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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Position du Communisme révolutionnaire, libertaire et internationaliste : déclaration fondamentale
Le Prolétaire n°10 - Décembre 1946-Janvier 1947
Article mis en ligne le 17 mars 2016
dernière modification le 11 février 2018

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NOTRE POSITION

La plupart de nos lecteurs voient déjà la place qu’occupe le communisme révolutionnaire dans le mouvement ouvrier et la mission qu’il a à remplir. D’autres, dans différentes lettres, nous ont demandé d’expliquer ce qui nous sépare de l’anarchisme, du trotskisme et d’autres courants plus ou moins à gauche dans le mouvement ouvrier, et de préciser si ces divergences sont suffisamment profondes pour justifier u ne séparation organisationnelles.
Le moment est venu d’exposer dans son ensemble le caractère particulier du mouvement communiste révolutionnaire.

* * * * *

La suivante déclaration n’a aucunement la prétention d’être complète ou définitive.
Au contraire.
Nous nions la possibilité même de programmes complets et définitifs, car tout programme révolutionnaire n’est que l’expression toujours relative et incomplète d’un développement continuel de la lutte de classes et des idées révolutionnaires nées dans cette lutte.
Ainsi les meilleurs documents programmatiques vieillissent sur tel ou tel point dépassé par des nouvelles expériences inconnues eu incomprises auparavant.
Cela ne nous dispense pas, mais au contraire nous oblige à exprimer toujours à nouveau le niveau momentané des expériences prolétariennes et des idées programmatiques révolutionnaires qui en découlent.
Ces idées révolutionnaires ne peuvent être le produit artificiel d’un cercle d’études qui, séparé de la classe ouvrière, "élabore" en vase clos un programme "pour" la classe ouvrière ; nous rejetons une telle prétention intellectuelle, petite-bourgeoise et idéaliste, qui contient dans son germe toute la dégénérescence bureaucratique ; les idées révolutionnaires ne peuvent être que le résultat de l’expérience vivante de la lutte de classe du prolétariat international à laquelle tous les révolutionnaires doivent participer activement.
La suivante déclaration est le résultat d’une longue participation consciente aux luttes ouvrières, le jalon d’une évolution continuelle et infinie et, comme tel, une modeste contribution à un effort qui ne peut être qu’international.

Les moyens de production directement et entièrement entre les mains des travailleurs.

Le point qui nous semble capital, est celui du rapport entre les moyens de production (les machines, les matières premières) et les producteurs (les prolétaires). La séparation entre les moyens de production et par conséquent tout le pouvoir et toutes les richesses matérielles d’un côté, et les travailleurs de l’autre, est la caractéristique de toute la société de classes.
Dans la société capitaliste où les forces productives sont devenues gigantesques et capable de produire l’abondance pour tous, - vapeur, motorisation, machinisme moderne, électricité, force atomique – la séparation des modernes moyens de production des prolétaires, producteurs de ces forces gigantesques, devient une source de misère, de famine et de guerres dévastatrices permanentes.
Seules la suppression de cette séparation désastreuse, la réalisation de la disposition directement et complète des moyens de production par tous les travailleurs, peut sauver la société d’une barbarie monstrueuse.
Par conséquent, nous sommes séparés à jamais de toutes les écoles, de tous les courants capitalistes privés ou étatiques, qui entendent maintenir ou rétablir des entraves ou des barrières même "provisoires" entre les moyens de production, les richesses de ce monde et les prolétaires, producteurs de toutes ces richesses.
Nous combattons tous les Etats, gouvernement, bureaucraties, technocratie, Partis et Syndicats qui, à la place du prolétariat, entendent diriger la production, tout en accordant aux producteurs le droit de "contrôle" ou de "collaboration". Ces systèmes ne peuvent qu’éterniser la production et l’extraction de la plus-value et, par conséquent l’exploitation et l’oppression de l’homme par l’homme, le salariat, la famine et les guerres.
Nous combattons les tendances petite bourgeoises et bureaucratiques, vestiges du vieux mouvement ouvrier, qui déclarent inaptes les prolétaires à diriger eux-mêmes leur production, et qui par là essaient de justifier le maintien de l’esclavage capitaliste privé ou étatique.
Les intellectuels petit bourgeois et les partisans du vieux mouvement ouvrier sont incapables de reconnaitre la possibilité et la nécessité de la Commune libertaire, ils sont incapables de donner une analyse objective des événements. C’est que les intellectuels petit bourgeois jouent un rôle dirigeant dans la société capitaliste (privée et surtout étatique) et qu’ils sont décidés à conserver leur position privilégiée qui est basée sur le salariat, sur l’expropriation et l’exploitation des ouvriers. Les conceptions des intellectuels bourgeois ou petit bourgeois sont déterminées par leur situation sociale.
Donc, il ne faut pas s’étonner que le but de ces intellectuels petit-bourgeois, au sein du mouvement ouvrier même, soit foncièrement différent de celui des prolétaires ; ils considèrent comme "utopie" la suppression du salariat et le pouvoir réel des ouvriers, alors que les ouvriers révolutionnaires savent en général très bien que les travailleurs sont bien capables de diriger la production et la société et peuvent se passer des bureaucrates et des intellectuels bourgeois.

Le vieux et le nouveau mouvement ouvrier.

