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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La Gauche communiste pendant la Deuxième Guerre mondiale
Extrait du livre {Les Années Terribles}
Article mis en ligne le 8 avril 2016
dernière modification le 10 avril 2016

par ArchivesAutonomies
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La marche à la guerre puis son déclenchement trouve tous les groupes ouvriers révolutionnaires et internationalistes totalement désarmés. La situation est pire pour le mouvement ouvrier que celle d’avant 1914.
Victor Serge, lui aussi remet en cause le marxisme dans un court article "Puissance et limites du marxisme" [1], Les trotskystes rencontrent également des difficultés : "Subissant les effets de l’état dépressif général du mouvement ouvrier et d’une conjoncture défavorable, la IV° Internationale traversait une phase difficile. Ses deux sections pivots en France et aux États-Unis étaient sensiblement affaiblies par les scissions" [2].
À l’initiative des sections américaines une conférence internationale extraordinaire de la IV° Internationale, plus connue sous le nom de "conférence d’alarme", est convoquée pour les 19-26 mai 1940 ; il s’agit de réitérer la volonté de l’internationalisme prolétarien avant le déclenchement de la guerre.
Le Manifeste rédigé par Trotsky indique : "La présente guerre - la deuxième guerre impérialiste n’est pas un accident. Son origine dérive inexorablement des contradictions qu’engendrent les intérêts capitalistes internationaux" (souligné par nous) [3].
Trotsky et ses partisans ne sauront pas tirer les conséquences ultimes de ce qu’ils pensent sur la guerre en tant que "guerre impérialiste". Ce qui guide Trotsky c’est "la défense de l’URSS" qui est pour lui un "État ouvrier" [4], Cette position quasi religieuse va provoquer une importante crise au sein du courant trotskyste.
Trotsky aurait tracé comme perspective à la section française [5] de mener une action de classe indépendante de celle de la bourgeoisie et de ne pas tomber dans l’erreur qui consisterait à se battre à ses côtés et à ceux de ses alliés pour vaincre d’abord Hitler avant de se retourner contre sa propre bourgeoisie. Mais il indique aux trotskystes américains que le mot d’ordre "Pas un sou pour la guerre" [6] doit être écarté. "Nous sommes des ennemis de la bourgeoisie et des institutions mais nous les utilisons [7]." Trotsky écrit encore que les trotskystes sont internationalistes et contre la guerre mais qu’ils ne "sabotent pas la guerre" et qu’ils sont les "meilleurs soldats" [8]. Trotsky précisera à nouveau le fond de sa pensée, dans un texte [9] du 13 août 1940. En réponse aux libéraux et démocrates américains qui préconisent la paix, il déclare qu’il faut défendre "la démocratie américaine" et aider "l’Angleterre à écraser Hitler". [10]

En fait, il faut, pour Trotsky, que les militants de la IV° Internationale ne se séparent pas de la majorité des travailleurs supposés défendre leur "patrie" et la "démocratie", et ils doivent défendre en même temps l’idée qu’il ne faut pas en rester là et aller plus loin dans le combat contre le capitalisme. Ses prises de position sont guidées par le souci de défendre les démocraties et l’URSS qu’il estime très menacées.

Mais à la déclaration de guerre, et pendant la guerre et l’occupation allemande, les militants de la IV° Internationale se trouvent passablement désarmés. Certains, non des moindres, s’engagent dans la collaboration tant que Hitler n’a pas déclaré la guerre à Staline à cause du pacte germano-soviétique.

Au début de l’occupation, des membres de l’ex-PCI (Vendance, Raymond Molinier, Frank) s’engagent dans la collaboration vichyste avec l’Allemagne [11]. Marcel Beaufrère et Pierre Naville insistent sur le rôle important joué par Henri Molinier comme rapporteur à un congrès du Rassemblement national populaire de Marcel Déat [12]. L’activité des ex-membres du PCI dans la Collaboration cesse après l’entrée en guerre de l’URSS. [13]

