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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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L’Allemagne à la veille de 1968
On-line gesetzt am 20. Mai 2013
zuletzt geändert am 23. März 2013

von ArchivesAutonomies
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Le mouvement autonome allemand est une entité au passé complexe. Il est né de la réunion de plusieurs franges de la contre-culture et de la dissolution des groupes politiques radicaux qui puisent leurs origines au sein de la contestation mondiale qui se structure à partir de 1968. Pour être en mesure de vous exposer cette histoire, il nous faut revenir dans l’Allemagne de l’après-guerre. Il nous faut faire en quelque sorte la pré-histoire du mouvement autonome.

La République Fédérale Allemande a été fondé en 1949, par la réunion des zones d’occupations américaines, britanniques et françaises créer suite à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Sous l’égide du premier chancelier Ouest-Allemand, Konrad Adenauer, qui règne de 1949 à 1963, le pays met en oeuvre une politique de reconstruction, avec l’aide de ses alliés, renforçant son ancrage au sein du camp occidental. En opposition avec l’Allemagne de l’est, la république fédérale se dote d’un régime parlementaire libéral et démocratique, d’un système fédéral, le tout basé sur un capitalisme d’"économie de marché". Au niveau international, le pays est membre de l’organisation du Traité de l’Atlantique Nord ce qui renforce encore son alignement sur l’ouest. La division de l’Allemagne et le stationnement permanent de troupes alliés sur son territoire, font du pays l’un des points chauds de la Guerre Froide, la ville de Berlin, coupée en deux, focalisant toutes les attentions.
Au niveau national, les premiers pas de la jeune République Fédérale Allemande (RFA) dans les années 1950 sont caractérisés par un boom économique sans précédent (Wirtschaftswunder), qui accroît considérablement le niveau de vie et la prospérité du pays. Sur le plan politique, le parti conservateur des Démocrates-Chrétiens (CDU) et l’Union Chrétienne-sociale (CSU) dirigent tout les gouvernements entre 1949 et 1966, quelques fois au sein de coalition avec les libéraux du Parti Libéral-Démocrate (FDP). En 1966, les parties conservateurs forment une grande coalition avec la seconde force politique du pays, le Parti Social-Démocrate (SPD), héritier de valeurs telles que l’anti-fascisme, l’anti-militarisme ou le socialisme. Héritage largement évacué cependant, par le programme de "Bad Godesberg", mis sur pied en novembre 1959, et qui révisait la politique étrangère du parti, acceptant désormais l’intégration de la République Fédérale au sein du bloc occidental et donc son ralliement à l’anticommunisme officiel.
Dans une atmosphère d’anti-communisme, de reconstruction économique lié à l’établissement d’un système démocratique stable et d’une culture politique en Allemagne de l’ouest, le passé national-socialiste est lentement ’’effacé’’. Le passé de nombres de membres de la classe politique, de l’administration ou des élites, l’interdiction du Parti Communiste en 1956 et le "scandale du Spiegel" (le ministre de la Défense, Franz-Joseph Strauss, fait arrêter illégallement des journalistes du journal) provoque néanmoins l’érosion progressive de la confiance placée dans le nouveau régime. Ces contestations prennent de la vigueur, au milieu des années 1960, avec l’émergence des lois d’urgences ou d’exceptions, permettant un accroissement des pouvoirs de l’exécutif au dépend des droits constitutionnels dans l’optique de la proclamation d’un état d’urgence.