Le vieux mouvement ouvrier politique, parlementaire et syndical est caractérisé par la lutte pour des améliorations dans le cadre du régime capitaliste. Le capitalisme étant arrivé à la dernière limite de ses possibilités, de telles améliorations ne sont plus possibles. La baisse du niveau de vie des masses travailleuses est générale et mondiale. Cette baisse aboutit à l’extermination systématique de dizaines de millions de travailleurs dans les crises économiques, dans les guerres impérialistes meurtrières et dans la famine, dans les bombardements atomiques et dans les chambres à gaz.
Le vieux mouvement ouvrier est mort parce qu’il n’y a plus de place pour lui. Les vestiges des anciens partis ouvriers et des syndicats sont devenus des rouages de l’Etat capitaliste et des soutiens actifs de la barbarie impérialiste. L’utilisation des anciennes méthodes de lutte dans la situation actuelle a l’efficacité d’une arme archaïque contre une forteresse moderne.
Le nouveau mouvement ouvrier n’et pas encore né. Il naît dans les nouvelles conditions de lutte, foncièrement différentes des anciennes.il naît dans les camps de travail forcé, dans les révoltes et les grèves "sauvages" contre le capitalisme d’Etat. L’insurrection des marins de Cronstadt contre le capitalisme d’Etat naissant est une des premières batailles précurseurs de ce nouveau mouvement ouvrier.
Le nouveau mouvement ouvrier ne pourra se borner à des luttes purement revendicatives car toute lutte revendicative appelle la mobilisation de la force répressive de l’Etat-patron. Toute lutte revendicative tend immédiatement à une lute révolutionnaire entre toute la classe ouvrière et l’Etat-patron. Le nouveau mouvement ouvrier dépasse et rejette le parlementarisme – simple escroquerie dans une époque de plus en plus totalitaire – et le syndicalisme – qui est de plus en plus un rouage de l’Etat exploiteur.
Ce nouveau mouvement ouvrier ne peut être que communiste, révolutionnaire, libertaire et international, parce que les solutions réformistes étatiques, individualistes, partielles, locales ne sont plus possibles.
Le vieux mouvement ouvrier de la légalité bourgeoise, des syndicats et des partis parlementaires est caractérisé par sa liaison de plus en plus étroite avec la bourgeoisie ; ce vieux mouvement est remplacé progressivement par un autre qui se caractérise par l’action directe des masses, les grèves sauvages, les conseils, la lutte sociale et violente contre toute la bourgeoisie et son Etat, pour la Commune prolétarienne, internationale et libertaire.
La cause la plus profonde de ce changement est la transformation du capitalisme d’abord révolutionnaire ensuite libéral, ensuite monopolisateur et impérialiste en capitalisme d’Etat entièrement contre-révolutionnaire et barbare. Ce sont l’épuisement et la décadence du capitalisme qui ont transformé le mouvement ouvrier. Contre la nouvelle concentration de l’ennemi de classe, une nouvelle méthode de lutte s’impose, des formes de lutte nouvelles naissent et avec elles un renouvellement de la stratégie et théorie révolutionnaires.
La division et la confusion actuelles du prolétariat ne sont qu’une phase transitoire vers un nouvel épanouissement des forces de classe. Dans les petits groupes révolutionnaires illégaux qui considèrent comme essentiel le mouvement autonome des masses travailleuses, il y a encore et inévitablement un mélange de vieilles formules périmées et de nouvelles idées révolutionnaires insuffisamment mûries. Seul le développement de la lutte de classes achèvera ce processus.

De la révolution russe à la Révolution mondiale

La Révolution russe de 1917 était à la fois la dernière révolution bourgeoise et un combat préliminaire de la future révolution prolétarienne mondiale. C’était la dernière révolution bourgeoise parce que la première guerre mondiale, l’échec des mouvements révolutionnaires-prolétariens qui lui ont succédé et le capitalisme d’Etat ont clos définitivement l’ère de la révolution (et de la démocratie) bourgeoise ; la bourgeoisie est devenue une classe absolument réactionnaire, contre-révolutionnaire et pourrie dans tous les pays du monde (colonies y inclus).la révolution prolétarienne est partout à l’ordre du jour historique.
Comme la Révolution de 1789, la Révolution de 1917 a renversé et détruit le système féodal, mais elle est allée plus loin : le prolétariat russe, plus fort et plus conscient que celui de 1789 ne s’est pas borné à renverser l’absolutisme, organisé dans ses conseils d’ouvrier, de marins et de soldats, il a exproprié la bourgeoisie et il a pris en mains les moyens de production et tout le pouvoir.
Dans ce sens il a continué l’œuvre de la Commune de Paris (1871) et a ouvert un cycle de mouvements révolutionnaires prolétariens en Europe (Allemagne, Autriche, Hongrie, etc.). Cette première vague révolutionnaire prolétarienne internationale a été battue par la contre-révolution bourgeoise internationale qui a triomphé sous forme de fascisme blanc, brun, noir ou rouge.
En Russie, même la contre-révolution bourgeoise, en expropriant le prolétariat et en le rejetant dans l’esclavage, a instauré le capitalisme d’Etat, forme suprême et décadente du capitalisme contemporain.
La bourgeoisie de tous les pays, après avoir écrasé le prolétariat révolutionnaire, a immédiatement préparé la deuxième guerre impérialiste mondiale. Aux 10 millions de morts de la première guerre mondiale s’ajoutent les 50 millions de morts et autant d’estropiés et de fous de la deuxième guerre mondiale. Paralysés par la terreur fasciste-stalinienne et surtout par le grand mensonge du "socialisme" d’Etat en "URSS", les prolétaires de presque tous les pays n’ont pas réagi de façon révolutionnaire contre cette deuxième guerre mondiale.

- Pourquoi faire la révolution, si l’armée rouge victorieuse nous apporte le socialisme ? Ayons confiance dans nos chefs telle était la réaction des masses travailleuses de l’Europe pendant la deuxième guerre mondiale.

