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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Présentation/chronologie du GRP-UCI
Repères chronologiques sur l’histoire du Groupe révolutionnaire prolétarien (GRP) et de l’Union communiste internationaliste (UCI), 1941-1947
Article mis en ligne le 17 avril 2016

par ArchivesAutonomies
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Fin 1941

Rencontres informelles entre des militants en recherche. Ce qui les rassemble : la critique de l’idéologie antifasciste et une inclination pour les théories et pratiques de l’autonomie ouvrière.

Début 1942

Ce noyau fonde à Paris le GRP. Base politique : dénonciation de la guerre impérialiste et du nationalisme de la résistance au nom de l’internationalisme prolétarien ; critique du mythe soviétique ; rejet du modèle bolchevique de révolution ; pour la démocratie des conseils ouvriers. Le groupe fondateur comprend six membres :

Roger Bossière (1922-2006), ajusteur-mécanicien ; avant la guerre, militant anarchiste (FNJL, FAF) ;

Maximilien Rubel (1905-1996), Juif hongrois. A Vienne où il étudie le doit et la philosophie, il est semble-t-il fortement marqué par l’enseignement de l’austro- marxiste Max Adler. Il émigre en France en 1931 pour poursuivre ses études à la Sorbonne et il occupe parallèlement un emploi de secrétaire aux cours privés Pigier. A Paris, il participe au cercle d’études animé par René Fouéré où l’on discute de la pensée libertaire de Krisnamurti et de questions politiques (problèmes de la guerre et de la révolution en Espagne, par exemple). Il y fait la connaissance de Bossière ;

Jean Justus (?-1964), Hongrois, ouvrier électricien et poète, arrivé en France avec sa femme, Anna [1] dans le courant des années trente. Militant de l’UC jusqu’en 1939, il rencontre Bossière en 1941 et, par son intermédiaire, Rubel. C’est lui qui baptise le groupe ;

Pavel Thalmann (1901-1980) et Clara Ensner (1908-1987), sa femme, citoyens suisses. Pavel est alors traducteur après avoir exercé une foule d’emplois (ouvrier du bâtiment et du bois, manœuvre, employé de bureau, permanent du PC suisse). Membre des JS suisses au début des années vingt. Influencé par l’anarcho-syndicalisme et les thèses du KAPD. Il rejoint le PCS en 1922 et devient étudiant à l’université ouvrière de Moscou entre 1925 et 1928. En désaccord avec la ligne stalinienne, il est exclu du PCS en 1928 et participe activement à la scission de l’opposition qui donne naissance au KPO. Bien que membre de l’opposition dite "de droite", il se sent proche de Trotsky (tout en récusant la thèse de "l’Etat ouvrier dégénéré") et intègre même la social-démocratie suisse en 1934 sous son influence. La guerre civile espagnole réoriente son combat politique. Impressionné par les anarchistes, il rejoint avec sa femme une unité allemande de la colonne Durruti puis, par la suite, une colonne du POUM. Politiquement proche des Amis de Durruti, il participe à leurs côtés aux affrontements de 1937. Désormais clandestin, il est arrêté en 1938 par le NKVD et sauvé in extremis grâce à une campagne de l’IOS. Il gagne Paris et, sans vraiment militer, multiplie les contacts avec l’opposition allemande émigrée et la gauche révolutionnaire antistalinienne (trotskystes,"pivertistes").

Clara, ouvrière puis successivement femme de chambre, employée de bureau et, à partir de 1940, traductrice et professeur (cours particulier), vient également du mouvement communiste (JS de Suisse et de France). Exclue en 1928 pour avoir refusé de se désolidariser de Pavel, elle suit le même itinéraire que son compagnon (adhérant toutefois à la FAI). C’est Rubel qui, courant 1941, sert d’intermédiaire entre le couple Thalmann et le reste du groupe. Le pavillon que louent les Thalmann rue Friant dans le XIVè arrondissement de Paris, devient le lieu de réunion du GRP.

Premier mois de 1942

Premiers contacts politiques avec les trotskystes. Le GRP délègue Thalmann [2] – également sollicité par Marcel Hic, responsable du POI – pour participer à la réunion de réorganisation du secrétariat de la IVè Internationale. La rencontre a lieu rue Saint-André-des-Arts, dans l’appartement de Daniel Guérin. Guérin et Thalmann refusent de signer un long texte programmatique sur la question nationale censé jeter les bases d’un accord de principe pour un travail politique commun. Selon Thalmann, l’heure n’est pas à l’élaboration de résolution et de thèses, mais à la réflexion sur les conditions d’un renouveau de l’initiative ouvrière.

Courant 1942

Le GRP accueille d’autres militants, tel Jacques Giraud, typographe, artiste dans l’âme, ajiste et militant du POI avant la guerre. Le GRP gagne également l’audience d’une minorité du POI (une douzaine de militants), séduite par les thèses ultragauches (sur l’histoire du mouvement ouvrier, les révolutions russe et allemande, la guerre civile espagnole, le capitalisme d’Etat, le phénomène bureaucratique) exposées par Thalmann à l’occasion de conférences organisées dans les auberges de jeunesse (vallée de Chevreuse, plateau de Villetertre), sous le camouflage d’une association des amis de la nature.