Ceux qui contestent les structures politiques, économiques et sociales représentent alors, dans l’Allemagne des années 1960, la première génération de l’après-guerre et de l’après-nazisme. La situation socio-économique de la société y est alors complètement bloquée. Il convient de rappeler et nuancer le traitement de l’héritage national-socialiste d’Hitler. Celui n’avait été vaincu ni par un mouvement de résistance intérieur, ni par un mouvement social. Le nazisme avait été battu par une coalition militaire Alliée, venue de l’extérieur, du dehors. A la fin de la guerre prédominait, au sein de la population, un sentiment de défaite à cause des bombardements, de la destruction des villes et de la famine. Mais il n’y avait pas eu de prise de conscience antifasciste. On peut dire en quelque sorte que le nazisme avait purement et simplement refoulé.
Pendant les premières années de l’immédiate après-guerre, les sociaux-démocrates tentèrent de véritablement reconstruire une autre société, antifasciste et démocratique, mais ils se heurtèrent à la stratégie du camp occidentale dans le contexte de la guerre froide. Il ne s’agissait plus seulement pour les alliés de rétablir la démocratie mais bien de la faire de la jeune république fédérale le bastion avancé du « camp de la démocratie ». Au refoulement du nazisme s’ajoute alors la question de l’anticommunisme. L’Allemagne de l’ouest, intégrée à la guerre froide et alliée aux Etats-Unis, passe directement d’un anticommunisme officiellement fasciste, celui d’Hitler, à l’anticommunisme de la guerre froide. La République Fédérale était passée du statut de force de choc du national-socialisme contre le bolchevisme à une force du choc du monde occidental contre le bolchevisme. Le passage d’un camp à l’autre s’était fait sans transition, sans débat ou mouvement de lutte pour la démocratie. Il convient de rappeler que les Allemands donnaient au sens démocratie un sens lourdement influencé et connoté, dans le sens d’un front contre l’extrémisme et nécessairement le communisme. La phrase du chancelier Schmidt prononcée au début des années 1970 est significative ; "Il faut dans la lutte contre le terrorisme aller jusqu’aux limites de la légalité"... Ce qui voulait dire en clair la porte ouverte au maccarthysme, à la chasse au sorcière. Cette phrase n’avait aucunement choqué outre-Rhin.
Aux yeux de la République Démocratique Allemande (RDA), zone d’occupation octroyée aux soviétiques, alliés d’hier, les fascistes se trouvaient tous en RFA. Les soviétiques ne s’étaient pas non plus embarrasser d’une transition ou de la construction d’un mouvement d’exclusion des anciens nationaux-socialistes. Il n’y avait pas eu non plus d’un mouvement de masse de libération et leur arrivée avait au contraire été vécue comme une victoire du bolchevisme. On pourrait ajouter le peu de liberté dont disposait les allemands de l’est ; le mur construit en 1961 par les soviétiques pour empêcher les fuites de plus en plus nombreuses vers l’ouest en était la preuve la plus visible. L’Allemagne des années 1960 était donc un pays partagé entre deux bloc, derrière les chars soviétiques ou américains, les deux grandes super-puissances de l’époque.
Les Allemands de l’ouest étaient néanmoins favorisés vis-à-vis de leur voisin de l’est. La RFA possédait au moment de sa création plus de matières premières que son homologue et l’aide reçut de toute la sphère d’influence soviétique était beaucoup moins importante que celle fournit par le camp occidental à l’état ouest-allemand. De plus, la RFA avait récupéré les infrastructures du nazisme, relativement épargnée durant la guerre, l’essentiel de la résistance, des destructions et les combats les plus violents ayant eu lieu à l’Est. Le développement énorme de l’industrie, les infrastructures de communications, etc... étaient tombés entre les mains de l’état fédéral. Les investissement américains et la force de travail d’un peuple démobilisé avait permis au capitalisme allemande de rapidement relancé l’économie : autrement dit la reconstruction. Au début des années 1960, la reconstruction s’était transformée en « miracle économique ». Le capitalisme allemand avait substitué l’économie de guerre à l’économie de paix, rendant ainsi possible une adhésion idéologique massive de la population à son projet capitaliste anticommuniste. A travers cette acceptation s’était développé également celle de la légitimité du pouvoir étatique hérité du fascisme : l’Etat comme organisateur du front anticommuniste et l’état comme organisateur de la vie sociale. La chute d’Hitler avait aussi répandue un sentiment de trahison chez les allemands, ces derniers désertant le champ politique au profit de la nouvelle classe politique mise en place avec la bénédiction des alliées. Cette dépolitisation faisait finalement le lit d’un l’Etat fort, peu préparé à accepter une contestation interne et susceptible de fragiliser sa position au sein du bloc occidental.
Un rôle particuliers et important était alors dévolu aux syndicats, sociaux-démocrates et donc anticommunistes. Intégrés à l’appareil d’état, il étaient destinés à gérer les conflits sociaux et non à jouer le rôle de force d’opposition. Ce n’est seulement qu’à partir de 1966 que se développa une crise qui éclata en 1967-1968 à travers une explosion de grèves dans les secteurs traditionnellement combatifs de la sidérurgie. Les revendications portaient essentiellement sur les salaires. Elles n’ébranlèrent pas, ni ne remirent en question, le pacte entre les syndicats et le capitalisme allemand, mais elles mirent en évidence l’absence de débat public interne à l’intérieur des énormes organisations syndicales.
En parallèle à cette crise, avait émergé un grand mouvement de contestation constitué principalement d’étudiants et de jeunes ouvriers dont les préoccupations étaient plus directement politiques. La volonté y était manifeste de s’attaquer aux structures socio-politiques, afin de transformer la société. La seule entité capable d’absorber ce mouvement politique et d’ouvrir une brèche au sein de l’état allemand et du consensus social était sans conteste l’opposition extra-parlementaire, et non les ouvriers ou leurs centrales syndicales. En 1967-1968, c’est une grande coalition CDU-SPD qui est alors au pouvoir. Il n’y avait pas d’opposition interne au système.




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