Nous avons l’impression qu’il y a certaines faiblesses au moins dans votre façon de vous exprimer sur cette question. Nous attendons votre prise de position là-dessus au sujet de la troisième partie de notre plate-forme ("Le Pouvoir"). Qu’est-ce que l’Etat ? Vous parlez souvent de l’Etat tout court (page 3) sans spécifier son caractère de classe. L’Etat ouvrier, composé des soviets et des milices ouvrières, a été détruit et remplacé par le nouvel Etat contre-révolutionnaire composé surtout du GPU, de la nouvelle armée russe et de la véritable bureaucratie. Page 8 vous dites que le prolétariat doit "s’emparer de l’Etat". Erreur dangereuse. Le prolétariat ne doit pas s’emparer de l’Etat (quel Etat ?), mais détruire l’ancien Etat bourgeois et former son propre Etat prolétarien. Page 9 et dans tout votre texte vous parlez de l’Etat "socialiste" (par faute de frappe sans doute on confond souvent Etat et état). Pourquoi remplacer l’Etat prolétarien et la formule classique DICTATURE DU PROLETARIAT par l’Etat "socialiste" ? il est juste que l’Etat ouvrier russe ait été appelé République socialiste, mais Lénine nous a expliqué qu’il aurait été mieux et surtout plus précis de l’appeler pro-socialiste ; dès que le socialisme devient réalité, tout Etat disparaît définitivement. Pour la clarté de nos écrits théoriques il vaudrait mieux maintenir la formule classique et heureuse de la Dictature du Prolétariat et ne pas la remplacer par "Etat socialiste". D’ailleurs entre parenthèses : nous trouvons au moins peu utile de reprendre le mot d’ordre trotskyste des "Etats-Unis socialistes", car :

1) Il n’est pas en accord complet avec la terminologie marxiste (Etat et socialisme s’excluent, le socialisme est la première phase de la société sans classes et par conséquent sans Etat) ;

2) La république ouvrière (Dictature du Prolétariat international) ne sera pas une composition d’Etats unis,mais un seul Etat international, une république prolétarienne mondiale ;

3) Nous n’avons pas besoin d’emprunter le titre officiel de l’impérialisme yankee dominant le monde. Par conséquent notre mot d’ordre dans l’agitation et la propagande est : REPUBLIQUE PROLETARIENNE MONDIALE (synonyme pour Dictature du Prolétariat International).

Page 4, deuxième paragraphe vous dites que ce serait parler "contrairement à l’enseignement du matérialisme historique" de dire que l’Etat "se serait entièrement élevé au-dessus des classes et des rapports sociaux". Pas tout à fait. Engels nous apprend par exemple dans "l’Anti-Düring", que dans une certaine mesure dans des périodes brèves, passagères et peu stables, l’Etat exploiteur peut jouer un pareil rôle. Ce n’et pas le cas en ce qui concerne la Russie actuelle. Là l’Etat est bien l’Etat des classes exploitrices et dominantes. Et si on parle de capitalisme d’Etat, le terme est sans doute impropre mais ne veut pas dire que tout serviteur de l’Etat est copropriétaire, mais que la couche dirigeante de l’Etat est copropriétaire avec la classe dominante exploitrice.

Critiques diverses.

Page 5 vous dites que "la bourgeoisie russe est presque entièrement détruite physiquement". Les ouvriers russes parlent déjà depuis vingt ans d’une "sovbourgeoisie" qui s’est reconstituée au cours de la contre-révolution avançant. Il ne s’agit pas des individus exterminés physiquement, mais des principes sociaux rétablis, exprimés par d’autres individus bourgeois, bien vivants.

Pages 10 et 12 vous parlez "des normes bourgeoises" de répartition en régime de Dictature du Prolétariat ; relisez à ce sujet notre critique de la "Révolution trahie" où nous distinguons très nettement entre la différentiation inévitable découlant du manque de produits (chacun selon son travail) et l’enrichissement d’une couche exploitrice et non travailleuse ; Trotsky confond consciemment ces deux choses tout à fait différentes et il faut le combattre sur ce plan.

Page 13 (deuxième paragraphe, "Dès le début,…") vous paraissez méconnaître les vrais caractères de la Dictature du Prolétariat russe des premières années et le véritables rôle du parti bolchevik. Dans le paragraphe suivant vous dites que "(la faible intervention des soviets dans les affaires publiques fut supprimée " mais vous ne dites pas quand. Dans le paragraphe suivant (dernier paragraphe de la page 13) vous dites presque qu’à cause "de l’incapacité culturelle et technique du prolétariat peu développé" la Dictature du Prolétariat, le pouvoir soviétique, n’était pas possible.

Votre polémique contre la "Révolution trahie" est en général assez bonne et vous conduit souvent à des conclusions assez poussées. Page 20 vous demandez avec raison "pourquoi emploie-t-il ce terme ?" en parlant de l’"URSS", mais vous l’employez-vous même dans tous vos textes. Il faudrait toujours le mettre entre guillemets ou parler de la Russie actuelle tout court. Les points 3 et 4 de la page 20 sont très justifiés, seulement, la Russie est déjà réintégrée dans le processus capitaliste.