Le résultat était la prolongation meurtrière de la guerre impérialiste, la destruction de l’industrie européenne par les bombardements et les démontages, la déportation en masse des ouvriers, les désillusions des masses travailleuses, tombées sous le joug des armées "libératrices" russes ou occidentales, la préparation accélérée de la troisième guerre mondiale.
L’issue de la deuxième guerre mondiale pose de façon tranchante toutes les questions de la révolution prolétarienne, de l’émancipation de l’humanité. L’issue tragique de la deuxième guerre mondiale montre les erreurs et les lacunes des vieilles théories et exige et rend possible des nouvelles explications théoriques fondamentales. Le vieux mouvement ouvrier est devenu capitaliste-étatique, le nouveau doit naître. Il n’existe pas encore, il n’y en a que des germes. La nouvelle théorie également ne peut encore que germer. Notre tâche est de la reconnaître, de l’exprimer.
La solution matérielle et idéologique de "l’énigme" russe permettra une nouvelle progression du prolétariat international. La continuation de la guerre impérialiste mondiale conduirait, au prix de victimes, qu’une révolution victorieuse aurait pu éviter, à l’usure et à l’écrasement du stalinisme russe. Les révolutionnaires doivent prévoir et se préparer idéologiquement à cet événement qui ébranlera le monde.
Seule la révolution prolétarienne aurait pu empêcher la course vers la troisième guerre impérialiste mondiale ; seule la révolution prolétarienne pourra arrêter la catastrophe. Malgré les dévastations, malgré la destruction possible d’une grande partie de l’humanité, le problème social resterait à résoudre et la révolution prolétarienne resterait à l’ordre du jour et présenterait la seule issue.

Le communisme révolutionnaire, prolétarien, libertaire et international.

L’idéologie du nouveau mouvement ouvrier est celle du communisme révolutionnaire, prolétarien, libertaire et internationaliste.
Communisme parce que la société qui succèdera au capitalisme ne peut être que celle où les moyens de production et par conséquent les produits seront propriété commune de tous où par conséquent l’abondance sera réalisée par tous et pour tous. Une telle société s’appelle communiste.
Révolutionnaire parce que seule la révolution prolétarienne pourra réaliser ce communisme ; jamais la bourgeoisie et son Etat ni les autres couches privilégiées ne céderont leur place au prolétariat ; une guerre civile prolétarienne implacable devra les chasser.
Libertaire parce que le communisme est inconcevable sans liberté ; la révolution prolétarienne est antiétatique et antigouvernementale ; la liberté devra exister pour tous, pour toutes les tendances dans la démocratie des travailleurs ; cette liberté est indispensable à la réalisation du communisme.
Internationaliste parce que le prolétariat est une classe internationale et sa révolution ne peut triompher et le communisme ne peut être réalisé qu’internationalement.

Contre les étiquettes du passé, pour la synthèse révolutionnaire dans l’action directe

Nous rejetons les étiquettes périmées et creuses qui tendent à diviser les ouvriers révolutionnaires. Ainsi nous considérons dépourvues de sens les étiquettes "marxisme" et "anarchisme", qui opposent souvent des prolétaires révolutionnaires qui pensent au fond la même chose. Le "marxisme" officiel est compromis par sa politique et la pratique impérialiste et capitaliste d’Etat des partis "marxistes" "officiels de la 2ème, 3ème et 4ème "internationale" et de leurs satellites de "gauche". L’"anarchisme" officiel est compromis par l’expérience gouvernementale en Espagne, par une pratique réformiste-syndicale et par une propagande parfois patriotique.
Cependant, il ne suffit pas de rejeter l’ensemble des deux écoles primitivement révolutionnaires. Le nouveau mouvement ouvrier a besoin d’une synthèse des côtés révolutionnaires et de l’anarchisme et du marxisme ; cette synthèse se réalisera dans la lutte de classes même. Dès maintenant on peut dire qu’elle rejettera les dernières déformations et compromissions mais aussi les erreurs et les lacunes primitives qui ont contribué aux compromissions actuelles.
A notre avis elle exprimera par la méthode scientifique et révolutionnaire du matérialisme historique et dialectique la révolution prolétarienne permanente qui sera internationaliste, antiparlementaire, antisyndicale, antiétatique et libertaire.
Le communisme de conseil hollandais est une des tentatives – encore insuffisante et probablement inconsciente – d’une telle synthèse révolutionnaire. Le communisme de conseil est à la fois la pointe la plus avancée de l’ancien mouvement ouvrier et, en tant que propagandiste du nouveau mouvement, la négation du vieux mouvement ouvrier.
L’idée révolutionnaire à besoin d’un développement permanent.
C’est dans ce sens que nous présentons la suivante déclaration programmatique.

LE CAPITALISME D’ÉTAT ET LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE MONDIALE

