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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Après les événements d’Italie
Bulletin international de discussion de la Gauche Communiste Italienne n°7 - Juillet 1944
Article mis en ligne le 8 avril 2016
dernière modification le 25 février 2016

par ArchivesAutonomies
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Lors des évènements d’Italie qu’à tort on définit généralement comme la reprise, une unanimité existait parmi nous au sujet du bouleversement qui a sapé à sa base la structure du capitalisme italien. Après la tournure prise par les évènements à la suite de l’intervention massive du capitalisme international, on a émis des doutes sur les origines des mouvements prolétariens, sur leur puissance et aussi leur signification réelle.
Un slogan est revenu à la mode : on s’est trompé. Aujourd’hui encore, les opinions sont variées et diverses sur les causes qui ont déterminées la chute du régime, l’arrêt de la participation de l’Italie à la guerre et à la reprise des luttes sociales dans la péninsule, ainsi que sur les origines de ces évènements. D’après les tendances idéologiques bourgeoises on a prétendu prouver que l’opposition entre les diverses fractions bourgeoises, les heurts entre militaires et fascistes, l’incapacité de l’industrie de guerre, les défaites militaires et les intrigues internationales, étaient les causes essentielles du bouleversement de la situation.
Contre toutes les tendances politiques se réclamant du prolétariat, nous avons toujours mis en lumière la division en classes de la société bourgeoise, et comment dans le développement des contrastes multiples, surgissant du sein même de cette société, le prolétariat était la seule classe antagonique, la seule force capable d’intervenir dans les crises de la dernière phase de l’impérialisme, pour apporter la solution qui s’impose : la révolution prolétarienne et la marche vers le socialisme.
La bourgeoisie italienne, une des dernières arrivées au pouvoir (1848-1870) n’a connu qu’un développement insuffisant, sillonné de crises profondes, d’agitation sociale intense. Toujours à la recherche de colonies et de matières premières, dans l’assiette mondiale déjà partagée par les autres puissances capitalistes, elle aboutissait toujours à des entreprises coûteuses, à des aventures coloniales désastreuses, qui ont provoqué constamment des luttes ouvrières et des révoltes paysannes.
Même dans la période florissante du capitalisme, la bourgeoisie italienne ne pouvait subsister que grâce aux méthodes d’exploitation poussée au maximum des masses ouvrières. La guerre de 1914-18 malgré son alliance avec les vainqueurs, jettera la bourgeoisie de ce pays dans la crise la plus profonde.
L’échec des mouvements révolutionnaires de l’après-guerre, dû à un ensemble de facteurs politiques, que nous avons déjà et souvent analysé, sauve momentanément la société italienne d’un écroulement, mais la crise économique reboudit encore plus aigüe, plus insoluble. Le prolétariat italien trahi par la social-démocratie et le centrisme, massacré par le fascisme, momentanément dompté, a marqué le point le plus haut de son évolution politique vers la conquête des conseils d’usine et par la formation de son parti de classe, synthétisée dans le document de base : les thèses de Rome.
Si l’on n’oublie pas que le fascisme fût la réponse directe aux tentatives du prolétariat de s’affranchir par la conquête du pouvoir politique, si l’on n’oublie pas non plus que les 20 années de dictature n’ont apporté aucune modification substancielle à la crise du régime capitaliste, à part l’explosion massive du prolétariat ; si l’on sait encore que la guerre actuelle était en même temps qu’une nécessité impérieuse, l’unique issue momentanée pour un capitalisme acculé à la catastrophe, on ne pourra que conclure, que, inévitablement, au cours du conflit, cette bourgeoisie devait plier sous le poids de ses contradictions internes qui feraient rejaillir avec plus de force et plus d’intensité tous les problèmes politiques et sociaux que le fascisme avait refoulé avec la violence.
A la veille du conflit impérialiste, la situation interne de l’Italie était celle d’un Etat divisé et épuisé par une crise très profonde et non celle d’une bourgeoisie tendant toutes ses forces dans la préparation consciencieuse de la guerre, et ayant réussi à entrainer la grande majorité du pays dans l’idéologie de guerre.
En Italie, le capitalisme est partagé, non sur la nécessité de faire la guerre, mais devant le problème : avec qui et contre qui la faire. La nature même de ce capitalisme dépendant étroitement de la haute finance internationale, lui ôte toute capacité de mener une politique indépendante ; les clans militaies, fascistes sont partagés d’après leurs intérêts immédiats.
