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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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De la Fraction au Parti
Extrait du {Le courant "bordiguiste" (1919-1999)} de Philippe Bourrinet - Chapitre VIII
Article mis en ligne le 8 avril 2016

par ArchivesAutonomies
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Avant-propos du collectif.

Le texte qui suit a été publié par Philippe Bourrinet en 1999. Depuis de nouvelles archives des différents groupes internationalistes (RKD, OCR, GRP-UCI) ont vu le jour. A leur lecture nous avons constaté que nombre d’informations contenues dans le texte étaient exactes. Par contre, nous avons relevé quelques inexactitudes que nous nous sommes permis de signaler par des notes. Toutefois nous avons laissé le texte dans sa version primitive.

* * * * *

Lorsque la guerre éclate en septembre 1939, la Fraction de gauche italienne et la Fraction belge se trouvent totalement désarmées. Le Bureau international des fractions n’existe quasiment plus, les contacts entre les différentes sections et fractions avaient pratiquement cessé.
Quelques semaines auparavant, le dernier numéro d’Octobre était paru, après un an d’éclipse. Au moment où se nouaient les contacts officieux entre la Russie et l’Allemagne, annonçant l’entrée imminente du continent européen dans la guerre mondiale, les deux fractions voyaient dans tous les préparatifs fébriles qui se multipliaient l’annonce d’un second "Munich" :

"Le fait qu’en septembre 1938, le capitalisme mondial eut recours à un compromis au lieu de faire appel aux armes, peut faire admettre la thèse que même dans la tension actuelle une solution même provisoire finira bien par être trouvée dans un deuxième Munich." [1]

Plus grave était l’idée qu’il existait une solidarité impérialiste pour empêcher la guerre face à leur seul ennemi commun, le prolétariat :

"Quand on lit les journaux, qu’on écoute les discours, on a toujours l’impression d’être à la veille d’une prise d’armes... Quand on voit les différents impérialismes armés jusqu’aux dents et aux prises avec l’unique économie de guerre - qui ne peut travailler à vide à l’infini - et quand, d’autre part, on constate cette émouvante solidarité impérialiste, on reste ahuri si on n’a pas présent à l’esprit que démocratie et fascisme ont un ennemi commun - et unique - le Prolétariat retrouvant son chemin de classe." [2]

Sauf la minorité qui considérait la guerre comme inévitable et seulement une question de semaines, l’ensemble des militants se trouva totalement désorienté par l’entrée de l’armée allemande en Pologne. Le courant trotskyste belge dissident, dirigé par Georges Vereecken, et dont le centre se trouvait à Bruxelles, constatait ironiquement cette paralysie :

"Depuis huit semaines que dure la guerre, nous ne savons pas encore ce qu’ont fait les bordiguistes pour donner leur point de vue... ils sont peut-être encore bouleversés du coup reçu par les événements, le déclenchement de la guerre, alors qu’ils disaient encore, 10 minutes avant l’entrée de Hitler en Pologne, que la bourgeoisie parviendrait à empêcher le déclenchement du conflit, exprimant par là qu’elle serait parvenue à surmonter ses propres contradictions." (Contre le courant, Bulletin du Groupe communiste internationaliste pour la construction de la IVe Internationale, n° 1, novembre 1939.)

Le courant "bordiguiste" fut le seul courant politique à ne sortir ni tracts ni manifestes lors de 1’éclatement de la deuxième guerre mondiale. Son désarroi n’était pas unique. L’Union communiste et la Ligue des communistes internationalistes cessèrent de faire paraître leurs revues et se dissolvaient, bien qu’elles aient annoncé 1’imminence de la guerre.
Bien que leurs effectifs aient lentement fondu à partir de 1937, les fractions italienne et belge avaient largement les moyens d’assurer leur continuité politique. Les anciens membres du PCd’Italie s’étaient formés et trempés dans le rude combat clandestin contre le régime mussolinien ; ils avaient maintenu un travail de liaisons clandestin avec l’Italie. C’est donc leurs erreurs théoriques et politiques, cristallisées dans la théorie de l’économie de guerre et des "guerres localisées" qui amenaient une dislocation organisationnelle, et l’échec de fait des deux fractions.
Le passage immédiat dans la clandestinité, en raison de l’opposition intransigeante de la Gauche communiste à la guerre et de son refus de soutenir quelque camp militaire que ce soit, entraîna une atomisation et un éparpillement des militants. L’Occupation de la Belgique et de la France par l’Allemagne, le travail immédiat de collaboration entre les polices politiques locales et la Gestapo, qui elle-même travaillait main dans la main avec l’OVRA italienne dans la chasse aux réfugiés politiques, eurent un effet désastreux et désagrégateur sur les deux fractions. Jacobs (Michel), qui était juif, fut déporté et mourut dans un camp de concentration. Le militant le plus en vue, avec Vercesi, Mitchell (Jéhan) fut déporté avec son fils, membre lui aussi de la Fraction belge, pour disparaître définitivement. D’autres furent plus "chanceux" : arrêtés par la Gestapo, Bruno Bibbi et Fausto Atti, après un séjour dans des camps de travail allemands, furent livrés à la police italienne et relégués dans les îles, où les conditions de détention étaient infiniment moins dures que les camps allemands.
A Bruxelles, Vercesi et quelques éléments continuaient, néanmoins, à se réunir comme petit cercle. Beaucoup pensaient que la guerre avait montré l’inexistence sociale du prolétariat, et dans ces conditions il était vain de maintenir une activité militante organisée. Tel ne fut pas l’avis d’une petite poignée de militants italiens et français, membres de la Fraction italienne, qui fuyant la Zone d’occupation française, se regroupèrent à Marseille, tout en maintenant des contacts avec Paris. Dans la capitale méridionale, s’étaient regroupés en 1940 un grand nombre d’immigrés de toutes nationalités. Sans papiers ou avec de faux papiers, ils se trouvaient dans une situation matérielle extrêmement difficile. Ils trouvèrent bientôt du travail dans une fabrique de pâtes de fruits, montée par des militants trotskystes, et qui devint bientôt le lieu de ralliement de nombreux militants venus de tous les horizons politiques : le "Croque-fruit". Les méthodes de rationalisation du travail" [3] introduites devaient d’ailleurs mener au licenciement de quelques éléments, dont Marc Chirik, qui n’entendaient pas abandonner les revendications salariales. C’est dans ce refuge pour émigrés politiques, qu’un petit noyau de militants de la Fraction italienne réussit à gagner à ses positions quelques éléments trotskystes. Il était constitué de militants comme Marc Chirik (Marco), O. Ricceri (Piccino), Luigi Danielis, Bottaioli, Stefanini et d’autres plus jeunes, comme Robert Salama.
Ce noyau, en effet, avait refusé la dissolution des fractions proclamée par Vercesi, et dès 1940, entrepris de les reconstituer avec les éléments dispersés en renouant, par des voyages dangereux, en raison de la surveillance des trains par la Gestapo, les contacts politiques tant en France qu’en Belgique. Marc Chirik jouait un rôle moteur. D’un cercle d’environ 10 militants, devait sortir en 1942 le "noyau français de la Gauche communiste" sur la base d’une déclaration de principe :

"En 1942, en pleine guerre impérialiste, un groupe de camarades, rompant organisationnellement et politiquement avec le confusionnisme et l’opportunisme des organisations trotskystes et la guerre impérialiste, se sont constitués en noyau de la Gauche communiste sur les bases politiques de la GCI." [4]