Le Secrétariat européen de la IV Internationale condamne l’organisation française pour avoir mandaté des militants pour faire de "l’entrisme" au sein des organisations fascistes [14] Henri Molinier et Roger Foirier ne pourront plus adhérer au nouveau parti à cause de ces faits.
Dans l’autre fraction trotskyste venue de l’ex-POI [15], certains membres rallieront le Mouvement national révolutionnaire (MNR) dont le mot d’ordre est "collaborer, oui, mais pas sous la botte". Ils publieront un bulletin clandestin La Révolution française. Il s’agit de Jean Rous, Fred Zeller, Henri Barré.
Jacqueline Pluet [16] s’interroge sur ce phénomène, "quelles motivations ont pu pousser d’authentiques révolutionnaires à se rallier à un tel programme politique en tous points semblable à la charte fasciste du RNP de Marcel Déat, dont le MNR fait l’éloge ?" Toutefois, Jacqueline Pluet n’apporte pas de réponse ou semble penser que cela est quelquefois inévitable. Il est permis de penser que cette attitude des membres dirigeants des organisations trotskystes provient de son habitude de l’entrisme dans d’autres organisations et aussi de la volonté de "ne pas se couper des masses", même lorsque ces dernières font fausse route.
La grande majorité des militants trotskystes ne suivirent pas cette voie. À la déclaration de guerre d’Hitler contre l’URSS le courant retrouve ses marques et se solidifie à nouveau pour défendre "l’État ouvrier" [17]., Les militants auront du mal à monter des maquis essentiellement trotskystes, et à entrer dans des maquis contrôlés par le PCF car ils étaient en butte à la répression des staliniens ; il leur faudra s’engager individuellement dans d’autres maquis, ou dans des opérations de résistance séparées.
Le PCF lance son appel pour "le Front national de lutte pour l’indépendance de la France" le 27 mai 1941 et le diffuse avant l’attaque allemande contre l’URSS, le 22 juin 1941 [18].
L’attitude de la IV° Internationale s’infléchit comme celle du PCF, il est difficile de dire avec certitude si le changement d’attitude du PCF a joué un rôle dans ce processus.
Il faut citer l’épisode de fraternisation [19] entre une cellule de Brest des "Comités français pour la IV° Internationale" (ex-POI) et 27 soldats allemands. La cellule rédigeait un bulletin en langue allemande Arbeiter und Soldat. Ici, nous avons véritablement un exemple de la tactique du "défaitisme révolutionnaire" employée par les communistes au cours de la Première Guerre mondiale, c’est-à-dire un appel à retourner ses armes contre sa propre bourgeoisie afin de lutter pour la seule lutte possible : la révolution internationale des ouvriers et des soldats. Cette expérience intéressante est unique [20]. Marcel Hic [21], qui dirige les Comités français pour la IV° Internationale (ex-POI) estime, en ce qui le concerne, que la stratégie marxiste du défaitisme révolutionnaire doit être révisée et prendre en compte les aspirations nationales de la population [22]
Alors que le PCF anime "le Front national", le POI, au cours de sa conférence de janvier 1943, lui oppose le mot d’ordre de "Front ouvrier".
Il est bien difficile de distinguer ces deux politiques dans la pratique puisque les méthodes et les résultats utilisés sont les mêmes, seules les expressions politiques diffèrent, Les deux courants participent à la lutte contre l’Allemagne hitlérienne et l’État vichyssois avec une phraséologie ouvriériste pour les trotskystes sans réel effet Le POI veut faire "dévier" la lutte "des voies du chauvinisme et du terrorisme contre les soldats allemands" [23]. Mais cela semble bien compliqué puisqu’ils participent à la même lutte armée avec les autres partisans.
La Gauche italienne défend la position classique du "défaitisme révolutionnaire", de la fraternisation avec tous les prolétaires sous l’uniforme et s’oppose à tout soutien à la défense nationale. C’est la position classique des révolutionnaires, celles qu’elle avait développée en 1914. En effet, toutes les guerres du XX° siècle sont des guerres impérialistes au cours desquelles les bourgeoisies nationales s’affrontent afin de se partager ou de se repartager des territoires.
Cependant, si la Gauche italienne ne se trompe pas sur la nature de la guerre, et donc, sur le rôle de tous les États quel qu’ils soient, y compris l’URSS, qui participent à la guerre, elle est le seul groupe avec l’Union communiste qui reste malheureusement muet au début de la guerre. Au printemps 1939, l’Union communiste avait au moins pris position contre la guerre et distribué l’édito de L’Internationale [24] sous forme de tract à la manifestation du premier mai. Certains des membres de ces organisations sont toutefois mobilisés comme l’est Marc Chirik.
La Gauche italienne a une analyse politique juste, mais cela ne sert à rien, car elle traverse une crise qui l’empêche de publier ses positions politiques. Il est toutefois capital de souligner qu’elle ne trahit pas le mouvement ouvrier pendant la guerre. En effet, elle ne participe ni de près, ni de loin au conflit mondial. En aucun cas, les membres de la Gauche italienne n’ont participé en France ou en Belgique, en tant qu’individus, ni à la guerre, ni à des organisations de collaboration, ni encore à des opérations de résistance dont ils ont dénoncé, à juste titre, le caractère nationaliste.
La Déclaration politique de la conférence de la fraction italienne de la Gauche communiste de mai 1944 [25] est très lucide sur les énormes faiblesses de ses organes dirigeants : "A l’éclatement de la guerre, la fraction se trouvera déjà profondément démoralisée et désarçonnée, à ce point surprise et désarmée que ce sera la seule organisation qui ne trouvera pas la force de faire le moindre manifeste au prolétariat. L ’éclatement de la guerre frappera de paralysie totale la fraction qui entraînera avec elle le Bureau international dans le néant."
Après avoir théorisé que la guerre n’éclaterait pas parce que le cours était à la révolution, Perrone théorisait maintenant que les "guerres localisées (Abyssinie, Espagne, Mandchourie), étaient la tactique de la bourgeoisie pour enrayer la maturation révolutionnaire du prolétariat" [26]. Mais la guerre étant la conséquence de la défaite du prolétariat, la fraction se trouve désarçonnée en septembre 1939.
Il faut réviser la théorie : Perrone et les derniers membres de la Gauche italienne qui ont pu échapper à la débâcle à Bruxelles déclarent que le prolétariat est battu puisque la guerre impérialiste a éclaté. Mais Perrone développe une nouvelle théorie très originale, "l’inexistence sociale" [27] du prolétariat dans cette période ; sa conséquence étant l’impossibilité qu’existent des organisations se déclarant du prolétariat Perrone et les membres de la Gauche communiste autour de lui déclarent donc la "dissolution de la fraction".

La théorie de l’inexistence sociale du prolétariat.

