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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La politique de l’URSS en Europe centrale
L’Etincelle n°1 - Janvier 1945
Article mis en ligne le 4 mai 2016
dernière modification le 15 mai 2018

par ArchivesAutonomies
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La chute de la domination allemande n’a pas amélioré la situation du prolétariat. Elle l’a même aggravée, en le rejetant directement dans le massacre impérialiste. Mais du point de vue révolutionnaire, elle a au moins un grand mérite : en entrainant une série d’évènements nouveaux qui, presque chaque jour, viennent attirer la réflexion des ouvriers en leur permettant enfin de confronter les promesses des partis et des Etats avec la réalité, elle travaille à ébranler les vieux préjugés politiques que la bourgeoisie a entretenu avec soin dans leurs cerveaux pendant l’occupation allemande et avant la guerre.
Parmi ces préjugés, le plus fort, le plus répandu dans la classe ouvrière est celui qui considère l’URSS comme une alliée des ouvriers de tous les pays contre leur propre bourgeoisie, et comme le pouvoir même du prolétariat russe.
Or, même avec ce préjugé si fortement ancré, les évènements d’Europe centrale sont en train de lui porter de rudes coups. La politique de l’URSS dans les territoires qu’elle a envahis successivement au cours de sa vaste marche militaire contre l’Allemagne, l’ont mis directement "au pied du mur" devant tout le prolétariat mondial. Tout d’abord, au début de la débâcle allemande, elle envoie un ultimatum à la Bulgarie qu’elle somme de rentrer dans la guerre aux côtés des Alliés. Elle aide ainsi la bourgeoisie bulgare à jeter son prolétariat dans le massacre.
La propagande qu’elle mène de concert avec les impérialismes alliés pour la guerre antifasciste, est impuissante à cacher aux ouvriers conscients l’abîme qui sépare cette politique de celle de Lénine et de la Russie révolutionnaire de 1917. Alors, le salut de la Russie révolutionnaire dépendait de la révolution mondiale et les communistes luttaient pour guider les prolétaires de tous les partis dans la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile.

Aujourd’hui la Russie participe à la guerre impérialiste et y entraine les petites puissances et, les soi-disant communistes luttent pour que la guerre se prolonge. mais quel ouvrier conscient pourrait croire le mensonge des chefs traîtres qui lui disent que la révolution proléterienne ne peut venir qu’une fois l’Allemagne battue, alors que la révolution russe s’est faite en plein conflit germano-russe et que l’impérialisme allemand devait chanceler seulement un an plus tard.
Le même visage impérialiste de la Russie actuelle se retrouve dans sa politique en Pologne. Les accords divers entre les grandes puissances ont dû reconnaître l’amputation de celle-ci au profit de l’URSS : c’est là le prix qu’elle entend faire payer aujourd’hui pour sa participation à la guerre. Que l’on se rappelle aussi le traité impérialiste avec la Finlande comprenant la cession de bases navales et des concessions économiques.
Alors, nous demandons à tous ceux qui prétendent que la Russie mène une guerre révolutionnaire : où est-elle la politique révolutionnaire du prolétariat russe au pouvoir qui, en 1918, tout en concluant la paix de Brest-Litovsk avec l’Allemagne, préférant la cession de territoire à la poursuite du massacre des prolétaires russes et allemands, lançait au capitalisme mondial le défi qu’il ne pouvait accepter d’une "paix générale sans annexions ni sanctions", et le menaçait en même temps devant le prolétariat mondial de l’éclatement de la guerre civile dans tous les pays.
Que peuvent donc penser les ouvriers excédés du massacre, indifférents à des tractations impérialistes qui ne changeront rien à leur sort, quand, au lieu de cette voix révolutionnaire éclatante, qui surgissait de la Russie en 1918 pour leur ouvrir la perspective de la révolution prolétarienne, ils n’entendent plus que les échos de la lutte qui oppose l’Angleterre et la Russie pour la prédominance impérialiste en Pologne ?
Que peuvent penser les ouvriers conscients de Pologne qui voient les deux grands Etats s’opposer mutuellement "leur" gouvernement polonais, celui de Lublin et celui de Londres, et prétendre chacun le leur imposer ? Surtout que peuvent penser tous ceux des ouvriers du monde auxquels les chefs traîtres n’ont pu faire oublier la révolution russe, ni les Soviets des ouvriers refusant de produire pour la guerre, des soldats refusant de se battre pour leur bourgeoisie, ni le parti bolchévik et Lénine les appelant à renverser la démocratie bourgeoise et à prendre le pouvoir, que peuvent-ils penser d’un gouvernement surgi non de l’insurrection révolutionnaire des masses polonaises, mais des tractations d’une poignée d’hommes d’Etat essayant d’attacher les ouvriers au mouvement chauvin de la Résistance ? C’est que le gouvernement de Lublin (auquel les "communistes" staliniens connus en Pologne n’ont même pas été admis, sans doute parce que l’URSS ne voulait pas effrayer la bourgeoisie polonaise, ou parce qu’elle craignait de trouver en eux une opposition à sa politique réactionnaire qui, bien que restant dans les cadres de la démocratie bourgeoise, l’aurait gênée) ne représente pas les intérêts de classe du prolétariat polonais mais ceux de la bourgeoisie et que si l’URSS soutient ce gouvernement contre Londres, ce n’est que comme son rival impérialiste, affirmant sa volonté de dominer la Pologne.