Cette déclaration affirmait un rejet très net de la thèse de "défense de l’URSS", défendue par les trotskystes : "L’Etat soviétique, instrument de la bourgeoisie internationale exerce une fonction contre-révolutionnaire. La défense de l’URSS au nom de ce qui reste des conquêtes d’Octobre doit donc être rejetée et faire place à la lutte sans compromis contre les agents staliniens de la bourgeoisie." Tout aussi net était le rejet du "camp démocratique" et du "camp fasciste" : "La démocratie et le fascisme sont deux aspects de la dictature de la bourgeoisie qui correspondent aux besoins économiques et politiques de la bourgeoisie à des moments donnés. En conséquence, la classe ouvrière qui doit instaurer sa propre dictature après avoir brisé l’Etat capitaliste n’a pas à prendre parti pour l’une ou l’autre de ces forces."
La participation à la guerre impérialiste était donc une "frontière de classe" qui séparait désormais nettement d’une part la fraction, seule représentante des intérêts prolétariens, d’autre part tous les autres partis ou groupes représentant de diverses façons les différents intérêts impérialistes contre-révolutionnaires". Cette position marquait donc non seulement une rupture avec le trotskysme, mais rejetait de fait l’ancienne position de la Gauche italienne, qui jusqu’à la veille de la guerre employait les termes de "partis centristes" pour définir le courant stalinien et sa gauche, ce qui laissait entendre que ces partis étaient encore "ouvriers".
Le "noyau français" resta cependant sur les positions de la Gauche italienne dans la question du parti et de la fraction. En effet : "Le parti est la direction politique du prolétariat d’un pays donné dont il représente la conscience. C’est lui qui, après avoir pris le pouvoir, exerce la dictature au nom de la classe ouvrière. Il ne peut être question de mouvement révolutionnaire si le parti est inexistant." Celui-ci n’est pas le produit d’actes volontaires, car "il ne peut être créé que dans une période de flux révolutionnaire, lorsque les masses se libèrent de l’emprise des partis traîtres et que le rapport des forces se renverse au profit du prolétariat". On verra plus loin que le long débat sur le moment du surgissement du parti développé dès le début dans le courant "bordiguiste" n’avait pas été résolu et qu’il entraîna de longues discussions en son sein au moment des grèves ouvrières italiennes de 1943, puis une scission.
Des thèses "bordiguistes", la Déclaration reprenait celle du "Front unique syndical", opposé au Front unique politique et faisait de l’adhésion aux syndicats une obligation de chaque militant :

"L’appartenance à un syndicat est exigée de tout militant, ainsi que l’obligation conséquente de défendre la politique syndicale de l’organisation dans les syndicats."

