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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Aux membres de la Commune
Le Prolétaire n°4, 24 mai 1871
Article mis en ligne le 12 mai 2016
dernière modification le 12 décembre 2017

par ArchivesAutonomies
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Extraits de la déclaration des droits de l’homme par Maximilien Robespierre.

14. Le peuple est le souverain ; le gouvernement est son ouvrage et sa propriété ; les fonctionnaires publics sont ses commis.
Le peuple peut, quand il lui plaît, changer son gouvernement et révoquer ses mandataires.

15. La loi est l’expression libre et solennelle de la volonté du peuple.

22. Tous les citoyens ont un droit égal de concourir à la nomination des mandataires du peuple à la formation de la loi.

Détrompez-vous, citoyens, si vous croyez échapper à la responsabilité qui vous incombe, en prenant des voies détournées pour ne pas donner satisfaction aux justes exigences du Peuple.
N’essayez pas d’employer les faux-fuyants.
Le Peuple a le droit et le devoir de délibérer légalement sur tous vos actes ; lui seul peut leur communiquer la majesté et l’efficacité d’une sanction qui leur fait défaut.
Jamais vous ne viendrez à bout de persuader, à des hommes doués de la moindre parcelle d’entendement, que la souveraineté du peuple est une vérité parce que, à l’exemple des Conseils d’administration des sociétés financières, il vous plaît de venir, escorté par une troupe de créatures et d’amis complaisants, faire, dans certaines réunions, l’apologie de votre conduite à l’aide d’exposés habilement préparés d’avance, et qui manquent rarement leur effet.
Pensez-vous donc que le peuple soit complétement aveugle à votre endroit !
Ne sait-il pas que votre premier acte, en prenant possession de la Commune, a été de vous attribuer une rémunération onze fois plus forte que celle des simples gardes, qui fatiguent cependant tout autant que vous, et courent pour le moins autant de dangers, sans pour cela participer aux mêmes honneurs ?
Car enfin, l’on ne peut juger des choses que par les apparences qu’elles nous présentent, et malheureusement ces apparences ne sont que trop conformes à la réalité.
L’instinct du peuple ne l’égare pas souvent : il sent confusément que vous êtes très froid pour ses intérêts quand les vôtres ne sont pas en jeu ; et que, malgré l’emphase de vos déclarations, au sujet desquelles personne ne se fait illusion, l’avenir de la Révolution vous touche médiocrement, pourvu que vous ayez vos aises et que votre amour-propre soit satisfait.
Est-ce donc l’orgueil qui vous perdra, comme il a déjà perdu les jésuites !
Vous consentiriez bien à nous octroyer quelques réformes, mais à la condition que vous seuls en auriez l’initiative et le mérite, mais à votre heure et à votre convenance et dans les occasions où votre pouvoir peut en recueillir un accroissement de popularité.
Quelques-uns d’entre vous ont de la fortune, et nous n’ignorons pas, qu’au fond, ils sont moins altérés de justice et de réformes sociales qu’on a bien voulu nous les représenter.
Les autres étaient pour la plupart pauvres, très pauvres même, à la veille de leur élection et de leur installation à la municipalité. Si elle n’a pas amélioré la situation de la République, a très certainement modifié d’une manière sensible leur condition d’existence et celle de leur famille.
Les hommes ne sont pas de bois, après tout, ni leurs femmes non plus ; et c’est pour cela que, sans nous attaquer aux individus, nous réclamons avec tant d’instance les institutions qui, seules, peuvent contraindre les corrompus et les orgueilleux à plier leurs chefs superbes sous le niveau de l’égalité.
Les fautes qui s’accumulent tous les jours fournissent déjà les éléments d’un acte d’accusation terrible contre les eunuques du 18 mars. Mais la belle avance pour la République et ses défenseurs ? Ne sommes-nous pas exactement dans la même situation qu’avant la capitulation ?
Sans être prophète, mais conduit par la logique des événements, nous avions prédit avant le mois d’octobre ce qui devait fatalement arriver à l’époque ; rien ne pouvait dessiller les yeux de nos concitoyens ; mais notre douleur n’en fut pas mois amère que si cette dernière trahison avait dû nous surprendre.
Un événement, comme il ne s’en était pas encore produit dans le cours des siècles, avait porté à la tête des affaires des hommes nouveaux.
L’armée, trahie par ses chefs, refusait de se battre contre le peuple.
Les contre-révolutionnaires étaient épouvantés.
Qu’avez-vous fait, dirons-nous aux hommes en place, de cette révolution si belle, si généreuse, qui mettait le sort de la patrie, celui de l’humanité entre vos mains, et qui devait inaugurer le règne de la justice ?
Vous avez cherché à l’accaparer à votre profit.
Si l’on vous met en demeure d’agir, vous nous parlez de réformes sociales ; et lorsqu’on vous somme de les exécuter, ces réformes, vous nous dites qu’il faut combattre, comme si l’esprit d’égalité et la propagande ne devaient pas donner plus de recrues et des recrues de meilleur aloi que la chasse aux réfractaires et la rhétorique de vos manifestes !
Vous n’avez agi révolutionnairement que dans les petites choses ; pour vous, la mise en scène est ce qui paraît avoir le plus d’importance dans la Révolution.
Aucune mesure efficace n’a été prise pour ruiner les brigands qui nous oppriment et nous assassinent, tandis que vous inquiétez vaguement diverses classes de citoyens inoffensifs qui ne demanderaient pas mieux que d’avoir un prétexte plausible pour se rattacher à la Révolution.
Un grand nombre de bourgeois feraient volontiers le sacrifice de leurs privilèges au principe de l’Egalité ; ils vous combattront jusqu’à la mort, s’ils devinent qu’il ne doit y avoir qu’une substitution de possesseurs.
Mais nous demandons peu à nos élus plus qu’il n’est en leur pouvoir de nous donner.
On ne défend avec énergie que ce que l’on aime avec passion.
Si l’on n’est pas soi-même animé du feu sacré, comment concevoir la possibilité de transmettre aux autres cette fois ardente qui transporte les montagnes, suivant la belle expression de l’apôtre Paul, et qui vous fait renoncer de gaieté de cœur à tout ce qui fait le charme de la vie pour courir au devant de la douleur et des périls ?
Ce ressort, ce point d’appui qu’invoquait Archimède pour soulever la terre, vous l’avez entre vos mains pour soulever le monde moral, et vous ne vous en servez pas !
Ce n’est point en entassant des paperasses ni en pérorant à jet continu que vous obtiendrez ce résultat.
Les moyens d’exécution ne vous manqueront pas dès que les cœurs seront à l’unisson et dussions-nous n’avoir d’autres armes que nos mains et des bâtons, je vous le dis en vérité, les Versaillais seraient bientôt réduits à l’impuissance si, puisant en nous-mêmes le secret des grandes inspirations, vous aviez le don de communiquer aux masses indécises et flottantes le saint enthousiasme de l’égalité.

C.G. Jacqueline




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