Le Prolétaire

Organe des revendications sociales (11ème arrondissement), 10 mai 1871 – 24 mai 1871
jeudi 12 mai 2016
par  ArchivesAutonomies

2 présentations complémentaires et quelques remarques

Prolétaire (le). "Organe des revendications sociales." Bulletin bi-hebdomadaire du Club des prolétaires, qui avait son siège dans l’église Saint-Ambroise, boulevard Voltaire (XIe arrondissement). Quatre numéros parus : n° 1, 10 mai ; n° 4, 24 mai. Une feuille grand format, cinq colonnes à la page. Prix : 5 centimes. Un article intitulé "Nos Principes" résume "ce que veut le Prolétaire : "Il place la Commune au-dessus du droit commun ; son principe est indiscutable, comme tout ce qui est vrai. Seuls ses actes et ses personnalités rentrent dans le droit de discussion. L’élu doit toujours être prêt à rendre compte de ses actes à ses électeurs, afin d’être constamment en communion d’idées et de principes avec eux. Suppression de tout privilège, de tout monopole, pour leur substituer la loi de la capacité, et afin que le travailleur puisse profiter réellement du produit de son travail. La fédération politique et la fédération sociale. Suppression complète de toute instruction congréganiste et cléricale. Instruction primaire, gratuite et obligatoire." La "Tribune des égaux" contient cette adresse aux membres du Conseil de la Commune : "Vous devez la vérité au peuple, et vous ne la lui dites pas tout entière ; ne craignez pas d’avouer un échec ou de reconnaitre une erreur ; le peuple pardonne tout, excepté le manque de franchise et la trahison ... Ne vous contentez pas de promettre au peuple l’avènement du socialisme dans le même style que les prêtres promettent à leurs adeptes les joies du paradis qu’ils ne manquent point d’ajourner au-delà du trépas." Le n° 4, qui fut le dernier journal communard imprimé à Paris, parle de victoire et assure : "La guerre juste que nous faisons doit porter au-delà des mers, dans les plis de son drapeau rouge, l’affranchissement et l’union des peuples.

Texte rédigé par Bernard Noël dans le livre Dictionnaire de la Commune.


A ce que B. Noël écrit, il nous faut ajouter d’autres éléments que nous avons trouvé dans un article consacré aux "clubs sous la Commune", paru sur le site de l’association des "Amies et Amis de la Commune de Paris - 1871", dont nous reproduisons un passage :

(…) Le Club des prolétaires est le club de la Commune le mieux connu, d’une part parce qu’il est le seul à avoir fait l’objet de documents écrits — procès-verbaux de séances, dossiers individuels de militants traduits devant le Conseil de guerre — et d’autre part parce qu’il publiait un journal, Le Prolétaire, dont quatre numéros ont paru entre le 10 et le 24 mai et sont conservés. Ce journal se présente comme "un organe de revendication sociale, afin que ceux qui ne peuvent pas s’expliquer à la tribune puissent le faire par écrit". Il ne faut pas, affirme-t-il, "laisser les membres de la Commune s’isoler de leurs mandants".
Le Club des prolétaires se réunit à l’église Saint-Ambroise qui vient d’être construite sur le boulevard du Prince Eugène, ancien nom du boulevard Voltaire. Pendant le siège de Paris, elle abrite le Club Saint-Ambroise qui donne naissance après le 18 mars et donc sous la Commune au Club des prolétaires, fondé par le maçon David, militant des sociétés ouvrières de production, membre de l’association internationale des travailleurs et blanquiste. David est entouré d’une équipe organisatrice où se retrouvent notamment des membres du sous-comité du XIe arrondissement. L’église est dévolue au culte dans la journée et occupée le soir par le club. Le club a pour vocation de "faire l’éducation du peuple par le peuple" et d’"exprimer les revendications du peuple les plus pressantes : instruction gratuite, horaires de travail allégés, salaire minimum". Il rassemble chaque soir des milliers de personnes dont un très grand nombre de femmes. Quatre mille personnes assistent à la sixième réunion. On décide alors, le 15 mai, d’ouvrir un second club à l’église Sainte-Marguerite.
La documentation disponible présente un second intérêt, celui de pouvoir mettre en parallèle les conceptions de l’équipe dirigeante et celles des citoyens de base.
L’équipe organisatrice comprend, outre David : Jean Parthenay, ébéniste ; Jacqueline, métreur vérificateur, international et blanquiste ; Baillehache, typographe ; Baux, ouvrier mécanicien et international ; Jules André, fabricant de carreaux ; Charles Lesueur, peintre ; Claudius Favre, doreur et international. Elle a en main le journal et ses membres prennent très souvent la parole, mais ils n’en ont pas le monopole. De simples participants comme l’ébéniste Sylvain, la blanchisseuse André ou la veuve Thiourt, se révèlent être d’excellents tribuns.