Il est difficile de rendre compte exactement des arguments de Perrone, puisque nous n’avons pu retrouver son texte dactylographié. Nous pouvons le reconstituer d’après les critiques [28] qui lui sont prodiguées mais cette méthode a ses limites.
Perrone pense que le parti, ou l’organisation de classe, existe seulement quand le prolétariat se bat. Durant ces moments le prolétariat existe socialement Dans les périodes de défaite et de guerre impérialiste, le prolétariat est battu et désorganisé, il n’a plus d’existence sociale réelle ; de ce fait, le parti ou l’organisation de classe existante disparaît et même doit disparaître. Il tire les conséquences de cette "nouvelle" théorie en dissolvant immédiatement la fraction dès les premiers instants de la guerre impérialiste de 1940.
Après la dissolution de la fraction italienne, l’occupation allemande, en Belgique et en France, poursuit l’œuvre de dispersion de tous ses membres à un moment où il aurait fallu au contraire rester soudés. Perrone lui-même reste tout à fait isolé à Bruxelles, pendant toute la première partie de la guerre, et cela jusqu’à la fin de l’année 1942. Verdaro (Gatto Mammone) réussit, lui, à partir pour la Suisse où il arrive le 19 mai 1940 à Balerna (Canton du Tessin) sans aucun bagage [29] ; il y obtiendra un poste de bibliothécaire à Locarno grâce à ses vieux camarades du Parti socialiste italien, et il y retrouvera sa compagne Emilia Mariottini qui avait réussi à sortir d’URSS au début de 1937.
D’autres membres seront remis à l’Italie par la Gestapo après leur arrestation, il en est ainsi pour Bruno Bibbi "Bianco" [30] et Bruno Atti.
En ce qui concerne la Gauche belge, le même phénomène de dispersion se produit, Mélis et son fils, comme nous l’avons déjà indiqué, sont arrêtés par hasard par la Gestapo et disparaîtront dans un camp de concentration.
D’autres membres, comme Feingold, se réfugient en France. C’est alors qu’il est trouvé en possession de deux cartes d’identité, la vraie carte permettra de l’identifier et de l’arrêter comme juif. Les tentatives de le faire échapper de la prison d’Aix échoueront [31].
Durant les années 1939-1945, après un premier désaccord provoqué par la déclaration de guerre, les membres de la Gauche italienne ont cherché à se réorganiser. Il est possible de dégager deux périodes dans l’histoire de la Gauche italienne durant la guerre :

- la reconstruction de la fraction avec la publication de Manifestes intransigeants contre la guerre et contre tout soutien à "l’État ouvrier dégénéré" comme les trotskystes vont le faire [32].

- la deuxième crise de la fraction après août 1943.

La guerre rend donc la poursuite de toute activité très difficile, notamment le maintien des liaisons entre les différentes sections. Dès juin 1940, l’activité se rétablit au sein du groupe de Marseille. Mais la question se pose : doit-on rétablir les liens avec les autres sections ? D’abord Jacob (membre de la fraction belge et du Bureau international des 2 fractions) s’y oppose. Cependant, rapidement la décision est prise, en juin 1941, de reconstituer la fraction et de rétablir les liaisons avec Lyon, Toulon, Aubagne, ensuite avec Paris et enfin Bruxelles.

1 - La fraction italienne se reconstruit en 1940-1941.

Après avoir été dispersée et décimée, la Gauche italienne se reconstitue donc péniblement à Marseille autour de quelques membres. La fraction tient dès cette date sa première conférence annuelle qui élit un organe central composé de trois membres dont Aldo Lecci (alias Mario Marini ou Tullio), Ottelo Ricieri (alias Piccino) et Marc Chirik. Giovanni Bottaioli (alias Butta) est associé à ce travail car il était très actif à Paris à cette époque. En même temps, ces militants se recréent une base politique minimum pour entamer leur activité politique et, dès le départ, ils font la critique de "l’économie de guerre" développée antérieurement par Perrone [33].
En 1942, ce travail aboutit à la création du "Noyau français de la Gauche communiste" à partir d’un petit cercle de dix membres environ.
La réaction de la classe est bien faible dans cette période de contre-révolution, mais il est clair que, contrairement aux analyses de la tendance "révisionniste" de Vercesi, la classe et ses organisations existent à tout moment, même pendant une période contre-révolutionnaire. Les organisations révolutionnaires ont, dans ces moments-là, une autre fonction, notamment celle de sauvegarder les acquis théoriques et politiques de la classe ouvrière et d’intervenir à contre-courant. Mais il ne peut, malheureusement pas, y avoir de place encore pour des partis révolutionnaires exerçant un impact déterminant dans la classe et ses luttes.
La question se pose de prendre position contre la guerre. La section de Marseille n’a pas de matériel pour militer, or, il faut déjà se procurer une machine à écrire. Les premiers tracts seront tapés plusieurs fois avec des carbones avant d’être distribués. Les membres de la fraction n’étaient pas préparés à la guerre et encore moins à la clandestinité. Tous les membres de la fraction étaient des réfugiés politiques et une grande partie d’entre eux n’avaient pas de papiers d’identité.
L’éclatement de la guerre signifiait pour eux que, en tant qu’Italiens, ils faisaient partie du camp ennemi. Les émigrés italiens devaient faire une déclaration pro-française pour éviter de retourner en Italie et d’être emprisonnés directement dans les geôles fascistes.
Certains membres de la fraction sont pris par la police vichyste puis la Gestapo avant d’être remis aux autorités italiennes ; d’autres retournent en Italie clandestinement comme Danielis "Gigi" ou Stefanini dans les années 1943-1944. Toutes ces mésaventures dramatiques expliquent pourquoi il faudra quelques mois pour que la fraction reprenne une activité politique organisée.

À côté de la fraction italienne, le noyau français vient de se former ; il prend le nom de "Noyau de la fraction en France". Il comprend 8 membres exactement avec une Commission exécutive de trois membres et cinq militants [34] Lavergne, alors membre de la fraction italienne, adhère au noyau après 1945 [35]. On compte parmi ses membres à Marseille Robert Salama dit "Mousso" [36] et Jean Malaquais, d’anciens trotskystes comme Robert Couthier (1914-2004) et de jeunes militants, Suzanne Voute dit "Frédéric" et "Véga" [37] anciennement membre des jeunesses du POUM. 
La deuxième conférence de la fraction italienne [38] a lieu en août 1943. Un nouveau Comité exécutif est formé par d’anciens membres du Comité exécutif de la fraction, Aldo Lecci "Tullio", Bottaioli "Buta" ou "Péri", Marc Chirik puis "Luciano" ou "Mauro" Stefanini (son vrai prénom étant Giacomo). Le groupe de Marseille réussit à rétablir le contact avec la zone nord occupée et avec la Belgique. La centralisation reste difficile à assurer dans cette période de guerre, c’est pourquoi chaque section reste isolée et indépendante.

