Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Aperçu historique du Comité Central Républicain des Vingt arrondissements de Paris
Article mis en ligne le 12 mai 2016

par ArchivesAutonomies
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Comité central républicain des Vingt arrondissements. Au soir du 4 septembre, après la proclamation de la République et la nomination du Gouvernement de la Défense nationale, la Chambre fédérale des Sociétés ouvrières réclame des élections municipales immédiates, la suppression de la police d’État, la liberté de la presse, la liberté de réunion et d’association, l’amnistie politique et la levée en masse de tous les Français. Ces mesures paraissent couramment inséparables de la proclamation de la République, et nombreux sont les Parisiens qui pensent à des organismes de surveillance populaire destinés à les garantir. L’idée se précise dès le lendemain, à l’occasion d’une réunion qui groupe quatre ou cinq cents délégués ouvriers dans la salle d’école du 3 de la rue Aumaire. On y vote en effet la résolution suivante : "Il faut organiser sur-le-champ des comités républicains dans chaque arrondissement. Chaque arrondissement déléguera quatre de ses membres pour former un Comité central." Les principaux militants de l’Internationale se pressent de réaliser ce programme. Dans les deux ou trois jours qui suivent, des comités sont mis en place dans la plupart des arrondissements sous le nom de Comités de Défense et de Vigilance, ou simplement de Comités de Vigilance, et un Comité central fonctionne aussitôt. Entre le 11 et le 13 septembre, ce Comité central est définitivement formé ; le 15, il fait placarder une affiche, qui est un véritable programme politique en quatre points : mesures de sécurité publique, subsistances et logements, défense de Paris, défense des départements.

Le premier point contient déjà une partie du programme de la Commune : "Supprimer la police telle qu’elle était constituée sous tous les gouvernements monarchiques, pour asservir les citoyens et non pour les défendre. La remettre tout entière entre les mains des municipalités élues. Nommer par quartier, dans les grandes villes, les magistrats chargés de veiller à la sécurité publique sous leur responsabilité personnelle et directe. Dissoudre tous les corps spéciaux de l’ancienne police centralisée, tels que sergents de ville, agents dits de la Sûreté publique, gardes de Paris. Confier à la Garde nationale, composée de la totalité des électeurs, et en particulier à des vétérans pris dans son sein, la mission d’assister les nouveaux magistrats de la police municipale dans l’exercice de leurs fonctions. Appliquer aux magistrats de tous ordres les deux principes de l’élection et de la responsabilité. Abroger toutes les lois restrictives, répressives et fiscales contre le droit d’écrire, de parler, de se réunir et de s’associer." Le second point développe tout un programme de réquisition et de rationnement, qui aurait évité la famine dont souffrira bientôt Paris assiégé ; les autres proposent une organisation de la défense à Paris et en province. L’affiche est signée de quarante-huit noms : ceux des premiers membres du Comité central. Il y a des blanquistes, des radicaux, des internationaux, et parmi eux pas mal de futurs membres de la Commune : Cluseret, Johannard, Lefrançais, Longuet, Malon, Pindy, Ranvier, Vaillant, Vallès.

Quatre jours plus tard, le 19 septembre, les Allemands commencent à investir Paris. Les Comités de Vigilance disposent à cette date de 230 militants, qui animent la vie politique de chaque quartier et qui contrôlent le travail des maires nommés le 7 septembre. Le Comité central réclame les élections municipales promises par le Gouvernement. Il tient, à l’Alcazar, les 20, 22 et 25 septembre, trois assemblées générales qui démontrent sa force. Il est en passe de devenir une sorte de gouvernement populaire. Sentant le danger, le Gouvernement de la Défense nationale fait circuler des informations mettant en cause certains membres du Comité central en les accusant d’avoir émargé aux fonds secrets de l’Empire. Sont visés : Briosne, Gaillard, Roullier, Vallès, Vermorel. Le Comité se proclame solidaire de tous ses membres et réclame une commission d’enquête. Les accusés ont beau être innocents, la calomnie jette le trouble, tout en faisant perdre temps et énergie à ceux qui sont obligés de se justifier. L’autorité du Comité central n’est pas encore entamée, mais elle commence à se disperser. Elle reçoit un nouveau coup le 8 octobre. Le Comité central avait lancé, pour ce jour-là, un appel à la manifestation, place de l’Hôtel de ville : il s’agissait de protester contre l’ajournement des élections municipales et de faire pression sur le Gouvernement. Au lieu des masses attendues, il ne se présenta que quelques centaines de militants. Cet échec, masqué dans les proclamations mais vivement ressenti, rendit sans doute le Comité prudent, et il ne semble pas qu’il se soit associé à l’insurrection blanquiste du 31 octobre. Le succès du Gouvernement au plébiscite du 3 novembre renforça probablement cette prudence, car il était évident qu’à l’exception des faubourgs rouges, Paris n’était pas mûr pour une révolution. Dès lors, le Comité central perd de son audience, mais renforce son organisation : il tient des séances quotidiennes pour manifester sa permanence ; il a un président élu chaque semaine et un Comité d’administration de six membres, renouvelables par tiers tous les trois mois. Les fautes du Gouvernement de la Défense nationale le renforcent en lui permettant de jouer sur les sentiments patriotiques de la population pour leur donner un sens révolutionnaire. Le Comité veille d’ailleurs à monopoliser ce rôle en prenant le contrôle de la "Ligue républicaine de Défense nationale à outrance" et en lançant le "Club central du Comité républicain socialiste des Vingt arrondissements".

A partir du 1er janvier 1871, peut-être pour se distinguer de tous les comités qu’il coiffe, peut-être pour souligner aussi sa fonction par rapport à eux, il change de nom et devient la Délégation des Vingt arrondissements de Paris. Dans la nuit du 5 au 6, cette Délégation fait placarder la fameuse Affiche Rouge (…), qui dénonce la faillite du Gouvernement et appelle à la création de la Commune. Il ne semble pas, malgré son ton tranchant, que la Délégation ait pris directement part à l’insurrection du 22 janvier. Elle participa par contre activement à la campagne électorale en présentant, conjointement avec l’Internationale et la Chambre fédérale des Sociétés ouvrières, une liste de candidats "socialistes révolutionnaires", dont quatre seulement furent élus (Gambon, Malon, Pyat, Tolain). A partir de là, son importance va décroissant au profit du Comité central de la Garde nationale, qui dispose seul d’une large base populaire. Toutefois, la Délégation, qui devait soutenir l’action du Comité central de la Garde après le 18 mars et qui devait reprendre, à partir du 23 mars, son premier nom, forma entre les élections à l’Assemblée Nationale et l’insurrection le projet le plus ambitieux et le plus nécessaire en jetant les bases d’une Délégation centrale, qui aurait doté le mouvement ouvrier du parti politique qui lui faisait défaut.
Le Comité central républicain participa activement aux élections de la Commune au Conseil de laquelle la plupart de ses candidats devaient être élus : ce qu’on oublie généralement. Une fois la Commune proclamée, et malgré des réunions toujours quotidiennes, le Comité perdit rapidement toute importance, si bien que sa dernière réunion extraordinaire, le 19 mai, passera complètement inaperçue. C’est qu’il n’est déjà plus qu’une survivance, comme si, par quelque glissement historique sur le moment imperceptible, il ne coïncidait plus avec le mouvement qu’il avait pourtant contribué de façon décisive à lancer en avant, et qui désormais l’a abandonné sur le rivage de sa propre histoire.

Texte rédigé par Bernard Noël dans le livre Dictionnaire de la Commune.




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