Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le mouvement social
Revision n°1 - Février 1938
Article mis en ligne le 6 juillet 2016
dernière modification le 4 septembre 2017

par ArchivesAutonomies
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Le Parti Socialiste S.F.I.O.

Dans le parti socialiste, l’événement important de ces dernières semaines est la rupture, au moins temporaire, des pourparlers d’unification avec le P.C. On sait que le motif avoué de cette rupture est un article de Dimitrov, reproduit avec grand tapage par la presse stalinienne, où les leaders de la social-démocratie internationale sont traités de complices du fascisme, et où le secrétaire de l’I.C. déclare, une fois de plus, que l’unité politique ne peut se faire que si ses participants s’engagent à professer vis-à-vis de l’U.R.S.S. une admiration sans réserve.

Cette décision des sommets du Parti a été acceptée par la base sans résistance, ni mécontentement. Seul Zyromski s’est dressé contre elle, et il est — même au sein de sa propre tendance — à peu près complètement isolé. Les raisons de cette hostilité presque unanime des socialistes au stalinisme sont de deux ordres.

En premier lieu, les communistes ont fatigué les militants socialistes avec leurs appels obstinés à l’Union sacrée baptisée Front des Français, leurs œillades au "frère catholique", leur bellicisme et leur chauvinisme patents. En outre, les procès, arrestations, limogeages, exécutions en cascades, la politique de l’I.C. en Espagne, ont montré à beaucoup l’U.R.S.S. dans sa nudité, c’est-à-dire dans l’ignominie de son régime. En ce sens, l’antistalinisme de la base social-démocrate est un sentiment sain.

Il est malheureusement sûr que la décision de rupture n’a pas été déterminée principalement par ce sentiment. Par certains aspects de son activité, le parti communiste reste encore, en effet, plus "à gauche" que les socialistes aux yeux de l’homme de la rue. Son refus de participer au gouvernement, sa surenchère à propos de la retraite des vieux, des traitements des fonctionnaires, de l’aide à "l’Espagne républicaine" gênent et irritent les réformistes classiques empêtrés dans la collaboration au ministère Chautemps.

Le texte de la résolution de la C.A.P., où sont indiquées les raisons de la rupture, attaque, précisément, ce qu’au milieu d’insanités sans nombre, le texte de Dimitrov contient de justifié, à savoir sa critique du réformisme. Pas un mot sur la préparation de l’Union Sacrée et de la croisade démocratique par Moscou. En effet, sur ces questions sociaux-démocrates et staliniens sont d’accord, et ne divergent que par des nuances de pensée et surtout d’expression.

La "gauche révolutionnaire" du P.S. vient, une fois de plus, de montrer, par son attitude la contradiction persistante qui oppose en son sein les éléments réellement révolutionnaires et le noyau de politiciens francs-maçons à qui la direction de la tendance appartient tout entière. Les premiers voulaient, en effet, prendre le taureau par les cornes, et dire hautement ce qu’ils savaient de la nature de l’État russe et du rôle anti-ouvrier joué par les partis communistes. Les autres ont préféré prendre une position incertaine et équivoque, s’associant par leur vote aux criailleries offensées de la C.A.P. mise en face des responsabilités de la social-démocratie dans les grandes défaites ouvrières des dernières années, mais continuant, en même temps, à prôner l’unité dans le vague et de manière à perpétuer les espoirs que beaucoup de travailleurs ont mis dans l’action bolcheviste. Une fois de plus, la gauche révolutionnaire a failli à remplir le rôle qu’elle s’est assignée.

J.R.

Le P.C.F.

Le Congrès d’Arles est peut-être le plus frappant exemple de la politique de camouflage du Parti Communiste. Ce congrès qui, selon Maurice Thorez, avait pour objet d’augmenter « -le bonheur et la grandeur de la France", n’a pas été autre chose qu’un ensemble de discours tenus par quelques chefs du Parti et applaudis par 1.200 délégués.

L’aspect général du congrès était bien celui d’un congrès réformiste. On était fier d’être Français et heureux de vivre dans une démocratie presque aussi parfaite que celle de l’U.R.S.S. Les chefs se donnèrent beaucoup de peine pour persuader l’ouvrier qu’il est parfaitement heureux, et qu’il a toutes les raisons de l’être.

