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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Les événements d’Allemagne et l’offensive anglo-américaine et russe
L’Étincelle n°0 - Août 1944
Article mis en ligne le 4 mai 2016
dernière modification le 15 mai 2018

par ArchivesAutonomies
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Suivant d’un an les mouvements italiens, la crise politique de la bourgeoisie allemande s’ouvre, révélant d’un coup la faiblesse de plus en plus grande du fascisme après 4 années de répression et de guerre impérialiste.
Ce même schéma suivi par les événements italiens en 43 semble se répéter en Allemagne et ceci en dépit de l’ossature plus puissante du parti nazi par rapport au parti de Mussolini.
Comme le remarquait si justement Lénine, la situation révolutionnaire ne se caractérise pas par le fait que « en bas » on ne puisse plus tenir le coup, mais que « en haut », on ne puisse plus vivre comme par le passé.
En Italie, les dissensions dans la bourgeoisie qui se dessinaient depuis la guerre ont permis l’explosion brutale du conflit capital-travail. En Allemagne, les dissensions se faisaient jour de plus en plus, surtout depuis l’attentat, et allaient permettre aux mouvements ouvriers de s’exprimer violemment dans un laps de temps relativement court et ouvrir ainsi l’ère de la guerre civile effective en Europe.
L’attentat pour la classe ouvrière, si attentat il y a eu, n’exprime absolument rien de particulier par rapport aux autres attentats sur Hitler, s’il n’était analysé dans la situation actuelle de l’Europe où l’Allemagne a usé ses moyens répressifs au service du capitalisme international.

A la sortie de la guerre 14-18, devant une France victorieuse et exigeante d’un côté, et une Russie révolutionnaire, le capitalisme anglo-américain se devait, pour sauvegarder ses intérêts, de s’établir un gendarme assez puissant en Europe pour contrecarrer l’influence de l’URSS et, du même coup, se préserver contre l’impérialisme français.
L’Allemagne remplissait ces conditions géographiquement, économiquement et politiquement.
Longtemps, jusqu’au moment où le gendarme allemand empiété sur les chasses gardées anglaises en Amérique du Sud et en Europe Centrale, le nazisme fût alimenté financièrement par la City de Londres. Mais l’expression brutale de l’antagonisme entre impérialismes ne fût historiquement possible que du jour où la menace ouvrière disparut de l’horizon par la domestication de l’URSS à la cause capitaliste.
Contre le retour un peu trop dangereux du prolétariat sur la scène politique, le gendarme nazi a joué un double rôle : tout d’abord, il a permis le dévoiement des mouvements vers l’antifascisme et a effacé de la conscience ouvrière les frontières de classe, ensuite dans les pays occupés par l’Allemagne, la répression brutale a agi. Le prolétariat a été plongé dans un bain de souffrance à l’usine comme au front.
Une fois encaserné, berné, transformé en chair à canon, la classe ouvrière a pu permettre le développement de la guerre avec tous les moyens les plus puissants.
Mais là où l’Histoire ne suit plus ceux qui prétendent la diriger, les Churchill, Roosevelt, Staline, Hitler et autres, c’est quand sur l’exploitation forcenée d’en bas elle greffe une crise politique du régime qui explose tout d’abord dans le secteur le plus faible pour se propager plus ou moins rapidement dans le monde.
C’est ce qui nous a été confirmé par les événements italiens, c’est ce qui a conditionné les opérations en Italie, pendant près d’un an où la menace récidiviste du prolétariat italien a tenu en suspend les opérations militaires, les réduisant pendant un certain temps à de simples opérations de réduction des nids révolutionnaires.
L’Allemagne, avec la crise politique de sa bourgeoisie, accroît d’un coup l’intensité du contraste capital-travail et propage le foyer révolutionnaire encore en latence.
Que penser de l’offensive anglo-américaine après deux mois de piétinement sur une petite bande de terrain, venant juste après l’éclosion de la crise allemande.
Le capitalisme ne veut pas se laisser surprendre comme en Italie par la spontanéité du prolétariat, il faut qu’il amène à pied d’œuvre des forces pouvant lui permettre d’étouffer immédiatement l’étincelle qui jaillira en Allemagne.
Le bouledogue fasciste est à bout de souffle, sa machine répressive craque de tous côtés, il faut un nouveau bouledogue pour mâter les futures insurrections dans leurs nids.

Les Armées anglo-américaines et russes sont en marche avec un but bien défini : remplacer le nazisme là où il défaille.
La rapidité de l’avance anglo-américaine et russe ne dépendra pas de la force militaire des alliés, mais des restants d’énergie du fascisme à contenir la poussée du front intérieur européen.
La première préoccupation des Nations Unies ne consiste pas dans le partage de la dépouille du vaincu comme en 18, mais dans la prévoyance et l’étouffement avant terme de la crise politique du capitalisme, accoucheur de révolution.
Les armées alliées, suivant de près la répression allemande, feront goûter à la classe ouvrière française les joies de la libération avec le fascicule de mobilisation et de nouvelles restrictions.
Le fascisme déportait les ouvriers dans les bagnes de travail, la démocratie les encasernera pour les envoyer se faire crever la peau sur les théâtres d’opérations.
Les méthodes changent, mais ce sera toujours la classe ouvrière qui paiera.
Si l’attentat contre Hitler représente le premier pas vers la guerre civile en Europe, l’avance anglo-américaine et russe représente les armées de la contre-révolution en marche.




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