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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Organisation et structure sociale du mouvement étudiant en 1968
On-line gesetzt am 20. Mai 2013
zuletzt geändert am 23. März 2013

von ArchivesAutonomies
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En République Fédérale Allemande, la contestation commence à Munich. Le moteur en est un groupe artistique, membre de l’Internationale Situationniste (IS) dont il a été exclu en raison de divergences demeurées obscures : le Gruppe Spur. Au sein de ce groupe, se structure un courant que certains qualifieront plus tard de « provocateur », la Subversive Aktion. Celle-ci, usant d’un des modes d’actions que l’IS affectionne particulièrement, les happenings, est à l’origine d’actions spectaculaires dont la première se déroule le 5 mai 1964. Dieter Kunzelmann et Frank Böckelman perturbent un congrès de cadres publicitaires en y distribuant des tracts et en diffusant un mélange musical de leur composition, La Passion de Matthieu de Johann Sebastian Bach avec Surfin’Burd des Trashmen. Le groupe est aussi à l’origine de la publication d’un journal, Anschlag (Frappe), qui développe un débat théorique important pour un mouvement subversif.
Frankfurt est un des autres points de départ du mouvement de contestation. Si le mouvement en lui même n’est pas particulièrement visible, la ville tient une place importante grâce à sa participation aux débats théoriques qui agitent l’opposition extra-parlementaire (APO) et ses satellites. Refondé en 1945, l’Institut für Sozialforschung est né à l’époque de la République de Weimar. Après la prise de pouvoir d’Hitler, l’institution de recherche, qui a depuis son origine une orientation marxiste, a survécu aux Etats-Unis où il a bénéficié d’une notoriété importante pour ses recherches sur le national-socialisme. Max Horkheimer, Theodor W. Adorno et Herbert Marcuse développaient une théorie faisant du nazisme, non un accident de l’histoire, mais une mutation, une conséquence barbare du capitalisme, celui n’ayant pu être dépassé par la révolution et l’un des mouvements ouvriers jadis le plus puissant d’Europe. L’un des slogans des membres de la contestation fidèles aux idées de Frankfurt était : « Le capitalisme amène au fascisme, le capitalisme doit disparaître ! ». L’Institut für Sozialforschung n’était pas seulement à l’origine d’une critique du capitalisme. Il développait aussi une critique du stalinisme, dénonçant celui-ci comme une caricature du communisme. Cette double critique apporta de nombreuses armes théoriques aux jeunes intellectuels de l’Allemagne fédérale tout en permettant une prise de distance vis-à-vis des positionnements imposés par la guerre froide et qui ne permettait aucune contestation au sein de la RFA. Avec les outils théoriques développés par l’école de Frankfurt, on pouvait à la fois se réclamer du marxisme et critiquer le bloc soviétique ou l’un de ses satellites. L’Institut für Sozialforschung occupait ainsi un espace occupé en France par la Ligue Communiste ou les autres organisations trotskistes.
C’est néanmoins Berlin qui fut certainement l’épicentre de la déflagration contestataire qui allait éclatée en 1968. Le courant de la Subversive Aktion y avait essaimé de petits groupes se revendiquant soit d’une filiation directe avec le groupe Munichois, soit d’un communion d’idée. Un jeune réfugié de RDA, membre de la Subversive Aktion de Berlin occupe rapidement le devant de la scène. Comme nous l’avons souligné plus haut, le contexte berlinois est unique en Europe. Il introduit ainsi des différences notables entre les groupes de Berlin et de Munich de la Subversive Aktion. Les Munichois se rallie ainsi aux enseignement de l’école de Frankfurt. Ils sont en cela fidèles à leur passage au sein de l’IS puisqu’ils privilégient les actions individuelles et exemplaires. Ils s’opposent en cela aux mouvement de masse au regards des échecs des mouvements ouvriers dans l’histoire de l’Allemagne mais aussi au regard de l’émergence du national-socialisme comme moteur d’un mouvement de masse. Ils mettent en avant l’intégration des masses dans le système capitaliste qu’ils jugent trop importante et qui a détruit la conscience de classe au moyen principalement de l’industrie culturelle. Il s’agit alors de mettre en mouvement une avant-garde consciente capable de rompre ce que Adorno appelle la « cohésion de l’aveuglement ». Le champ d’action du groupe de Munich est donc dirigée contre cette industrie culturelle et s’exprime sur un terrain permettant les actions individuelles et exemplaires par oppositions aux actions des masses du mouvement ouvrier.