Les positions défendues par la fraction sont contenues dans un tract [39] "Manifeste aux prolétaires d’Europe" :

Prolétaires,
On vous trompe, on voudrait vous faire croire que cette guerre n’est pas comme toutes les autres. On vous trompe (…) la guerre c’est le capitalisme. (…)
Prolétaires d’Europe,
Vous êtes cernés par immonde d’ennemis. Tous les partis, tous les programmes ont sombré dans la guerre.
Toute la bande de racailles au service de la haute finance, de Hitler à Churchill, de Laval à Pétain, de Staline à Roosevelt, de Mussolini à Bonomi, est sur le plan de la collaboration avec l’État bourgeois pour vous prêcher l’ordre, le travail, la discipline, la patrie qui se traduisent dans la perpétuité de votre esclavage."

La Gauche italienne ne participera pas à la Résistance nationale mais la dénoncera, et tout soutien à ce qu’elle nomme "le camp impérialiste démocratique". Par contre, nombreux ont été les militants de gauche qui se sont engagés dans la défense de la démocratie sous le couvert de la lutte contre le fascisme.
La conférence de la Gauche italienne d’août 1943 survient après les grandes grèves italiennes de mars 1943 ; Mussolini a chuté à la suite de ces événements et a été remplacé par le maréchal Badoglio. La conférence adopte une résolution qui indiquait que "le cours de la formation du parti en Italie est ouvert", "la transformation de la fraction en parti est à l’ordre du jour" [40]. "Oui, la fraction a terminé sa tâche spécifique "défensive". Avec le nouveau cours qui s’est ouvert avec les événements d’août en Italie, le cours de la transformation de la fraction en parti s’est ouvert" [41].
C’est d’ailleurs à cette époque que se forme en Italie le Parti communiste internationaliste autour d’Onorato Damen.
La conférence demande à ce que la fraction italienne retourne en Italie, dès que possible, et que ses membres reprennent contact avec les camarades restés en Italie. Cependant, la fraction ne retourne pas immédiatement en Italie ; elle continue son travail dans l’émigration. C’est dans cette situation que se déroule sa troisième conférence en mai 1944, qui met en lumière la deuxième crise de la "Gauche italienne".

2) Deuxième crise de la Gauche communiste

Elle adopte une Déclaration politique qui reconnaît que la crise de la fraction est "la continuation d’une crise qui a surgi (…) avant la guerre, dès 1937 " [42] et qui condamne l’ensemble des positions de Perrone qui vient de rédiger un nouveau document politique intitulé De la III° à la IV° Internationale [43] pour la sauvegarde de la fraction de gauche" [44].
La Déclaration politique indique : On inventera pour justifier notre propre défaillance et notre propre disparition, la théorie de la disparition sociale du prolétariat depuis 1929 (…). L’apparition révolutionnaire du prolétariat italien (…) sera vue "comme" la négation du caractère prolétarien des événements de juillet" [45] .
Perrone "“cherchera la raison dans la crise de l’industrie de guerre)", ou dans "“la niaise explication des conflits entre Mussolini et le Grand Conseil fasciste" [46].
La fraction italienne étant soumise à une crise, le "Noyau français de la Gauche communiste" cherche à acquérir son indépendance afin de pouvoir intervenir librement dans les événements. C’est en décembre 1944 que se crée la "fraction française" lors de sa première conférence. La "fraction française" passe donc à un nouveau stade d’intervention, elle ne se contentera plus de son travail politique à Marseille, elle va diffuser des tracts à Paris et coller des affiches pour appeler les prolétaires à ne pas marcher dans l’idéologie de la "Libération" dans laquelle toutes les classes sociales sont confondues. "Notre tâche était de prévenir le prolétariat français du rôle contre-révolutionnaire qu’on voulait lui faire jouer face à ses frères de classe allemands" [47].
La création de la fraction française avait aussi pour but de se séparer de la tutelle de la fraction italienne qui était saisie d’un immobilisme et trouvait d’excellents prétextes pour ne rien faire en France et en Italie, puisqu’elle n’était pas encore rentrée en Italie pour servir de cadre au nouveau Parti communiste internationaliste récemment créé, comme les textes du congrès d’août 1933 le réclamaient
Cependant, au début, la fraction française eut quelque mal à s’imposer et à agir sous la tutelle de la fraction italienne.
Trois divergences entravèrent l’intervention politique :

- La "reconnaissance" par la fraction de la nouvelle fraction française : "Un Bulletin commun pour le moment était impossible, il nous fallait prendre l’entière responsabilité de nos actes pour mieux voir nos erreurs dans leur totalité. (…) Surtout il fallait nous dégager de la tutelle d’une fraction italienne sénile qui n’avait plus de place en France et qui jugeait en spectateur et non en acteur" [48].
Or, la fraction italienne mit six mois pour reconnaître la nouvelle fraction ; les relations furent toujours très orageuses.

- La participation de Perrone au "Comité antifasciste" de Bruxelles. La fraction italienne apprit sa participation par des voies indirectes, au cours d’une discussion avec un ex-député socialiste italien Rafrani [49]. La fraction française, tout en désapprouvant l’attitude de Perrone qui avait ainsi renié toute la politique de la Gauche italienne depuis 1921-1922 sur l’antifascisme, pensait "qu’il fallait discuter directement avec V. (Perrone) avant de prendre une quelconque décision organisationnelle" [50]. "Le Comité exécutif de la fraction italienne en a décidé autrement ; tranchant le débat avant qu’il ne commence, elle excluait V. (Vercesi) sans toutefois indiquer cette exclusion et les motifs politiques à la connaissance du prolétariat, pour dégager ainsi sa responsabilité" [51].
C’est un débat public que désire lancer la fraction française, mais, en fait, la fraction italienne préfère cacher cette grave divergence et pour cela utiliser des mesures bureaucratiques. L’exclusion de Perrone, qui n’est pas un quelconque militant mais le principal animateur de la Gauche italienne pendant une quinzaine d’années, pose problème. Pour la fraction italienne, il vaut mieux cacher cette question.