Juillet 1942

Le durcissement de la politique antisémite de Vichy décide trois militants juifs du GRP à se réfugier chez les époux Thalmann où ils logent clandestinement. Bientôt le pavillon devient un refuge pour les Juifs persécutés : ils ne sont pas moins de quinze à être pris en charge durant l’été. Malgré les réticences d’une partie des militants du GRP devant les risques encourus, les Thalmann mèneront de front cette double activité, humanitaire et politique, durant toute la durée de la guerre, en imposant un cloisonnement strict.

Début de l’automne 1942

Après une série de réunions préparatoires, publication du premier numéro du Bulletin du groupe révolutionnaire prolétarien, ronéotypé (quatre numéros paraîtront). Avant tout destiné à nourrir les débats internes, l’organe sert aussi de base de dialogue avec d’autres groupes.
Textes (selon les souvenirs de Bossière et un commentaire critique postérieur de Communisme, revue des RKD-CR) :

- éloge de l’ultragauche à travers un commentaire enthousiaste de l’œuvre de Ciliga (Rubel) ;

- article ironique sur le providentialisme hitlérien (Justus) ;

- une critique de l’URSS d’inspiration trotskyste (= "Etat ouvrier dégénéré"), non partagée par la majorité du GRP ;

- "La situation en France" (Thalmann). Selon lui, les révolutionnaires doivent œuvrer dans la perspective d’une "insurrection nationale" - qui a la faveur de la classe ouvrière -, préalable et moteur de la future révolution prolétarienne. (Cette option, défendue également depuis 1940 par la Vérité, organe du POI, est une contribution à la discussion sur la portée du défaitisme révolutionnaire dans le contexte de la guerre et de l’occupation ; elle est vivement dénoncée par le GRP puis l’UCI au nom de l’internationalisme prolétarien.)

Octobre-novembre 1942
Bulletin du GRP n° 2. Textes :

- " La guerre " (le prolétariat doit prendre l’initiative de la lutte " contre tous les gouvernements" et de la "fraternisation de toutes les nations") ;

- "La guerre impérialiste et le mouvement révolutionnaire" (la guerre en cours est une guerre impérialiste ; défaitisme révolutionnaire ; acteur de la révolution en Russie, le prolétariat a été dépossédé de la maîtrise du processus révolutionnaire par les bolcheviks ; l’URSS n’est pas un "Etat ouvrier dégénéré" mais "une forme intermédiaire entre le socialisme et le capitalisme" évoluant "en arrière vers le capitalisme" ; "La défaite de la classe ouvrière dans la deuxième guerre impérialiste, la défaite de la révolution espagnole et la décadence de la révolution russe remettent à l’ordre du jour le problème d’une nouvelle orientation du mouvement révolutionnaire." ; l’histoire a montré que la seule voie de l’émancipation du prolétariat est l’action directe et autonome ; pour le pouvoir international des conseils ouvriers).

Fin 1942

Le GRP noue différents contacts politiques afin de coordonner la lutte révolutionnaire contre la guerre. Sont contactés : Lambert (Pierre Boussel), Raoul, des CCI (le Soviet, La Seule Voie) ; J. Aubrée, Swan, Raymond Hirzel [3] du POI ; Barta (David Korner) de La Lutte de Classe ; Henri Claude du groupe Octobre (abondancistes) ; Mousso-Salama, Suzanne Voute, du noyau français de la Gauche communiste ; Armand (Georg Scheuer), Suzanne, des RKD ; des anarchistes (Bossière a conservé quelques contacts), telle Gilberte Davas, militante de la FNJL avant la guerre, qui participe à quelques réunions du GRP sans se joindre au groupe, et qui prendra activement part, en 1943, à la reconstitution du mouvement anarchiste.

C’est avec les RK que le GRP noue les relations les plus étroites, mais également les plus conflictuelles. Selon les RK, les "communistes révolutionnaires" ont encouragé dans un premier temps les initiatives du GRP, qui se serait déclaré en phase avec leur "Plateforme programmatique" (internationalisme, défaitisme révolutionnaire, fraternisation, propagande dans l’armée d’occupation). Toujours selon les RK, le Réveil prolétarien, organe du GRP, se serait largement inspiré de Fraternisation prolétarienne (organe des RK, n° 1, janvier 1943). Mais ils ne tardent pas à critiquer l’hétérogénéité politique du GRP, le flou de ses mots d’ordre, la recherche d’une "alliance" avec les trotskystes [4] et surtout son antibolchevisme radical. La position du GRP sur la question russe aurait été la suivante : le bolchevisme est un phénomène spécifiquement russe, inadapté aux luttes ouvrières dans les Etats industrialisés ; rejet de la conception léninienne du parti ; négation du caractère prolétarien de la révolution d’octobre ; trotskysme et stalinisme sont les produits d’une commune matrice, le léninisme. Quoi qu’il en soit, au regard de la presse du GRP, ce qui distingue alors ce groupe du reste de l’ultragauche, ainsi que des trotskystes, c’est la réticence à envisager chaque expression du mécontentement populaire ou amorce de mouvement social comme les prodromes d’une révolution inscrite dans le cours de l’histoire : l’hégémonie stalinienne dans le prolétariat rend illusoire dans l’immédiat toute espérance révolutionnaire.

