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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Les travailleurs annamites trahis par leurs chefs
L’Internationaliste n° 2 - Octobre 1946
Article mis en ligne le 4 septembre 2016
dernière modification le 15 mai 2018

par ArchivesAutonomies
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Le 25 avril 1946, une "adresse aux délégués du gouvernement de la République du Viêt-Nam" signée par la IV° Internationale, saluait comme un succès l’accord du 6 mars conclu par le gouvernement français et Ho-Chi-Minh, en disant : "Le gouvernement français a dû battre en retraite et signer avec le gouvernement Ho-Chi-Minh l’accord du 6 mars denier."

En fait de retraite du gouvernement français, ce n’était qu’une manœuvre qui permit aux troupes françaises de pénétrer dans les territoires occupés par les rebelles, sous le prétexte d’une coopération future entre la France et la République du Viêt-Nam.

Depuis, nous avons vu que le gouvernement français, fidèle défenseur des intérêts de l’impérialisme, ne voulait rien lâcher (même d’un gouvernement annamite bourgeois) ; nous avons vu l’échec de la conférence de Fontainebleau et finalement la capitulation de Ho-Chi-Minh acceptant les conditions du "socialiste" impérialiste Marius Moutet.

En réalité ce sont les révolutionnaires annamites qui ont été trahis, pour le reste les bourgeois annamites se sont "arrangés" avec une bourgeoisie plus forte.

Dans un pays colonial tel que l’Indochine où les tendances nationalistes sont exacerbées par un asservissement sans merci, par une exploitation atroce de la part des colons, par les châtiments corporels et l’esclavage de fait, le colon français apparaît non seulement comme un ennemi national mais comme un ennemi de classe : c’est lui le capitaliste.

Dans l’esprit des travailleurs la lutte pour la libération du joug colonial est également la lutte contre l’exploitation capitaliste.

Toutefois, l’Indochine n’est pas uniquement composée de coolies. Quoique très faible, y existe une bourgeoisie terrienne et administrative. Il y a des intellectuels qui possèdent une formation acquise dans les universités européennes.

Ces couches bourgeoises, et une partie de ces intellectuels, veulent se libérer de l’occupation coloniale, non seulement pour acquérir une liberté formelle, mais surtout pour mettre en valeur leur pays à leur profit, sur une base capitaliste. Cette bourgeoisie très faible ne peut prendre le pouvoir qu’avec l’appui des couches travailleuses, mais une fois au pouvoir elle ne peut s’y maintenir que si elle possède une force militaire suffisante pour consolider leurs privilèges contre les travailleurs qui voudraient aller plus loin. C’est pourquoi elle est allée chercher cette force là où elle existe, en Indochine : c’est-à-dire chez son ennemie d’hier ; dans l’armée coloniale de l’impérialisme français, avec lequel elle signa un compromis.

Les révolutionnaires annamites qui ont cru bien faire en acceptant de combattre pour les objectifs bourgeois ont été trahis, puis combattus par ces mêmes bourgeois, comme on le voit actuellement. En effet, les troupes régulières du Viêt-Nam réduisent actuellement les groupes révolutionnaires aux côtés des troupes coloniales françaises.

On pourrait peut-être objecter que Ho-Chi-Minh n’est pas un bourgeois mais un membre de feue la "III° Internationale". Mais il faut alors comprendre que les intérêts de la Russie stalinienne sont aujourd’hui liés à ceux de la bourgeoisie en général chaque fois qu’il s’agit d’empêcher des mouvements révolutionnaires prolétariens. Il ne faut pas oublier que les partis "communistes" sont maintenant dans le monde entier les meilleurs défenseurs de la paix sociale.

C’est pour ces raisons que nous devons dénoncer le mot d’ordre de la "IV° Internationale" trotskyste qui a affirmé à plusieurs reprises, dans des textes spéciaux pour les annamites (tels l’adresse du 25 avril) et également dans la "La Vérité", son soutien au gouvernement Ho-Chi-Minh. Dans l’"adresse du 25 avril" les trotskystes envoient leurs "souhaits de bienvenue" au gouvernement de Ho-Chi-Minh, dans plusieurs numéros de leur organe ils ont appelé les travailleurs annamites à rallier le drapeau de ce gouvernement. Et ceci alors qu’existaient encore des groupes révolutionnaires annamites ; tels les bataillons "Camp-Tu".

Il faut en finir avec ce leurre du "droit d’un peuple colonial à disposer de lui-même" lorsque l"’indépendance totale" qu’il réclame, il compte la conquérir en soutenant sa propre bourgeoisie.

En vérité, les forces révolutionnaires ne doivent jamais pactiser avec la bourgeoisie. Aux colonies comme ailleurs, seule l’action révolutionnaire autonome du prolétariat et des couches exploitées pourra réaliser la seule libération qui puisse exister : la révolution socialiste.

Duval.




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