- Les relations avec d’autres groupes n’ayant pas participé à la "Résistance". "Une nouvelle divergence se manifeste au sein de notre organisation. Quelle attitude adopter face aux organisations CRF et RKD" [52] ?
Les Revolutionäre Kommunisten Deutschlands, ou Communistes Révolutionnaires d’Allemagne, étaient des exilés autrichiens d’origine trotskyste [53]. Au congrès de fondation de la IV° Internationale, à Périgny, en 1938, ils furent les seuls délégués à s’opposer à sa fondation précipitée qu’ils estimaient "aventuriste" [54] En 1939, ils réussirent à convaincre des trotskystes allemands et français de les suivre surtout à Toulouse puis à Lyon où ces derniers formèrent les Communistes révolutionnaires de France (CRF).
Leur dénonciation de la guerre impérialiste et des deux camps fascistes et démocratiques, la critique de l’URSS qu’ils définissaient comme un pays "capitaliste d’État" les rapprochaient de la Gauche italienne. C’est pourquoi, la fraction française voulait discuter avec ce groupe pour entamer un travail politique commun. "Nous prétendions que ces organisations étaient révolutionnaires mais confuses (…). Nous devions donc cesser le jeu si cher à la .fraction italienne de censeur et de professeur docte et savant comme certains singes" [55] .
Nous pouvons mesurer à la lecture de ce qui précède les divergences entre la fraction italienne et la nouvelle fraction française naissante.
Il ne faut pas voir que cet aspect négatif dans le rôle de la fraction italienne à cette période car elle a accompli un énorme travail politique avec la publication au cours de l’année 1944, outre des tracts contre la guerre impérialiste, de huit numéros du Bulletin international de discussion en français qui abordent des questions telles que "l’économie de guerre" [56], les syndicats, le problème de l’État après la victoire de la révolution [57] et la "question russe".
La crise de la fraction italienne se solde par sa deuxième dissolution. En effet, la III° conférence de mai 1945 sanctionne la "dissolution de la .fraction" et la rentrée individuelle de ses membres en Italie dans le nouveau parti, le Parti communiste internationaliste. C’est une nouvelle pomme de discorde entre les deux fractions.
La fraction française critique très durement cette attitude irresponsable. Elle ne comprend pas pourquoi un groupe qui a fait ses preuves et possède de sérieux "principes" politiques se dissout et adhère à une autre organisation dont on ne connaît aucune des positions politiques, si ce n’est une vague référence à la Gauche italienne et à Bordiga.
En 1943, l’analyse des événements de juillet et les grèves en Italie du Nord avaient amené la fraction à penser que la situation internationale se modifiait. La guerre impérialiste tendait à laisser la place à la lutte de classe. Allait-on revoir la même situation qui, en 1914, avait abouti à la révolution russe de 1917 ? En Italie, les grandes grèves de juillet 1943 avaient amené des transformations politiques et militaires, et la chute de Mussolini. C’est pourquoi, ces événements marquaient une rupture dans la guerre impérialiste et l’acheminement vers sa fin. La fraction avait saisi l’importance de ces événements et, à cette époque, elle avait décidé de rentrer en Italie pour participer aux luttes et voulait que ses membres deviennent les cadres du nouveau parti. Mais, depuis deux ans, la fraction était restée inerte et ne faisait plus face à ses responsabilités en restant en France. Toute son action se résumait en déclarations solennelles non suivies d’effets.
La fraction italienne avait même théorisé l’idée de la "fraction italienne à l’étranger" [58] en estimant que ses membres vivaient depuis vingt ans en France ou en Belgique, et avaient perdu tout contact organique avec l’Italie. À l’étranger, ils pouvaient, tout de même, grâce à leur travail théorique et politique, aider les militants italiens qui intervenaient plus directement et concrètement dans la situation intérieure. Ce à quoi la fraction française répondait qu’il n’y avait plus de raison désormais de conserver un groupe italien séparé en France et que ses membres devaient soit adhérer à la fraction française soit rentrer en Italie.
Cette attitude fut lourde de conséquences car le parti en Italie manquait cruellement de cadres. Finalement, avec deux ans de retard, la fraction se dissoudra et il fut décidé de la "rentrée individuelle des camarades dans le nouveau parti" [59]. Ces résolutions se réalisèrent sans gloire, une fois la situation stabilisée en Italie. Ce sera la revanche de Perrone qui prônait cette solution depuis 1943. Cependant, dans ce nouveau parti sont incorporés tous les ex-membres de la fraction italienne exclus pour opportunisme, c’est-à-dire l’ex-minorité de 1936-1937 durant les événements de la guerre d’Espagne mais aussi la tendance Perrone. Cet amalgame "sans principes" est très durement critiqué par la fraction française et va entacher les relations futures entre le Parti communiste internationaliste et la fraction française.
Une fois la fraction dissoute, une partie de la Commission exécutive fait connaître sa "Déclaration politique" le jour du congrès et précise que, si la fraction réunie n’adopte pas ce texte, elle donnera sa démission pour défendre ce texte en tant que minorité dans la fraction [60].
Le texte est adopté à cause de ce coup de force ; cependant, l’assemblée ne représentait pas l’ensemble de la fraction, car tous ses membres n’avaient pu se déplacer. Marc Chirik (alias "Lavergne") donne sa démission de la fraction italienne et de la Commission exécutive pour demander son intégration au sein de la fraction française puisque la fraction italienne n’existe plus en France. Il appelle les membres qui ne peuvent partir en Italie à le suivre. Cet acte est très politique et personne ne s’y trompe : "Les camarades de la fraction qui ; pour des raisons impérieuses, restent en France doivent rejoindre la fraction française. Ne voulant en aucune façon m’associer à l’acte de liquidation de la fraction (…) je déclare quitter la conférence [ ... ]. Vive la fraction !" [61]
Dès lors les relations se distendent entre la Gauche italienne et la Gauche communiste de France.
Le 14 juillet 1945 la Gauche communiste de France tient son deuxième congrès. Elle indique dans la Résolution sur le rapport d’activité que le travail se poursuit positivement, avec la publication du journal L’Étincelle (dont le dernier numéro vient d’être imprimé) et rappelle la sortie de cinq numéros d’Internationalisme, la revue théorique. Elle "enregistre un développement de l’organisation par l’adhésion de nouveaux camarades et par son rayonnement et la (…) sympathie active qu’elle a rencontrée à l’extérieur" [62].
Dès lors, la fraction française va continuer son chemin de façon autonome. Elle se trouve en lutte contre la Gauche italienne divisée en plusieurs groupes qui vont fusionner en Italie dans le Parti communiste internationaliste.
À ce parti adhèrent outre Bordiga [63] lui-même, les éléments autour de lui, Perrone et d’anciens militants en Belgique, ainsi que la fraction belge qui vient de se reconstituer dès 1944. En France, deux éléments, Suzanne Voute et "Véga" rompent avec la Gauche française, fondent une deuxième fraction française [64] et reconstituent un nouveau groupe reconnu par le Parti communiste internationaliste d’Italie. Ce groupe est composé des membres de l’ex-Union communiste (dont Davoust alias "Chazé" et Lastérade) [65], de l’ex-minorité de la Gauche italienne (dont Pierre Corradi, démissionnaire en 1936-37) et de nouveaux militants comme Lucien Laugier [66].