La tendance du capitalisme mondial à prendre la forme de capitalisme d’Etat, est devenue générale. Cette tendance est évidente depuis la première guerre mondiale et depuis elle s’est renforcée continuellement. Le capitalisme d’Etat est réalisé sous la forme la plus perfectionnée jusqu’à maintenant en Russie actuelle.
Le capitalisme d’Etat n’est ni une phase "progressive" du capitalisme, ni une solution des contradictions capitalistes, ni une nouvelle société fondamentalement différente du capitalisme "classique", ni un retour vers une barbarie précapitaliste rendant impossible toute révolution prolétarienne.
Au contraire. Les contradictions fondamentales du capitalisme revêtent une forme nouvelle ; non seulement elles ne sont pas supprimées, mais au contraire aggravés par une concentration augmentée du capital.
Le capitalisme d’Etat n’est donc nullement un régime pré-socialiste ou un (... mot illisible) le socialisme.
La révolution prolétarienne est possible et nécessaire dans tous les pays du monde, dans ceux qui ont atteint le stade impérialiste ou capitaliste-étatique comme dans les autres.
Le capitalisme d’Etat renforce et augmente les conditions nécessaires à la révolution prolétarienne mondiale.
Le capitalisme, de plus en plus incapable de résoudre ou même de pallier à ses contradictions internes, se trouve dans une crise économique permanente. Une expression de cette crise est l’incapacité du capitalisme à vivre en "pais" : les conflits entre les divers impérialismes ont une tendance permanente à se généraliser (guerres mondiales).
Seule la menace révolutionnaire-prolétarienne est capable d’arrêter la guerre impérialiste ; le reflux révolutionnaire met rapidement à l’ordre du jour un nouvel éclatement de la guerre impérialiste mondiale.
D’autre part, la guerre impérialiste mondiale provoque la résistance révolutionnaire de la classe ouvrière et de tous les exploités. Seul le développement de cette résistance révolutionnaire de la classe ouvrière et de tous les exploités est capable d’interrompre ou d’en finir avec la guerre impérialiste mondiale.
Le développement des contradictions capitalistes aboutit à une exploitation et à une paupérisation croissantes de la classe ouvrière et à la ruine des couches moyennes. Le capitalisme ne peut se maintenir que grâce à des méthodes de terreur de plus en plus violente, tel le fascisme (Allemagne, Italie, Russie). L’époque de la démocratie bourgeoise, forme politique de la période ascendante du capitalisme est close.
La suppression des contradictions capitalistes n’est possibles que par la réalisation de la société socialiste, société sans classes, les moyens de production et par conséquent toutes les richesses de ce monde n’appartiendront plus à une minorité exploiteuse, mais à l’humanité toute entière.
La production dirigée de façon démocratique et planifiée par tous les travailleurs aboutira à une abondance rapidement croissante qui ne signifiera plus le désastre mais le bien-être illimité et la possibilité d’un développement libre pour tous.
L’avènement de la société socialiste sans classes signifiera la fin de l’époque où l’homme devait se borner essentiellement à la recherche de la nourriture, à la lutte acharnée contre la famine et le froid ; ce sera la fin de la phase animale et barbare de l’évolution humaine et le commencement de l’histoire effective de l’humanité.
Donc, la révolution prolétarienne (sociale) ne se dirige pas seulement contre le capitalisme, mais contre toute la phase animale de l’humanité ; elle termine non seulement la société capitaliste et la société de classes en général, mais toute la phase bestiale de l’humanité. Cette révolution se distingue par conséquent de toutes les autres révolutions sociales qui ont eu lieu jusqu’ici. En fin de compte, ce n’est pas une révolution prolétarienne seulement, bien que la classe ouvrière l’accomplisse. C’est la révolution sociale dans le sens le plus large et le plus profond du mot.
L’Etat est toujours un instrument d’oppression des classes exploiteuses. Par conséquent le pouvoir ouvrier (commune) ne peut plus être appelé "Etat", car il englobe l’ensemble des travailleurs organisés dans leurs conseils. (Voir la partie "le pouvoir ouvrier").
Avec le développement croissant de la production et de l’abondance des produits de consommation, toute forme de contrainte de classe disparaît et le pouvoir ouvrier, le prolétariat organisé en classe dominante, se dissout dans la société sans classes.
Cette évolution n’est possible qu’à l’échelle internationale.
Le prolétariat est une classe internationale.la bourgeoisie également, malgré ses contradictions impérialistes, est une classe internationale. La révolution prolétarienne, à l’opposé de la révolution bourgeoise, est une révolution internationale en ce sens, que tout en commençant dans le cadre national, elle ne peut triompher qu’internationalement.
La révolution prolétarienne ou déclenche la guerre civile internationale et vainc par l’instauration du pouvoir ouvrier internationale, ou est étouffée et écrasée par la contre-révolution bourgeoise dans le cadre national ou local.