Janvier 1943

Lettre des RK au GRP : sévère critique de la stratégie "chauvine" d’insurrection nationale qui place le prolétariat à la remorque de l’impérialisme allié. Par ailleurs les RK reprochent au GRP l’indétermination de ses analyses, notamment sur la question russe : affirmer que la réalisation des "tâches constructives" (i.e. le développement économique du pays) présupposait l’existence d’une bureaucratie, et ignorer simultanément le caractère impérialiste de l’URSS.

Janvier-été 1943

Parution de deux autres Bulletin du GRP.

Début 1943

GRP et POI envisagent une action commune de propagande au sein de la Wehrmacht [5]. Le travail est pris en charge par Victor (Martin Widelin) pour le POI et par Thalmann (alias Laroche) pour le GRP. Cette "collaboration technique" dure un an, selon Thalmann. A son actif, trois ou quatre numéros de Arbeiter und Soldat (juillet 1943-mai 1944) [6], une série de tracts bilingues appelant à la fraternisation prolétarienne et diffusés au sein de l’armée d’occupation. Le tout est réalisé en commun dans le pavillon des Thalmann où loge Victor jusqu’en mars 1944 [7]. Le matériel est distribué à Paris ou envoyé à Brest par Victor [8]. Les divergences politiques entre le GRP et les trotskystes sont mises sous le boisseau le temps de la collaboration.

Eté 1943

Première rencontre entre le GRP et les RK au domicile du couple Thalmann. Selon le récit qu’en ont fait rétrospectivement les RK : le GRP – et notamment deux militants, Justus et Bossière – "mettait tout en question", "surtout le marxisme". Selon Bossière, il ne s’agit non pas d’un rejet du marxisme en tant que tel, mais de sa version bolchevique. Convergence : dénonciation de la guerre impérialiste et fraternisation prolétarienne.

Juillet 1943

Le GRP publie le manifeste "Aux travailleurs, aux exploités, aux révolutionnaires", rédigé par Giraud et Bossière. Le texte appelle à la fraternisation avec les travailleurs allemands en uniforme, à la lutte contre le STO, au soutien des luttes économiques des ouvriers, à la formation de "groupes révolutionnaires d’usine" (embryons des milices et des conseils ouvriers), et à la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile révolutionnaire, en vue de l’édification d’une "république internationale des conseils ouvriers ". En outre : l’URSS est caractérisée comme un "Etat impérialiste" ; sont dénoncés le fétichisme de l’expérience russe et le bureaucratisme des organisations trotskystes ; nécessité d’une nouvelle internationale. Selon les RK, l’appel se clôt sur le mot d’ordre des "Etats-Unis socialistes d’Europe". Appréciation des RK : l’appel est empreint d’un spontanéisme outrancier.

Août 1943

Pierre Lanneret (1921-1984) intègre le GRP. Typographe, il rencontre Bossière en mai 1937 [9]. Opposants à la guerre qui se profile, ils militent ensemble à la Ligue des espérantistes pacifistes. En contact avec le PSOP, c’est toutefois aux JSR qu’il adhère dans le courant de 1938 (donc, avant leur fusion avec les "pivertistes"). En 1942, il est déporté STO en Allemagne où il travaille dans une usine. Il assiste à Paris aux réunions du GRP à l’occasion d’une permission. Au terme d’une seconde permission (été 1943), il ne repart pas en Allemagne et est hébergé par Bossière.

Courant 1943

Une minorité du POI – celle qui suit les conférences de Thalmann – se constitue sur les bases politiques du GRP. L’épreuve de force avec la direction du POI aboutit à la soumission des oppositionnels. Quelques militants rejoignent le GRP, d’autres scissionnent [10].

Vers septembre 1943

Controverse entre les RK et le GRP sur le sens et les conséquences politico-sociales du débarquement des Alliés et du mouvement gréviste en Italie (juillet-août). Pour les RK, c’est l’offensive du prolétariat qui a provoqué la chute du pouvoir fasciste, entraîné la défaite du prolétariat italien et contraint les Anglo-américains à intervenir pour briser le processus révolutionnaire en cours. Pour le GRP, la défaite du fascisme est militaire et il n’y a pas de processus révolutionnaire (même en gestation) en Italie, mais un mouvement social rendu possible par le débarquement allié. Conclusion de l’analyse du GRP (rapportée par les RK) : "L’impuissance beaucoup plus profonde du mouvement ouvrier dans cette 2è guerre, en comparaison avec la première, est un fait patent" ; "La classe ouvrière est sous l’influence de la bourgeoisie."

Automne 1943

Bossière démissionne du GRP. Selon son témoignage : bien qu’aucun désaccord politique de fond ne l’oppose à ses camarades, il estime qu’une clarification (notamment sur la question du parti) est un préalable nécessaire à la publication d’un organe d’intervention du GRP (le Réveil prolétarien). En fait, en contact depuis quelque temps avec les RK [11], il semble qu’il ait progressivement adopté leurs positions, notamment sur les questions du parti et de la fraternisation prolétarienne, plus tranchées que celles du GRP où s’expriment toujours des opinions contradictoires. Foncièrement libertaire, il reste toutefois hermétique à l’orthodoxie léniniste des RK (pierre d’achoppement et principal sujet de discorde avec le GRP, puis l’UCI) [12].