On traitait sur un même plan des questions d’une importance négligeable. Marcel Gitton a pu parler pendant des heures de la grande famille des communistes, de la nécessité de la bonne santé des militants. Il a déclaré que le parti communiste est le parti « des humbles", ce qui n’est point flatteur pour un parti qui prétend encore être celui de la défense des intérêts de la classe ouvrière.

Les chefs du P. C. regrettaient que le programme du Front populaire ne fût pas totalement appliqué. Ils profitaient de cette occasion pour adresser des reproches aux ministres socialistes. D’autre part, on se réjouissait des grands progrès de la France depuis le gouvernement Front Populaire. Entre autres, on se félicitait de l’augmentation des prix de vente du blé, du lait et du beurre, qui permettra aux paysans de réaliser des bénéfices supérieurs. Or, une semaine auparavant, un article, intitulé « Mamans françaises, défendez-vous contre l’augmentation du prix du lait", paraissait dans l’« Huma". Ceci, ainsi que la main tendue, est significatif de cette politique de recrutement dans tous les sens, qui explique, en grande partie, les actions du P. C.

Duclos parlait unité, et semblait regretter le refus du P.C. Or, nous savons que, lors des discussions sur l’Unité, l’« Huma" publia un article de Dimitrov, écrit dans le style de jadis, sur le rôle de la social-démocratie. La C.A.P. refusa, alors, de continuer les négociations. En réponse, les communistes diffusèrent l’article de Dimitrov en tracts, et la période des disputes recommença. Les Staliniens ayant rendu presque impossible cette unité, ils font de graves reproches aux dirigeants socialistes tout cela, évidemment, dans le but de gagner les militants socialistes. Il faut, aussi, se rappeler l’activité du P.C. en face des dernières grèves. Il semble que le P.C. ait pris une part active à l’organisation de ces grèves. En tout cas, il salua la grève et se déclara solidaire des grévistes, alors que le « Populaire" fit le contraire.
Il faut avouer que cette politique est extrêmement adroite. Le Parti Communiste semble plus révolutionnaire que le P.S., et c’est grâce à cette politique que la majorité des ouvriers révolutionnaires se trouve encore dans le Parti Communiste.

G.J.

Le Syndicalisme

Ce sont les efforts déployés par les staliniens français dans le mouvement syndical pour y développer leur influence qui donneront la matière de ces notes.

Le fait qui demeure le plus important est le voyage que fit, à Moscou, Léon Jouhaux. Il était mandaté par le bureau de la Fédération Syndicale Internationale, ainsi que W. Schevenels et Stolz, secrétaire général et secrétaire adjoint, pour y discuter les conditions d’affiliation des syndicats soviétiques à la F.S.I. Un communiqué du 28 novembre annonça la signature d’un accord réglant les conditions d’affiliation ultérieure entre les divers délégués. De retour à Paris, Jouhaux fit une déclaration dans laquelle il se félicitait des résultats obtenus, mais se refusa à les divulguer, le bureau de la F.S.I. devant les examiner prochainement. Et le silence s’établit autour de cette affaire.

Il fut rompu d’une manière désagréable pour les bonzes syndicaux. Le Matin reproduisit un article de Maurice Chambelland, dans la Révolution Prolétarienne du 10 décembre 1937. Chambelland y disait ses craintes et dénonçait une manœuvre vraisemblable. Après l’entrée des syndicats russes dans la F.S.I., sir Walter Citrine, antistalinien notoire, serait débarqué de la présidence, le vice-président Jouhaux prendrait sa place et Racamond deviendrait secrétaire général de la C.G.T. C’était, dans ces conditions, la concrétisation solennelle de la mainmise des staliniens sur le mouvement syndical et l’asservissement de ce dernier à la politique internationale de l’U.R.S.S. Nous verrons, plus loin, par les conditions posées, que Chambelland avait touché juste sur l’esprit des négociations.