L’Etat est épuisé économiquement après les guerres d’Abyssinie et d’espagne. Le petit rentier, le paysan, l’artisan, ont payé leur contribution par leur appauvrissement ; le prolétariat a déjà payé et payera encore son tribut au militarisme et à la guerre avec sa force de travail et son sang.
Mais les masses ouvrières sont fatiguées et irritées face à la perspective tragique de la nouvelle guerre. elles ne sont pas anglophiles, c’est contre la guerre tout court qu’elles expriment leur opposition qui se traduira plus tard par les mouvements de mars et juillet 43. Le Gouvernement et l’Etat-Major se rendent si bien compte de cette situation qu’ils ne procèderont pas à la mobilisation générale, même aux moments les plus critiques.
L’Italie rentrera dans la guerre sans une véritable armée correspondant au rang qu’elle prétendait tenir dans la bande des principaux brigands impérialistes. Après les campagnes d’Abyssinie et de Lybie, les troupes fascistes et les corps francs sont anéantis ou prisonniers. Les unités de soldats mobilisés, composées en majeure partie par des ouvriers et des paysans, reflètent l’état d’opposition à la guerre et de révolte latente existante au sein des masses prolétariennes.
Le débarquement anglo-américain en Sicile mettra en évidence la volonté de ne pas se battre des soldats, et la désagrégation générale de l’armée.
Les manifestations contre la cherté de la vie et l’insuffisance de ravitaillement, les grèves pour des augmentations de salaires, qui accompagnent cette décomposition de l’Armée et s’échelonnent pendant cette période, seront la preuve éclatante que c’est uniquement dans les contrastes qui opposent irréductiblement le prolétariat à la bourgeoisie, dans la lutte des classes, que résident en dernier lieu les causes réelles qui déterminèrent la chute du régime fasciste et la crise actuelle.
Les grèves de mars 1943 marquent le début de la lutte directe du prolétariat italien contre la guerre qui devait déterminer le renversement de juin de la même année.
Il est certain que ces mouvements furent exploités par les impérialismes alliés. L’anti-fascisme s’était aussi répandu parmi les masses ouvrières d’Italie, et la Russie, avec le souvenir d’Octobre 17 et sa révolution rougedans les fourgons de l’Armée dite rouge exerça une influence considérable sur ces masses.
Au cours de notre critique constructive d’avant la guerre, nous avons démontré comment la destruction de la conscience de classe parmi les ouvriers se faisait avec l’introduction de l’idéologie antifasciste qui servait magnifiquement les plans capitalistes pour diviser le prolétariat, le rejeter dans le nationalisme et ensuite dans la guerre.
L’Etat russe secondait ces plans avec … du socialisme dans un seul pays, et avec la destruction des partis et de l’I.C.
Ne pas s’expliquer aujourd’hui la raison du regroupement des masses autour de l’Etat russe signifie détruire le travail politique de la fraction, se fourrer dans une impasse.
Evidemment les masses sont regroupées autour des origines communistes de la Russie, mais historiquement les intérêts du prolétariat sont diamétralement opposés à la fonction de cet Etat qui reste nettement contre-révolutionnaire et impérialiste.
On ne renferme pas la fonction spécifique de classe du prolétariat dans le dilemne périmé du programme nationaliste, même si celui-ci est maquillé de rouge. On ne plaisante pas avec la révolte des masses ouvrières et encore moins avec les grèves du prolétariat industriel. La bourgeoisie alliée a essayé de se servir du mécontentement des masses pour …. les évènements de juin, mais elle s’était nettement trompée sur l’esprit et le contenu de ce mécontentement, qui n’était qu’une volonté et un instinct profond de classe, étouffé et maintenu avec la dictature. Le plan du capitalisme allié était de chasser le fascisme, forme de domination périmée, et avec un nouveau gouvernement faire changer d’épaule les armes, au prolétariat. Pour ce but, toute la contre-révolution était mobilisée autour des ….. Des socialistes aux domestiques du maréchal Staline, du nationalisme libéral du comte Sforza et…., tout était lié dans une touchante unité pour conclure qu’une fois démoli le fascisme, les ouvriers auraient dû continuer à se faire massacrer, pour la nouvelle forme de domination capitaliste : la démocratie intégrale.
