Fascisme de la misère, misère de l’antifascisme

Oiseau-tempête, N°9, Eté 2002, p. 1-2.
dimanche 28 février 2016
par  Archives Autonomies

Les apparatchiks, militants de gauche ou journa- listes-flics culpabilisent les abstentionnistes et les électeurs ayant osé ne pas voter "utile" au pre­mier tour ou ayant cédé au chantage à l’épouvantail Le Pen ("Ne pas manifester le 1er mai, c’est aussi criminel que de ne pas avoir voté au premier tour" affirme J.-L. Mélenchon, chef de file de la gauche socialiste). Cet­te vague de moralisme bleu-blanc-rouge, s’indignant du score du FN, rendrait certains "honteux" d’être "fran­çais". On se fiche pas mal de "l’image" que donne d’elle la France, à l’étranger comme sur Mars ! Et depuis quand prétend-on lutter contre le nationalisme version Le Pen (et autres variantes) en sous-entendant du coup qu’on est fier d’être français en "barrant la route au fascisme" ?
Les capitalistes et leur caste de grands commis de l’État ont apprécié la cohabitation : les partis socialiste-communiste-vert ont développé la précarité, la flexibilité et l’intensification du travail (par son annualisation, les 35 heures en novlangue), mieux que ne l’auraient fait Juppé ou Balladur ; ils ont amélioré la rentabilité du "bon capitalisme" productif cher à Attac et ses 50 députés ; puis ils ont privatisé, plus que les autres gouvernements de droi­te. Nombreux sont ceux qui, pour le moment, n’utilisent que l’abstention pour jeter à la poubelle les politiciens (Le Pen inclus). Même si l’appel au front républicain lais­se à ces derniers une bouffée d’air, une chose est sûre : un retour au pouvoir, comme avant, un coup à droite, un coup à gauche, n’efface rien du rejet apparu au premier tour de ces élections. Ceux qui croyaient sauver une répu­blique soi disant en danger, se retrouveront avec les mêmes guignols et leur politique d’attaque contre les sa­lariés et de contrôle social généralisé. Ceux qui trouvaient encore Jospin "moins pire que l’autre" iront pour la plu­part voter Chirac le 5 mai, ce qui est logique, puisque c’est la même politique ! Pourtant, ces politiciens "moins pires" que Le Pen ont déjà mis en pratique une partie de son programme, notamment concernant l’immigration. De la version directe à la Chirac sur "le bruit et l’odeur (des immigrés)" à la version hypocrite de Rocard "nous ne pouvons accueillir toute la misère du monde", ils assu­ment tous les arrestations, les emprisonnements et les morts des sans-papiers.

Contrairement au fascisme des années 20-30, le lepénisme, regroupement de tendances incohérent, reste mal dégrossi, progresse par défaut plutôt que de manière conquérante. Dans le mélange hétéroclite de son électo­rat, combien de vrais fachos, combien de boutiquiers, aspi­rant à la notabilité, à "l’établissement", voire aux corrup­tions comme en Italie, à Toulon, ou ailleurs ? Mais surtout combien d’aigris déboussolés ou détruits par les crises in­dustrielles des 20 dernières années ? Les licenciements massifs et l’idéologie dominante ont entamé l’identité sa­lariale de ces derniers et, première étape nécessaire mais non suffisante, beaucoup ne croient plus en la gauche ges­tionnaire. Quant aux syndicats, il ont toujours eu pour rôle de dévoyer plutôt que d’encourager les insurrections, bar­rant ainsi toute autre voie que celle d’une régulation d’un capitalisme moribond et destructeur. Face à une majorité, de droite ou de gauche, avec le Medef, des syndicats colla­bos, des attaques redoublées dès cet été contre les prolé­taires ; contre les réformes capitalistes qu’aurait poursui­vies Jospin, celles de Chirac ou de Le Pen, nous n’aurons que la rue et la grève. Que l’Unef ou Sos-racisme lâchent donc la grappe à la "jeunesse" : qu’ils ne rétrécissent pas d’emblée sa culture politique avec comme seul horizon un isoloir.Tout "front antifasciste" est un piège doublé d’un fourre-tout propice à la confusion politique, aux tactiques politiciennes, aux embrigadements boutiquiers.

Contre les dégâts du Capital, la demande est répétée, pathologique, d’un État-gendarme social. Pourtant l’État est toujours celui du Capital, pris dans toutes ses contra­dictions, sur toute la planète. Le fascisme nous menace moins, en France et en Europe, que l’intensification des politiques sécuritaires lancées par les gouvernements, ré­cents et futurs.

Quoi qu’il en soit, le fascisme est, comme les autres idéologies mais dans une forme extrême, un produit du capitalisme. Face aux impasses de la société capitaliste, la seule perspective est d’abord de construire des rapports de force mettant en évidence nos ennemis de classe, et ce, quel que soit le pays dans lequel on se trouve. C’est ensui­te de mener un combat anti-capitaliste permanent et au­tonome, au travail et dans la société, pour mettre à bas ex­ploitation, aliénation et massacres guerriers entre prolétaires. Et ce, sans complaisance par rapport aux ap­pareils de l’État, des médias, des syndicats, de la gauche et des extrême gauches. Ce combat s’exerce contre le capita­lisme, mais aussi contre les illusions et les conditionne­ments de la démocratie représentative bourgeoise, forme politique qui lui sied le mieux actuellement.

Au vote que d’aucuns présentent comme le futur in­dépassable de la résignation, défendons, dans la rue et par les luttes, les chances d’un avenir révolutionnaire !
Ni FN, ni front républicain !

(Ce tract a été distribué les 1er et 5 mai 2002, notamment à Paris, Nantes, Montréal, ainsi que sur le web…)

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Voici les références d ’autres textes ou tracts publiés à la suite des élections et/ou pour le 1er mai 2002. Pour se les procurer, cf. les adresses précisées ou écrire à OT qui transmettra.

  • "L’internationale sera le genre humain", Spartakus ; Rennes ; 28 avril (cf. site web d’OT :http://abirato.free.fr)
  • "Ni honte ni F-Haine !", Claude Guillon, Paris, le 26 avril (cf. site web d’OT)
  • "Contre le repli fasciste et la mondialisation capitaliste, une seule prévention, la révolution !", Claude Guillon, Paris, 1er mai (cf. site web d’OT)
  • "Fascisme, Démocratie, Choisis ton exploitation camarade ?", Os Caseiros, 1er mai. Contact : ADEL (http://www. adel-spartacus.org ; @adel-spartacus. org),
  • " La preuve par Chirac", Hélène Fleury, Louis Janover, Monique Janover, Ngo van, 3 mai 2002
  • "L’ordre règne !", De mauvais citoyens, 30 avril (http://www.internetdown.org/), "Ni peur, ni honte !" (contact : schizo77—caramail.com)

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