Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Préparatifs en vue de la 3e guerre impérialiste
L’Etincelle n°11 - Mars-Avril 1946
Article mis en ligne le 4 mai 2016
dernière modification le 15 mai 2018

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

I. Perspectives générales.

Malgré les divergences d’intérêts souvent profondes dans leurs camps respectifs, les pays capitalistes se sont groupés en deux blocs impérialistes puissants pour se faire la guerre en 1914. En 1939, les deux blocs qui s’affrontaient étaient devenus des colosses, fantastiques puissances industrielles et scientifiques mises au service de la destruction de l’antagoniste.

Cependant le processus d’évolution des différents impérialismes pour se regrouper en blocs, transformer leur économie en économie de guerre, préparer les masses à l’idée de la guerre et engendrer la guerre, a été assez long relativement, s’il est comparé au processus actuel de l’évolution vers la guerre impérialiste.

La guerre de 1914-18 a été interrompue en plein cours par des troubles sociaux importants qui devaient se transformer en point le plus névralgique et où la situation de la lutte de classe était la plus tendue en Russie, en révolution prolétarienne. La victoire de la révolution d’Octobre 1917 devait transformer complètement le sens de la lutte impérialiste et faire cesser la guerre. En effet la victoire révolutionnaire en Russie fût comme une traînée de poudre révolutionnaire qui embrasa les pays voisins et accentua les troubles sociaux dans les autres pays. La guerre impérialiste se transforma en guerre civile du prolétariat contre la bourgeoisie. La dégénérescence de l’I.C., l’isolement de la Russie, la trahison par l’I.C. des prolétariats allemand et chinois et leurs défaites devaient amener les conditions objectives permettant la reprise des luttes inter-impérialistes pour un temps en sommeil.

Pour la bourgeoisie il s’agit surtout de corrompre idéologiquement le prolétariat et de lui faire croire à la possibilité d’un capitalisme de l’abondance, de la paix et de la liberté avant de l’enchaîner et de l’entraîner s’il le faut de force dans la guerre. Quand le prolétariat a perdu toute conscience de classe, il n’est plus qu’un troupeau de pauvres bêtes qu’on mène à la boucherie sans qu’il soit capable de résister physiquement et idéologiquement. C’est ce qui s’est produit après la guerre de 1914-18. La bourgeoisie dans une allégresse victorieuse était toute axée vers le but principal : faire oublier aux masses la boucherie impérialiste, en prêchant le "désarmement", le "règlement pacifique des conflits avec la S.D.N.", etc...

Ce n’est pas ici le lieu de faire l’historique de l’entre-deux guerres. CE qui nous importe surtout c’est de montrer qu’après l’autre guerre, la bourgeoisie devait cacher ses rivalités d’intérêts impérialistes et montrer le visage démagogique du "désarmement". C’est du jour où la IIIe Internationale est passée définitivement dans le camp opportuniste et où la Russie est passée dans le concert capitaliste que le réarmement à outrance et la mobilisation des masses pour la guerre antifasciste fût possible.

IL A FALLU 20 ANS POUR QUE LE CAPITALISME ENGAGE A COUP SUR LA NOUVELLE GUERRE. Le coup qui fût porté par Octobre rouge 1917 fût rude et la victoire d’Octobre 1917 fût difficile à remonter pour la bourgeoisie. L’échec de la révolution, la trahison de l’I.C., l’isolement de l’URSS et sa transformation en impérialisme rapace, le passage d’une grande partie de l’Opposition dans l’opportunisme, dans le réformisme centriste SONT POUR ELLE UNE VICTOIRE PLUS GRANDE QUE CELLE D’OCTOBRE POUR LE PROLETARIAT. Le prolétariat trahi idéologiquement ne peut se remettre sur des positions de classe pouvant le conduire à de nouvelles victoires, et va de défaite en défaite.

QU’EST-CE QUI PERMET AUJOURD’HUI A LA BOURGEOISIE DE SE DIRIGER FRANCHEMENT VERS LA IIIe GUERRE IMPERIALISTE ?

En brûlant l’une après l’autre les étapes qu’elle avait mis vingt ans à franchir entre 1918 et 1930... Le prolétariat s’est exprimé avec des positions de classe contre la guerre en Italie en 1943. En Allemagne la marche forcée des "Alliés" n’avait, en 1943, pas d’autre but que d’écraser dans l’œuf tout commencement de révolte du prolétariat. La bourgeoisie craignait trop que le principal secteur industriel et névralgique ne donne le signal de la destruction du pouvoir politique étatique bourgeois, sous quelque forme que ce fût, qu’il ranime le mouvement italien déjà en sommeil et qu’il ne transforme ma mascarade de la "Libération" en un début de guerre civile.