Le but du "Noyau français" était de constituer une Fraction française de la gauche communiste, constitution qui n’avait pu se réaliser avant la guerre. La faiblesse des forces de ce petit groupe, qui était composé surtout de jeunes inexpérimentés, à côté de quelques militants plus âgés, ne posait pas la nécessité d’une proclamation immédiate d’une Fraction française. Il ne fallait pas forcer une naissance prématurée en s’assimilant des "éléments disparates raccordés entre eux par des liens sentimentaux ou de vagues récriminations contre la société dans laquelle ils vivent", ou par des campagnes de recrutement opérées par "noyautage". Cette mise en garde visait tous les trotskystes spécialistes ès "entrisme" ; et en particulier les jeunes éléments ayant rompu avec le courant trotskyste, mais pouvant encore garder certains liens sentimentaux. A la faveur de scissions au sein du trotskysme, qui choisissait de soutenir un camp impérialiste contre un autre, des éléments s’étaient dégagés qui s’orientaient vers des positions internationalistes de lutte contre la guerre, sous toutes ses formes. Des contacts furent rapidement noués avec la Gauche italienne.
Tel était le cas des Revolutionäre Kommunisten Deutschlands, ou Communistes révolutionnaires d’Allemagne. Ceux-ci étaient en fait d’origine autrichienne pour la plupart. En 1935, en effet, plusieurs groupes de jeunes au sein de la JC et du PC autrichiens formaient une fraction trotskysante qui se transforma en organisation autonome sous le nom de "Revolutionäre Kommunisten Österreichs" (Communistes-révolutionnaires d’Autriche). Les RKÖ, qui publiaient : Bolschewik et auxquels adhérèrent les premiers trotskystes, devenaient la section officielle d’Autriche du "Mouvement pour la 4e Internationale", dès 1936. La répression, les emprisonnements amenèrent l’exil pour la plupart des RK ; en Tchécoslovaquie et en Suisse, puis en France et en Belgique en 1938. Bientôt se fit jour leur opposition au trotskysme : le 3 septembre 1938, à Périgny, les deux délégués des RK Karl Fischer et Georg Scheuer furent les seuls à s’opposer à la fondation d’une "4e Internationale", proclamée en une seule journée par une vingtaine de personnes. La rejetant comme aventuriste et bureaucratique, ils passent à l’opposition [5]. Lorsque la guerre éclate, ils, se détachent du trotskysme officiel et adhèrent à la "Commission internationale de contact pour la 4e Internationale communiste" formée par la RWL (Oehler). En contact avec des oppositionnels belge (comme le groupe de Vereeken), ils publièrent en 1939-40 à Anvers der Marxist. Se définissant comme "léninistes" dans la question du défaitisme révolutionnaire, ils attirèrent à eux en 1941 un certain nombre d’IKD (Internationale Kommunisten Deutschlands, trotskystes allemands). Ils prirent alors le nom de RKD au lieu et place de RKÖ [6] Lorsqu’éclata le conflit germano-soviétique, la majorité des RK se prononça pour le défaitisme révolutionnaire, et non plus la "défense conditionnelle de l’URSS". Influencés par le livre de Ciliga (Au pays du grand mensonge), ils définissaient désormais la Russie comme capitaliste d’Etat. Même une minorité, d’abord réticente en ce qui concerne le défaitisme révolutionnaire contre tous les camps impérialistes, y compris le russe, devait épouser ce point de vue après deux ans de discussion. Les trotskystes, dès l939, avaient choisi un camp. [7]
La débâcle de 1940, les internements administratifs de tous les réfugiés allemands, autrichiens en France, avaient entraîné l’émigration des RKD de Belgique et du nord de la France dans la zone sud. Ce fut l’occasion de nouer des contacts avec le milieu trotskyste et par la discussion d’y favoriser des scissions, particulièrement dans le Sud-Ouest (Toulouse, Montauban, Bordeaux) et à Paris en 1944 [8]. Auparavant, dès 1942 s’étaient formés des groupes de "Communistes révolutionnaires" qui à partir de 1943 dans Fraternisation prolétarienne défendaient les positions des RKD. Bientôt naissait l’Organisation des communistes révolutionnaires en 1944 qui publiait Rassemblement communiste révolutionnaire et l’Internationale en commun ou séparément des RKD [9] Les groupes C.R. et RKD. étaient autonomes, voire purement locaux, avec leurs positions propres, bien que principiellement identiques ; ils avaient leur organe propre : les CR de Toulouse publiaient en 1944-1945 le Prolétaire ; ceux de Paris Pouvoir ouvrier en 1944.
La presse des RK (RKD-Bulletin à partir de 1941, Spartakus de 1943 à 1945, Vierte kommunistische Internationale) montrait un réel rapprochement avec les positions internationalistes de la Fraction italienne. Au départ "ultrabolchevik", au point de considérer chaque position de Lénine comme parole d’évangile, leur rupture avec le trotskysme les fit évoluer vers les positions de gauche communiste, en rejetant tout "Front unique" et tout soutien aux "luttes de libération nationale". Découvrant Rosa Luxemburg (d’où le titre de leur feuille d’agitation Spartakus), ils défendirent peu à peu des positions proches de celles des communistes de conseils : "La démocratie des conseils est la forme la plus saine du pouvoir ouvrier. La démocratie des conseils signifie pleines libertés démocratiques pour tous les partis des conseils se plaçant sur le terrain de la dictature du prolétariat." (Programmatische Plattform der RKD, 1941) [10]. [11]
Très activistes, les RKD entreprirent, dans la mesure de leurs forces, un travail d’agitation dans l’armée allemande pour la "révolution mondiale et la république des conseils en Allemagne et dans le monde entier". (Spartakus, décembre 1943), et la fondation d’une "4e Internationale communiste". Ils invitaient les soldats à se mutiner, à fusiller leurs officiers et à former des conseils d’ouvriers et de soldats en revenant chez eux. Ils surestimaient, comme la plupart des révolutionnaires, beaucoup le niveau de révolte des ouvriers après les événements italiens de mars 1943 : "En Allemagne, Amérique et Russie se déchaînent les luttes de classe, les grèves et mutineries : les ouvriers préparent la révolution contre leurs exploiteurs." (Spartakus, juin 1944).
C’est avec les RK et CR que la Fraction italienne en France et le noyau français eurent de nombreux contacts et discussions, et parfois un travail commun sous forme de tracts contre la guerre. Consciemment ou inconsciemment les deux tendances s’influencèrent réciproquement, par une connaissance des positions des deux Gauches communistes italienne et allemande. Mais ces contacts se trouvèrent freinés en 1945 par "l’affaire Vercesi" (cf. infra) dans laquelle les RKD virent une preuve de la "trahison" de la Gauche italienne.
En dehors de la Gauche communiste et des RK-CR qui défendaient les positions internationalistes sur la guerre (ainsi d’ailleurs que quelques rares anarchistes comme Voline à Marseille), les groupes de la Gauche communiste hollandaise travaillaient dans le même sens.
A la veille de la guerre, le courant conseilliste des Pays-Bas était très désorganisé et le GIK cessait de publier Räte-Korrespondenz en 1937, mais continuait avec la revue Raden-communisme, et la feuille d’agitation Proletenstemmen. Les contacts avaient cessé peu à peu avec l’Allemagne, où subsistaient quelques groupes de la Gauche communiste allemande. D’autres groupes, comme De Arbeidersraad ("le Conseil ouvrier"), issu du KAPN, ou la L.A.O. (opposition ouvrière de gauche lui publiait Spartacus) avaient disparu avant l’éclatement de la guerre. Le GIK, comme tous les petits groupes conseillistes, qui subsistaient, étaient entrés en léthargie. Mais en janvier 1941, le groupe de Sneevliet forma le Marx-Lenin-Luxemburg Front. Il fit paraître une feuille bimensuelle Spartacus, "organe du troisième front", ce 3e front étant celui de la lutte de classe opposée aux fronts militaires. Il travaillait en étroite collaboration avec le groupe de Vereeken en Belgique. Lorsque l’armée allemande envahit la Russie, la majorité du groupe se prononça contre la défense de l’URSS. Mais Sneevliet et 7 autres membres du MLL-Front furent arrêtés et fusillés par la Gestapo en avril 1942. Une scission trotskyste se produisît défendant "l’Etat ouvrier dégénéré". Les autres fondèrent le Communistenbond Spartacus que rejoignirent la plupart des membres du GIK. Ils se prononcèrent nettement contre la guerre impérialiste. Ils fondèrent un syndicat unitaire reprenant la tradition des AAU : Eenheidsvakbewaging qui tomba bientôt aux mains du PC néerlandais. Ce groupe, très petit, n’avait guère de contacts avec l’extérieur en dehors de la Belgique. A la fin de la guerre, il entra en discussion avec les RKD et la Fraction française de la Gauche communiste internationale. [12].
Le mouvement des communistes internationalistes était donc très restreint. Les RKD-CR et les gauches hollandaises semblaient plus actifs dans leur propagande contre la guerre. En dehors du "noyau français" constitué à Marseille en mai 1942, une grosse partie de la Gauche italienne, surtout en Belgique, était tombée en léthargie et considérait avec méfiance les nouveaux éléments "français". Alors que la Fraction italienne à Marseille continuait son effort de reconstruction de l’organisation, auquel se joignirent les militants de Lyon, Paris, Toulon. Cet effort aboutit à partir de 1941 à la tenue de conférences annuelles ; une C.E. fut nommée composée d’Otello Ricceri (Piccino), Marc Chirik (Marco), Tullio et Bottaioli (Butta). La base de cette reconstruction de la Fraction italienne en France était le rejet de l’orientation prise à partir de 1936-37 : économie de guerre, guerres localisées, "solidarité interimpérialiste", définition de la Russie comme "Etat ouvrier dégénéré", disparition sociale" du prolétariat, positions que défendaient Perrone et ses amis en Belgique.
Au début d’octobre 1942, se déclencha une grève générale à la FIAT de Turin. Ce mouvement, dans la 2e concentration ouvrière d’Italie, était le prologue des grèves de masses qui en mars 1943 touchèrent la métallurgie, les industries alimentaire et chimique. Cet événement fut la cause de l’élimination de Mussolini et de son remplacement par Badoglio le 25 juillet 1943. Les grèves avaient un contenu révolutionnaire : dans les usines de Turin et Milan, de jeunes ouvriers, en opposition au PCI, parlaient ouvertement de former des conseils d’usine et des soviets. Ce mouvement d’opposition à la guerre n’était pas purement "italien", mais international. A partir de novembre 1941, commencèrent à éclater des grèves chez les ouvriers allemands. Malgré la répression et surtout l’isolement, elles se poursuivirent encore pendant l’année 1942. Les plus grandes luttes revendicatives éclatèrent en 1943, lorsque l’ensemble des ouvriers immigrés italiens cessa le travail, soutenus tacitement ou activement par la grève d’ouvriers allemands. [13].
Ces événements montraient un réveil en pleine guerre de la lutte de classe et confirmaient la nouvelle orientation de la Fraction italienne dite "reconstruite". Ils amenèrent la nouvelle CE à envoyer des militants (Robert Salama, Suzanne Voute) en Belgique pour rétablir les contacts. Malgré les difficultés et les dangers du passage des frontières, la CE voulait pousser les deux fractions belge et italienne à reprendre activités et liens organisationnels. Malgré l’opposition de Vercesi, qui l’estimait inutile, une conférence de la Fraction italienne fut préparée en France pour août 1943. Elle devait tirer le bilan des événements italiens et tracer les perspectives d’intervention.
Un texte écrit en juillet 1943, pour la conférence d’août 1943 de, la Fraction italienne à Marseille, et signé Marco de la C.E, défendait l’idée que la situation de maillon faible de l’Italie et de l’Allemagne ouvrait "l’ère de la révolution", et prévoyait que "les révoltes révolutionnaires qui arrêteront le cours de la guerre impérialiste créeront en Europe une situation chaotique des plus dangereuses pour la bourgeoisie". Il mettait en garde cependant contre les tentatives du "bloc impérialiste anglo-américano-russe" de liquider ces révoltes de l’extérieur, et contre celles des partis de gauche de "museler la conscience révolutionnaire" par la création en Italie de "syndicats, réfléchissant un contenu de rapporter économiques capitalistes". Il appelait donc à la formation de "soviets" pour transformer la lutte économique en lutte politique [14] seul moyen "de résister efficacement à la régression capitaliste". La conférence, sur la base des événements italiens, affirma que la fraction inévitablement devait se transformer en parti :

"Lors de notre conférence d’août 1943, l’ensemble unanime de l’organisation a reconnu juste l’affirmation : ‘le cours de la formation du parti en Italie est ouvert’ ; ‘la transformation de la fraction en parti en Italie est ouvert’."

La fraction devait donc renforcer son activité et se préparer à intervenir dans une situation d’offensive ouvrière :

"En opposition à la Fraction, le parti est l’organisme spécifique de la lutte offensive de la classe. Vouloir former le parti au cours de la défaite équivaut à vouloir forcer un accouchement avant terme.
Oui ! la Fraction a terminé sa tâche spécifique ‘défensive’. Avec le nouveau cours qui s’est ouvert avec les événements d’août en Italie, le cours de la transformation de la Fraction en parti s’est ouvert." (Bulletin intérieur de la Fraction italienne de la Gauche communiste, "Bavardage révolutionnaire ou activité méthodique continue").