LA LUTTE DE CLASSE PROLÉTARIENNE

Dans la période actuelle, celle du capitalisme d’Etat, la lutte de classes est poussée à son extrême. La démocratie bourgeoise est arrivée à son terme. Fascisme, dictatures policières et militaires sont les formes politiques normales du capitalisme d’Etat.
La guerre impérialiste devient permanente.il n’y a plus de place pour des solutions partielles. La révolution prolétarienne est devenue une nécessité urgente et immédiate.
Dans toutes les périodes, aussi bien sous une dictature fasciste ou militaire, qu’en guerre impérialiste nous sommes pour l’action autonome de la classe ouvrière en faveur de ses revendications immédiates, contre toute exploitation et oppression, pour la révolution prolétarienne.
Nous sommes toujours et partout pour la participation active à l a lutte de classe prolétarienne. Le travail communiste-révolutionnaire est nécessaire, non seulement en temps de "paix", mais aussi et surtout en temps de guerre impérialiste et en période de réaction.
L’activité révolutionnaire prolétarienne en temps de guerre impérialiste et en période de terreur gouvernementale et contre-révolutionnaire ne se distingue pas essentiellement mais seulement quantitativement de l’activité révolutionnaire en période de montée ; l’organisation est plus petite et plus rigide en période de réaction, le tirage de ses écrits de propagande est plus réduit, la lutte défensive contre la terreur policière occupe une place plus large.
Nous rejetons la "théorie" contre-révolutionnaire de la "disparition" de la classe ouvrière, en temps de guerre ou de réaction, "théorie" qui a servi et qui sert toujours à justifier la trahison de classe.
Le travail communiste révolutionnaire ne doit se borner ni à l’activisme pur, ni à l’étude théorique pure ; et l’un et l’autre aboutiraient à la dégénérescence inévitable dans un sens opportuniste ou intellectualiste et petit-bourgeois. Le communisme révolutionnaire se refuse à séparer l’étude de l’action ; il puise ses idées révolutionnaires dans l’action directe et il anime l’action révolutionnaire par les idées gagnées dans la pratique révolutionnaire.
Sans théorie révolutionnaire, pas d’action révolutionnaire.
Tout détachement de la classe ouvrière ne peut aboutir qu’à la dégénérescence bourgeoise.
Comme pendant la dernière guerre ou même dans la période la plus meurtrière, nous avons réalisé non seulement un travail théorique préparatoire, mais en même temps édité des journaux pour les ouvriers les plus avancés, tel Spartacus et Fraternisation Prolétarienne", dans une nouvelle guerre mondiale également, nous marcherions contre le courant et n’interromprions pas volontairement la propagande défaitiste-révolutionnaire et prolétarienne-internationaliste.
Nous appuyons toutes les revendications immédiates du prolétariat (augmentations de salaires, lutte contre la vie chère, meilleur ravitaillement, amélioration des conditions de travail, etc.). Nous participons à toutes les actions de la classe ouvrière qui ont pour but la réalisation de telles revendications immédiates (grèves, manifestations) et nous invitons les ouvriers à renforcer et à étendre ces actions ; nous poussons en avant vers la solution révolutionnaire et nous lions les revendications immédiates au but final.
Les communistes révolutionnaires participent (….) masse nés spontanément dans la lutte de la classe ouvrière, organismes qui servent à mener la lutte pour les revendications immédiates, et nous invitons les ouvriers à participer à ces organes qui n’englobent que des ouvriers, indépendamment de leur tendance politique, syndicale ou autre.
En même temps, nous combattons le réformisme, soutien du capitalisme, parce qu’il présente les revendications immédiates comme le but principal et parce qu’il essaie, en commun avec d’autres tendances semblables, d’exploiter les revendications immédiates de la classe ouvrière pour une politique anti prolétarienne.
En opposition à ces tentatives, les communistes révolutionnaire s’efforcent de lever la conscience de classe des travailleurs ; ils démontrent qu’il est impossible, en régime capitaliste, d’arriver à une amélioration importante ou durable pour les ouvriers, et ils disent ouvertement que toute amélioration ne peut être maintenue que par l’action révolutionnaire directe des masses et que seul le pouvoir ouvrier et la société sans classes rendront possibles une amélioration définitive et illimitée du niveau de vie des travailleurs.

SYNDICATS ET CONSEILS.

Les syndicats ont leur origine dans les corporations artisanales du capitalisme libéral. Ils organisent les ouvriers selon leurs professions, ce qui signifie un progrès par rapport aux corporations, mais qui est toujours une division des travailleurs de l’industrie moderne.
Indépendamment de la trahison des syndicats officiels, la syndicaliste est périmée comme telle. La grève d’une (…quelques mots illisibles) est vouée à l’échec. L’ère des luttes professionnelles couronnées de succès effectif est close. La lutte pour des revendications partielles ou professionnelles même, rend indispensable la mobilisation de la classe travailleuse tout entière.
Les syndicats ont perdu le rôle progressif qu’ils ont joué dans la période ascendante du capitalisme. La période ascendante du capitalisme est terminée depuis 1914. C’est aussi en 1914 que les Syndicats, en commun avec les partis de la deuxième internationale, sont passés du côté de l’impérialisme et ont poussé les ouvriers de tous les pays dans le massacre impérialiste.
Depuis 1914 au moins, on ne peut plus séparer la lutte pour les revendications immédiates de la lutte contre l’Etat. En période de guerre, et depuis 1914, le système capitaliste tout entier se trouve en période de guerre, la moindre grève pour une augmentation de salaire doit affaiblir "l’effort de guerre" et doit provoquer la répression étatique.
Le capitalisme d’Etat, forme suprême de l’exploitation capitaliste, se développe partout. Les grèves sont interdites d’abord dans les colonies, ensuite dans la période entre les deux premières guerres mondiales, en Russie, en Italie, en Allemagne et dans tous les pays de l’Europe centrale et orientale. Les Syndicats y deviennent des organisations d’Etat, des organisations obligatoires qui emprisonnent et "contrôlent" (mouchardent) les ouvriers.
La guerre de 1939-1945 a renforcé le développement du capitalisme d’Etat et le rôle réactionnaire des Syndicats dans tous les pays. Toutes les grèves depuis la fin de la guerre ont été dirigées directement par des comités de grèves surgis directement de la masse, et, contre les syndicats officiels. Ces comités de grève ne sont que la forme embryonnaire des conseils (soviets) des premières révolutions ouvrières (1905, 1917, 1919). Plus tard, ils se développent en organes de lutte, de contrôle et de pouvoir révolutionnaire.
Ils sont caractérisés par :

- élection directe par tous les travailleurs sur le plan du lieu de travail ;

- ils sont contrôlés et révocables à tout instant par la masse travailleuse qui les a élus ;

- ils englobent tous les travailleurs sans distinction d’opinion ou de croyance, syndiqués et non-syndiqués, organisés et inorganisés ;

- ils dépassent par conséquent le cadre syndical le plus large.

Il ne s’agit donc plus de "quitter" les Syndicats ou d’y "rester", ni de "scissionner", ni de "conserver l’unité syndicale", ni de former un "nouveau" syndicat ; il s’agit de dépasser le cadre syndicat, de prendre les décisions de lutte à l’usine même, sans s’occuper des chefs du Syndicat.
Le prolétariat retrouve son unité combative dans les comités de grève, dans les conseils, dans les organismes de lutte et de contrôle issus directement et démocratiquement de la masse et toujours contrôlables et révocables par elle.
Les comités de grève naissent dans la lutte pour les revendications immédiates, ils développent, organisent et propagent cette lutte, ils se développent dans la lutte même et son capables de devenir des conseils d’ouvriers, c’est-à-dire, des organes de combat et de pouvoir révolutionnaire destinés à balayer et à remplacer l’Etat capitaliste même.