3) Perrone et Bordiga

Nous devons dire quelques mots sur Perrone et le "Comité antifasciste" de Bruxelles. Ce dernier avait créé ce Comité avec des maximalistes du Parti socialiste italien et des membres du Parti communiste d’Italie (stalinien). Il en devient un des membres dirigeants et le rédacteur en chef du journal L’Italia di domani ; à partir du 7 octobre 1944, cette publication porte en exergue, "Organo della Coalizione Antifascista", La déclaration publiée en page 5 nomme les organisations adhérentes : "Le parti catholique, le Parti communiste d’Italie, la .fraction italienne de la Gauche italienne, Giustiza e libertà, le Parti libéral, le Parti républicain, le Parti socialiste et des syndicats" [67].
Perrone aurait pu s’engager tout seul, mais il lui sera aussi reproché d’avoir engagé la Gauche italienne, comme cela est indiqué ci-dessus dans la Déclaration, et ceci, à une époque où il était lui-même pour la non-existence, d’une manière organisée, de la Gauche italienne.
Mais, il ne s’est pas limité à cela, il est devenu le remplaçant officiel du consul d’Italie à Bruxelles inexistant auprès des autorités de l’Etat belge. Comme l’Etat italien, aux prises avec d’immenses difficultés, ne pouvait s’occuper de ses ressortissants à l’étranger il a fallu trouver une solution. Le 6 septembre, les Italiens eux-mêmes prennent possession de l’ambassade et du consulat d’Italie à Bruxelles, puis du consulat d’Anvers et de Charleroi.
Or, un accord était intervenu entre le gouvernement belge et le gouvernement italien pour reconnaître la Croix-Rouge comme unique gestionnaire des œuvres d’assistance pour les Italiens. Perrone est alors tout de suite désigné comme le "délégué provisoire" de la Croix-Rouge le 18 septembre 1944 [68]. Cet arrangement est officiellement reconnu par l’État belge ainsi que par la Croix-Rouge belge et américaine.
Cette politique de collaboration de classe était profondément étrangère à la Gauche italienne.
Cependant, si son rôle officiel ne dura pas bien longtemps, L’Italia di domani va durer jusqu’en mai 1945. Treize numéros seront publiés en 1944 et 18 numéros en 1945 avec deux éditions en français et en italien, dès le n° 2 du 13 janvier 1945.
Perrone mais aussi "Pieri" Borzacchi participent au comité de rédaction de ce journal.
C’est seulement en 1946 que sera rédigé un projet de condamnation de Perrone et du Comité de coalition antifasciste par le Parti communiste internationaliste, mais la Gauche italienne ne le publiera pas et il restera dans ses archives [69]. Il faudra attendre la mort de Perrone pour que la Gauche italienne condamne publiquement l’expérience de Bruxelles.
Bordiga, lui-même, n’est pas exempt de critiques. En 1944, la fraction italienne sera contrainte de se désolidariser de son dirigeant [70]. Dans un communiqué à la presse, ce dernier aurait déclaré que "ce n’était pas pour sauver la bourgeoisie européenne que l’armée soviétique participa à la guerre". Nous ne sommes pas en mesure, encore aujourd’hui, de vérifier l’exactitude de cette déclaration ; au congrès de 1945 du Parti communiste internationaliste ce point n’a pas été démenti.
Cette déclaration de Bordiga a été rapportée par la Gazette de Lausanne [71] et résumée par un éditorial d’Henriot à la radiodiffusion française le 15 juin 1944 [72]. Après l’avoir écoutée, la fraction italienne réagit immédiatement et publie un nouveau "communiqué" dans lequel il est indiqué : "Les conditions actuelles ne nous permettent pas de pouvoir vérifier avec rapidité et précision la vérité des faits" [73]. Mais le communiqué condamne résolument une telle position politique qui "n’est nullement une originalité mais l’antithèse des positions marxistes réaffirmées par la fraction italienne" [74].
Voilà où en était la Gauche italienne, dans l’isolement depuis 1926 et dans une période noire du mouvement ouvrier. Dans la contre-révolution triomphante la Gauche italienne n’a pas pu résister en se heurtant à d’énormes difficultés après vingt ans d’écrasement de la classe ouvrière.
Il est cependant important de rappeler encore une fois qu’elle a su conserver des positions internationalistes pendant la guerre, même si certains de ses membres ont développé d’importantes erreurs politiques.
Deux branches de la Gauche communiste se séparent durant les années qui suivirent mais vont continuer la tradition de la fraction italienne :
- la fraction française qui se rapproche insensiblement de la Gauche germano-hollandaise et tentera d’accomplir une synthèse entre ces deux courants. C’est ainsi qu’elle participe les 25 et 26 mai 1947 à une conférence convoquée par le Kommunistenbund, Spartacus des Pays-Bas [75]. Elle commence également à discuter avec ce courant et avec Paul Mattick [76] ;
- le Parti communiste internationaliste d’Italie va poursuivre dans la tradition plus classique et plus orthodoxe de la Gauche italienne.