Le "général", dans un leader du Peuple, cria au roman-policier, affirma qu’il ne songerait à quitter ses fonctions qu’en cas de non-renouvellement de son mandat, mais ne souffla mot, cette fois encore, des conditions d’affiliation. C’est seulement ces jours-ci que le bureau de la F.S.I. se réunit pour les examiner. "Après avoir entendu et discuté le rapport de la délégation envoyée à Moscou", il rejetait l’affiliation des syndicats russes sévèrement. Il jugea, en effet, "impossible l’acceptation" des conditions et il demanda aux organisations dépendantes de la F.S.I. de faire connaître leur opinion, "si cela était leur désir". Sans plus de cérémonie.

Un communiqué de la F.S.I. nous révèle, enfin, les fameuses propositions :

Elles sont de deux ordres : d’une part, intensification de la lutte contre la guerre et le fascisme, boycottage des pays fascistes agresseurs : Allemagne, Italie, Japon ; aide effective à l’Espagne et à la Chine et, d’autre part, contribution à l’unité syndicale dans les pays où elle n’est pas encore réalisée. Mais, aussi, les syndicats russes demandaient : la réunion extraordinaire d’un Congrès de la F.S.I. avec participation des délégués syndicaux soviétiques ; nomination de trois présidents dont un représentant soviétique ; l’un des secrétaires généraux devrait aussi être un représentant des syndicats russes. Enfin, les syndicats soviétiques devaient recevoir l’assurance que les millions de francs provenant de la centrale syndicale russe ne pourraient servir à une propagande contre l’U.R.S.S. et le mouvement syndical de ce pays.

Nous n’ajouterons rien, sinon que le Peuple, organe confédéral, n’a pas encore trouvé la place pour publier, au 25 janvier, le communiqué de la F.S.I.

* * * * *

Signalons aussi que les négociations conduites par Jouhaux, toujours mandaté par la F.S.I., en compagnie de sir Walter Citrine et de Schevenels, en vue de la réunification de l’U.G.T. espagnole ont abouti. Sous l’inspiration directe de Jouhaux et sur sa proposition, la tendance stalinienne, dirigée par Gonzales Pena, qui s’était emparée de la Commission exécutive de l’U.G.T., malgré la minorité de travailleurs qu’elle représente, l’a emporté. La Commission exécutive, composée de 11 membres, demeure ; on y ajoute seulement quatre membres appartenant à la tendance de Largo Cabellero.

* * * * *

Si le Peuple ne trouve pas de place pour publier le communiqué de la F.S.I., il publiait, le 20 janvier, sous la signature d’Henry Raynaud, un manifeste de l’Union des Syndicats ouvriers de la région parisienne "demandant la réunion d’un Congrès du Front Populaire".

Après avoir exposé la chute du cabinet Chautemps et stigmatisé "le rejet des communistes de la majorité parlementaire", Henry Raynaud écrivait :

"De deux choses l’une, ou la réglementation de l’embauchage et du débauchage et l’application de l’échelle mobile des salaires seront le fait de lois établies par le gouvernement et le Parlement, précédées ou non d’accords signés entre les deux parties essentiellement intéressées, la C.G.T. et la C.G.P.F. ; ou bien, en dehors du gouvernement déficient, les travailleurs seront appelés à chercher, par leurs propres moyens, par leur propre action, la possibilité de l’obtenir directement du patronat.
De ce dilemme, aucun gouvernement ne pourra sortir".

Délaissant la seconde solution, Henry Raynaud proposait la première et réclamait "la réalisation d’un Grand Congrès du F.P. dont les répercussions et les conséquences seraient considérables".

La ficelle est grosse. La seule conséquence de ce Congrès, dans lequel les masses ouvrières auraient la majorité serait la revalorisation du P.C., son reclassement dans la « majorité parlementaire". Quand les syndiqués comprendront-ils que, sous prétexte d’action revendicative, ils servent les intérêts de certains politiciens ? Quand signifieront-ils nettement à ces syndicalistes nouveau style qu’ils entendent désormais demeurer étrangers aux entourloupettes et aux crocs-en-jambe parlementaires ?

* * * * *

Un organe syndicaliste révolutionnaire bi-mensuel, le Réveil syndicaliste, vient de se créer. Il s’opposera, dans la C.G.T., aux organes réformiste et stalinien : Syndicats et la Vie Ouvrière.

R.D.




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