Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Chaostage ("Journées du Chaos") - Première partie : Les années 1980
On-line gesetzt am 21. November 2013

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Le terme allemand de Chaostage* (littéralement Journées du Chaos) est utilisé pour désigner des rassemblements de jeunes punks et marginaux au début des années 1980 et ce jusque dans les années 1990 en Allemagne de l’Ouest. Très décriés par les médias, les responsables politiques et policiers dans la mesure où ils donnent souvent lieu à des affrontements très violents avec les forces de l’ordre, ces phénomènes relativement spontanés et inorganisés voient rapidement se côtoyer jeunes, punks, hooligans, skinheads, fuguers et activistes de la gauche radicale.
Il est difficile de dire quand l’association entre ces rassemblements de jeunes et le terme de Chaostage est devenue effective. Il existe ainsi plusieurs précédent au fameux Chaostage de Hanovre de 1984.
La première initiative de ce genre, et dénommée comme telle, aurait eu lieu en 1983, à Hanovre, dans le land de Basse-Saxe suite à la tentative de la police locale d’interdire un concert punk. Nous disposons de peu de source mais il semble que cette désignation ait été essentiellement le fait de la presse.
Certains avancent que le terme semble avoir été utilisé pour la première fois en 1982, lors de la tentative de la municipalité de Wuppertal dans le land de Nordrhein-Westfalen, d’interdire les rassemblements de jeunes punks dans le centre-ville. Cette interdiction provoque l’effet inverse entraînant une convergence de la plupart des bandes de punks de la région vers le centre-ville de Wuppertal. En 1983, ces rassemblements prennent le nom de "Rencontres punk de Wuppertal" auxquelles participent près de 300 punks et activistes de la gauche radicale et donnent lieu à des affrontements avec les forces de l’ordre qui tentent de les disperser. En 1984, de nouveaux affrontements ont lieu mais cette fois entre punk et militants d’un côté et skinheads d’extrême droite de l’autre qui tentent de s’opposer à ce type de rassemblement.
D’autres encore, évoque un autre évènement, désigné lui aussi explicitement sous le terme de Chaostage et intervenu le 18 décembre 1982, toujours à Hanovre. Deux jours plus tôt, le 16 décembre 1982, lors d’un concert à la Kursaal de Bad Honnef , le chanteur des Dead Kennedys, Jello Biafra, aurait appelé à l’organisation d’une "Journée du Chaos" pour protester contre la répression contre la scène punk locale et plus particulièrement contre la mise en place par la police du Punker-Kartei, un système de fichage des punks et des skinheads (Écouter l’appel de Jello Biafra). Les 800 jeunes, dont une grande majorité de punks qui se rassemblent à Kröpcke pour participé aux Chaostage de 1982 à Hanovre sont sévèrement réprimé par la police. Cette dernière organise, pendant plusieurs jours, une véritable chasse aux marginaux et aux punks dans le centre-ville.

En avril 1983, un nouvel appel pour des Chaostage est lancé à l’initiative de la scène punk et skinhead de Hanovre. Si le relatif apolitisme de la scène locale de l’époque est critiqué par certains, en particulier au sein de la gauche radicale, ces rencontres, baptisée "Punk-und Skin-Treffens" (littéralement "Rencontre des Punks et des Peaux") sont placés sous le signe de l’opposition aux "nazis du gouvernement" et aux "bons citoyens".
Le 1er juin 1983, près de 500 punks et skinheads se rassemblent devant la gare de Hanovre avant d’être dispersés par la police.

Dans la soirée, un concert au Jugendzentrum situé dans la Kornstraße accueille près de 1000 punks et skinheads.

À la fin du concert, un groupe de "boneheads" (surnom des skinheads d’extrême droite, littéralement "tête d’os"), dont certains sont venus d’Hambourg et de Berlin, tente d’attaquer le concert mais il est repoussé. La police intervient, après avoir protéger la retraite des boneheads, déclencheant de très violents affrontements. Plusieurs magasins sont pillés par les émeutiers.