Octobre 1943
Le Réveil prolétarien n° 1 (ronéotypé ; seize numéros paraîtront, ainsi, semble-t-il, qu’un bulletin intérieur).
Textes :

- "Octobre 17-octobre 43" (selon les RK, il s’agit d’une réfutation du bolchevisme, notamment de la théorie du parti, sur la base de l’expérience des conseils dans l’Allemagne et la Hongrie de l’après- guerre, et de la critique luxembourgienne de la révolution russe. Pour le GRP, il n’y a pas de contre- révolution stalinienne : le capitalisme d’Etat, l’impérialisme rouge, l’oppression du prolétariat sont les conséquences nécessaires du coup d’Etat bolchevique : "La dégénérescence de la Révolution russe était INHERENTE A LA POLITIQUE DE LENINE ET DE TROTSKY EUX-MÊMES."). A la même époque, le GRP flétrit l’"attachement dogmatique et traditionaliste (des trotskystes) pour la révolution d’Octobre" (cité dans la presse RK).

14 novembre 1943

Le Réveil prolétarien n° 2.

Novembre 1943

Lettre du "leader" du GRP, P.[avel Thalmann ?], aux RK. Selon les RK, elle dit : que la dictature du prolétariat n’est pas l’omnipotence du parti mais l’hégémonie d’une classe ; que la spontanéité des masses est le moteur de la révolution ; que la contre-révolution stalinienne est inscrite dans la conception léninienne du parti et du rapport masse-chefs ; que perpétuer la légende d’une Russie soviétique (identification entre le régime qui en est issu et la révolution prolétarienne) revient à légitimer le stalinisme par son origine mythifiée ; que la révolution était impossible en 1919 dans le cadre de l’hégémonie social-démocrate et bolchevique dans le mouvement ouvrier, et que les meilleurs parmi les révolutionnaires d’Allemagne sont morts en vain, "victimes de la légende bolchevik".

Fin 1943

Le GRP compte une vingtaine de membres. Il se divise en deux groupes pour des raisons de sécurité. Selon Thalmann, il s’agit d’un groupe cosmopolite (français, allemand, italien, espagnol, suisse, hongrois, russe, polonais, yougoslave). En dehors de quelques anarchistes, la plupart sont des vétérans des luttes fractionnelles du mouvement communiste.

Appel (lettre) du GRP pour créer un "front révolutionnaire" (selon les RK : dans la perspective de la libération du territoire par les Alliés), adressé au POI, aux CCI, au Comité d’unification (trotskyste), au noyau français de la Gauche communiste, aux RK et aux anarchistes.

14 janvier 1944

Réponse du Comité d’unification à l’appel du GRP : les trotskystes souhaitent la poursuite du débat mais rejettent la proposition puisqu’ils ont déjà pris position sur la question du regroupement révolutionnaire (parti unifié fondé sur les bases du bolchevisme et répondant aux tâches de la révolution imminente).

7 mars 1944

Réponse des RK : les RK proposent comme base d’un comité unitaire non pas la "plateforme idéologique" du GRP mais leur propre programme d’action, parce qu’il répond à la situation (défaitisme révolutionnaire, fraternisation prolétarienne, antiimpérialisme). En outre, ils déclarent refuser la présence des défenseurs de l’URSS "impérialiste" (i.e. les trotskystes) dans le comité.

Mars 1944

Exemplaire non numéroté du Réveil prolétarien. Textes :

"Staline et Badoglio" ;

- "De Pucheu à Voguë" ;

- "18 mars 1871-18 mars" (le défaitisme révolutionnaire, l’autoorganisation des luttes et le communisme de conseils démontrés par la Commune ; en contradiction avec leur prise de position antérieure, le GRP parle de révolution en cours à propos des mouvements sociaux en Italie ; le point de vue du prolétariat : ne pas jouer un impérialisme contre un autre mais action de classe ; objectif : la société sans classe par le pouvoir des conseils ouvriers ; socialisme ou barbarie).

15 avril 1944

Réponse du GRP aux RK : le GRP accepte la proposition d’action des RK tout en soulignant l’inutilité de la polémique menée contre lui et qu’il reste encore beaucoup de points à éclaircir (notamment la "certitude d’une victoire prolétarienne" reprochée aux RK).

Avril 1944

Le GRP prend le nom d’UCI. L’UCI poursuit la publication du Réveil prolétarien et édite une revue théorique ronéotypée, la Flamme (cinq ou six livraisons), ainsi semble-t-il qu’un Bulletin de l’UCI (au moins quatre numéros signalés dans la presse des RK). La référence à la IVème Internationale (à venir) serait, selon Thalmann, une concession faite aux transfuges du trotskysme [13].

Point de vue des CR sur l’UCI, avancé par un ancien militant du GRP (Bossière) dans la "Plateforme communiste révolutionnaire" : "Ses militants sont plus ou moins isolés de la classe ouvrière, à l’égard de laquelle ils montrent un certain scepticisme (quant aux proches perspectives)".

Courant 1944

L’UCI édite des tracts bilingues français-allemand incitant à la "fraternisation prolétarienne", à combattre le fascisme et le bolchevisme. Ils sont distribués au crépuscule dans les boîtes aux lettres, déposés dans les cours d’immeubles, les garages, les bâtiments réquisitionnés par l’occupant, les cinémas, les ateliers où travaille du personnel allemand, ou jetés par-dessus les murs des casernes.

