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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Déclaration politique de la Fraction italienne
Bulletin international de discussion de la Gauche Communiste Italienne n°5 - Mai 1944
Article mis en ligne le 8 avril 2016
dernière modification le 27 février 2016

par ArchivesAutonomies
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L’état actuel de l’organisation est la suite, la continuation d’une crise qui a surgi au sein de la Fraction avant la guerre, dès 1937. Elle est inaugurée par l’abandon des positions politiques contenues dans le rapport sur la situation internationale adopté au congrès de la Fraction en 1935 et par la révision fondamentale de l’analyse de l’époque historique qui s’est ouverte en 1914, la phase décadente du régime capitaliste. A l’analyse marxiste de cette phase, fondement programmatique de la IIIe Internationale et de la Fraction de la gauche communiste italienne, on a substitué le corps théorique d’une nouvelle doctrine.

* * * * *

1°) négation de l’exacerbation des antagonismes inter-impérialistes, allant par moments jusqu’à la négation même de l’existence de ces antagonismes, aboutissant ainsi à la négation de l’inimitabilité de la guerre impérialiste et à l’affirmation de l’exclusion de la guerre impérialiste généralisée dans la phase décadente du système capitaliste.

2°) substitution à la guerre impérialiste généralisée de la théorie des "guerres localisées", à la notion impérialiste de la guerre la notion de "guerre civile de la bourgeoisie contre le prolétariat".

3°) à la défaite du prolétariat, condition préalable concourant à l’ouverture du cours de la guerre, on a substitué la théorie de la guerre localisée destinée à enrayer la maturation révolutionnaire du prolétariat.

4°) à l’affirmation communiste de l’impossibilité d’amélioration des conditions de vie du prolétariat dans la phase décadente, on a substitué la théorie de l’amélioration des conditions de vie du prolétariat rendue possible par le développement de la technique et la plus grande masse de PL [plus-value] donnée par l’économie de guerre.

5°) La rupture avec la réalité, la marche en sens inverse du déroulement des situations reflète la rupture avec la méthode d’investigation marxiste et projettera le travail idéologique de la Fraction dans les sphères libres de l’abstraction pure et de la spéculation puérile. Ne tenant nul compte du cours réel, le centre de la Fraction tentera de greffer et de faire jaillir du cours vers la guerre, le cours de la révolution ; il œuvrera vers la formation artificielle de la Fraction en France et altèrera les principes programmatiques dans une tentative d’un front unique avec les maximalistes, les anarchistes fait [à] l’initiative de la Fraction. Cette ligne politique ôtera à la Fraction toute possibilité d’assurer une vie politique et organisationnelle dans la tourmente qui s’annonce. A l’éclatement de la guerre, la Fraction se trouvera déjà profondément démoralisée et désarçonnée et à ce point surprise et désarmée que ce sera la seule organisation qui ne trouvera pas la force de faire le moindre manifeste au prolétariat. L’éclatement de la guerre frappera de paralysie totale la Fraction qui entraînera avec elle le Bureau international dans le néant.

6°) Il est naturel que la tendance "orthodoxe" qui a constamment combattu en bloc, dès son apparition, cette nouvelle doctrine révisionniste, se trouve seule à reprendre le travail de regroupement de la Fraction. Inlassablement et méthodiquement, forte de la confirmation des évènements, de sa position politique, elle poursuivra le travail entrepris dès 1940 au travers d’innombrables difficultés et parviendra à regrouper la Fraction, assistera à la formation du noyau français, réveillera la vie idéologique internationale de la Fraction belge, renouera les liens internationaux à l’intérieur de la Gauche communiste et à l’extérieur avec le groupe des Communistes Révolutionnaires d’Allemagne.
Mais la guerre interrompant l’épanouissement du courant révisionniste, ne l’a pas liquidé politiquement ; elle n’a fait qu’accentuer son évolution vers l’opportunisme, réapparaissant avec la reprise de l’activité de l’organisation. Il est dans la nature de l’opportunisme de se débattre dans la phraséologie révolutionnaire au moment du reflux révolutionnaire quand il s’agit de travailler à la cimentation idéologique et organisationnelle pour rendre l’organisation apte à soutenir le rouleau compresseur de la réaction. L’opportunisme se manifeste alors par sa non-compréhension de la situation, par son impatience. A ce moment-là, il pousse en avant, il exalte, il trépigne d’impatience, mais dès qu’apparaît la maturation des évènements, dès que le mouvement révolutionnaire reprend son cours ascendant, il s’assagit, il tire en arrière, il découvre toutes sortes de fantômes qui lui font peur ; et, pour faire peur à l’organisation, il s’effraie des difficultés, il met en garde contre l’activisme, il découvre les "conditions objectives". En avant ! doucement ! à petits pas ! Telle est sa devise.

7°) Et nous assistons à ce plein épanouissement de la théorie et de la pratique opportunistes. La phase décadente ne serait plus la phase de la destruction, de la reproduction rétrécie, mais elle sera représentée grâce à l’économie de guerre, comme la phase de "plein épanouissement des forces productives" ; l’économie de guerre ne sera plus fonction de la guerre, on jettera par-dessus bord ses propres théories de "la guerre civile de la bourgeoisie contre le prolétariat", et ce sera la guerre qui deviendra le marché où s’échangent les produits de l’économie de guerre. On inventera la théorie [selon laquelle], puisqu’en économie de guerre le capitalisme peut réaliser sa plus-value, l’antagonisme salaire/capitalisme ne peut plus contenir d’explosif révolutionnaire ; et on oubliera que, dans l’économie de guerre, la production de la plus-value est conditionnée par une réduction extrême des conditions de vie du prolétariat amenant l’antagonisme salaire/capital à une intensité telle qu’il explose en une bourrasque révolutionnaire.

8°) L’économie de guerre ne sera plus une manifestation de la crise permanente du régime, un moment des "convulsions de l’agonie du capitalisme" (Rosa Luxembourg) mais deviendra le moment de "la plus grande production de valeur" (Vercesi) et, puisque l’économie de guerre sera représentée par une nouvelle ère de prospérité, on bafouera la position communiste [selon laquelle] les conditions objectives de la révolution sont données par la phase historique que nous vivons et on reviendra à la position social-démocrate de "l’immaturité des conditions objectives".

9°) La guerre impérialiste ne fera plus jaillir les possibilités et la nécessité inéluctables de la reprise des mouvements de classe du prolétariat mais seulement une crise de l’économie de guerre. En inventant la théorie [selon laquelle] la crise de l’économie de guerre est préliminaire à la crise sociale, on s’en servira pour ne pas faire son devoir révolutionnaire et on reprendra la thèse, qui a servi à Kautsky contre Lénine en 1914, [selon laquelle], en temps de guerre, il n’y a pas de place pour l’organisation révolutionnaire du prolétariat. Et puisque la révolution ne jaillit pas de la guerre, on rejettera la position de Lénine et des communistes, la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile pour prendre comme drapeau ce chiffon de tous les opportunistes centristes et pacifistes : la "cessation de la guerre" [1]. (...)

Notes :

[1Le reste du texte a disparu (NdE).

P.S. :

Article extrait du livre l’Enfer Continue, de la guerre de 1940 à la guerre froide. La Gauche communiste de France parmi les révolutionnaires, 1942-1953, Editions Ni patrie, ni frontières, page 162.




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