LA DÉMOCRATIE BOURGEOISE

La démocratie bourgeoise est la forme politique du capitalisme ascendant et libéral. Aujourd’hui elle n’existe plus qu’en tant que vestige d’une époque passée ou en tant que concession éphémère. La démocratie bourgeoise, même à sa meilleure époque, n’est qu’un camouflage démocratique de l’exploitation et de l’oppression.
Les communistes révolutionnaires soutiennent la lutte de la classe ouvrière pour ses drois et libertés : droit de grève, de manifestation et d’expression pour les travailleurs. Ces libertés ne peuvent être que résultats de la lutte révolutionnaire pour la Commune prolétarienne. Les communistes révolutionnaires combattent la démocratie bourgeoise, forme de domination du capitalisme ; ils rejettent les mots d’ordre "république démocratique", "parlement", "élections", et toute autre forme de domination capitaliste. Par conséquent, ils rejettent le "programme transitoire". [1]
Nous considérons comme trahison de classe toute participation d’un groupe ou d’un parti prolétarien à un gouvernement basé sur l’Etat bourgeois, et tout soutien d’un tel gouvernement.
Nous rejetons le mot d’ordre "gouvernement ouvrier" ou "gouvernement ouvrier et paysan" – en dehors du pouvoir ouvrier – qui ne peut que camoufler un gouvernement en réalité capitaliste. En dehors du pouvoir ouvrier, il n’y a que des gouvernements capitalistes.
Nous rejetons tout "Front Unique" (c’est-à-dire toute déclaration politique commune, tout bloc électoral ou autre, etc.), car celui-ci ne peut qu’augmenter la confusion dans la classe ouvrière et nuire à la lutte prolétarienne. Au Front Unique politique des divers partis et groupes, nous opposons l’unité de lutte de la classe ouvrière dans l’action directe.
Nous combattons le parlementarisme bourgeois et nous sommes pour le boycott des élections et référendums ; contre les élections bourgeoises et pour l’action directe des travailleurs ! La participation des révolutionnaires aux élections parlementaires et municipales ne peut que renforcer les illusions démocratiques-bourgeoises des prolétaires.
Le temps du "parlementarisme révolutionnaire" qui en période ascendante du capitalisme, jusqu’en 1914 dans la Douma et au Reichstag, etc., pouvait s’exprimer et qui essayait de démasquer le parlementarisme bourgeois dans son propre domaine, est révolu. Déjà à cette époque, un moyen de corruption et une illusion, l’utilisation révolutionnaire du parlement est devenue complètement impossible à l’époque du capitalisme d’Etat et du fascisme.
A la démocratie bourgeoise qui aboutit au capitalisme d’Etat et au fascisme, nous opposons la démocratie prolétarienne des conseils ouvriers.
Pour cette propagande prolétarienne-révolutionnaire, nous exploitons toutes les possibilités légales et illégales à notre disposition : affiches, tracts, réunions, etc.

LA GUERRE IMPÉRIALISTE

La contradiction entre les forces productives qui ne cessent d’augmenter de façon impétueuse, et le mode de production capitaliste, aboutit à des guerres impérialistes périodiques et finalement permanentes qui entraînent la destruction massive des forces de production et l’extermination d’une partie de plus en plus grande de l’humanité.
Ces massacres entre les grands blocs de puissances servent à la prolongation de l’agonie du système capitaliste. Le capitalisme d’Etat, au cours de ces guerres, atteint un degré de plus en plus accentués.
En cas d’une nouvelle guerre impérialiste, nous continuerons notre action d’après les principes suivants :

– défaitisme révolutionnaire dans tous les pays du monde, c’est-à-dire : continuation et accentuation de la lutte de classe pendant la guerre impérialiste, ce qui signifie contribuer à la défaite de notre propre bourgeoisie et de son Etat pour l’action directe du prolétariat ;

- fraternisation prolétarienne des ouvriers et des soldats (ouvriers sous l’uniforme), dans tous les pays du monde et surtout avec les prolétaires dits "ennemis" ;

- transformation de la guerre impérialiste en guerre civile prolétarienne internationale, en révolution sociale mondiale.

Cette position prolétarienne internationaliste est en opposition directe avec tout patriotisme, avec tout pacifisme bourgeois ou petit-bourgeois et avec toute autre tendance qui s’oppose à la révolution prolétarienne internationale.
Dans l’époque actuelle, toute bourgeoisie, la bourgeoisie coloniale et les vestiges de classes exploiteuses pré-capitalistes (esclavagiste ou féodales) y compris, fait partie du système capitaliste-impérialiste mondial.
Toute les Etats existants actuellement, les Etats coloniaux ou semi-coloniaux y compris, sont intéressés au maintien du système impérialiste international et à l’exploitation des travailleurs.
La révolution prolétarienne est possible et nécessaire dans tous les pays du monde.
Par conséquent, nous combattons tout mot d’ordre et toute idéologie de "libération" ou d’"indépendance nationale", ainsi que tout mouvement nationaliste dirigé par une fraction quelconque de la bourgeoisie dans les colonies, dans les semi-colonies ou dans les pays capitalistes les plus développés. Tous ces mots d’ordre et mouvements nationalistes sont bourgeois et réactionnaires.
De la même façon, nous démasquons le camouflage de la guerre impérialiste en "guerre civile" (voir notre article "la guerre civile impérialiste").

LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE ET LE POUVOIR DES OUVRIERS (La Commune)

La révolution prolétarienne ne peut éclater que si une situation révolutionnaire objective existe réellement ; une telle situation est indépendante de la volonté de tous les partis. Elle est caractérisée par :

a) une crise intérieure de la bourgeoisie, incapable de résoudre ses propres contradictions ;

b) une période de luttes de la classe ouvrière qui regagne sa conscience de classe et qui commence à former ses propres organes de lutte.