Avril-juin 1944

Antoine, trotskyste du POI passé dans le courant de 1943 aux CCI, puis rédacteur d’une éphémère Critique communiste (deux ou trois numéros ronéotypés et diffusés à une dizaine d’exemplaires), rejoint l’UCI. Auparavant il avait sévèrement critiqué l’antibolchevisme du GRP (lequel avait alors rompu ses relations avec la Critique communiste). Antoine aurait continué un certain temps de défendre la thèse de l’insurrection nationale ainsi que le point de point trotskyste sur l’URSS. Il passe aux yeux des RK pour le "leader" et "l’idéologue" de l’UCI.

Mai 1944

Manuel, anarchiste espagnol, combattant de la colonne Durruti sur le front d’Aragon (où il rencontre Thalmann), adhère à l’UCI. Après la débâcle de 1939, il est interné dans un camp pyrénéen d’où il s’enfuit. Il s’embauche alors comme paysan, puis bûcheron, avant de gagner Paris après l’invasion de la zone libre, considérant l’anonymat de la capitale plus favorable à une existence clandestine. Il est accueilli chez les Thalmann.

Mai-juillet 1944

Mario, émigré italien, intègre l’UCI. Bien qu’ils accueillent de nombreux étrangers, le GRP et l’UCI ont conservé jusqu’à cette date leur identité française. Plus tard, au gré des contacts et des adhésions, les débats internes se feront parfois en allemand.

Juillet 1944

La Gestapo arrête Victor qui survit miraculeusement à son exécution. Il fait alors prévenir Thalmann pour qu’il le sorte de l’hôpital parisien où il est soigné (selon Thalmann, il n’a aucune confiance dans les trotskystes français). Un militant de l’UCI, Pierre (Lanneret ?), se charge de l’opération. Mais la Gestapo, renseignée, le prend de vitesse et le fait exécuter une seconde fois. L’UCI accuse les trotskystes de passivité [14].

Une accusation similaire est portée contre eux par les CR à propos de manquements au devoir élémentaire de solidarité, envers les militants révolutionnaires des autres tendances comme envers leurs propres militants (Rassemblement communiste révolutionnaire n° 4, 2è trim. 1944).

Août 1944

Bulletin de l’UCI n° 4. Texte :

- "Sur la crise allemande" (selon les RK, la position de l’UCI sur la guerre est incohérente. Une partie des militants – peut-être s’agit-il du seul Antoine, brocardé par la presse RK -, se fondant sur une analyse des rapports de classes en Allemagne, privilégie la défaite des régimes fascistes et la stratégie d’insurrection nationale ; celle qui opte à l’inverse pour le défaitisme révolutionnaire et la fraternisation prolétarienne insiste sur la solidarité des groupes composant la classe dirigeante allemande. Il y a unanimité sur un fait : l’inexistence d’un élan révolutionnaire en Allemagne et ailleurs, et, par conséquent, l’absence de perspective révolutionnaire dans l’immédiat. De plus : présence des armées alliées dans les zones "libérées". L’UCI vivrait dans l’attente d’une catastrophe salvatrice, qu’engendrera le développement des contradictions du capitalisme et qui relancera l’initiative révolutionnaire. Les RK dénoncent ces "prophéties défaitistes" : "L’INCROYANCE en la force et en la conscience du prolétariat", "le DEFAITISME dans et déjà avant la révolution").

UCI et CR (qui regroupent les militants RK de langue française) se retrouvent toutefois sur le terrain des luttes sociales. Dans le contexte de la "grève nationale" et de l’effervescence sociale qui accompagne la Libération, Hirzel, qui travaille chez Renault, suggère la création d’un Comité Ouvrier Renault. Ce Comité voit le jour et sa direction revient aux RK-CR. Ceux-ci, notamment Hirzel et Bossière, décident de s’associer Lanneret et Giraud, deux typos de l’UCI qui rédigent et composent l’affiche du Comité. A cette occasion, selon Lanneret, l’ultragauche fraternise avec les trotskystes du PCI. L’épisode du Comité est marqué par l’accrochage entre des militants (probablement du PCF) et Bossière qui est malmené.

Début septembre 1944

Rencontre UCI-RK (trois UCI, quatre RK). 19 septembre 1944

L’UCI présente un texte programmatique aux RK ("La fin de la 2è guerre mondiale impérialiste et les perspectives"), destiné selon eux à préparer la fusion des deux groupes. La seule concession faite aux RK concerne la question du parti, dont l’UCI reconnaît la nécessité circonstancielle (encore s’agit- il d’une conception luxembourgienne de l’organisation). Pour le reste, l’UCI réaffirme contre les RK l’inexistence d’une crise révolutionnaire en Allemagne et d’une révolution en cours en Italie ; l’impérialisme allié est maître de la situation. La stratégie d’insurrection nationale défendue par les trotskystes est qualifiée de réactionnaire.

Octobre 1944

Publication du Manifeste de l’UCI : historique du GRP-UCI ; pour un "nouveau parti communiste" et une "Nouvelle Internationale Révolutionnaire" ; "Pour le pouvoir des conseils ouvriers et paysans, par la république internationale des ouvriers, en avant sous le drapeau rouge de Marx, Engels, Lénine, Luxembourg, pour la révolution prolétarienne".

