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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La Paix
L’Etincelle n°5 - Mai 1945
Article mis en ligne le 4 mai 2016
dernière modification le 15 mai 2018

par ArchivesAutonomies
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Le clairon a sonné sur les champs de bataille en Europe, la Cessation du feu. Après avoir déchaîné et dirigé pendant six années la plus monstrueuse, la plus meurtrière boucherie humaine, le capitalisme international sonne sa victoire.

La victoire du capitalisme, c’est les dizaines de millions d’hommes massacrés, torturés, affamés, ce sont des camps de concentration dans tous les pays, c’est les travaux forcés pour la production des engins de mort de tous les ouvriers, dans toutes les usines, c’est les villes de l’Europe rasées, saccagées, détruites, c’est les millions de sans abri, sans travail, sans foyer, vagabondant par les routes de l’Europe, c’est l’économie mondiale ruinée.

L’humanité a payé par ces horreurs de six années de guerre, la rançon des défaites de la première vague révolutionnaire au lendemain de la première guerre impérialiste. L’incapacité immédiate où se trouvait le prolétariat au lendemain de 1918 d’apporter sa solution historique, par une révolution socialiste victorieuse, ses défaites essuyées, ouvrait au capitalisme triomphant une seule perspective : la préparation et le déchaînement de la deuxième guerre impérialiste mondiale.

La première guerre impérialiste s’est arrêtée grâce à l’irruption du prolétariat se révoltant contre la guerre et contre la société capitaliste qui l’engendre (Révolution russe et allemande).

En juillet 1943, le prolétariat italien donnait le signal du commencement du réveil du prolétariat. Renseigné par l’expérience de 1918, le capitalisme international, devant la menace de la révolution, tendra toutes ses forces et emploiera tous les moyens à briser, à noyer dans le sang toute vélléité révolutionnaire du prolétariat. C’est en vue de cerner, de maîtriser le foyer et le cœur de la révolution, le prolétariat allemand, que sont précipitées les opérations militaires en Europe. Contrairement à 1918, l’impérialisme allemand n’arrêtera pas les hostilités, malgré l’évidence de sa défaite militaire. Jusqu’à la dernière minute, jusqu’à la dernière ville, il s’efforcera de maintenir le régime de férocité à l’intérieur pour empêcher la concentration des ouvriers allemands en révolte. Le déchaînement infernal de la destruction aérienne des alliés aura la même signification.

Pris en étau entre la répression féroce des troupes SS à l’intérieur et la poursuite non moins féroce des opérations des armées alliées de l’extérieur, le prolétariat allemand n’eût le temps que d’esquisser ses premiers mouvements dispersés de révolte sans parvenir à leur donner une forme centralisée, autour d’une conscience nette de classe.

Ce que le capitalisme fête aujourd’hui n’est pas la victoire remportée sur l’impérialisme nazi, défait depuis de longs mois, mais le fait d’avoir réussi à endiguer la menace révolutionnaire qui pesait sur lui.

L’annonce de la fin des hostilités n’a pas provoqué l’enthousiasme de 1918. Cela parce que nous n’avons pas encore la guerre derrière nous. Si les opérations militaires ont cessé en Europe, la guerre continue et se poursuit toujours, sur des fronts plus éloignés, de l’Asie et du Pacifique. Le gouvernement français annonce presque simultanément la victoire et la mobilisation de nouvelles classes rappelées sous les drapeaux. Churchill avec sa brutalité coutumière parlera d’une perspective de 18 mois de guerre encore nécessaires pour abattre l’impérialisme japonais. La production de guerre continue toujours, et chaque pays renforce sa puissance militaire.

Le prolétariat n’est pas parvenu à arrêter définitivement la guerre. Ses premiers mouvements en Italie et en Allemagne furent impitoyablement réprimés. Le cours de la révolution est suspendu momentanément en Allemagne, le prolétariat dispersée trouve maîtrisé et sous la surveillance des armées impérialistes alliées. Mais la suspension momentanée de la révolution fait ressurgir dans toute sa violence les antagonismes entre les impérialismes vainqueurs.

Si Téhéran et Yalta étaient surtout caractéristiques par la solidarité existant entre les grandes puissances impérialistes face au danger de mouvements de révolte des masses contre la guerre, San Francisco est la manifestation des antagonismes s’approfondissant et opposant les grandes puissances impérialistes. On n’est plus un trouble fête mal intentionné en prédisant aujourd’hui la menace d’une troisième guerre qui s’annonce. Toute la presse bourgeoise étale et commente les causes multiples des antagonismes non résolus et non résolvables qui détermineront demain une nouvelle boucherie mondiale.

La société capitaliste dans sa phase décadente, livrée à elle-même, ne sortira d’une guerre que pour rentrer dans une nouvelle. Le monde, dans les proches perspectives, se trouve à la croisée des chemins. Dominé par les puissances impérialistes écrasant le prolétariat, il roule vers une nouvelle guerre ou bien, entrainé par les mouvements de classe du prolétariat s’amplifiant en une tourmente révolutionnaire, il sera débarrassé du régime capitaliste et du cauchemar de la guerre.

La maîtrise momentanée des mouvements de révolte du prolétariat allemand n’est ni sa défaite ni son élimination. Les puissants mouvements de classes dans les autres pays d’Europe doivent forcer le capitalisme mondial à desserrer le lien qui enchaîné la classe ouvrière allemande, lui permettant ainsi de décider de la révolution communiste mondiale. C’est là la seule voie de salut.




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