La théorie d’un simple asservissement de la Russie sous le joug américain est fausse. Le nouvel impérialisme russe est beaucoup plus industrialisé et c’est un concurrent beaucoup plus redoutable sur le marché mondial que l’ancien (tsariste). Encore entre parenthèses nous voulons dire que nous n’excluons pas que nous croyons tout à fait possible et peut-être même prochain un armistice ou une "paix séparée" entre les impérialismes allemand et russe. De cela nous reparlerons une autre fois. De toute façon, les impérialismes américains et russes sont actuellement les plus forts en face de la nouvelle vague révolutionnaire mondiale. Si cette vague échoue, la troisième guerre impérialiste mondiale se fera sans doute entre les impérialismes anglais et américains d’un côté et l’impérialisme russe de l’autre. Dans une certaine mesure cette guerre se prépare dès maintenant.

Page 26 (deuxième paragraphe) vous proclamez ouvertement la nouvelle société ; à notre avis c’est le point le plus faible et qui facilitera la démagogie et la bureaucratie trotskyste. Un point à corriger. Page 30 (paragraphe commençant par "En régime socialiste…" vous ne distinguez encore presque pas entre socialisme et dictature du Prolétariat ; de plus nous pensons que le tournant décisif dans l’évolution contre-révolutionnaire en Russie se place avant 1927.

Nous arrivons maintenant à votre conclusion (pages 31 à 38). Vous terminez votre introduction en disant : "…, si la révolution socialiste est écrasée, le système russe sera réintégré dans le système capitaliste , …". Cette thèse est très juste, seulement il ne faut pas la projeter dans l’avenir, elle s’est réalisée dans le passé. Page 34, point F : à cette thèse il faut opposer surtout que la révolution sociale est non seulement trahie, mais liquidée. Page 36, point G, vous expliquez très nettement que le caractère de classe anti-prolétarien de la "bureaucratie" et vous dites même qu’elle est "obligée" d’entrer dans le circuit et les contradictions de la guerre inter-impérialiste, tout en luttant contre la révolution". Vous oubliez de mettre les points sur les "i" en disant autrement que par tout cela que la "bureaucratie" est devenue partie de la classe capitaliste internationale. Cette "bureaucratie" ne "sabote" pas la révolution prolétarienne mondiale, mais l’étrangle partout où elle peut ; elle ne "compose" pas avec l’impérialisme, mais est devenue l’impérialisme elle-même ; si elle est entrée dans le circuit et les contradictions de la GUERRE inter-impérialiste, elle est entrée dans le circuit impérialiste même. "Seule la révolution peut renverser" ce rapport de forces et cette révolution ne peut être que la révolution prolétarienne en Russie et partout. Dans votre point à vous la classe exploiteuse et dominante de Russie se laissera autant ou aussi peu exproprier par l’impérialisme américain que les classes dominantes du Japon, de l’Allemagne ou de n’importe quel autre pays capitaliste.

Page 37 vous dites que la Russie a régressé "pour faire place à une nouvelle société divisée en nouvelles classes par de nouveaux rapports de propriété antagonistes et inconciliables". Nous avons prouvé que CE N’EST PAS UNE NOUVELLE SOCIETE mais la vieille société capitaliste sous de nouvelles formes, que CE NE SONT PAS DE NOUVELLES CLASSES (d’ailleurs, lesquelles ? le prolétariat russe existe-t-il ou non ,), mais les vieilles classes sociales de la société capitaliste, sous de nouvelles formes (la classe capitaliste "bureaucratique", le prolétariat souvent sans salaires et rendu esclave, mais prolétariat quand même, ne possédant rien que sa force de travail) et que par conséquent CE NE SONT PAS DE NOUVEAUX RAPPORTS DE PROPRIETE mais les anciens, ceux du capitalisme moderne !

Votre point a) est juste ; b) est équivoque ; sur c) voir ce que nous disons au sujet des "normes bourgeoises", c’est-à-dire que ce point est incomplet ; d) il faudrait classe capitaliste au lieu de "bureaucratique" ; les forces productives ne sont pas développées davantage que dans les autres pays capitalistes ; c’est encore un mythe. Les plans quinquennaux ont surtout développé l’industrie de GUERRE, c’est-à-dire les forces de DESTRUCTION. Famine, crises, chômage, esclavage sont des caractéristiques du néocapitalisme russe ; e) et f) il manque les points sur les "i" ; g) nous avons tout dit ; h) d’accord avec le contenu, mais pas avec les termes (URSS, "aventuriste") ; l’aventurisme est une déviation ultragauchiste ou anarchiste, mais qui reste toujours sur le plan révolutionnaire, qui est à condamner et à combattre, mais qui n’est pas consciemment contre-révolutionnaire comme c’est le cas pour les dirigeants russes. Par conséquent nous proposons de distinguer l’aventurisme dans les rangs prolétariens (impatience révolutionnaire) et la provocation policière du GPU.

Le comité responsable du RKD.