Les RK mettent un terme aux débats lancé par l’UCI sur le "front révolutionnaire". Ils indiquent qu’ils ont cru, à tort et trompé par le "double langage" de l’UCI, à une évolution de l’organisation vers les "positions communistes révolutionnaires" (i.e. léninistes). Jugement : l’UCI, émule du POUM et du PSOP, est une organisation "centriste" à l’instar des bordiguistes et des trotskystes, bien qu’elle se déclare en faveur du programme d’action des RK.

26 octobre 1944

Réponse des RK-CR au texte de l’UCI ("La fin de la 2è guerre…") : l’évolution de l’UCI vers les positions "communistes révolutionnaires" est insuffisante. Préalable à l’intégration des militants aux CR : autocritique et liquidation de l’UCI.

Fin 1944

Entrisme dans la social-démocratie : Lanneret devient le "sous-marin" de l’UCI dans les JS [15].

Janvier 1945

Dernier numéro (16) du Réveil prolétarien.

Mars 1945

La Flamme n° 2. Textes :

- "Otto Rühle est mort" (éloge du militant) ;

- "Notre position en face des syndicats" (critique conseilliste du syndicalisme) ;

- "L’opposition trotskyste mène dans une impasse : les insolubles contradictions trotskystes" ;

- "Autour de Zimmerwald" (lettre inédite de Franz Mehring d’avril 1917 sur l’opposition internationaliste au "social-patriotisme") ;

- "L’hallali" (poème signé XXX).

Août 1945

Exemplaire non numéroté de la Flamme. Textes :

- "Thèses sur la situation française" (critique du "léninisme intégral" des trotskystes et des RK qui ont de facto placé le prolétariat à la remorque de "l’impérialisme russe" selon le vœu des staliniens ; la révolution est inévitable mais pas à l’ordre du jour : dénonciation de l’optimisme des RK et des trotskystes ; le prolétariat va subir une seconde "terrible expérience" qui doit le convaincre de rompre avec le vieux mouvement ouvrier) ;

- "Questions de brûlantes actualités" (textes d’août 1917 de Rosa Luxemburg sur la guerre et la paix, la dictature du prolétariat) ;

- "Notes sur Ignazio Silone" (traduction d’un article envoyé par des "camarades américains" : contre le front unique antifasciste qui fait le jeu du stalinisme ; éloge de Bordiga) ;

- "Défaite sans révolution" (bien que la guerre impérialiste fut une guerre menée par tous les Etats contre la classe ouvrière, elle ne fut possible qu’avec la complicité du prolétariat allemand, elle-même acquise avec l’effacement du prolétariat comme acteur autonome de l’histoire en 1918 ; l’idéal socialiste reste actuel mais le mouvement ouvrier est mort, liquidé par la social-démocratie et le stalinisme) ;

- "Que sont, que veulent les communistes internationalistes ?" (reproduction sur Manifeste de l’UCI d’octobre 1944).

Eté 1945

Lanneret quitte l’UCI pour l’OCR, section française des RK, et bientôt Contre le Courant (une dissidence) [16].

Premier semestre 1945
Rubel quitte l’UCI [17].

Juillet 1945

Les RK critiquent le "luxembourgisme" et "l’antimarxisme avoué" du GRP-UCI : "Un membre de l’UCI qui en attendant s’est séparé de ce dernier [il s’agit probablement de Rubel, NDR], était encore plus conséquent, en présentant le STALISME comme conséquence inévitable du MARXISME. Cela n’exclut pas que cet "intellectuel" antimarxiste est considéré par la direction de l’UCI comme un grand savant du marxisme. Actuellement l’UCI se contente de construire une opposition entre le "marxisme" et le bolchevisme de Lénine… Par contre les fautes commises par Rosa Luxembourg sont canonisées et approfondies."

Novembre 1945

La Flamme n° 5. Textes :

- "L’impérialisme français en Algérie" (extrait de L’Accumulation du capital) ;

- "Tenir, Travailler, Vouloir" (refus de distinguer entre les différents impérialismes ; analyse des bouleversements des rapports de force internationaux créés par la guerre ; dénonciation du capitalisme d’Etat et de la "contre-révolution" russes ; contre l’optimisme révolutionnaire : la situation est "profondément réactionnaire et sans perspectives immédiates" ; les prolétariats ont immolé leur conscience de classe sur l’autel du front unique ; refondation du mouvement ouvrier : contre le mythe soviétique et l’esprit d’orthodoxie des héritiers d’Octobre 17) ;

- "Les conséquences technologiques de la guerre" (évolution tendancielle de l’économie mondiale vers le capitalisme d’Etat ; la révolution, produit de l’autodestruction du capitalisme ; mais le "fait crucial et capital de l’époque", c’est la "banqueroute du mouvement ouvrier") ;

- "Signification historique de la barbarie stalinienne" (contre la confusion entre le parti-Etat et les soviets ; le bolchevisme comme instrument de la modernisation capitaliste de la Russie ; l’histoire de la révolution russe vérifie l’enseignement marxien : l’évolution capitaliste de la Russie était donnée dans les conditions objectives du pays et l’échec du mouvement révolutionnaire en Europe a permis que cette évolution s’accomplît ; le renversement de la domination bourgeoise n’est possible que lorsque sont réalisées les conditions matérielles de ce renversement ; le mythe du socialisme russe est redevable de l’analyse marxienne de l’idéologie : le marxisme comme idéologie de légitimation du capitalisme d’Etat russe ; distinction Marx-marxisme ; l’avenir de l’URSS – "le plus formidable bastion de la réaction" - c’est la révolution prolétarienne, dont le stalinisme crée les "conditions matérielles" à l’instar de la bourgeoisie européenne un siècle plus tôt).

