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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La sécurisation
{Lutte de Classe}, Mars 1972, p. 19-21.
Article mis en ligne le 13 novembre 2013

par ArchivesAutonomies
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Le besoin absolu de se sentir sécurisé, c’est-à-dire la peur d’être isolé et de n’avoir pas une "masse" et des dirigeants avec soi est un trait fondamental de l’idéologie du mouvement lycéen.
Le lycéen qui "milite" contre la répression au lycée est caractéristique de cette peur de se retrouver seul, tant physiquement que politiquement, c’est-à-dire que dans un premier temps la peur de l’isolement conduit le lycéen à séparer la "tactique" de l’estimation politique des faits. Il ne saurait en être autrement vu que théoriquement le mouvement devrait se polariser dans la contestation du système capitaliste, contestation qui nécessite une méthode d’analyse. Le lycéen ne possédant généralement pas de méthode d’analyse dialectique, ses positions "politiques" et "tactiques" sont toujours relatives, nécessité étant de faire un conglomérat de ce "qu’il y a de bon" chez l’un et chez l’autre. L’ultra-incohérence qui en résulte explique la reproduction de schémas bourgeois au sein même de la "lutte" et pour une part la peur de l’isolement et les concessions.
Les représentations du mouvement lycéen-comités de lutte (étroitement inspirées de la Sainte Famille gauchiste) sont issues de ce besoin de sécurisation. De même les concepts de respectabilité et de responsabilité du mouvement et des revendications, sont significatifs de l’état d’esprit lycéen "sérieux".
Voici la fin d’un tract du Comité de Lutte Interlycées (Circulaire Guichard, décembre 1971) :

Les adultes comprennent mal le mouvement lycéen. Ils n’y voient qu’un immense chahut. Ils se trompent : les lycéens prennent leurs responsabilités, de nombreux professeurs nous soutiennent. Le soutien de toute la population nous est indispensable pour gagner.

Ce chef-d’œuvre constitue l’orgasme des lycéens. Avec le soutien des bonnes gens sensées ON GAGNE. Rappelez-vous l’affaire Guiot : on avait les parents, les profs, les syndicats, la presse et même l’UNCAL... ON A GAGNÉ ! ON A CRIÉ "VICTOIRE" EN PREMIERE PAGE DU CANARD !!
L’union a fait la force : peu importe avec qui, bourgeois, staliniens, DUCON son cousin, Y’AVAIT DU MONDE. REMISE EN QUESTION DU CAPITAL ? PAS FOU, NON ????
La séparation entre les critères tactiques et les analyses politiques, stimule le concept de "force" affirme le mouvement sur la base petite-bourgeoise et réformiste qui est la sienne.
Négation des bases virtuelles du mouvement : en effet, la contestation est refoulée au profit du "mouvement de masse" pour "Libérez Dupont !" ou pour "Guichard Salaud !". Ce refoulement bénéficie des nécessaires alliances des réactionnaires tels que les stals, réformistes, parents, syndicats.
Refuge derrière les leaderillons : l’analyse relative du mouvement pousse celui-ci à se réfugier sous la cape protectrice des chefaillons qui s’imposent à lui ou qu’il se donne. Les groupes « d’avant-garde » sont généralement présents pour cette besogne conforme à leurs objectifs de recrutement. Le point de référence du lycéen est le SAVOIR ou la TACTIQUE d’un tel comité de lutte, devenant comité MACHIN.
La monotonie et la similitude ("La Responsabilité") des mots d’ordre et des formes de lutte qui s’expliquent par la profonde pénétration en milieu lycéen des schémas idéologiques bourgeois. La SÉCURISATION dont il est question n’est que le logique résultat des bases mêmes du mouvement.
L’incapacité à se donner des formes de lutte non aliénantes et à se détacher de l’idéologie bourgeoise et de toute forme d’idéologie, est le résultat de la nature du mouvement :
La lutte contre la discipline, contre la répression, entraîne le rejet des objectifs prolétariens et la lycéanisation du conflit.

La MASSE lycéenne ne lutte pas contre le Capital-la-cause mais contre la répression, la discipline-les-effets.
D’ailleurs, comment les lycéens pourront-ils effacer leur réformisme s’ils s’en tiennent à ce que le groupe "Révolution" dit dans un bulletin spécial :

"IL S’AGIT DE SE FAIRE DES AMIS

c’est-à-dire d’obtenir du "peuple" ( ????) un "soutien à la lutte des lycéens" ALORS QUE C’EST PRÉCISEMENT L’INVERSE - soutien et participation à la lutte du prolétariat - QUI CONSTITUE LA SEULE PERSPECTIVE DU MOUVEMENT ET SURTOUT SON DÉPASSEMENT.
Certes on peut être très sceptique lorsqu’on lit dans la même brochure :

LES GROUPES QUI SUBSISTENT DANS LES LYCÉES APPELLENT CARRÉMENT À "SORTIR DU LYCÉE" ET MOBILISENT EN PRIORITÉ LES MILITANTS SUR DES PROBLÈMES LOINTAINS.

Achevé déprimé janvier 1972




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