Toutes ces forces réactionnaires, les émigrés qui, officiellement, avaient place dans le prolétariat, ont été nettement débordés par la poussée de la masse prolétarienne qui, instinctivement, seule, sans parti politique, mais ancrée sur les rochers de l’expérience acquise par le passé, a dépassé les bornes de l’anti-fascisme pour imposer au gouvernement badoglio d’abord la République sociale de Mussolini, ensuite ses conquêtes politiques : le conseil d’usine. Mais la revendication profondément politique que le prolétariat italien a imposée soit au fascisme, soit à la social-démocratie, est la fin de la guerre. Même sans parti, même entouré de forces massives de la contre-révolution, même cerné par les armées impérialistes, le prolétariat italien a brisé le cours impérialiste de la guerre, en posant les conditions préliminaires pour la reprise des mouvements prolétariens contre la guerre, l’ouverture de la phase vers la révolution communiste.
Reprise, en quoi ? Parce que nous n’avons pas tenu compte des réserves capitalistes, de ses expériences du passé, qu’elle accumule soigneusement ; du développement inégal de la situation internationale et surtout de l’impréparation idéologique et politique de notre fraction qui n’a pas permis d’intervenir (à part des manifestations isolées) d’une façon concrète dans la situation ?
Nous ne sommes pas des fabriquants d’hypothèses, il ne s’agit pas de conclure schématiquement sur les probabilités d’une victoire totale du (illisible) prolétariat, ou non, mais d’établir l’intervention initiale idéologique de l’avant-garde pour aider le prolétariat à se dégager de l’idéologie capitaliste, et pour lui permettre au travers des mouvements de reconquérir son idéologie de classe et son indépendance de classe.
Le prolétariat italien a rompu avec la guerre et l’idéologie capitaliste ; toutes les manoeuvres de la bourgeoisie des deux côtés du front militaire n’ont pas réussi à le rejeter dans le conflit. Massacré et repoussé sur ses positions acquises, il manifeste la même passivité, la même hostilité, soit pour la dictature de Mussolini, soit pour le régime démocratique des Alliés. La déclaration du Duce sur les bienfaits de la République, les manifestations du front démocratique centriste (10.000 manifestants à Naples au grand rassemblement de tous les partis anti-fascistes) ne trouvent aucun écho chez les masses prolétariennes. Les ouvriers du sud ont déjà dégusté le bienfait des…. , Vichinsky se charge d’en offrir l’échantillon.
Les ouvriers du nord ont compris la signification du geste de solidarité de classe du capitalisme exprimée dans le bombardement massif des villes industrielles. Il n’y a pas d’Etat, pas de gouvernement, aucune armée sur les deux côtés du front. Les 15.000 milices fascistes sont gardées à l’intérieur pour les nécessités d’ordre…. ; les 4 classes de jeunes gens rappelés suivent leur cours militaire en Allemagne. dans le sud la situation est encore plus confuse.
S’agit-il de saluer très bas le ….du prolétariat italien ou par contre de tirer tous les enseignements que porte la sanglante expérience.

La situation actuelle qui pourrait paraître à l’observateur superficiel,
comporte en soi une fermentation continue des problèmes sociaux et politiques que la guerre impérialiste a fait rejaillir. La rupture du cours impérialiste de cette guerre a déterminé l’entrée sur l’arène politique du prolétariat italien et en conséquence a posé la condition pour la reprise du mouvement prolétarien européen, seule condition pour imposer la fin du massacre.
Les manifestations extérieures de ce cours sont ….par la répression et le massacre intensif en Italie, ailleurs par le mirage d’une délivrance proche : débarquement, qui se traduit par un effroyable massacre, une dispersion méthodique des masses prolétariennes en Europe, par une discipline sauvage dans l’armée et sur les lieux de travail, mais qui reçoit des contre-coups : relâchement et fatigue généralisée. Cela est très significatif. Le capitalisme international surveille de près la situation créée après les évènements italiens et agit en conséquence.
A Téhéran et à Moscou, on n’a pas émis des hypothèses mais on a établi des méthodes d’action, sur un plan de solidarité internationale contre la menace prolétarienne. Après l’alerte italienne, très chaude, la solidarité impérialiste se manifeste dans toute son ampleur, et la radio de Londres ne poussera plus les ouvriers à la grève. Les grèves se sont montrées une fois de plus être une méthode de lutte spécifique du prolétariat, qui dans des situations d’extrême tension sociale comme l’actuelle, peuvent devenir de profondes manifestations de classe. Cela est trop dangereux pour la bourgeoisie.