Notes :

[1Juin 1936 et Masses, Tout est possible !, Jean Rabaut, p. 301.

[2Un tiers du SWP américain et la majorité des jeunes ainsi que Max Shachtman et Anton Frankel qui pensaient que l’URSS n’était plus un "État ouvrier dégénéré", quittent l’organisation. En France le POI a été dissous en juin 1939 où il n’y a plus de presse trotskyste. cf. Les Congrès de la IV Internationale, p. 328.

[3"Manifeste sur la guerre impérialiste" et "La Révolution prolétarienne", Les congrès de la IV Internationale, p. 337.

[4L. Trotsky, Sur la deuxième guerre mondiale, Seuil, 1974.

[5L. Trotsky, "Bonapartisme, fascisme et guerre" (20 août 1940), Sur la deuxième guerre mondiale.

[6Discussion avec les visiteurs du Socialist Workers Party (SWP), National Committee Bulletin, juin 1940, Sur la deuxième guerre mondiale, p. 194.

[7Ibid.

[8Ibid.

[9L. Trotsky, "Lettre à des amis", Fourth International, octobre 1940, Trotsky, Sur la deuxième guerre mondiale.

[10Ibid.

[11Maurice Jacquier, Simple militant, Denoël, 1974, p. 310-311 et J. Rabaut, Tout est possible ! Denoël, 1974.

[12M. Déat quitte la SFIO en 1933 pour fonder le Parti social de France. Il rallie Vichy et crée avec P. Laval le Rassemblement national populaire, favorable au nazisme.

[13J. Pluet-Despatin, Les trotskystes et la guerre 1940-1944 , Anthropos, 1980, p. 51.

[14Secrétariat européen- texte manuscrit (mars 1944), archives R. Prager.

[15Le PCI (Parti communiste internationaliste) fondé en 1938, après la sortie de la SFIO des militants trotskystes, adhère un temps au FOI en 1938, puis se reforme quelques mois après. Le FOI (Parti Ouvrier internationaliste) fondé en mars 1936.

[16J. Pluet, op. cit. p. 62 et F. Laurent, "Les hommes de gauche", Le gouvernement de Vichy et la Révolution nationale 1940-1942 , colloque du 6-7 mars 1970, FNSP, 1970, multigraphié.

[17"Il faut défendre l’URSS", La Vérité, n° 18, 1er août 1941

[18Cahiers du bolchevisme, 2° et 3° trimestre 1941 et L’Humanité des 25 et 26 mai 1941.

[19M. Noëlle Roux, Résistance et internationalisme dans la section française de la IV° Internationale, Nanterre, 1972, 143 p. (dactylographié).

[20J. Pluet, op. cit., p. 69.

[21Mort à Dora, camp nazi.

[22"La question nationale et les États-Unis socialistes d’Europe", Bulletin du Comité pour la IV° Internationale, n° 2, 20 septembre 1940.

[23"Thèses sur la question nationale", Quatrième Internationale, juillet 1942.

[24L’Internationale, n° 42, 29 avril 1939, p.8.

[25Internationalisme, n°7, janvier-février 1946, p. 20 et n°4, p. 39 ; Bulletin international de discussion, n°5, mai 1944.

[26Internationalisme, n°7, op. cit., p. 20.

[27"Sur "l’inexistence sociale du prolétariat"", cf. Bulletin international de discussion, n° 5, mai 1944, p. 2.

[28Bulletin international, op. cit.

[29Dino Erba, Il Gatto Mammone, All’lnsegna del Gatto Rosso, Bergame, 2011.

[30Il ne faisait plus partie de la Gauche italienne depuis 1937 ; il avait été exclu car des soupçons pesaient sur lui. Danielis l’avait remplacé à la Commission exécutive de la Gauche italienne et au secrétariat de la section de Paris. D’après Corradi, ce n’était pas Bibbi qui était un agent de l’OVRA au sein de la fraction. Nos recherches sur ce sujet n’ont pas abouti. Spriano pense que l’agent de renseignement se trouvait au sein de la Commission exécutive, cf. Storia ... op. cit., t. 2, p. 182. Sur la base de nos recherches dans les archives de l’État italien, il se pourrait que l’informateur soit un ancien membre de la fraction que la police faisait chanter et qui connaissait bien les habitudes de ses camarades. Cependant, certains rapports de police sont très imprécis et, peut être le faisait-il exprès. Bibbi redeviendra membre de la Gauche en 1945 en Italie. De toute façon, Alfredo Morelli (1897-1977), qui n’était pas membre de la fraction, a dû être un agent. Il avait été envoyé par Bordiga en Russie pour collaborer à la mise en place d’une usine de moteurs d’avions. En 1930, il avait réussi à sortir de Russie et à s’installer à Bruxelles. (Anne Morelli, “Les "communistes de gauche" italiens en Belgique, Inventaire du Fonds Perrone, ULB, Bruxelles).