A cette fin, la conférence décida de reprendre contact avec l’Italie ; elle demandait aux militants de se préparer à y retourner dès que possible.
Cette proclamation du "cours nouveau" se heurta à l’opposition de la Fraction belge et surtout de Vercesi, qui était absent de la conférence. Celui-ci en effet après avoir affirmé dans un premier temps l’ouverture d’un cours révolutionnaire en Italie, au point qu’il avait tenté, sans succès, de rentrer en Italie, en juillet, revint sur sa position initiale. Selon lui, les événements italiens avaient été surestimés et confirmaient "l’inexistence sociale de la classe ouvrière" en période de guerre. En conséquence toute activité d’intervention de la fraction devenait vaine ou purement "activiste".
Ces divergences se cristallisèrent dans les mois suivants et s’élargirent même, puisqu’elles touchèrent aussi bien la "question russe" que la théorie perroniste de "l’économie de guerre". Dans le but de clarifier les divergences, la Fraction italienne publia pendant toute l’année 1944, huit Bulletin international de discussion en français.

Ces divergences se résumaient à quatre questions essentielles :

a) L’inexistence sociale du prolétariat.

Unanimement, la Fraction italienne et le noyau français se prononcèrent contre cette théorie : "La disparition des manifestations extérieures de l’existence sociale de la classe ne signifie aucunement leur inexistence et encore moins l’inexistence sociale de la classe." ("Notre réponse", par Marco (Marc Chirik), mai 1944, Bulletin international n° 5). En effet, "l’expérience italienne a prouvé que les mouvements de masses surgiront au cours de la guerre, et que malgré l’effort des forces unifiées de la contre-révolution auront tendance à se détacher du programme capitaliste pour prendre une orientation indépendante exprimant ici un net contenu de classe." (ibid.). Cependant, la tendance "orthodoxe" c’est ainsi qu’elle se définissait- ne se bouchait pas les yeux devant la reprise en mains opérée par Badoglio et Togliatti en Italie, et constatait que si les conditions objectives et subjectives étaient mûres pour le surgissement du parti de classe, issu de la Fraction, son absence "n’a pas permis à l’éclosion des mouvements de déterminer l’ouverture du cours révolutionnaire" (ibid.).
La Fraction italienne ignorait qu’en Italie même s’était constitué fin 1943 le Partito comunista internazionalista (Pari communiste internationaliste), faute de liaisons avec ce pays. Bien que la conférence d’août 1943 et le noyau français se soient prononcés pour la rentrée immédiate de la Fraction dans la péninsule, cette proposition se heurta à des difficultés matérielles insurmontables, et jusqu’en 1945 il n’y eut aucun contact entre le nouveau parti et la Fraction en France et Belgique. Elle se heurta, semble-t-il, à l’immobilisme de la tendance Vercesi. C’est contre cette tendance au repliement que le groupe français mettait en garde contre le danger de devenir "une académie, un cénacle de savants se livrant à la spéculation de la théorie pure" et d’être "à la remorque des événements". (ibid.).

b) La question russe.

Sur la base de la définition de l’Etat russe comme "prolétarien", formulée avant-guerre par Bilan, une discussion s’ouvrit sur la nature de classe de cet Etat. Une partie de la Fraction belge affirmait encore que ce dernier restait "prolétarien". La majorité des membres de la Gauche italienne rejeta cette position dont elle-même avait toujours senti "la fragilité, l’inachevé" en portant "son effort dans des études de discussion publiées dans Bilan". L’Etat russe était donc un Etat capitaliste et impérialiste, et la tâche du prolétariat était de se libérer de ce grand mensonge d’une "nature prolétarienne" de l’appareil d’Etat russe :

"L’avant-garde communiste s’acquittera de sa tâche comme guide du prolétariat vers la révolution, dans la mesure où elle saura le libérer du grand mensonge de la ‘nature prolétarienne’ de l’Etat russe et fera apparaître celui-ci tel qu’il est, dans sa fonction et sa nature contre-révolutionnaire, capitaliste et impérialiste.
Il nous suffit de constater que le but de la production reste l’extirpation de la plus-value, pour affirmer le caractère capitaliste de l’économie... L’Etat russe participera au cours vers la guerre, non seulement par sa fonction contre-révolutionnaire en battant le prolétariat, mais par sa nature capitaliste, par le besoin de défendre ses sources de matières premières, par la nécessité d’assurer sa place sur le marché mondial où elle réalise sa plus-value, par le désir, le besoin d’agrandir ses zones d’influence économique et d’assurer ses voies d’accès." [15]

c) La question de l’Etat dans une période de transition du capitalisme au socialisme.

Quelles étaient les conditions de la victoire de la future révolution prolétarienne. Comme Bilan, la Fraction italienne et le noyau français rejetaient tout "socialisme d’Etat", qui ne pouvait aboutir qu’au capitalisme d’Etat. Elle mettait en garde contre le caractère toujours réactionnaire de l’Etat, pendant toute la phase de transition du capitalisme au communisme :

"Au cours de l’histoire, l’Etat apparaît comme un facteur CONSERVATEUR ET REACTIONNAIRE de premier ordre ; il est une entrave à laquelle se heurte constamment l’évolution et le développement des forces productives... Pour remplir son rôle double d’agent de sécurité et d’agent de réaction, l’Etat s’appuie sur une force matérielle, sur la violence. Son autorité réside dans la force de coercition... Tout en gardant sa fonction politique d’Etat capitaliste et en l’accentuant, il évoluera sur le terrain économique vers un capitalisme d’Etat."

Cette position n’était pas, néanmoins, celle des anarchistes qui proclamaient l’extinction de l’Etat dès la prise du pouvoir par le prolétariat. Consciente de l’inévitabilité d’un Etat pendant la période de transition et du risque de son renforcement, si la révolution ne devenait pas mondiale, la Gauche italienne voyait la possibilité de lutte contre cet Etat non dans le domaine d’une économie "socialiste", mais dans la conscience et l’organisation du prolétariat ; non point aussi dans la violence aveugle ("terreur rouge") des ouvriers contre des individualités bourgeoises, mais dans sa vigilance politique vis-à-vis d’un Etat portant en lui la renaissance des rapports de production capitalistes. Pour la première fois, la Gauche italienne parlait de l’impossibilité de l’existence d’un "Etat prolétarien" dans la période de dictature du prolétariat :

"La destruction de l’Etat par le prolétariat n’est que le PREMIER ACTE REVOLUTIONNAIRE de classe ouvrant pour lui et son parti tout un processus révolutionnaire en vue de la REVOLUTION MONDIALE D’ABORD et ENSUITE SUR LE TERRAIN ECONOMIQUE EN VUE DE L’INSTAURATION DE LA SOCIETE SOCIALISTE... Dans sa nature, en tant qu’institution sociale, l’Etat instauré après la victoire de l’insurrection prolétarienne reste une institution étrangère et hostile au socialisme... L’histoire et l’expérience russe ont démontré qu’il n’existe pas d’Etat prolétarien proprement dit, mais un Etat entre les mains du prolétariat, dont la nature reste anti-socialiste et qui, dès que la vigilance politique du prolétariat s’affaiblit, devient la place forte, le centre de ralliement et l’expression des classes dépossédées du capitalisme renaissant." ("La nature de l’Etat et la Révolution prolétarienne", Bulletin n° 7, juillet 1944.)

Où s’expriment la conscience et l’organisation du prolétariat si ce n’est dans l’Etat ? Le texte, écrit par Marc Chrikik, répond : dans les syndicats qui défendraient la force de travail des ouvriers contre tout empiètement de l’Etat, et dans les conseils ouvriers. Dans ceux-ci doit être rejetée toute méthode de violence contre les ouvriers. C’est en leur sein que se développerai le parti de classe. Au lieu de la dictature du parti, encore défendue par Bilan, la nouvelle position préconisait la "dictature du prolétariat" tout entier dans les conseils et dans les syndicats unitaires. Elle se rapprochait des positions du KAPD allemand qui le premier avait parlé de la "dictature des conseils". La différence essentielle consistait ici dans le fait que la Gauche italienne pensait que de véritables syndicats ouvriers ne pourraient surgir que pendant la révolution, tandis que la Gauche allemande en préconisait la destruction immédiate par l’instauration des conseils. En fait, différents des soviets, ces "syndicats" s’apparentaient aux conseils ouvriers.

d) La théorie de l’économie de guerre.