Le 2 juin, de plus en plus de punks et de skinheads convergent à Hanovre (entre 1500 et 2000 selon les sources). La présence de boneheads parmi les skinheads débouchent sur des bagarres entre skins et punks aux alentours de la gare et sur l’itinéraire menant au Jugendzentrum de la Kornstraße.

Ces affrontements entraîne le départ des boneheads.
Le 3 juin, les skins et les punks commencent à se disperser. Ceux qui convergent vers la gare pour prendre le train doivent faire face aux attaques de la police et des néo-nazis ainsi qu’à des bandes payés par des propriétaires de boîtes de nuits. Plusieurs skinheads et punks sont grièvement blessés au cours de ces affrontements.
Le 17 décembre 1983, à Hanovre, est organisé le premier "Weihnachts-Pogo" ("Pogo de Noël") qui rassemble près de 150 punks lors d’un concert. Malgré son déroulement pacifique, la fête est interrompue par la police qui procède à de nombreuses arrestations.

Au début de l’année 1984, un énigmatique "Internationaler Punk-Rat" (Conseil punk international) appel à la tenue d’un Chaostage à Hanovre. Suite aux affrontements ayant eu lieu avec des boneheads et des militants d’extrême droite, il est baptisé "Chaos-Tage gegen die braune Pest!" (Journées du chaos contre la peste brune). Pour la première fois, l’appel est relayé jusqu’à l’étranger. Ainsi au États-Unis, le fanzine "Maximum RocknRoll" se fait l’écho de l’appel du "Internationaler Punk-Rat".
Le 3 août, début une nouvelle série de Chaostage à Hanovre. Comme l’année précédent, plusieurs centaines de punks et quelques skinheads se rassemblent devant la gare. Les premiers affrontements avec les boneheads et les militants d’extrême droite éclatent rapidement, les forces de l’ordre cherchant à disperser les deux camps.
Le 4 juin, environ 2000 punks se rassemblent place de l’Opéra. La police est omniprésente et multiplie les contrôles. Les ceinture cloutées et les vestes en cuir sont arbitrairement saisies, les récalcitrants étant systématiquement arrêtés. Les punks se rendent dans la soirée au Jugendzentrum de Glocksee où doit avoir lieu un concert organisé par les "Antifaschistischen Bündnis" (Alliance antifasciste). Sur le parcours menant au concert, un bref et violent affrontement oppose punks et boneheads.
Le concert se déroule sans problème jusqu’à deux heures du matin. Les forces de l’ordre tentent alors d’intervenir après que plusieurs voitures aient été mise en travers de la chaussée et incendiées. Pendant près d’une heure, près de 1500 punks et activistes de la gauche radicale tiennent tête aux forces de l’ordre. Acculés par les policiers dans la cour du Jugendzentrum de Glocksee, les punks cèdent à la panique détruisant une partie des lieux. Le lendemain, la plupart des punks commencent à se disperser. Une forte présence policière permet d’éviter que les affrontements entre boneheads et milices des patrons de boîtes de nuit se produisent à nouveau.
Pour la grande majorité de la scène, ces Chaostage de 1984 sont un échec et débouche sur une prise de conscience sur l’isolement du phénomène. Il se produit alors un déclin de la scène punk, celle-ci se retrouve réduite à quelques centaines de personnes qui se baptisent eux-mêmes "Hardcore"-Szene.
En 1989, un vague projet d’"Internationale Chaostage" est planifié mais ils ne sont que 150 à 200 punks à se rassembler à nouveau à Hanovre en août.
Dans les années 1980, de nombreux rassemblements similaires, baptisés eux aussi de Chaostage, de plus ou moins grande taille, sont organisés dans d’autres villes. Par exemple, en 1987 à Lübbecke, dans la land de Nordrhein-Westfalen, pendant le deuxième week-end d’août, environ 1000 punks venus d’Allemagne, des Pays-Bas, de Belgique et d’Angleterre participent à une fête sans provoquer d’incidents.




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