Ceux qui, hier, staliniens et trotskystes, faisaient croire aux ouvriers que l’URSS était un Etat prolétarien et leur alliée, que sa guerre n’était pas une guerre impérialiste, étaient obligés de leur promettre en même temps que l’Armée rouge, dans son avance, allait chasser le bourgeois, délivrer les ouvriers de l’exploitation et de l’oppression, enfin réaliser la révolution sociale. Or l’Armée rouge a envahi l’Europe centrale toute entière, non seulement la Pologne, mais la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie. Mais chaque ouvrier le sait, aujourd’hui l’URSS a partout donné l’assurance aux bourgeois et aux aristocrates de ce pays de ne pas toucher aux fondements de leur système économique, c’est à dire de ne pas toucher à l’exploitation capitaliste du prolétariat industriel, de ne pas toucher à la grande propriété foncière où peinent l’ouvrier agricole et le paysan pauvre. Bien plus, elle appuie dans ces pays les forces les plus réactionnaires. En Hongrie, les communistes moscoutaires participent au gouvernement Debreczen, au su de la bourgeoisie internationale, avec des militaires ayant servi le régime de Horthy et collaboré avec les Allemands et avec les représentants de l’aristocratie. Or, ces aristocrates et ces militaires sont les frères de ceux qui écrasèrent la Commune rouge de Hongrie en 1919. Le régime de Horthy est né de cette défaite et a organisé la répression contre les révolutionnaires et la classe ouvrière réduite à l’impuissance devant l’attaque capitaliste et à des actes de désespoir, comme cette grève de la faim au fond des puits de mine à Pecs en 1935.

Si l’URSS s’engage dans une compromission si honteuse, c’est bien , comme le dit le journal bourgeois Combat, qu’elle préfère à un régime révolutionnaire un gouvernement capable de garantir l’ordre et la loi, c’est à dire d’empêcher de nouvelles communes prolétariennes.
Que l’on rapproche maintenant cette politique de l’URSS de celle qu’elle a menée au moment de l’insurrection nationaliste de Varsovie. L’Armée rouge était à proximité de la ville. La population polonaise s’était soulevée contre l’occupant, dont 250.000 ouvriers à qui l’URSS avait été la première à faire croire que la guerre impérialiste était en réalité une guerre contre le fascisme. Mais Londres dirigeait l’insurrection, et, pour ses intérêts impérialistes, la Russie laissa massacrer ces ouvriers, trahissant apparemment "les buts sacrés de la guerre anti-fasciste". C’est en effet comme une trahison à la démocratie que les démagogues pourraient présenter cette politique de l’URSS : déjà le Labour Party anglais s’inquiète hypocritement de son rôle réactionnaire en Europe centrale. Mais on ne peut trahir ce qui n’existe pas. Ce qu’en réalité démontrent les évènements d’Europe centrale c’est que la démocratie et la guerre antifasciste sont des causes inexistantes. Il n’existe que deux grandes causes : celle de la bourgeoisie qui veut avant tout maintenir sa domination de classe contre le prolétariat révolutionnaire et qui la maintient aussi bien par la démocratie que par le fascisme, et celle du prolétariat qui ne peut s’émanciper que par la révolution prolétarienne.
Toutes les histoires d’idéal démocratique, de croisade antifasciste ne sont, comme le dirait Lénine, que des bavardages des social-patriotes de son temps, que de la "bouillie pour les chats" et le meilleur moyen d’écarter le prolétariat de son chemin de classe pour le jeter dans la guerre.

Quant à savoir, en conclusion, comment il se fait que l’URSS d’aujourd’hui mène une politique impérialiste et contre-révolutionnaire en pleine liaison avec celle de la bourgeoisie internationale, un journal bourgeois de Suisse, "Servir", nous donne à peu près la réponse : "les soviets estiment que leur prestige est désormais assez grand et que le temps est passé où seules des révolutions organisées par un parti minoritaire pouvait alléger leur situation internationale". Traduit en langage révolutionnaire, cela signifie que lorsque la Russie représentait le prolétariat au pouvoir, sa politique était liée à la révolution prolétarienne mondiale. Les communistes savaient bien qu’isolé dans un seul pays le prolétariat ne pouvait pas maintenir se dictature de classe. Lénine le premier disait que si le capitalisme international ne battait pas la révolution russe par l’intervention militaire, en l’absence de cette révolution mondiale, il le battrait par les accords économiques en obligeant l’économie russe à fonctionner comme économie capitaliste.
La défaite de la révolution mondiale a vérifié inexorablement la prévision de Lénine : le prolétariat russe a perdu le pouvoir et une nouvelle classe bourgeoise est née qui a édifié sur sa sueur et sa misère une formidable économie de guerre.
La nouvelle URSS est celle de cette bourgeoisie. Aussi n’est-ce plus que sur la guerre impérialiste et sur la lutte contre la révolution mondiale qu’elle peut appuyer sa situation internationale parmi les grandes puissances du monde capitaliste pourrissant.




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