Dans l’immédiat, cependant, la "liquidation" par la fraction italienne de la théorie de Vercesi sur l’économie de guerre eut les plus profondes conséquences politiques. En prétendant (cf. supra) avant la guerre que l’économie d’armements permettait au capitalisme de "résoudre" les problèmes de son fonctionnement par la production de produits non utiles les soustrayant aux lois du marché, Vercesi était amené logiquement à soutenir que la guerre résolvait la contradiction entre production et réalisation de la plus-value cristallisée dans les marchandises. [16] Si la guerre était la "solution économique", alors le surgissement du prolétariat et les conditions objectives de la révolution disparaissaient. Pour la Gauche italienne, non seulement cette théorie était inacceptable, puisqu’elle entraînait l’impossibilité d’une organisation politique dans le prolétariat, mais elle remettait en cause le mot d’ordre de Lénine, qui avait été le drapeau de toutes les gauches, la "transformation de la guerre impérialiste en guerre civile".
Pour expliquer les événements italiens, Ottorino Perrone trouva une nouvelle théorie : celle de "l’épuisement de l’économie de guerre" par "sous-production d’armements". L’éclatement des contradictions du capitalisme se manifesterait non sur le terrain social par le développement de la lutte de classe engendrée par une misère croissante, mais au niveau de l’appareil de production incapable de répondre suffisamment à la demande d’armements. Par un renversement théorique dont Vercesi avait le secret, les contradictions se déplaçaient de la sphère de la production dans celle de la réalisation sur le marché capitaliste.
En mai 1944, une nouvelle conférence de la Fraction italienne se réunit et condamna par une "Déclaration politique" la théorie développée par Vercesi avant-guerre, ainsi que la nouvelle théorie de "la crise de 1’économie de guerre". Cette déclaration rejetait le concept de "guerres localisées" et réaffirmait celui de guerre impérialiste. Reprenant l’analyse luxembourgiste, défendue dans Bilan et Communisme par Mitchell, elle soulignait que l’économie de guerre n’entraînait pas une nouvelle prospérité, mais "la réduction extrême des conditions de vie du prolétariat amenant l’antagonisme salaire-capital à une intensité telle qu’il explose en une bourrasque révolutionnaire". Elle envisageait enfin la poursuite de la discussion "jusqu’à la victoire complète de la position communiste, condition préalable qui permettra à la Fraction de s’acquitter de sa tâche historique dans le cours présent de maturation de l’explosion révolutionnaire." [17]
Dans la discussion qui se prolongea encore presqu’un an, les arguments utilisés par Marco (Marc Chirik), s’écartaient néanmoins de Rosa Luxemburg qui voyait dans la production d’armements "un champ d’accumulation et de réalisation de la plus-value". Ils tentaient de répondre à l’objection que les Etats-Unis s’étaient enrichis considérablement pendant la guerre, et donc que l’économie d’armements était une nouvelle cure de jouvence pour le système capitaliste :

"La guerre impérialiste ne se développe pas en réponse au flux de la révolution qui suit la défaite de la lutte révolutionnaire, c’est l’évincement momentané de la menace de la révolution qui permet à la société capitaliste d’évoluer vers le déclenchement de la guerre engendrée par les contradictions et les déchirements internes du système capitaliste...
La production de guerre n’a pas pour objectif la solution d’un problème économique. A l’origine, elle est le fruit d’une nécessité de l’Etat capitaliste de se défendre contre les classes dépossédées et de maintenir par la force leur exploitation, d’une part, et d’assurer par la force ses positions économiques et de les élargir contre elles, aux dépens des autres Etats impérialistes...
La production de guerre, toutes les valeurs quelle matérialise est destinée à sortir de la production, à ne pas se retrouver dans la reprise du procès de la production et à être détruite. Après chaque cycle de la production, la société n’enregistre pas un accroissement de son patrimoine social, mais un rétrécissement, un appauvrissement dans la totalité... La production de guerre est réalisée aux dépens des masses travailleuses, dont l’Etat par diverses opérations financières : impôts, emprunts, conversion, inflation et autres mesures, draine des valeurs avec lesquelles il constitue un pouvoir d’achat supplémentaire et nouveau... La plus grande partie reste non réalisée et attend sa réalisation au travers de la guerre, c’est-à-dire au travers du brigandage exercé sur l’impérialisme vaincu. Ainsi s’opère en quelque sorte une réalisation forcée. L’impérialisme vainqueur présente la note de sa production de guerre sous l’appellation de "réparations" et se taille la livre de chair sur l’impérialisme vaincu à qui il impose sa loi. Mais la valeur contenue dans la production de guerre de l’impérialisme vaincu, comme d’autres petits Etats capitalistes est complètement et irrémédiablement perdue. Au total, si on fait le bilan, de l’ensemble de l’opération pour l’économie mondiale, prise comme un tout, le bilan sera catastrophique, quoique certains secteurs et certains impérialismes isolément se trouvent enrichis." [18]

