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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La Russie que nous aimons et défendons
Prometeo n°2, Décembre 1943
Article mis en ligne le 18 avril 2016
dernière modification le 2 mars 2016

par ArchivesAutonomies
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Ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui, nous, communistes, partisans et défenseurs inébranlables de la Révolution russe, de ses idées et de ses premières actions, rejetons l’accusation qui nous est faite, aujourd’hui, de nous être tourné contre cette grande expérience historique. Cette accusation nous est faite par ceux qui ont combattu le plus ouvertement et le plus férocement la Révolution, notamment quand les bourgeois des coalitions libérale et social-démocrate ont tout fait pour l’étrangler, que ce soit sur le plan militaire, via la pire des vermines, soit par la famine, et à l’isoler du reste de la planète en l’enfermant derrière un mur fait de mensonges et de complots.

Un tel changement de pensée et de position politique vis-à-vis de la Russie est beaucoup moins surprenant qu’on ne le pense. À la lumière du marxisme, il est aisément explicable. Aujourd’hui, leur amitié et leur solidarité va de l’Église aux capitaines d’industrie, des socialistes aux magnats de la haute finance.

Nous ne faisons pas partie de ces gens ; et les ouvriers - qui ont défendu et défendent toujours la Russie en tant que première grande expérience de leur classe - doivent, en fin de compte, comprendre la raison pour laquelle nous, communistes, n’hésitons pas à exprimer notre opposition à la Russie de Staline, sans jamais cesser d’être des combattants convaincus pour la Russie de Lénine.

Pour nous, les événements révolutionnaires ne sont pas des faits insignifiants et, par notre confiance absolue dans la cause de la révolution mondiale que la révolution russe a initiée, nous adhérons totalement aux idées d’Octobre. Depuis plus de vingt ans, la plupart d’entre nous ont consacré leur vie à cette cause : leurs moyens financiers, leurs vie de famille, leur liberté, jusqu’à la perdre dans des prisons, dans des camps d’internement ou dans des camps de concentration. Et c’est pour cela que nous revient la responsabilité, certes ingrate mais nécessaire et incontournable, de ne pas garder le silence sur la réalité de la Russie. Nous avons appris, à l’école du marxisme, à lutter ouvertement et fermement contre les mythes, contre les « tabous » de toutes sortes, et pour les vérités les plus concrètes de la lutte des classes.

Et avant d’exposer nos idées, nous aimerions que les ouvriers - qui ont conservé leurs capacités critiques et dont les instincts de classe n’ont pas été contaminés - se rendent compte de ce qui est à l’origine de la soudaine et profonde solidarité qu’expriment tant de bourgeois réactionnaires avec la Russie d’aujourd’hui, et à partir de quoi on peut définir sa vraie nature. Quant à nous, nous voulons préciser ici certains aspects de ce difficile problème et nous sommes convaincus que nous allons tous arriver aux mêmes conclusions.

1- Les grands et bruyants sentiments que découvre la bourgeoisie pour la Russie de Staline est la conséquence directe de son intérêt fondamental à préserver le système capitaliste. Il résulte de cela que ce que nous défendons, la bourgeoisie, du fait de l’antagonisme de classe, le hait naturellement. Quand notre critique théorique et les actions de notre Parti nous placent à la tête du combat de la classe, la bourgeoisie ne le supporte pas.

2- La justification de la deuxième guerre impérialiste par « la guerre populaire pour la démocratie » de Staline, et sa reconnaissance officielle par l’Église orthodoxe - laquelle, naturellement, a défendu "la guerre pour la grande patrie slave" - ont profondément impressionné les honnêtes bourgeois qui sont toujours pleins d’amour pour la patrie. Justifier la guerre impliquait de lier à eux les masses ouvrières, de les enchaîner par la force la plus brutale et haineuse, le chauvinisme, afin d’être sûr de la victoire et ainsi sauvegarder le capital.

3- La bolchévisation du Parti (communiste) russe et de l’International, la liquidation des organes de combat expressions organisées du prolétariat - et leur remplacement par de stupides laquais de l’opportunisme, les inégalités de salaire qui, inévitablement, rétablissent les inégalités sociales ; la fonction assumée par la bureaucratie d’État et du parti, la domination de la classe des techniciens qui étaient le fruit de l’industrialisation forcée et la montée de l’Église en tant que force de premier plan ; la prééminence de l’État sur la dictature du prolétariat ; des plans quinquennaux pour le l’exploitation intensive d’une classe de travailleurs exploités recréée - ce sont toutes les caractéristiques visibles qui confirment que les intérêts de la Russie actuelle ne sont plus ceux du prolétariat... C’est à ce stade que ceux qui ont laissé tomber la révolution ont jugé opportun de démontrer leur loyauté ainsi que la cohérence de la nouvelle orientation de la politique russe à la bourgeoisie internationale, en sacrifiant sur l’autel de "la concorde démocratique" les hommes de la "vieille garde", les incorruptibles bâtisseurs de la révolution d’Octobre. C’est cela la Russie qui est chère aux cœurs des Roosevelt, des Churchill et de tous les radicaux du monde, mais ce n’est pas la nôtre.

4- La Russie que nous aimons et défendons, en tant qu’œuvre révolutionnaire, est la Russie du prolétariat et de la paysannerie pauvre qui, sous la direction de Lénine et du parti révolutionnaire osa briser le carcan du féodalisme et du capitalisme et imposer la dictature du prolétariat, le pouvoir de l’État prolétarien de la période de transition, dont l’objectif est d’aboutir à sa propre destruction, à celle de la classe même. La Russie que nous aimons et défendons est la Russie qui, durant des années, a permis de développer, au sein de son prolétariat et au sein du prolétariat international, la conscience de sa force, le sens historique de son rôle révolutionnaire, la manifestation du nouveau monde des travailleurs qui a son cœur dans les "soviets".

La Russie que nous aimons et défendons est la Russie qui, depuis des années, a agi clandestinement, dans l’ombre de l’actuel parti "bolchévique", celle qui, dans les prisons, dans les déportations à travers les immensités russes, ont gardé intact sa foi dans les principes d’Octobre et qui attend le moment où elle verra son réveil révolutionnaire fusionner avec celui du prolétariat international. C’est la Russie du combat contre la bourgeoisie, la Russie de notre flamme révolutionnaire impérissable.

P.S. :

Article publié sur le site : http://fractioncommuniste.org/fra/bci08/bci08_6.php




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