Dans une telle situation, l’éclatement spontané de la révolution prolétarienne est à l’ordre du jour.
Cette révolution ne peut en général pas abattre le capitalisme si elle ne profite pas des leçons des luttes prolétariennes passées. Ces leçons sont transmises par l’organisation révolutionnaire dont nous parlons dans le dernier chapitre de cette déclaration. Le parti révolutionnaire doit aider activement la classe ouvrière dans sa lutte révolutionnaire contre la bourgeoisie. Cependant, la révolution prolétarienne n’est pas l’œuvre d’un parti, par conséquent le pouvoir ouvrier n’est pas le pouvoir d’un parti, mais celui de tous les ouvriers.
Le pouvoir ouvrier, ce sont les masses ouvrières armées et organisées dans leurs conseils. L’Etat bourgeois qu’on ne peut ni "épurer", ni "conquérir", doit être détruit et supprimé complètement par la révolution prolétarienne.
Dans le pouvoir ouvrier, il n’y a plus d’"appareils" particulier, séparé des masses, il n’y a plus de bureaucratie, ni de police secrète, ni de couche privilégiée. Les masses ouvrières dirigent elles-mêmes et directement l’économie, la politique et toutes les affaires de la société.
Pour cette raison et surtout après l’expérience russe, il n’est plus admissible de parler d’une "Etat" ouvrier. D’ailleurs Marx et Engels eux-mêmes n’ont parlé que d’un "semi-Etat" qui "dépérit" et, ils ont parfois proposé de parler de "Commune", terme plus exact.
Nous rejetons toute théorie tendant à camoufler le capitalisme d’Etat en "Etat ouvrier".
L’Etat ouvrier national cohabitant pacifiquement avec le monde capitaliste ou l’Etat ouvrier dans un seul pays au milieu du monde capitaliste n’existe pas, n’a jamais existé et ne pourra jamais exister. La théorie de "l’Etat ouvrier dans un seul pays" en rapports pacifiques avec le monde capitaliste, est une théorie national-réformiste qui a engendré la théorie également nationale-réformiste du "socialisme dans un seul pays". Toutes les deux théories servent les intérêts du capitalisme d’Etat. Toutes les spéculations sur les degrés possibles de la soi-disant "dégénérescence" et les moyens réformistes d’y remédier, se basent sur des théories fausses et sont à rejeter.
La dictature du prolétariat établie d’abord dans un pays ne peut être que l’ouverture de la guerre civile internationale, l’élévation des masses prolétariennes en classe dominante, la déclaration de la révolution prolétarienne en permanence jusqu’à l’écrasement de la bourgeoisie internationale, jusqu’à l’établissement du pouvoir ouvrier international, prélude à la société communiste sans classes.

L’ORGANISATION PROLÉTARIENNE RÉVOLUTIONNAIRE

Ce n’est pas par hasard que nous ne parlons qu’en dernier lieu du parti révolutionnaire ; contrairement à ce que pensent beaucoup d’autres et à ce que nous avons pensé nous-mêmes auparavant, nous considérons comme primordiale et décisive l’action du prolétariat et non celle du parti ou du groupe. Notre conception de la révolution prolétarienne détermine notre conception du parti.
Ce ne sont pas les intellectuels qui apportent au prolétariat la conscience de classe ; au contraire. La conscience de classe naît spontanément dans la lutte de classes. Les intellectuels petit-bourgeois obscurcissent la conscience de classe ; le parti révolutionnaire doit l’éclaircir et lever ;
La tâche du parti (groupe, fédération) révolutionnaire-prolétarien est non pas de faire la révolution à la place du prolétariat, mais d’aider idéologiquement le prolétariat à accomplir sa mission historique.
Nous sommes contre la révolution du parti et contre le pouvoir du parti qui ne pourrait mener qu’à un capitalisme d’Etat et à une oppression sanglante de la classe ouvrière par une nouvelle bureaucratie.
Seule, une révolution prolétarienne voulue, comprise et réalisée par les masses ouvrières elles-mêmes peut être durable et solide et aboutir à un véritable pouvoir ouvrier, à la société communiste sans classes.
Donc, ce n’est nullement une question tactique, mais une question de principe. Les différentes conceptions sur le rôle du parti conduisent finalement à des résultats bien différents : ou à favoriser la barbarie capitaliste d’Etat, ou à la Commune prolétarienne et libertaire, à la société sans classe.
L’organisation révolutionnaire du prolétariat doit en tout temps être indépendante idéologiquement et tous les partis et courants au service de la bourgeoisie ou justifiant des solutions capitalistes privées ou étatiques.
En conséquence nous rejetons l’entrée des révolutionnaires dans une telle organisation, parti ou groupe, ce qui équivaudrait à la liquidation de l’organisation révolutionnaire.
Pour la même raison, dans les cas où un courant opportuniste préconisant ou réalisant la collaboration de classes, majoritaire ou non existe dans une organisation se disant encore révolutionnaire, les révolutionnaires doivent s’en séparer.
La structure de l’organisation révolutionnaire prolétarienne doit être basée sur les principes suivants : discussion libre de toutes les questions politiques et liberté d’expression pour toutes les tendances et fractions, minoritaires ou majoritaires. Les décisions sont prises à la majorité ; les minorités doivent appliquer les décisions communes (majoritaires), sauf évidemment, si celles-ci violent les principes fondamentaux révolutionnaires. Tout en appliquant les décisions communes (majoritaires), les minorités ont le droit permanent de critique publique.
Cette structure du parti révolutionnaire découle de notre conception de la révolution et de la Commune prolétarienne. La structure autoritaire et anti-démocratique des partis et groupes opportunistes est l’expression d’une société capitaliste d’Etat et réactionnaire pour laquelle ils luttent en réalité.
La classe ouvrière étant une classe internationale, et la révolution prolétarienne étant un processus international, l’organisation révolutionnaire du prolétariat doit être internationale.
Dans la démocratie ouvrière des conseils (Commune prolétarienne et libertaire), l’organisation révolutionnaire n’est qu’une fraction parmi d’autres. Ses idées sont rejetées ou acceptées, non pas par une pression bureaucratique quelconque, mais par leur justesse et par leur force de conviction.
Avec la réalisation de la société communiste sans classes, disparaît aussi l’organisation prolétarienne-révolutionnaire.

