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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La "stabilité" paradis perdu du capitalisme
L’Etincelle n°13 - Juillet 1946
Article mis en ligne le 4 mai 2016
dernière modification le 15 mai 2018

par ArchivesAutonomies
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L’entrée du capitalisme dans sa phase décadente se traduit par une rupture de l’équilibre économique, politique et social. Sur tous les plans de l’activité économique, sur le plan de la production proprement dite entre les diverses sphères et branches de la production, entre les divers secteurs nationaux de l’économie mondiale, comme sur le plan de l’échange du commerce mondial, du trafic maritime aussi bien que dans celui des moyens de circulation, les finances et la monnaie, le désordre ne fait que s’accroître de jour en jour.
La crise économique permanente du capitalisme ouvre une crise sociale qui, avec ses flux et reflux, ses explosions violentes, se poursuit tantôt comme un séisme généralisé ébranlant l’ensemble du monde, tantôt se localisant, s’atténuant dans un secteur pour rebondir dans un autre. Cette crise sociale ne peut être résorbée, liquidée, car elle est l’expression d’un système économique, d’une société historique dans les affres de l’agonie. Elle est à la fois de convulsions de mort de cette société et l’accomplissement, l’activation de cette mort.
La crise sociale ne peut prendre fin qu’en se développant pour atteindre ce point où en engloutissant la société bourgeoise elle libérera les forces vives qu’elle contient, forces appelées à construire une société nouvelle supérieure.

Mais la crise sociale ne suit pas un cours de développement et de progression ininterrompus. Le capitalisme peut parvenir et parvient à arrêter et à briser les premiers assauts de la révolution. Mais ce fait ne signifie nullement que le capitalisme retrouve un équilibre, ou puisse retrouver une ère de stabilisation interne.
Loin de là. L’arrêt des manifestations extérieures de la crise sociale fait apparaître encore plus nettement le processus interne de décomposition de la société capitaliste. Chaque tentative de pallier à la crise économique par la reprise de production se solde immédiatement par une destruction encore plus grande des richesses et des valeurs. Chaque tentative d’en sortir, loin d’ouvrir une issue pour le capitalisme ne fusse que passagère, ne fait qu’aggraver la situation et précipiter la catastrophe finale.
La bourgeoisie peut pour un temps parvenir à réduire le prolétariat au silence, elle peut pour un temps éliminer le prolétariat de l’arène historique en tant que force agissante, mais en y parvenant elle ne fait que s’enfoncer et avec elle toute la société, dans une confusion et un chaos inextricable.

Le capitalisme ne dirige plus ses destinées. Le gouvernail de la société qu’il détient, est faussé. Dans la tourmente sans gouvernail, prenant eau de toute part, la société capitaliste fait naufrage. La panique la plus noire s’empare de toutes les couches, de toutes les classes de la société.
A peine si l’arrêt du cauchemar de six années de massacre et de destructions a apporté un instant de répit. La guerre de 39-45 n’a apporté aucune solution, aucune perspective. La destruction massive n’appelle la reconstruction désormais impossible en régime capitaliste, mais sa continuation et la préparation plus perfectionnée, plus rationnelle, d’une nouvelle et plus grande destruction. L’insécurité du présent et de l’avenir est la seule chose apportée par la guerre. Les hommes ont une conscience aiguë de cette insécurité, aussi, les illusions sur une stabilité - illusions tant répandues au lendemain de la première guerre impérialiste - n’ont plus cours aujourd’hui.

La vie politique aujourd’hui n’est pas basée sur des programmes positifs, mais reflète essentiellement l’inquiétude et la panique qui règnent dans tous les pays. Les élections et le référendum à jet continu dans tous les pays, les changements continuels dans les équipes gouvernementales, ne sont pas simplement une tentative de réorganisation et de renforcement de l’appareil étatique, ils expriment au plus haut une prise de conscience, d’une crise politique capitaliste.
"En finir avec le provisoire...", "retour à la stabilité...", autant de jérémiades, qui sont autant de désirs impuissante et vains d’un retour au paradis perdu du capitalisme. Les souvenirs nostalgiques de son âge d’or sont la seule consolation que la bourgeoisie peut offrir à la société désemparée.Il ne reste plus de possibilité de retrouver la terre ferme et la stabilité hormis la stabilité de la destruction.

