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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Déclaration de principes
Avril 1942
Article mis en ligne le 8 avril 2016
dernière modification le 27 février 2016

par ArchivesAutonomies
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1°) Les principes sont les règles qui découlent de l’examen des expériences, des victoires et des défaites du prolétariat dans sa lutte contre la bourgeoisie. Ils s’appliquent à une période donnée du développement du capitalisme. La tactique n’est qu’une méthode d’action qui correspond à un moment parfois très bref de la lutte de classes. Par conséquent la tactique doit être continuellement subordonnée aux principes, en aucun cas elle ne peut dépasser les bornes qu’ils lui assignent.

2°) Le parti est la direction politique du prolétariat d’un pays donné dont il représente la conscience. C’est lui qui, après avoir pris le pouvoir, exerce la dictature au nom de la classe ouvrière. Il ne peut être question de mouvement révolutionnaire si le parti est inexistant. Le parti n’est pas le produit d’actes volontaires de militants. La chute de l’ancien parti dans la trahison ne suffit pas pour que soient remplies les conditions nécessaires à la formation du nouveau parti. Celui-ci ne peut être créé que dans une période de flux révolutionnaire lorsque les masses se libèrent de l’emprise des partis traîtres et que le rapport de forces se renverse au profit du prolétariat.
La Fraction est l’élément qui assure la continuité de la conscience du prolétariat lorsque l’ancien parti, par l’abandon des positions de classe, passe au service de la bourgeoisie. La Fraction est l’embryon du futur parti. L’Internationale est la direction politique de la classe ouvrière mondiale et de ses partis. Elle aussi ne naît que lorsque la montée révolutionnaire du prolétariat utilise les principes qui ont été définis par les militants révolutionnaires.

3°) L’autonomie politique et organisationnelle de l’élément conscient de la classe ouvrière, Fraction ou parti, est un principe qui entraîne le rejet de la pratique du Front unique politique. En effet, celui-ci ne peut qu’entraîner l’aliénation de l’indépendance absolue de l’organisation révolutionnaire, c’est-à-dire de la conscience du prolétariat, l’altération de son programme, l’augmentation de la confusion dans la pensée des ouvriers. Seul dans la mesure où les syndicats existent, le Front unique syndical peut être employé comme moyen de démasquer les agents de la bourgeoisie dans les rangs du prolétariat et de permettre à celui-ci de se regrouper sur la base de la défense de ses conditions d’existence.

4°) Le non-rétablissement de la propriété privée des moyens de production et d’échange, la planification de l’économie, le monopole du commerce extérieur ne sont que des survivances économiques de la révolution d’Octobre, qui n’ont pas empêché l’État soviétique, au lieu de dépérir, de se renforcer à chacune des défaites du prolétariat international. L’appareil étatique, au lieu d’être contrôlé par le parti, dont la tâche dans ce domaine est de résoudre l’antagonisme entre l’État ouvrier et la classe ouvrière, exerce la dictature sur la classe et ses organisations : parti, syndicats et soviets. L’État soviétique, instrument de la bourgeoisie internationale, exerce une fonction contre-révolutionnaire. La défense de l’URSS, au nom de ce qui reste des conquêtes d’Octobre, doit donc être rejetée et faire place à la lutte sans compromis contre les agents staliniens de la bourgeoisie.

5°) La démocratie et le fascisme sont deux aspects de la dictature de la bourgeoisie qui correspondent aux besoins économiques et politiques de la bourgeoisie à des moments donnés. En conséquence, la classe ouvrière qui doit instaurer sa propre dictature après avoir brisé l’État capitaliste, n’a pas à prendre parti pour l’une ou l’autre de ces formes.

6°) De même dans les pays coloniaux ou occupés, le prolétariat n’a pas à se solidariser en abdiquant son autonomie, même pour une période transitoire, au nom d’un prétendu droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Là aussi, le seul objectif pour le prolétariat est l’instauration de son propre pouvoir.

7°) Dans la période actuelle de la guerre impérialiste mondiale, le défaitisme révolutionnaire consiste à préparer la défaite de sa propre bourgeoisie, et en URSS celle de la bureaucratie pour créer les conditions favorables au développement d’un mouvement révolutionnaire. Le principe du défaitisme révolutionnaire s’applique à tous les pays belligérants sans que puissent être invoqués ni la défense des conquêtes d’Octobre, ni la défense de la démocratie contre le fascisme, ni la libération nationale.

8°) Actuellement, la tâche principale pour les militants révolutionnaires est le réarmement idéologique en vue du regroupement des cadres solides sur des principes de classe. Il faut dépasser, en les enrichissant à l’aide de la dialectique matérialiste, les positions des bolcheviks russes en tenant compte de l’évolution ultérieure du capitalisme, des caractéristiques des différents impérialismes et des expériences des luttes des différents prolétariats. En France, les militants internationalistes doivent briser avec les organisations qui acceptent la guerre impérialiste et tendre à la constitution d’une Fraction française de la Gauche communiste internationale, s’inspirant du travail fécond des Fractions italienne et belge, et s’alliant à elles sur le terrain international.
La Fraction française ne naîtra pas d’une simple addition de diverses tendances mais d’un travail patient et méthodique excluant les compromis et le noyautage sur la base de la présente déclaration.

P.S. :

Article extrait du livre l’Enfer Continue, de la guerre de 1940 à la guerre froide. La Gauche communiste de France parmi les révolutionnaires, 1942-1953, Editions Ni patrie, ni frontières, page 105.




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