* * * * *

Après avoir lu cette déclaration bien incomplète, on peut constater que : la position communiste-révolutionnaire embrasse toutes les questions de la lutte de classe prolétarienne et nos différentes positions se conditionnent réciproquement. Notre conception du capitalisme d’Etat et de la révolution prolétarienne mondiale contient déjà en germe toutes nos positions dans la question syndicale, dans la question nationale et coloniale, dans la question du parlementarisme bourgeois, dans celles du parti, des revendications immédiates, de la guerre impérialiste, etc.

Les communistes révolutionnaires rejettent tout compromis avec la barbarie capitaliste d’Etat et avec toutes les autres fractions de la bourgeoisie et se trouvent sur le terrain de la lutte de classe intransigeante, pour la révolution prolétarienne mondiale et pour la société sans classes.

De là notre divergence fondamentale avec le vieux mouvement ouvrier dit "marxiste". Non seulement le stalinisme et le réformisme, mais aussi les appendices de "gauche" du vieux mouvement ouvrier, par exemple le trotskisme et le bordiguisme, sont des partisans d’un capitalisme d’Etat et des adversaires d’une domination des masses prolétariennes.

Le STALINISME est la forme politique du capitalisme d’Etat russe. Il ne se distingue pas essentiellement du fascisme. Fans les pays occupés par l’impérialisme russe, il joue le rôle qu’ont joué les Quisling de l’impérialisme allemand. Fans les autres pays, il remplit la fonction d’une "5° colonne" au profit de Moscou. Partout il détruit par la terreur et la violence les mouvements révolutionnaires-prolétariens, et agit pour le maintien et le renforcement du système capitaliste sous sa forme étatique.

Les partis de la 2ème "INTERNATIONALE" sont pour l’établissement du capitalisme d’Etat (nationalisations) avec des concessions "démocratiques" aux capitalistes privés et aux ouvriers mécontent. En Europe centrale, en France et en Italie, ils sont dépassés par le stalinisme. En Angleterre, en Belgique et dans les pays nordiques, ils essaient de réaliser leur formule.

LE TROTSKISME, opposition et appendice de gauche du stalinisme, est pour un capitalisme d’Etat modéré et démocratisé ; pour la défense inconditionnelle, la réforme et l’extension du capitalisme d’Etat russe pour les nationalisations, pour des gouvernements de PC et pour les Fronts Uniques avec les PC dans tous les pays. Une autre tendance trotskiste qui dénonce le "bureaucratisme collectiviste", préconise les mêmes mesures capitalistes-étatiques dans le cadre du capitalisme "démocratique" (nationalisations, gouvernements PC-PS)-Syndicats, etc.

LE BORDIGUISME ne se distingue pas essentiellement du trotskisme. Il se réclame de la défense de l’Etat russe et du Stalintern jusqu’en 1935 et il préconise un nouveau capitalisme d’Etat sous forme de "gouvernements de nouveau PC" opposés à la Commune prolétarienne et libertaire. Seul ce gouvernement bureaucratique et autoritaire disposera des moyens de production dont les ouvriers seront séparés ; donc l’exploitation et le salariat continueront. Le Bordiguisme rejette la liberté d’organisation et d’expression des autres partis et tendances dans une démocratie de conseils ouvriers. Il réserve aux seuls syndicats le rôle de "défense" des ouvriers contre "leur" Etat et ce n’est qu’au sein de ces syndicats qu’il promet de tolérer d’autres tendances.

TOUS LES COURANTS et ceux qui s’y apparentent SONT DES COURANTS CAPITALISTES D’ETAT. Ils entendent renforcer ou modifier, mais de toute façon maintenir la séparation des producteurs des moyens de production. Trotskisme et Bordiguisme se proposent de créer de nouveaux partis qui remplaceraient les vieux partis dans leur besogne et qui renouvelleraient la tutelle bureaucratique.
De toutes ces tendances nous sommes séparés par la barricade qui sépare le capitalisme d’Etat sous toutes ses formes de la révolution prolétarienne.
Il n’est pas de même avec les communistes-anarchistes et les tendances communistes prolétariennes au sein des vieux partis "marxistes" ; de telles tendances prolétariennes existent particulièrement au sein du PCI d’Italie et dans certaines sections de la "4° Internationale". Ces tendances se détachent du vieux mouvement ouvrier et évoluent sur des positions de classe. Les divergences que nous avons avec eux se placent au sein de la lutte révolutionnaire même.

Ce qui nous distingue des anarchistes ce ne sont pas leurs idées anti-étatiques, libertaires et révolutionnaires – que nous approuvons entièrement – mais les conceptions syndicalistes, individualistes, coopératistes, nationales et autres, qui appartiennent au vieux mouvement ouvrier de l’époque libérale et qui sont périmées à l’époque du capitalisme d’Etat.

Notes :

[1Programme composé essentiellement de "mots d’ordre" dit "transitoire", c’est-à-dire d’illusions opportunistes.




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