[31Cf. page 132 de la thèse d’Angela Ottaviani, La sinistra comunista dai fronti popolari alla resistenza ; Rome, 1990-1991.

[32Vereeken, La Guépéou dans le mouvement trotskyste, La pensée universelle, 1975.

[33"Rapport d’activité de la conférence nationale de la Gauche communiste de France", Bulletin extérieur spécial ; fascicule n° 1, 14 juillet 1945.

[34"Pour la formation de la fraction en France", Bulletin intérieur, octobre 1944, p. 13.

[35Cf. ci-dessus, son histoire de 1940-44 est romancée dans Planète sans visa de Jean Malaquais.

[36D’origine égyptienne, il vivait en France avant la guerre, faisait encore partie de Révolution Internationale en 1979, date de sa mort accidentelle.

[37Alberto Maso, pseudonyme "Albert Véga" (1918-2001). Membre des jeunesses du Bloc ouvrier-paysan de Barcelone en janvier 1934, il participe activement à la grève d’octobre 1934 et entre à 16 ans dans les groupes d’action de ce qui devient le Parti ouvrier d’unification marxiste. Véga est blessé en septembre 1936, emprisonné de juillet à novembre 1937, militant du POUM clandestin et organisateur de l’exécution de l’agent stalinien Léon Narwicz en février 1938. Emprisonné en France à la Santé en 1939-1941, Véga rejoint en 1944 la fraction italienne, puis Socialisme ou Barbarie (1950), revue dont il participe au comité de rédaction. En 1962, Véga s’oppose au dirigeant de S ou B, Castoriadis, et s’en sépare en 1963. Il publie alors Pouvoir ouvrier jusqu’en 1969, puis réintègre le POUM en exil à Paris en 1972, et collabore à partir de 1975 à Tribuna Socialista avec Wilebaldo Solano. Véga rentre à Barcelone après la mort de Franco et milite pour tenter de reconstituer le POUM, mais il est forcé par la maladie de se retirer de la politique active à partir de 1981.

[38Bulletin Intérieur de la fraction italienne de la Gauche communiste, n° 2, février 1944.

[39Bulletin international de discussion de la Gauche communiste internationale, n ° 6, juin 1944.

[40Bulletin intérieur de la fraction italienne de la Gauche communiste, n° 2, février 1944, p. 1 et 2.

[41Ibid.

[42Internationalisme, n°7, février 1946, p. 20.

[43Il ne s’agit pas de la IV° Internationale trotskyste, elle n’est pas reconnue par la fraction italienne comme la véritable Internationale, il faudra donc créer la vraie.

[44Document écrit par Perrone fin 1943, malheureusement nous n’avons pas pu le retrouver.

[45Internationalisme, op. cit, p. 22.

[46Ibid.

[47Bulletin extérieur spécial de la Gauche communiste de France, fascicule n°1, 14 juillet 1945, p. 4.

[48Rapport d’activité, op. cit., p. 4.

[49Résolution de la fraction "Sur le cas Vercesi", adoptée par le Comité exécutif de la fraction italienne, le 20 janvier 1945.

[50Rapport d’activité, op. cit., p. 5.

[51Ibid.

[52Ibid.

[53Les congrès de la IV° Internationale, op. cit, p. 202 ; les membres les plus connus sont Georges Scheuer (1915-1996) et Karl Fischer (1918-1963). Cf. G. Scheuer, Seuls les fous n’ont pas peur, Syllepse, trad. par G. Hess et C. Scheuer-Weyll, 2002, 288 p.

[54Ibid.

[55Rapport, op. cit., p. 5.

[56On sait que Perrone pensait que l’économie de guerre allait résoudre toutes les contradictions du capitalisme.

[57"Notre réponse", Bulletin international de discussion, n°5, mai 1944, p. 2

[58"À propos du Parti communiste internationaliste d’Italie", Internationalisme, n°7, février 1946, p. 8.

[59Op. cit., p. 9.

[60Ibid. p. 20 et sq.

[61"Déclaration à la conférence" du 25 mai 1945, Bulletin extérieur de la Gauche communiste de France, n° spécial, juin 1945, p. 9.

[62Rapport d’activité in Bulletin extérieur spécial, fascicule 1, p. 11.

[63On apprendra par la suite que Bordiga n’a jamais adhéré formellement au Parti communiste internationaliste. Il en fut un collaborateur actif dans la rédaction des articles de la série Le fil du temps dans Battaglia comunista.

[64Pierre Lanneret, Les internationalistes en France durant la seconde guerre mondiale, Acratie, décembre 1995.

[65Jean de Lastérade de Chavigny (1910-1986).

[66Lucien Laugier (1918-1989) cf. La critique de Socialisme ou Barbarie, Les éditions du pavé, 2003, 253 p.

[67L’ltalia di domani, n°1, samedi 7 septembre 1944.

[68Memoria presentata il 18 settembre 1944 al Ministre degli affari esteri del Belgio, L’Italia di domani, n°1, op. cit., p. 5.

[69Archives Perrone.

[70"Communiqué", Bulletin de discussion de la Gauche communiste italienne, n°7, juillet 1944, p. 20.

[71N° 142, mercredi 14 juin 1944, p. 4. La phrase rapportée dans La Gazette était : "les gros bourgeois (…) se trompent s’ils croient que les années de la Russie versent des flots de sang pour sauver la bourgeoisie européenne".

[72Bande enregistrée et disponible à l’INA, Paris.

[73Bulletin de discussion, op. cit., p. 20.

[74Ibid.

[75"Une conférence internationale des groupes révolutionnaires", Internationalisme, n° 23, 15 juin 1947, p. 17 ; pour plus d’informations sur la conférence cf. Michel Olivier, La Gauche communiste de France.

[76Lettre à Paul Mattick, Internationalisme, 17 janvier 1947, p. 14 et sq.




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