Cette discussion avec Vercesi fut sans effet. Ne participant plus à aucune activité de la Fraction, son départ ou son exclusion semblait inévitable. Pourtant, son exclusion ne vint pas de ses désaccords théoriques et organisationnels, mais de son activité à Bruxelles dans une "Coalition antifasciste".
A la fin de l’année 1944, la Fraction italienne à Marseille et le noyau français apprirent indirectement par un ancien député socialiste italien en voyage en France qu’Ottorino Perrone participait à la "Coalizione antifascista" de Bruxelles, au nom de la Fraction italienne. Il n’y avait pas que lui, puisque Ferdinando Borsacchi ("Pieri" ou "Rintintin") y participait aussi.
Cette "Coalition" était née en septembre de cette année, à l’approche des troupes anglo-américaines. Elle était composée de tous les partis "antifascistes". Y participaient le Parti démocrate-chrétien représenté par Domenico Tavano ; le parti communiste italien représenté par Enrico Cominotto, le parti républicain avec Pietro Liuti, le parti socialiste avec Saverio Roncoroni, Giustizia e Libertà avec Jacopo Brandaglia, des syndicalistes comme Ateo Vannucci, et le parti libéral qui n’avait pas de délégué.
Dès le 18 septembre, Ottorino Perrone avait été proposé par les antifascistes italiens et nommé délégué provisoire à la tête de la Croce Rossa italiana, qui gérait toutes les œuvres d’assistance aux Italiens, en liaison avec la Croix-Rouge belge. Par une ironie de l’histoire, le siège de la "Coalizione se trouvait, dans le consulat italien occupé, rue de Livourne, Livourne qui pour les "bordiguistes" italiens était le symbole de la rupture avec la social-démocratie et de la pureté des principes révolutionnaires.
La "Coalition" éditaitL’Italia di domani en langue italienne, puis en langue française, à partir de janvier 1945. Ses buts officiels étaient d’aider les prisonniers de guerre italiens à regagner l’Italie, et aider matériellement les "Italiens" en difficulté. Mais ses buts officiellement caritatifs étaient surtout politiques. En dehors des œuvres de bienfaisance, des débats culturels et littéraires qui remplissent ses colonnes, L’Italia di domani se faisait le défenseur de "la véritable Italie libre, et démocratique" et "antifasciste" ". Dans ce but, la Coalition lançait des souscriptions financières pour soutenir l’effort de guerre allié. Ses colonnes étaient pleines des "hauts faits" de la Résistance : attentats, sabotages, guérillas, pour soutenir le camp militaire qu’avait choisi "la véritable Italie", après 1943. Certaine articles, signés "Logicus" priaient instamment les autorités alliées que l’Italie ne soit pas grugée de "sa victoire" et obtienne de "justes frontières", pour juste prix de sa participation à la guerre.
L’Italia di domani était donc un organe "d’antifascistes" au service du camp militaire anglo-américain, et en rien un simple journal "culturel", réclamant "l’épuration", comme Perrone voulut le présenter par la suite. Par son idéologie, ses participants tous favorables à la guerre, et à la reconstruction de la "patrie italienne", il se rapprochait plus par le ton du Popolo d’Italia de Mussolini en 1915, animé lui aussi par des anciens "socialistes de gauche".
Perrone, qui avec fermeté et constance avait avant la guerre dénoncé l’antifascisme, comme instrument de la guerre impérialiste, et la pire mystification anti-ouvrière, était-il devenu brusquement "antifasciste" ? Abandonnait-il ses positions communistes intransigeantes en se ralliant au camp démocratique" ?
Le rôle de Perrone dans la "Coalition" apparaît à la lecture de ses articles comme extrêmement ambigu. D’un côté, il écrivait des articles sur l’économie de guerre, le rôle contre-révolutionnaire de la Russie, la nécessité du socialisme et de la dictature du prolétariat en Italie, tous montrant qu’idéologiquement il restait le même ; de l’autre côté, on ne trouve aucun article de lui dénonçant explicitement la guerre, l’antifascisme. [19]
En fait, Perrone servit de caution "révolutionnaire" à la "Coalition" qui voyait en lui un homme intègre, connu pour ses sentiments humanitaires, sa vaste culture et son intelligence dans toute l’émigration italienne en Belgique. De fait, Perrone se fit le porte-parole de la "Coalition" à plusieurs reprises. Ce fut lui qui la représentait au meeting que tint le député socialiste De Brouckère en novembre 1944. Dans le discours de clôture, Perrone affirmait que "dans la trouble situation actuelle, où la cobelligérance pourrait ne pas sauver les Italiens du danger d’être traités en ennemis, De Brouckère aura frayé la voie à un courant de sympathie -parmi le peuple belge en faveur de ceux qui ont souffert plus de vingt ans de dictature fasciste". Il associait à cet hommage rendu Vandervelde, autre député socialiste belge qui en 1914 soutint l’effort de guerre de l’Entente. Tout aussi ambiguë et incompréhensible était l’assurance qu’il donnait "au nom des réfugiés politiques" que "retournés en Italie, les exilés italiens feront leur devoir". (Italia di domani, n° 6, 11 nov. 1944.)
Non moins étrange, pour un membre de la Gauche communiste italienne, était son activité dans la Croix-Rouge, où dans un appel "aux Italiens résidant en Belgique" (Italia di domani, n° 11, mars 1945) il remerciait "Son Excellence le nonce apostolique" pour son "appui à cette œuvre de solidarité et d’humanité", et se déclarait certain "qu’aucun Italien ne se couvrirait de la honte de rester sourd à notre pressant appel".
Cette adhésion à la "Coalition", la présidence de la Croce Rossa italiana, Perrone les garda au moins jusqu’au mois de mai 1945, date à laquelle il commença à s’en éloigner, pour ensuite en démissionner. Dans un premier temps, la Fraction italienne refusa de croire que Perrone ait pu participé à cette Coalition ; il s’agissait d’un mensonge. Lorsqu’elle eut en mains des exemplaires de L’Italia di domani, elle dut se rendre à l’évidence. La réaction de sa Commission exécutive (composée entre autres de Lecci, Bottaioli, Marco) fut immédiate : Perrone fut exclu le 20 janvier 1945. La "Résolution sur la cas Ver." qu’elle publia appelait en même temps "le prolétariat à rompre avec des mouvements de rassemblement de gauche, où l’antifascisme n’est que le masque pour soumettre le prolétariat à la bourgeoisie démocratique". Elle dénonçait "tous les éléments qui font cette politique comme des confusionnistes et auxiliaires du capitalisme". [20] Il est à noter que cette exclusion ne visait pas "Pieri" (Borsacchi), dont la Fraction semblait ignorer l’activité dans la "Coalizione".
Cette activité de Vercesi était d’autant plus aux antipodes de la tradition de la Gauche italienne, que la Fraction et surtout le "noyau français" avaient développé - depuis 1943 - toute une activité d’intervention ouverte contre la guerre. Des affiches dénonçant la guerre impérialiste et tous les camps militaires furent collées dans plusieurs villes françaises. Cela avec l’aide des RKD-CR. Des tracts rédigés en allemand, anglais, italien et français furent jetés dans les trains militaires partant pour le front. Après le débarquement américain du 6 juin 44, un appel fut lancé à tous les soldats et ouvriers leur demandant de manifester leur solidarité de classe, par-delà les frontières ; de cesser le feu et de baisser les armes ; de s’unir tous contre le capitalisme mondial "sur le front international de classe", en vue de transformer la guerre impérialiste en guerre civile, pour le triomphe de la révolution mondiale. C’est dans ce sens que continuaient à intervenir les RKD et les CR, avec lesquels les rapports politiques devinrent plus étroits, en dépit des difficultés à tenir des conférences communes de discussion avec eux. [21].
Tout ce travail, auquel participait activement le "noyau français" se traduisit par son développement numérique à Marseille, Paris, dans le Nord de la France. Bientôt naissait la Fraction française de la gauche communiste, dont le congrès de fondation se tint à Paris en décembre 1944. A côté de la Fraction italienne et belge, existait donc une autre fraction, dont la création réalisait le vœu exprimé en 1937 par le "Bureau international" de la Gauche communiste.
La période dite de la "Libération" ne changea point le mode de fonctionnement clandestin de la nouvelle fraction, étant donné la surveillance policière qui s’exerçait contre la propagande internationaliste, tâche à laquelle s’adonnaient les FTP et le PCF : à Marseille un membre de la CE italienne, Marc Chirik, avait échappé de peu aux FTP de Tillon, qui connaissaient son activité contre la guerre, il ne dut la vie sauve qu’à la perplexité du commissaire de police, qui l’interrogeait, pour lequel la référence à la "patrie Terre" éveilla une certaine curiosité incrédule. La Fraction française était organisée en groupes territoriaux étanches de 3 à 5 membres, la liaison étant assurée verticalement par l’intermédiaire de la Commission exécutive de la FFGC. L’illégalité restait donc la règle, ce qui n’empêchait pas son activité de publication et d’intervention d’être ample, eu égard à ses faibles forces. Les bases programmatiques étaient rigoureusement les mêmes que celles des Fractions italienne et belge : la résolution du Bureau international de la Gauche communiste de 1938, toute la tradition de Bilan. La "Déclaration de principes" du noyau français de mai 1942 servit de base du travail de la Fraction française. Les "Statuts" donnaient les conditions d’adhésion qui devaient être strictes, pour préserver la vie de l’organisation. La CE élue par la conférence comprenait un membre de la CE de la Fraction italienne (Marc Chirik) pour marquer le caractère non autonome de la nouvelle fraction. Elle comprenait aussi Suzanne Voute, Albert Maso (Vega) et Robert Salama (Mousso).
Pourtant, la Fraction italienne à Marseille, en raison des divergences politiques antérieures (en particulier l’élargissement de l’intervention) ne reconnut qu’avec hésitation la nouvelle fraction. En effet, elle considérait avec méfiance les "nouveaux venus" - des jeunes souvent, et non Italiens de surplus - et craignait sans doute d’être minoritaire au sein de la Gauche communiste. La dispersion de ses membres pendant la guerre, le retour de beaucoup d’entre eux à l’annonce de la formation du PCInt de Damen et Maffi, auquel s’était joint peu à peu le groupe de Bordiga dans le Mezzogiorno, avaient réduit à peu de chose le groupe italien en France et en Belgique. Il est certain qu’un "patriotisme" de parti, les attaches sentimentales de ces émigrés avec leur pays d’origine ont plus pesé dans leur attitude de défiance que les motifs politiques. D’ailleurs, en mai 1945, une conférence de la Fraction italienne en France décida son autodissolution et l’intégration individuelle de ses membres dans le parti italien PCInt. Cette dissolution fut combattue avec acharnement par Marco (Marc Chirik), qui demandait le maintien de la fraction jusqu’à la vérification des positions politiques mal connues du nouveau parti, à condition que celles-ci ne soient pas en contradiction avec les positions de la Fraction. Pour ne pas être complice de l’auto-dissolution, il démissionna de la C.E. et quitta la conférence. Celle-ci, en réponse, ne reconnut pas officiellement la FFGC.
Entre-temps, Vercesi (qui était toujours membre de la Croix-Rouge italienne, et de la "Coalizione antifasciste") s’était prononcé pour le nouveau parti de Damen, Maffi et Bordiga, et s’apprêtait à gagner l’Italie. Il semblait, après la résolution prononçant son exclusion, être venu peu à peu à résipiscence. A moitié, puisque son activité, bien que réduite et plus prudente, n’avait pas cessé. Idéologiquement, il s’efforçait de justifier son activité passée dans la Coalition. Dans un texte qu’il rédigea au printemps 1945 - et qui lui attira une réponse ironique de la FFGC : "Quand l’opportunisme divague : réponse à Ver." -, il essayait de prouver que son militantisme "antifasciste" avait été justifié par la nécessité de "liquider le fascisme et les fascistes", dans le but de "favoriser le heurt entre le prolétariat et l’Etat capitaliste". D’ailleurs, selon lui, "les ouvriers exigent aujourd’hui l’écrasement du fascisme". Quant à son activité, continuait-il, elle était purement culturelle et humanitaire, pour aider les ouvriers italiens qu’il ne fallait pas "inciter à se borner aux questions propres à la politique et aux dissentiments qui opposent les partis". Il affirmait aussi que la Fraction ne pouvait intervenir que "chaque fois que le capitalisme est balayé", et non actuellement où "au point de vue social, le prolétariat n’a pas fait encore son apparition." [22]
La naissance du PCInt en Italie et l’influence de Vercesi, très hostile à la FFGC qui avait été la plus intransigeante contre lui, amenèrent une scission dans la Fraction française. Deux militants de la CE de cette dernière, Frédéric (Suzanne Voute) et Albert Véga (Albert Maso), qui venait du POUM espagnol, prirent contact avec Vercesi à Bruxelles, et semblent s’être laissés convaincre par son argumentation, après avoir été les partisans de son exclusion immédiate, sans discussion.
Comme avec la Fraction italienne, l’origine réelle de la scission de ces militants ne fut pas vraiment politique ; elle avait pour base le prestige de Vercesi et du nouveau parti italien. Le motif officiel fut trouvé dans le "néo-trotskysme" de la FFGC. En effet, la Fraction française (ou Gauche communiste de France) avait décidé de faire un tract commun avec les RKD et CR à l’occasion du premier mai 1945, pour mettre en garde les ouvriers français contre le chauvinisme anti-allemands, et les appeler à soutenir tout mouvement révolutionnaire qui ne manquerait pas d’éclater en Allemagne après la guerre. La Fraction italienne et la minorité de la Fraction française y virent une politique de "Front unique" contraire aux principes de la Gauche italienne. En fait, les RKD et CR étaient des groupes de révolutionnaires allemands-autrichiens et français ayant combattu courageusement contre la guerre, risquant - comme Karl Fischer, leur fondateur - la déportation à Buchenwald. Voyant dans l’affaire de la "Coalizione" le signe de la "trahison" définitive de la Fraction italienne, les CR gardaient des contacts, sous forme de discussions, conférences, avec la Gauche communiste de France, la Fraction et les conseillistes hollandais. La dénonciation publique du "révisionnisme," de la tendance Vercesi par la GCF et les RKD-CR, 1a recherche d’une confrontation des idées, autant de raisons, inavouées et inavouables, pour les partisans inconditionnels du nouveau parti et de Vercesi, de provoquer la scission. La question du tract édité par la GCF et les RK ressemblait à un mauvais prétexte pour éliminer toute critique sur le "cas" Vercesi.
Jusqu’au bout, exactement comme Bilan vis-à-vis de sa minorité, la FFGC essaya d’empêcher la scission, en évitant de prendre des mesures organisationnelles irréversibles. Ce fut en vain. [23]
En juillet 1945 se tenait la seconde conférence de la Gauche communiste de France. Elle suspendait pour un an les deux membres de la CE qui ne participaient plus à ses activités. La G.C.F. était constituée définitivement comme groupe en dehors de la Gauche communiste italienne. Ce fut pour elle l’occasion de définir les perspectives historiques qui s’ouvraient devant elle. Elle comptait beaucoup encore sur le sursaut révolutionnaire du prolétariat en Italie et en Allemagne où il "a subi moins la destruction de sa conscience que sa destruction physique et n’a adhéré à la guerre que sous la pression de la violence". Elle constatait néanmoins que "incomparablement mieux préparé à l’éventualité de la menace révolutionnaire, le capitalisme international a réagi solidairement avec une extrême habileté et prudence contre un prolétariat décapité de son avant-garde".