En Italie, malgré la signée terrible du prolétariat, le processus de décomposition de la société bourgeoise est très avancé. La situation économique est littéralement catastrophique. Au bilan déficitaire laissé après 20 années de ….gestion fasciste, s’ajoute la destruction massive des richesses et du capital social. L’appareil industriel est frappé à mort et peut-être seulement le prolétariat pourra le remettre en marche. Le rouleau compresseur de la guerre jette dans la misère noire les masses de paysans et d’ouvriers. Avec la prise de Rome par les Alliés, nous assisterons au développement de la manoeuvre classique du capitalisme. Le gouvernement social-royal-bolchévique essaiera de rétablir l’ordre capitaliste, de prendre la tutelle, de sauver de l’écroulement total un régime, qui après avoir poussé à l’extrême son développement dans les cadres de l’économie mondiale - déjà saturée et en pleine crise économique - dans sa dernière phase, en pleine décomposition, est destinée à disparaître sous les coups du prolétariat.
On emploiera un matériel déjà usé : démocratie, parlementarisme, liberté démocratique, République sociale, avec lesquels les masses ouvrières ont déjà fait leur expérience. Le prolétariat, lui, n’aura d’autre droit que celui de porter tout le poids des conséquences découlant de 20 années de régime fasciste et 5 années de guerre impérialiste.
Sauver la Patrie, …., sera la rançon qu’on essaiera d’imposer aux masses.
La coalition des forces des domestiques du capitalisme italien est enrichie par l’apport de l’Etat russe, qui, après avoir trahi le prolétariat international, est totalement passé au service de l’impérialisme mondial.
Le centrisme qui a transformé les partis communistes en ligues patriotiques où le plus honteux verbiage chauvin et nationaliste s’exhale dans la parole des chefs et dans sa presse, a déjà un représentant dans le gouvernement de Naples, dans la figure odieuse d’Ercoli, incarnation de la contre-révolution.
Le centrisme jouera un rôle très important dans la lutte et la répression contre la masse prolétarienne qui, dans le cours évolutif de la situation italienne et internationale, se dégagera totalement de l’idéologie pro-capitaliste et du nationalisme centriste, au travers de sa lutte de classe.

Les évènements d’Italie ont fait rejaillir d’une façon catégorique les forces massives du prolétariat en modifiant radicalement la physionomie du conflit impérialiste et le cours de la situation à venir. Le prolétariat international donnera sa réplique définitive à la guere, sa réponse de classe.
La fraction de la G.C., la seule qui détient les positions programmatiques aptes à redonner au prolétariat la capacité de reconquérir son indépendance et sa force de classe, s’est laissée surprendre par les évènements dans une situation de dispersion et d’impréparation idéologique et politique.
Quand on parle de fraction, et de son intervention ou non, il ne s’agit pas d’éluder le problème entre et…., mais considérer que nous sommes partie intégrante du même corps programmatique et de la même méthode d’action, de la même fraction et qu’il existe les mêmes responsabilités politiques que les frontières capitalistes ne peuvent ni effacer ni atténuer.
Nous tenons largement compte de la situation terrible que le capitalisme impose à l’avant-garde, mais ces conditions ne doivent pas servir de prétextes pour cacher ou justifier son absence totale dans une période qui pose les conditions préliminaires à la reprise de la lutte de classe.
Si le premier assaut du prolétariat italien a été enrayé dans son développement immédiat, les conditions, les perspectives de la maturation de la situation internationale sont pleine de prémisses favorables aux explosions révolutionnaires.
Il y a des erreurs qui sont à la base de la constitution de la fraction : division du corps de la fraction en deux par exemple, qui a déterminé notre isolement, notre impuissance politique.
Aucune force politique ne pourra nous remplacer dans le rôle de guide des masses prolétariennes sur la route de l’insurrection. mais c’est une erreur grave, pleine de conséquences pour l’avenir, de se cantonner derrière la croyance que là-bas les conditions travaillent pour nous, et de se renfermer dans une attitude stérile.
Il faut rejeter toute tentative de vouloir justifier à moitié notre défaillance derrière les doutes et les hypothèses sur la nature et les origines des mouvements prolétariens. Quelle que soit la puissance répressive et la capacité de manoeuvre du capitalisme, le cours des évènements a posé les conditions pour l’intégration idéologique de la fraction dans la situation.
Il faut adapter le travail politique malgré et contre les conditions imposées par la contre-révolution contre le prolétariat. Pour l’avant-garde, il n’y a pas d’alternative mais une seule condition : ou rentrer dans la lutte que le développement des évènements a imposée au prolétariat italien, ou disparaître.




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