A Berlin, en revanche, sous l’impulsion de Rudi Duschke, la Subversive Aktion développe ce qui deviendra pour les autonomes le concept de la Mass Militanz. Comme nous le verrons lorsque nous aborderons la question du Sozialistischer Deutscher Studentenbund (SDS), Dutschke développe le concept d’un mouvement de masse anti-impérialiste, où les mouvements de libération nationale du tiers-monde rejoignent le mouvement protestataire des métropoles. L’objectif restant pour les groupes de Berlin et de Munich de changer de manière radicale la société. Comme en France, l’opposition à la guerre du Vietnam va jouer le rôle de catalyseur. L’objectif de la Subversive Aktion est donc d’organiser des actions collectives alliant la provocation de la pratique situationniste et une vision plutôt léniniste de l’activisme. Plus particulièrement, pour Rudi Dutschke, les actions collectives doivent être politiques – comme les manifestations – mais surtout se doivent de dépasser le cadre légal, dans le but de démontrer à la fois le caractère répressif de l’état capitaliste et ouest-allemand, mais aussi de déclencher des mouvements de sympathie, d’adhésion et de radicalisation au sein du mouvement. Le ralliement de la Subversive Aktion berlinoise au SDS amène au coeur du monde universitaire et du socialisme traditionnel de l’organisation étudiante des tactiques et des idées nouvelles, apportant à la fois un nouvel élan mais aussi la formation d’un nouveau mouvement social.
Le 18 décembre 1964, le mouvement en gestation connaît sa première épreuve. Le «meurtrier de Patrice Lumumba», le chef de l’état congolais Moïse Tschombé en visite officielle devient la cible des premières actions du mouvement étudiant allemand. A Munich, la Subversive Aktion se signal par des jets de bombes fumigènes et de boules puantes. A Berlin, un cortège de manifestants rompent une chaîne du dispositif policier destiné à protéger le président congolais et parvient à lui jeter des tomates avant d’être brutalement dispersé.

L’organisation la plus important au sein du mouvement étudiant en gestation est l’organisation de jeunesse Sozialistischer Deutscher Studentenbund (Fédération Socialiste Allemande des Étudiants, SDS). Quand le SDS émerge, comme première force de la nouvelle gauche, il se construit sur les mouvements de contestations des années 1950, en particuliers à travers le mouvement pour la paix et le mouvement contre les armements nucléaires, qui se sont développés grâce au soutien des centrales syndicales. Fondé en 1946, par décision du commandement allié, le SDS est jusqu’en 1960, l’organisation étudiante du parti social-démocrate. Sa fonction principale était alors de fournir à l’appareil du parti des cadres issus de la nouvelle génération universitaire. A partir du début des années 1960, les choses changent. Le SPD s’engage dans la voie réformiste, alors que le SDS maintien son orientation socialiste et surtout, continue de faire campagne contre le réarmement de la République Fédérale et contre l’arme atomique. Contrairement au SPD, le SDS vire donc à gauche, se rapprochant de l’école de Frankfurt et de la nouvelle gauche. L’adoption par le SPD du « programme de Bad Godesberg » dans lequel il ne se revendique plus comme parti ouvrier, creuse le fossé entre le parti et le SDS. En juillet 1960, le SPD rompt tout lien avec le SDS en excluant la direction du SDS des instances du SPD. La rupture est officialisée, le 6 novembre 1961, par le SPD qui déclare l’incompatibilité d’appartenance entre les deux organisations. Le SDS devient la seule organisation d’opposition légale, le Parti Communiste étant toujours interdit et ce depuis 1956. Ce rôle est renforcé suite à l’entrée du SPD dans la grande coalition (1966-1969) avec les chrétiens-démocrates du CDU.
Dans la seconde moitié des années 1960, le SDS entame une période d’expansion qui se développe autour de deux pôles mobilisateurs : le Vietnam et la question des lois d’urgences. En mai 1966, un congrès est organisé sur le thème « Vietnam; analyse d’un exemple ». En Octobre de la même année, un deuxième congrès est organisé sur le thème « Etat d’urgence de la démocratie ». L’opposition à la guerre au Vietnam va de soi en particuliers vis-à-vis d’un mouvement se revendiquant comme anti-impérialiste. La question de l’opposition aux lois d’urgences est plus pragmatique. Le SDS et l’APO se sentent directement menacés par des lois qui prévoient la suspension des droits démocratiques et l’intervention de l’armée pour rétablir l’ordre. La fin des liens avec le SPD, entraîne l’organisation vers un développement d’une réflexion autonome, principalement sur les possibilités d’une nouvelle politique socialiste en RFA. Avec des sections à travers tout le pays, le SDS devient l’une des structure les plus en pointe au sein de l’opposition extra-parlementaire (Ausserparlamentarische Opposition, APO).