"... Dès le premier signal de la révolution en Italie, en juillet 1943, c’est le capitalisme qui se saisira de l’initiative et poursuivra implacablement une guerre civile contre le prolétariat, empêchera par la force toute concentration des forces prolétariennes, n’arrêtera pas la guerre, même quand après l’effondrement et la disparition du gouvernement de Hitler l’Allemagne demandera avec insistance l’armistice, afin de s’assurer par un carnage monstre et un massacre préventif impitoyable contre toute velléité de menace de la révolution du prolétariat allemand."
Le chiffre total des morts de la guerre en Europe s’élève à 40 millions d’hommes dont les deux tiers à partir de 1943. A lui seul, ce chiffre donne le bilan de la guerre impérialiste en général et de la guerrecivile du capitalisme en général et de la guerre civile du capitalisme contre le prolétariat en particulier." [24] ("Rapport sur la situation internationale", Bulletin spécial n° 2, juillet 1945).
En fait le non-surgissement révolutionnaire avait un effet centrifuge au sein des faibles forces révolutionnaires existantes. Les RKD et les CR, au prix de multiples scissions, n’allaient pas tarder à se désagréger. La minorité de la Fraction française, appuyée par le PCInt italien, constituait une autre FFGC et s’affirmait ainsi seule [25] détentrice de la légitimité de la Gauche communiste en publiant le journal L’Etincelle, titre repris à la G.C.F. qui l’éditait depuis janvier 1945. Pendant plus d’une année, il y eut donc deux journaux portant le titre L’Etincelle avant que la FFGC officiellement reconnue par le PCInt ne publiât son organe L’Internationaliste. De son côté la GCF publia jusqu’en 1952 un organe théorique mensuel Internationalisme. (Pour ses rapports avec le PCInt, voir chap. 9).
Il n’y eut guère plus de rapports politiques entres les deux fractions françaises. La rupture fut même complète, lorsque la FFGC intégra à la fin de l’année 1945 l’ancienne minorité de Bilan qui avait adhéré à l’Union communiste, ainsi que son principal représentant : Henri Chazé. Désormais les voies divergeaient profondément : la GCF s’efforça de reprendre et d’approfondir l’apport théorique de Bilan ; la FFGC se constituait sur des positions bordiguistes, celles d’avant 1926, et comme prolongement de cette ancienne minorité que la Fraction italienne avait exclue avant la guerre. [26]

Notes :

[1Octobre, n° 5, août 1939, "Notes internationales", par G. Mammone.

[2Ibidem, page 24.

[3Cf. Rabaut, Tout est possible, p. 346-347.

[4Statut d’organisation de la Fraction française de la Gauche communiste internationale, s.l.n.d. 1942.