1945 ou 1946

Antoine sort de l’UCI.

L’organisation s’étiole. Les nouveaux contacts, fruits de l’entrisme dans les JS, n’entraînent qu’un développement limité et éphémère.

1946 ou 1947

Selon les Thalmann, l’activité du GRP-UCI n’est pas passée inaperçue à l’étranger. Korsch vient les rencontrer à l’occasion d’un passage à Paris, ainsi que Max Schachtmann.

Courant 1947
L’UCI cesse de fonctionner. Dispersion des militants [18]
Nous rapportons ici une longue note corrective de Roger Bossière qu’il nous semble difficile d’intégrer dans le corps du texte (nous avons adapté le caractère de la note. Les informations sont conservées, seul le style change) :
Hirzel faisait partie du POI en 1943. Il fit donc parti du PCI réunifié en 1944. il faisait probablement partie de la tendance internationaliste du POI animée par Gibelin. R. Bossière avait eu des contacts avec lui en tant que GRP. Il fut aussi en contact étroit avec Antoine (J-P Aubrée). C’est chez ce dernier que fut décidée la création d’une fraction anti-défensiste (communiste révolutionnaire) au sein du PCI. Hirzel demanda à R. Bossière de rentrer au PCI. Cette fraction clandestine prit le nom de "contre le courant" sur suggestion de Hirzel. Le caractère clandestin de cette fraction vis-à-vis de la direction du PCI ne consistait pas à dissimuler les divergences politiques. R. Bossière n’a jamais dissimulé qu’il était contre la théorie de l’Etat ouvrier et contre la défense de l’URSS.
En octobre 1944 les RKD, les CR toulousains, les CR parisiens ("Contre le Courant") s’unissent dans une Organisation Communiste Révolutionnaire (OCR). En novembre 1944 au congrès du PCI, deux délégués toulousains expliquent leur démission du PCI. En janvier 1945, Pelletier (Alfred) et Hirzel (Gaspard) scissionnent de l’OCR. Le groupe reprend le nom de "Contre le Courant". En 1946 (probablement au second semestre), ce groupe intègre la FFGC.
En août 1944 l’UCI et les CR se retrouvent sur le terrain des luttes sociales. Dans ce contexte, Hirzel suggère la création d’un "Comité Ouvrier Renault". Hirzel est l’élément actif de ce comité. Arrivent sur place Armand (G. Scheuer, NDLR), Suzanne, tous deux RKD et R. Bossière. Invités par Hirzel les rejoignent J. Giraud, P. Lanneret de l’UCI. Très rapidement R. Bossière est arrêté par des FFI policiers et emmené au commissariat : un très jeune homme affirme l’avoir vu sortir du terrain militaire allemand de l’île Saint Germain et qu’il est donc un agent allemand. Au cours de l’interrogatoire, il indique avoir dormi chez Hirzel,puis il est libéré. Il va aussitôt prévenir ce dernier et ces camarades. Deux jours plus tard le RKD le condamne à mort. Ce dont il ne fut pas informé. Cinq jours après ces évènements un comité de 4 personnes (1 RK et 3 CR) modifie la sentence et l’exclu pour 6 mois.
En 5 jours, un traître pouvait faire beaucoup de dégâts. Ce n’est que plus tard que R. Bossière apprit la condamnation à mort. Sa "trahison" n’eut jamais de conséquences. En mars 1945 le RKD le sollicita pour que, sous une fausse identité, il devienne locataire d’un appartement contigu au leur, dans le but d’assurer leur sécurité, ce qu’il accepta.

Notes :

[1Anna a quitté le GRP en 1943. Elle a ensuite milité dans le mouvement libertaire en cours de reconstitution. Anna et Alicia, animatrice de la FNJL et du "Révolté" en 1938, ont participé au congrès libertaire de Toulouse le 19 novembre 1943, où elles représentaient le groupe parisien (note de Roger Bossière). Sauf mention particulière, les notes qui suivent sont des remarques de Roger Bossière (ci-après RB) qui font suite à la lecture du document. Ces notes sont intégrées avec l’accord de l’auteur.

[2D’après RB, cette délégation n’a jamais été faite. Ce qui n’empêcha pas les contacts de Thalmann avec le POI.

[3En 1943, le POI est secoué par une crise (cf. supra). Hirzel lance l’Etincelle dont les positions sont proches des bordiguistes. On le retrouve par la suite au PCI où il reste quelques mois avant de rejoindre l’OCR, créée sous l’impulsion des RK en septembre-octobre 1944. Il fait peut-être partie de l’équipe qui scissionne des CR en janvier 1945 pour fonder Contre le Courant. En 1946, il adhère, avec Contre le Courant, à la FFCG. Puis, avec le groupe Lanneret-Chazé-Garros-Véga…, il intègre en 1948 Socialisme ou Barbarie.