Le SDS apparaît comme bien peu radical en comparaison de la Subversive Aktion. Certes il est parvenu à rassembler près de 5000 personnes – étudiants, syndicalistes et professeurs - lors de son congrès sur l’état d’urgence, mais il semble bien peu capable de réaliser ses objectifs. La Subversive Aktion décide de faire de l’entrisme au sein du syndicat étudiant. Les tentatives échouent à Munich mais à Berlin, Rudi Dutschke parvient à devenir l’un des leaders les plus en vues. Signe de l’opposition entre les deux tendances de la Subversive Aktion, Dieter Kunzelmann, l’enfant terrible de la Subversive Aktion avec la « Kommune 1 » est exclu le 3 mai 1967. Rudi Dutschke est désormais seul pour imposer les méthodes de l’action directe au sein du SDS.
Parallèlement à cette orientation où le SDS devient l’expression publique de l’APO, l’Allemagne fédérale assiste à la naissance d’une contre-culture sub-prolétaire et prolétaire, les « branleurs » (un peu comme les « yé-yé » en France), qui expriment leur mécontentement, notamment par des bagarres après les concerts. Les plus fameuses sont celles de Schwabling (Juin 1962) et la destruction de la Wadbrüne berlinoise après un concert des Rolling Stones (Septembre 1965).

A la veille de la vague contestation soixante-huitarde, la grande coalition CDU-SPD est au pouvoir en Allemagne fédérale. Le SDS est donc la seule opposition légale. Certes un certain mécontentement existe chez certains syndicalistes entraîne la création d’une opposition syndicale d’autant plus active que le gouvernement SPD tentait de faire gérer la crise par les syndicats. Il s’agit, le plus souvent, de syndicalistes en général expulsés de leurs syndicats parce qu’ils se présentaient en opposants. Seuls les communistes semblaient être une alternative aux agitateurs estudiantins, mais le PC allemand représentait un problème complexe. Il avait été persécuté par les nazis puis interdit quelques temps après la guerre. On continuait à faire la chasse aux communistes dans la fonction publique et dans les syndicats en les assimilants aux extrémistes. Ce n’est qu’au début des années 1970, que l’ancien chancelier social-démocrate Willy Brandt réintégra le PC dans la légalité, dans le cadre de la nouvelle politique de la RFA vis-à-vis de l’Est. L’ombre du "danger rouge" continua cependant de planer sur l’Ouest jusqu’à l’effondrement de l’URSS et la réunification.
Alors que la mouvement syndical avait pu être canalisé en 1967/1968, le mouvement étudiant faisait peur. En faisant explosé le cadre institutionnel, il posait de nombreux problèmes sociaux. L’Etat tentait de réagir en inventant des structures pour filtrer cette influence et en instaurant une forme de maccarthysme dans la fonction publique ("l’interdiction professionnelle"), des lois d’exception contre les extrémistes et les contestataires de tout bord étaient en gestation et allaient être votée à la veille de 1968. La naissance du mouvement étudiant et anti-autoritaire s’était faite dans le cadre de la solidarité avec le Vietnam et les pays du Tiers-Monde, de l’opposition à la guerre et à l’impérialisme. Son énorme impact avait suscité l’espoir qu’il était possible de changer la société. La théorie tiers-mondiste poussait certains à prendre les armes. Un vrai révolutionnaire devait s’engager au niveau le plus élevé de la lutte pour participer tout de suite à un processus révolutionnaire, comme dans le Tiers-Monde. Cette radicalisation engendrait aussi celle de l’état. Des milliers de groupes militants surgissaient et s’activaient dans les grandes villes, tandis que les premières communautés, toujours monnaie courante aujourd’hui, s’installait à partir de ce réseau. C’était un phénomènal contre-milieu qui contestait toutes les structures sociopolitiques comme il n’en a jamais existé en France. Deux villes phares de la contestations se distinguaient : Francfort et Berlin. A Francfort, il y avait un rapport étroit entre l’occupation des maisons, les communautés et les luttes de l’université. Ces rapports étaient plus flottants à Berlin, mais c’est là qu’allait naître les mouvements de guérilla urbaine.




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