MAIS DEPUIS LA BOURGEOISIE A SYSTEMATIQUEMENT CONTRE TOUTE REVOLTE OUVRIERE ET DENATURE IDEOLOGIQUEMENT TOUTE PRISE DE POSITION DE CLASSE DU PROLETARIAT DANS SES LUTTES REVENDICATIVES POUR EN FAIRE DES TRACTATIONS POLITIQUES D’INTERETS PROPRES EN RIVALITES INTERIMPERIALISTES.
Dans ces conditions il y a possibilité pour la bourgeoisie de mettre au premier plan ses luttes d’intérêts impérialistes puisque le prolétariat ne se fait pas facteur d’inquiétude Nø1 pour elle. De là à la guerre, il n’y a qu’un pas à faire et ce pas on est en train de le faire. La situation est très favorable pour les impérialismes. La démagogie du désarmement n’a pas eu de raison d’être après cette guerre, au contraire, on n’a fait que parler de "sécurité". Ce qui se produit en réalité, c’est après qu’un voile démagogique, qui n’a pas duré, dans une situation où la guerre n’a fait que s’estomper et changer d’antagonistes, les deux nouveaux colosses encore plus formidables que ceux de la guerre de 39-45, en viennent aux menaces ouvertes, ou déjà à la politique du fait accompli, ou qui nous mène directement à la période de PREPARATION OUVERTE A LA GUERRE. L’occupation de l’Iran par les troupes russes sont un ANSCHLUSS en miniature et en caricature, TRIESTE sera peut-être demain le DANTZIG de la prochaine guerre.

Dans la période actuelle le capitalisme s’il a opéré une VERITABLE VICTOIRE DE CORRUPTION IDEOLOGIQUE DU PROLETARIAT, sent tout de même la fragilité relative de cette victoire. La bourgeoisie se rend bien compte que la moindre expression des objectifs de classe dans le prolétariat, risquerait de lui coûter la vie. Il faut à tout prix qu’à la corruption idéologique soit jointe une coercition contre toute tendance ou expression d’émancipation de la classe ouvrière. C’est ce qui fait considérer toute tendance au sein de la bourgeoisie pour un retour au libéralisme, à la liberté de la presse et d’expression comme une atteinte à la "démocratie" (lire : au pouvoir de la classe bourgeoise capitaliste). Par exemple, en France, quand le bloc M.R.P., "Socialistes", "communistes" renvoie à sa place l’"opposition" radicale et des partis de "droite", c’est parce que ceux-ci se mêlent d’affaires où ils n’entendent plus rien, et où par leur maladresse, ils risquent de compromettre la "stabilité" gouvernementale du bloc des 3 grands partis qui imposent leur dictature à la classe ouvrière.

Quoiqu’il en soit, quand on observe les conceptions "démocratiques" des russes ou celles des américains, il n’y a de place que très rarement pour l’expression la "minorité" (libérale) de la bourgeoisie, quant au prolétariat il n’en est même pas question. Les seuls pays où, momentanément, les partis centristes (trotskystes et autres) ont droit d’expression sont l’Angleterre et les États-Unis, mais c’est sans danger pour la bourgeoisie puisqu’elle sait très bien que ce sont les secteurs les plus riches et par conséquent les plus retardataires où le prolétariat ne s’exprime pas avec des positions de classe nettes et où n’existe même pas un seul groupe avancé. Si cela se présentait, il est probable que, dans ces pays également, ils seraient éliminés. Il est également probable que la IIIe guerre impérialiste apportera un grand changement dans ce domaine, poussant à une exacerbation inconnue jusqu’alors les contrastes inter-impérialistes ; les impérialismes devront empêcher toute possibilité d’expression du prolétariat et imprimer une dictature sanglante.

Cependant tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle casse, et peut-être faut-il au prolétariat cette IIIe guerre pour qu’il donne au capitalisme la seule réponse historique capable de l’éliminer en tant que classe et système.

On a vu en 1943 que ce n’était pas nécessairement dans les pays "démocratiques" que la classe ouvrière avait rompu avec le capitalisme et la guerre, mais au contraire : la Révolution d’Octobre en Russie, les grèves de l’Italie du Nord en 1943, de même que les révoltes des "Volksturm" et les désertions de soldats de toutes les armées en 1944 malgré la présence de forces impérialistes colossales, nous prouvent qu’il y a possibilité de révoltes même et surtout dans les secteurs où la dictature de la bourgeoisie a été la plus violente, au moment où celle-ci est ébranlée par un phénomène extérieur (par exemple une défaite militaire). Mais à ce moment-là, il ne faut pas que le prolétariat se trouve seul sans PARTI DE CLASSE ou sans FRACTION REVOLUTIONNAIRE capable de le conduire dans sa lutte victorieusement.

Dans la perspective actuelle de probabilité d’une guerre impérialiste, dans un laps de temps relativement court, la tache principale des "FRACTIONS" EST D’ACQUERIR DE NOUVEAUX MILITANTS PENDANT TOUTE LA PERIODE DE REACTION QUI PRECEDE LA GUERRE ET ASSURER LA SURVIE ORGANISATIONNELLE, ET LE TRAVAIL POLITIQUE PENDANT LA GUERRE JUSQU’A L’ECLATEMENT DE MOUVEMENTS SOCIAUX.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53