Quant à nous, nous remarquons que ce journal paraît dans une période où le gouvernement de la Commune est de plus en plus critiqué par ce que nous appelons aujourd’hui la "base", tous ces prolétaires dont l’histoire ne retient pas le nom "n’ayant aucune position sociale, en un mot, des gens de rien, bon à se faire tuer…" comme il est écrit dans Le Prolétaire n° 4 du 24 mai 1871. Toute une partie de la classe laborieuse pense que la Commune est "mollasse", parle beaucoup, pond des décrets à tout va, sans pour autant être exécutés fermement : " Vous n’avez agi révolutionnairement que dans les petites choses ; pour vous, la mise en scène est ce qui paraît avoir le plus d’importance dans la Révolution." (Le Prolétaire n°4 du 24 mai). Il y a d’autres témoignages qui vont dans ce sens, ainsi la citoyenne Gérard écrivait le 4 mai : "Le premier devoir d’un gouvernement est de faire exécuter ses décrets : s’il n’a pas cette fermeté, ses adversaires ne manquent pas d’exploiter cette faiblesse, et ses partisans, même les plus chauds, se démoralisent. C’est ce qui arrivent en ce moment (…). Mon cœur de citoyenne craint que la faiblesse de la Commune ne fasse avorter nos beaux projets d’avenir" [1]. Dans un autre texte daté du 28 avril 1871, adressé à un membre du Comité central, signé "un vieil hébertiste", qui s’inscrit en faux contre le gouvernement de la Commune, il est écrit : "Cela ne marche pas, citoyen, la Commune est au-dessous de sa mission, il faut y aviser au plus tôt. Ce sont les vieux errements monarchiques et parlementaires." [2]
D’où une défiance grandissante envers ce gouvernement qui en fin de compte ressemblait fort à n’importe quel gouvernement bourgeois, malgré le fait qu’il soit composé en grande partie de gens du peuple, de parfaits inconnus qui au moment du 18 mars se mirent en avant pour mener à bien l’insurrection. E. -G. Jacqueline [3] écrit : "Nous avons les maîtres en horreur, de quelque masque qu’ils osent se couvrir, et nous n’hésiterons pas à dévoiler leurs manœuvres, fussent-ils ceints d’une écharpe rouge à triple frange d’or." [4] Ce qui a amené le Club des Prolétaires, à l’instar d’autres prolétaires, à se prendre en charge, à agir "révolutionnairement" au lieu de s’en remettre à ce gouvernement qu’ils avaient appelé pourtant de tous leurs vœux quelques semaines auparavant :

"Mais, citoyens, nous avons tort de nous en prendre aux dépositaires momentanés de l’autorité populaire.
C’est à nous qu’appartient l’initiative des mesures révolutionnaires. Faisons tout par nous-mêmes, et n’attendons pas la pression du mors ou le stimulant de l’aiguillon pour nous indiquer la marche à suivre." [5]

… et que les lecteurs en tirent le meilleur !


La numérisation du Le Prolétaire a été effectuée par la BNF.


Sommaires du Le Prolétaire [6]

  • Le Prolétaire n°1 – Mercredi 10 mai 1871 GIF - 1.1 ko
    • Le Prolétaire à ses lecteurs
    • Tribune des égaux : Aux membres de la Commune
    • Où trouve-t-on de l’Argent ?
    • Prolétaire
    • Une mise en demeure
    • Notre tribune
    • La colonne de la place Vendôme
    • Des vertus républicaines
    • Avis divers : Association Internationale des Travailleurs
  • Le Prolétaire n°2 – Lundi 15 mai 1871 GIF - 1.1 ko
    • A nos lecteurs
    • Avis du Prolétaire
    • Tribune des égaux : Aux membres du club des prolétaires
    • Nos renseignements
    • Notre tribune
    • Pas de président de la République
    • Maison des frères ignorantins, rue Saint-Bernard
    • Mouvement international
    • Réponse de la France à M. Thiers
    • A la femme
    • Renseignements et avis divers
  • Le Prolétaire n°3 – Vendredi 19 mai 1871 GIF - 1.1 ko
    • Tribune des égaux : La carte de civisme
    • Décret sur les galons
    • Les brevets d’invention
    • Aux membres du club des prolétaires : Les exploiteurs de la Révolution
    • Notre tribune
    • Du suffrage universel
    • A quand la fin ?
    • Ce qui se passe dans l’arrondissement
    • Maison des frères ignorantins et de la doctrine chrétienne
    • Club Marguerite
    • Renseignement et avis divers
  • Le Prolétaire n°4 – Mercredi 24 mai 1871 GIF - 1.1 ko
    • Protestation
    • Tribune des égaux : Affichage des Décrets de la Commune
    • Notre tribune
    • Nos renseignements
    • Aux membres de la Commune
    • Aux saltimbanques de l’Assemblée
    • Du suffrage universel
    • Ce qui se passe dans l’arrondissement

[1Cité dans Les damnés de la terre, recueil de citations recueillies et présentées par Maurice Choury, Editions Tchou, 1969, page 127.

[2Cité dans Procès des communards de Jacques Rougerie, éditions Gallimard et publié in-extenso dans un texte collectif signé "des communeux", disponibles sur le site dialectical délinquents. page 127 sq.

[3La typographie de ce nom est parfois : C. -G. Jacqueline.

[4Le Prolétaire n° 2.

[5Le Prolétaire n° 3.

[6Nous avons mis en format texte 4 articles pour en rendre la lecture plus facile et en faciliter la reproduction.


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