"L’après-guerre" n’est qu’un intermède provisoire jusqu’à la nouvelle guerre.
Le capitalisme est condamné à vivre et à se débattre dans le chaos du provisoire. Mais si le capitalisme ne peut sortir du provisoire, il est lui-même provisoire. La révolution prolétarienne triomphante en finissant avec le régime actuel, apportera à l’humanité la seule voie du salut. Toute recherche pour sortir de l’instabilité, du provisoire, comme le prétendait le programme électoral des staliniens et surtout des socialistes, non seulement est un programme capitaliste ayant en vue de consolider la société capitaliste ébranlée mais est un leurre, une vaste escroquerie.
Dans ce sens, l’échec des soi-disants partis ouvriers dans la campagne électorale en France et aussi dans les autres pays, loin d’être une défaite "ouvrière" infligée par les forces de la "réaction", comme le pensent les trotskystes, exprime l’absence de tout plan de reconstruction et le désarroi qui règne à l’intérieur même de la classe capitaliste.

Ce qui est vrai pour l’ensemble de la situation dans la période présente est valable aussi pour la situation de la classe ouvrière. Tous les plans d’amélioration effectifs et durables des conditions de vie des ouvriers, dans la situation du provisoire et d’instabilité générale, ne peuvent être que des phrases creuses de charlatans intéressés, ou de slogans démagogiques électoralistes.

Les trotskystes croient démasquer les staliniens et autres socialistes aux yeux des ouvriers, en présentant un programme d’action transitoire, avec les nationalisations sans indemnité ni rachat, l’échelle mobile des salaires et l’application du plan de production de la CGT. Ils croient aussi : "...faire faire L’EXPERIENCE aux ouvriers...". Mais le plus clair du résultat est que les trotskystes se font prendre eux-mêmes dans leur propre piège. Loin de démasquer les autres, ils se démasquent eux-mêmes comme des démagogues, qui appellent les ouvriers à lutter derrière eux pour un programme dans lequel eux-mêmes ne croient pas. Pour éviter ce qualificatif ils sont obligés de feindre d’y croire et à force de feindre ils finissent effectivement par se convaincre eux-mêmes de la possibilité d’apporter des améliorations substantielles aux conditions de vie des ouvriers par de bonnes réformes dans le présent.

Le rôle du trotskysme consiste aussi à entretenir des illusions dans la masse ouvrière sur la possibilité d’amélioration dans le régime capitaliste. Leur critique des socialistes et des staliniens se borne à des reproches sur leurs "défaillances" et la non application de leur programme, elle reste toute fraternelle envers ces partis de la bourgeoisie que les trotskystes continuent à proclamer des "partis de la classe ouvrière". Le faible de voix trotskystes aux dernières élections et même leurs pertes par rapport aux élections de 45 est le résultat logique de toutes leurs actions, car il est vrai (comme le disent les trotskystes) qu’on peut par de bonnes réformes apporter une amélioration, alors autant voter pour ces grands partis "ouvriers" qui par leur nombre et leur force sont susceptibles de les réaliser. Ainsi raisonne logiquement un ouvrier après avoir entendu les discours électoralistes des trotskystes, même s’il approuve en partir leurs critiques.

Ce qui caractérise tous les partis qui se prétendent "ouvriers" c’est de faire miroiter devant les yeux des masses populaires et d’entretenir les illusions sur le redressement général et les améliorations qui s’en suivraient. Cela est leur tâche spécifique. Quant aux autres ouvriers qui n’ont pas une clientèle ouvrière à satisfaire et à endormir, ceux-là n’ont pas besoin de se gargariser avec des slogans. Pour eux le provisoire est la seule réalité à laquelle il faut s’adapter définitivement.

On trompe grossièrement les ouvriers quand on leur présente des plans savants pour sortir d’une situation d’instabilité et d’insécurité qui est l’unique situation concevable pour le capitalisme décadent.
On trompe encore les ouvriers quand on veut les embarquer dans un programme transitoire assurant un développement graduel, continu, par étapes de la révolution.

Il faut mettre les masses ouvrières devant l’évidence. Et quand ces masses auront compris l’impossibilité de tout redressement, l’aggravation inévitable de la situation évoluant directement vers le déclenchement de la nouvelle guerre, alors, dépassant tous les plans "constructifs et positifs", se débarrassant de tous ces partis, elles donneront à cette situation la seule solution positive, la révolution sociale.

MARCO.




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