[5Cf. Les congrès de la IVe Internationale, 1970.

[6Note du collectif : en réalité les RKÖ changent de nom en septembre 1939 comme précisé dans le RKD-Bulletin n°1, 5ème année, septembre 1945.

[7Au début de la guerre, Trotsky (Défense du marxisme) préconisait non seulement la "défense de l’URSS", mais celle du "camp démocratique". Son abandon de tout internationalisme s’était traduit par l’invention d’un patriotisme "prolétarien", "nouveau" celui de la "cuisinière", censé être plus "sain" que celui du bourgeois. En France, le mouvement trotskyste se scinda en deux : une tendance pro-allemande autour de Jean Rous, membre du Comité exécutif international, fonda le "Mouvement national révolutionnaire" qui édita la Révolution française : "pour la Collaboration sans oppression" ; l’autre autour de la Vérité et des "comités pour la IV° Internationale", pro-gaulliste, se voulait "les défenseurs des richesses que des générations de paysans et d’ouvriers de France ont accumulées... des trésors artistiques et scientifiques de la France... de l’apport magnifique des écrivains et des savants français au patrimoine intellectuel de l’humanité". (Bulletin du comité pour la IVe Internationale, n° 2, 20.9.1940). Enfin, quelques ex-membres de la Commune, comme Henri Molinier et Denots firent de l’entrisme dans le RNP pro-nazi de Déat. Tel fut le cas aussi en Belgique de Walter Dauge, principal leader trotskyste, qui s’engagea par contre dans la Collaboration.

[8Note du collectif : déjà en 1943 à Paris en la personne de Karl Fischer (Emile Berger) et à Lyon en 1943.

[9Note du collectif : L’OCR est née en octobre 1944. Elle publie la revue Marxisme, un seul numéro qui est remplacé par un nouveau titre : Communisme en mars 1945. Ce sont les RKD qui publièrent Rassemblement Communiste Révolutionnaire (premier numéro en janvier 1944).

[10Note du collectif : Nous pouvons lire dans le texte Notre victoire qui est l’introduction à la Plate-Forme programmatique des RKD, mais dans sa version française publiée en 1944 une légère variante : "LA DÉMOCRATIE SOVIÉTIQUE (DÉMOCRATIE DE CONSEILS) est la forme donnée du Pouvoir Ouvrier ; l’Etat Ouvrier se compose de conseils (soviets) et des prolétaires et paysans pauvres en armes (gardes, milices, armées rouges) ; les conseils (soviets, comités) sont les hommes de confiance élus démocratiquement, toujours contrôlables et révocables par leurs électeurs, les ouvriers des villes, des campagnes et des casernes ; ces organes du prolétariat tout entier décident et exécutent toutes les mesures politiques et économiques nécessaires dans l’intérêt et du prolétariat révolutionnaire.
Démocratie soviétique signifie libertés démocratiques complètes pour tous les partis qui se trouvent sur le terrain du pouvoir ouvrier."

[11On trouvera quelques textes des RKD ainsi qu’une histoire très succincte dans "Kommunismus", n° 6/7, mai 1979 (Postfach 18, A1183 Wien) : Der Kampf gegen den imperialistischen Krieg am Beispiel der RKD. C’est par erreur que Craipeau (Les révolutionnaires pendant la IIe guerre mondiale, Syros, 1978, P. et Rabaut font de Fraternisation prolétarienne, revue des RK-CR, un organe de l’Union communiste internationaliste. Ce dernier groupe, qui prit d’abord pour nom celui de "groupe révolutionnaire prolétarien" était animé par l’ex-communiste suisse Thalmann. Il publia de 1943 à 1945 Le Réveil prolétarien, puis La Flamme, de 1945 à 1947. Il était très ambigu sur la question de la guerre, tout en se revendiquant de Rosa Luxemburg.

[12Cf. F. Kools Die Linke gegen die Parteiherrschaft, p. 527-533, ainsi que le livre d’un ex militant du "MLL-Front" : Max Perthus : Henk Sneevliet, revolutionair socialist in Europa en Azië, Nijmegen, 1970.

[13Voir : Danilo Montaldi : Saggio sulla politica comunista (1919-1970), 1976, p. 209-260 ; et Karl Heinz Roth, Die ‘andere’ Arbeiterbewegung, p. 156-174, Trikont, 1976.

[14Cf. Internationalisme, n° 5, juillet 1945 : "Projet de résolution sur les perspectives et tâches dans la période transitoire" (juillet 1943).

[15Cf. Bulletin international de discussion, n° 6, juin l944 : "la nature non prolétarienne de l’Etat russe et sa fonction contre-révolutionnaire".

[16La nature de la crise du capitalisme avait été soulevée par Rosa Luxemburg, dans L’Accumulation du capital, dont la position fut critiquée par Henri Grossmann, dans Das Akkumulation und Zusammenbreuchsgesetz des kapitalistischen Systems, Leipzig, 1929.

[17La mise en forme de ces discussions sur "l’économie de guerre" fut publiée à la conférence de la GCF dans son Bulletin extérieur spécial, n° 2, juillet 1945 ("Rapport sur la situation internationale"). La "Déclaration politique" de la Fraction italienne, en mai 1944, se trouve dans le Bulletin international de discussion de la fraction italienne, n° 5, mai 1944.

[18Ibidem.

[19L’Italia di Domani se trouve à la "Bibliothèque royale" de Bruxelles ainsi que dans les archives Perrone. Les C.R., dans leur organe Le Prolétaire, n° 4 et 5, mai et juin 1946, donnent des extraits.
Il est à remarquer que cette période obscure de la vie de Perrone n’a jamais été dévoilée par son parti, le PCInt, qui a préféré garder un prudent silence. Une étude en cours, celle de Mme Anne Morelli sur l’immigration italienne en Belgique analyse l’orientation politique de l’Italia di Domani. Elle présente l’activité de Perrone dans la "Coalizione" comme purement humanitaire.

[20Voir Internationalisme n° 7, février 1946.

[21Un tract contre la guerre de la fraction italienne et française est publié dans le Bulletin international de discussion n° 6, juin 1944 ; le tract commun avec le RKD-CR dans le n° 8.

[22Internationalisme, n° 4, juin 1945, "Réponse à Ver."

[23Bulletin extérieur nos 1 et 3, juillet 1945 : "Résolution sur les rapports internationaux" ; "Rapport d’activité" ; un "Numéro spécial" sur la scission fut publié en juin 1945, avec les résolutions de la CE de la GCF.

[24Le texte fait allusion aux bombardements de Dresden, Hamburg, Berlin qui firent des centaines de milliers de victimes dans la population ouvrière, ainsi qu’à ceux des villes industrielles du Nord de l’Italie. L’appareil industriel, par contre, était peu touché.

[25Officiellement, le PCInt n’avait pas exclu la GCF ; il l’ignorait tout simplement. Cette attitude devait lui attirer les reproches les plus vifs d’Internationalisme, après la Conférence de Torino (cf. infra) qui n’avait reconnu que les seuls membres de la FFGC bis, dont Suzanne Voute et Albert Maso étaient les représentants : "On n’ose pas exclure politiquement la tendance de la Gauche intransigeants, de crainte de révéler sa propre couleur opportuniste. On a recours à de savantes "réorganisations" en prenant soin d’éliminer préalablement la tendance de Gauche. C’est plus habile et moins gênant." (Lettre du 15 mars 1946 adressée au PCInt, à la Fraction belge, au groupe 2 de la Gauche communiste, in Internationalisme n° 10)

[26Les rapports de la FFGC furent meilleurs avec la Fraction belge, dont Perrone resta membre jusqu’à sa mort en 1957. Une conférence internationale eut même lieu en 1947 à Bruxelles, à laquelle elle participait à côté d’Internationalisme (Gauche communiste de France) et de la Gauche hollandaise de Pannekoek, Canne-Meijer. La Fraction belge publia L’Internationaliste jusqu’en 1949.




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