[4Les RK avaient pourtant montré la voie en proposant en octobre 1942 à La Seule Voie de constituer un "véritable" parti révolutionnaire et une "vraie" internationale – proposition rejetée par les trotskystes qui font valoir que le refus de la défense inconditionnelle de l’URSS est un soutien objectif à Hitler. Les RK donnent une autre version de leurs négociations avec le CCI dans un numéro de 1944 de Rassemblement communiste révolutionnaire.

[5RB n’a pas souvenir de cette action. Il pense à une confusion possible de date. D’après lui, Victor (Widelin) arrive à Paris de Bruxelles en mai 1943. Il publie "Arbeiter und soldaten" avec probablement l’aide des Thalmann (numéro 1 en mai 1943). Il (Thalmann) n’avertira le GRP de cette action qu’à partir d’octobre 1943. Après mai 1944, il est à part entière un organe de la IVè Internationale.

[6Le journal continue de paraître jusqu’en juillet 1944 (six numéros en tout), date de l’arrestation de Victor.

[7Après cette date, il poursuit son travail dans une chambre du boulevard Saint-Michel, près du jardin du Luxembourg.

[8Selon Yvan Craipeau, le travail dans la Wehrmacht est contrôlé par le Comité exécutif provisoire européen de la IVè Internationale.

[9C’est dans un local des Jeunesses Socialistes (Cercle Jean Jaurès) que Lanneret et Bossière se rencontrent pour la première fois. Le jeune trotskyste et le jeune anarchiste emploient le même langage pour critiquer la politique stalinienne pendant les journées de mai à Barcelone. En 1942, invité par RB, Lanneret travaille à Auxerre. En novembre 1942, au titre du STO, il est envoyé en Allemagne. Lors d’une permission (été 1943), il ne retourne pas en Allemagne et devient réfractaire. (Note de RB).

[10Pelletier rejoint les RK ; Hirzel publie l’Etincelle.

[11Par l’intermédiaire d’Aubrée, ancien du POI.

[12Au printemps 1944, sur la suggestion de Hirzel, Pelletier et Bossière constituent une fraction CR dans le PCI (qui vient de se constituer). D’avril à juillet, Bossière siège à la direction régionale parisienne du PCI en tant que représentant du groupe Octobre (l’une des composantes de la fusion de février-mars). Lorsqu’est créée l’OCR, il est tenu à l’écart, puis l’intègre finalement au printemps 1945. A cette date, l’OCR a déjà connu une scission. En janvier 1945, une bonne partie des militants parisiens, dont Lanneret et deux animateurs de premier plan, Alfred et Gaspard, sortent et fondent Contre le Courant. Parallèlement, "l’émigration, lente mais continue, de plusieurs éléments [Lastérade, Hirzel,…] vers les bordiguistes" de la FFCG, achève de laminer l’OCR. Contre le Courant intègre peu après la FFCG. L’OCR et les RK disparaissent dans le courant de 1946. A partir de 1947, Bossière milite dans le cadre du Mouvement des Auberges de Jeunesse (une lutte "antibureaucratique" aboutit en 1951 à la création du MIAJ). Par la suite, il rejoint la Révolution prolétarienne.

[13Il peut aussi s’agir d’une concession faite aux RK-CR qui se proclament "Mouvement pour la IVè Internationale communiste" et avec qui l’UCI négocie une fusion, sinon un front commun.

[14Une accusation similaire est portée contre eux par les CR à propos de manquements au devoir élémentaire de solidarité, envers les militants révolutionnaires des autres tendances comme envers leurs propres militants (Rassemblement communiste révolutionnaire n° 4, 2è trim. 1944).

[15Parallèlement les CR créent une fraction au sein du PCI. Cette affirmation est erronée. La fraction "contre le courant" sort du PCI au moment de la fondation de l’OCR.

[16En janvier 1946, Contre le Courant se fond dans la FFCG. Lanneret y milite jusqu’en mai 1950. A cette date, il rejoint avec d’autres bordiguistes Socialisme ou Barbarie. Il émigre en Amérique du Nord, vit d’abord au Canada, puis aux Etats-Unis. Il participe aux luttes du syndicat des typographes et à celle des farm workers latino- américains. Il reste en contact avec différents groupes communistes de conseils en France. Il revient en France en mai 1968. Par la suite, il anime différentes revues conseillistes américaines et françaises.

[17La Flamme publie en novembre 1945 un article non signé qui peut lui être attribué. Il entre au CNRS et entame un vaste travail de réinterprétation "historico-critique" de l’œuvre marxienne et de démystification du "marxisme". Il collabore occasionnellement à Masses. Socialisme et Liberté, animée par René Lefeuvre.

[18P. Thalmann collabore entre 1947 et 1954 à la Réalité russe (Nicolas Lazarévitch) qui informe sur la vie quotidienne en Union soviétique. Puis il participe aux cercles Liaisons internationales et Zimmerwald, animés par Maurice Chambelland, et qui rassemblent des militants de la gauche antistalinienne. Il évolue vers l’anarchisme. Justus, franc-maçon avant la guerre, réintègre le Grand-Orient. Il se consacre à la poésie prolétarienne. Il se serait suicidé en 1964.




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