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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le massacre continue… l’Etat français mène la guerre totale en Indo-Chine
L’Internationaliste n° 4 - 1er Janvier 1947
Article mis en ligne le 4 septembre 2016
dernière modification le 15 mai 2018

par ArchivesAutonomies
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Chaque jour nous a apporté de nouveaux détails sur ce que la "bonne presse" de "l’Huma" à "l’Epoque", appelle "le rétablissement de l’influence séculaire de la France en Extrême-Orient".

Les bombardements, les mitraillades, exécutions sommaires, indiquaient clairement que le rétablissement de cette influence se heurtait à de sérieuses difficultés.

Les accords de septembre avaient essentiellement servi aux impérialistes français à renforcer leurs positions, à amener des renforts, à essayer d’étendre la maigre influence de leur gouvernement "Quisling" de Cochinchine, tout en multipliant les manifestations pacifistes, les déclarations d’amitié et les protestations contre les "déloyautés" perpétuelles du Viêt-Nam. Cela avait bien réussi puisque "la lâche agression" des Viet-Namiens, munis de vieux canons de 75, a trouvé la riposte que l’on sait de la part des éléments français, estimés à plus de 80.000 hommes et munis des plus modernes engins de destruction.

Maintenant la guerre est là, brutale, "totale" comme le constate sans déplaisir la "Dépêche" radicale. La guerre fait rage autour de Hanoï, tandis que les renforts pour le front s’embarquent dans les ports algériens et français. Certains journaux patriote commencent à évaluer combien "nous" coûterait la reconquête de l’Indochine.

* * * * *

La guerre n’avait, en réalité, jamais complètement cessé en Indochine. Toutes les patenôtres du défroqué d’Argenlieu, toute l’astuce du socialiste Moutet, toutes les somptueuses réceptions offertes à Ho-Chi-Minh et sa camarilla, n’étaient en fait destinées qu’à mieux camoufler les préparatifs militaires qui ont abouti à la recrudescence des combats.

Aujourd’hui, les missionnaires casqués, les généraux démocrates emploient là-bas les mêmes méthodes qui firent la renommée des S.S. à Oradour-sur-Glane. Ils ressuscitent dignement les exploits de leurs prédécesseurs en Indochine ; ceux qui s’illustrèrent à Yen-Bay, qui peuplèrent Poulo-Condor de bagnards et firent couler pendant tant d’années un fleuve de sang en Extrême-Orient.

Tout cela au nom des "grands principes éternels de 89" et "pour protéger un peuple qui ne sait pas encore vivre…", comme le dit cyniquement "La Dépêche de Paris", en réalité pour la défense des intérêts des charbonniers de Hong-Gay, des planteurs de caoutchouc, des multiples congrégations économiques mettant le pays en coupe réglée par l’intermédiaire de cette fameuse Banque d’Indochine, état-major de la mafia économique où convergent tous les intérêts capitalistes.

* * * * *

Unanime, l’Assemblée nationale a adopté un texte glorifiant les soldats français qui se font tuer pour la Banque d’Indochine, Unanime encore, elle a ajourné toute interpellation pour que Moutet puisse parler au nom d’une Assemblée unie et homogène. Unanime, elle a approuvé les déclarations ronflantes d’un Blum, proclamant des intentions pacifiques mais aussi affirmant sa volonté de ne pas céder d’un pouce.

Pendant ce temps Leclerc part en Indochine et Philipp affirme qu’il ne restera sourd à aucune demande de crédits présentée par son acolyte Le Troquer pour les nécessités militaires en Indochine.

En même temps, "Le Monde" et "L’Epoque", suivis par d’autres journaux, signalent la présence d’éléments osant parler de colonialisme et d’impérialisme français, critiquant et sabotant la politique du gouvernement.

Il est certain que contre ces éléments, la répression se déclenchera par dessus toutes les balivernes démocraties que la "liberté d’opinion et d’expression".

Le 13 décembre, ce sont par centaine que les travailleurs parisiens et coloniaux, convoquées par le P.C.I. à Wagram, se sont fait assommer par la police du socialiste Depreux. On enregistre des symptômes de raidissement policier vis-à-vis des organisations révolutionnaires ou simplement non-conformistes.

Quant à nous, notre position est claire. Nous savons que si les menées française en Indochine relèvent des plus bas appétits d’exploitation colonialiste, celles des dirigeants bourgeois du Viet-Minh n’ont certainement rien à voir avec les intérêts des travailleurs indochinois. Ces dirigeants ont été et seront encore prêts à toutes les capitulations et compromis avec les impérialistes français ou avec d’autres impérialistes qui leur offriront de meilleures conditions d’accord. Car leur but est un but purement nationaliste : il s’agit pour eux de procéder à un aménagement politique et économique qui élève l’Indochine au rang des pays capitalistes modernes. Cette prétention qui, à l’époque actuelle de crise mondiale capitaliste, ne peut être qu’illusoire, ne représenterait pas, en cas de triomphe, une amélioration quelconque du sort des masses exploitées indochinoises. Pour celles-ci il y aurait, tout simplement un changement de maîtres.

Nous savons qu’aujourd’hui les travailleurs annamites qui combattent dans les rangs du Viet-Minh n’ont pas conscience de ce fait, qu’ils s’imaginent combattre pour une libération qui serait, en fait, leur propre libération sociale. Mais les combattants ouvriers de la résistance contre les Allemands ne s’imaginaient pas autre chose. Ils ont été vite désillusionnés quand la victoire alliée est venue.

Mais si nous savons cela, nous ne cesserons pas pour autant de dénoncer aux travailleurs français, l’entreprise de tuerie, d’assassinat et de brigandage que nos colonialistes ont entrepris en Indochine.

Blum, soutenu par Thorez-Schumann-Herriot et Ramarony succède à Thorez-Bidault-Gouin soutenus par les mêmes. Rien n’est changé et les projets et bilans du Gouvernement montrent clairement que la classe ouvrière va voir son sort misérable s’aggraver. La guerre d’Indochine signifiera l’aggravation de la situation actuelle, l’ouverture d’un gouffre béant où disparaîtront les richesses produites par les travailleurs. Cela signifie un renforcement de l’autorité des militaires et des policiers. Cela signifie que les jeunes travailleurs français iront s’entretuer avec les paysans du Viêt-Nam pour la plus grande gloire et le plus grand profit des capitaux français. Fait plus grave : cela signifiera que les ouvriers français acceptent la guerre contre le Viêt-Nam ; ils accepteront demain la guerre pour les brigandages de Staline ou de Truman !

Seule la reprise de la lutte de classes en France et dans les colonies, l’union fraternelle des ouvriers français et coloniaux dans cette lutte, l’opposition implacable au gouvernement Blum et ses complices staliniens et bourgeois fera reculer la guerre.

Camille. [1]

Notes :

[1NdE : Il s’agit de Pierre Lanneret.




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