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Biographie de Gaston Davoust (1904-1984)
Article mis en ligne le 4 septembre 2016
dernière modification le 15 septembre 2016

par ArchivesAutonomies
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DAVOUST (Gaston, Emile), dit HENRY CHAZÉ (lieu de sa naissance), ingénieur : né le 23 février 1904 à Chazé-Henry (Maine-et-Loire), Gaston Davoust était le fils d’un père cheminot et d’une mère culottière-giletière, il s’immergea très jeune dans la marmite bouillonnante de la politique. À l’âge de 9 ans, en juillet 1913, il assista avec son frère, son père et sa mère à un meeting, où Jaurès dont il "ne voyait de son visage que sa barbe qui s’agitait" tonnait contre la guerre, un meeting où les gardes à cheval chargèrent les pacifiques manifestants.

Dès l’âge de treize ans, il fut de toutes les manifestations d’opposition au capitalisme. À 15 ans, il fut renvoyé de l’école Jean-Baptiste-Say, à Paris-16e, pour propagande révolutionnaire. Quand il devint élève-ingénieur au Conservatoire national des Arts et métiers (CNAM) de Paris, il s’orienta naturellement dans le sens de la constitution d’une structure présyndicale de ce milieu jusqu’alors inorganisé. Il participa à la création de l’Union générale des élèves techniciens puis de l’Union générale des élèves-enseignants. De cette époque datèrent à la fois ses contacts avec l’Union syndicale des techniciens, ingénieurs, cadres et assimilés (USTICA), créée en mars 1919, dont il devint plus tard un responsable, et son engagement au Parti communiste.

Durant son service militaire, qu’il accomplit après avoir obtenu son diplôme d’ingénieur en 1925, il mit en pratique les mots d’ordre antimilitaristes du PC en retardant de plusieurs heures une escadre. Il était en liaison avec Raymond Guyot, responsable des activités antimilitaristes des JC qu’il rencontra le 3 avril 1926 à Paris. Revenu à Brest avec du matériel de propagande, Davoust reçut le 10 avril la visite de la police dans la chambre qu’il avait louée en ville. La perquisition permit la saisie de lettres à des journalistes communistes américains, de cours de l’école de Bobigny et de brochures. L’armée lui infligea quatre-vingt-dix jours de prison et le garda pendant deux mois supplémentaires.

Devenu ingénieur aux aciéries d’Hirson (Aisne), ses liens avec l’USTICA se relâchèrent. Celle-ci, de tendance social-démocrate, devint en décembre 1928 l’UST (Union des Syndicats de Techniciens), enfin, en 1932, l’USTEI (Union des Syndicats de Techniciens et d’Employés de l’Industrie). Davoust milita alors activement au PC et à la Fédération sportive du travail à laquelle il appartenait depuis 1918. Il collaborait au journal de la Région Nord-Est du PCF : L’Exploité. De retour dans la région parisienne, en 1928, il devint chimiste de production chez Pathé puis, de 1928 à 1932, secrétaire appointé de l’USTE. Sensibilisé aux luttes internes du PC, il eut l’occasion de lire L’Unité léniniste dirigée par Albert Treint dont il refusa d’ailleurs de voter l’exclusion. Il devint, peu à peu, plus critique vis-à-vis de la ligne officielle du Parti et, militant dans le 15e rayon (Puteaux, Suresnes, Nanterre, Courbevoie) et membre de son bureau, il organisa un groupe d’oppositionnels qui fut finalement exclu en août 1932.

Gaston Davoust, à la tête des opposants, essaya de se faire entendre à la conférence du rayon le 30 octobre avant de voir son exclusion confirmée. Le groupe dit de la banlieue ouest tenta alors un regroupement qui donna naissance, en avril 1933, à la Fraction de la gauche communiste. De cette organisation et d’une scission de la Ligue communiste naquit, en novembre, l’Union communiste dirigée par lui-même, Lastérade de Chavigny et Szajko Schönberg. Il fut le responsable légal de L’Internationale, son organe mensuel, et de la revue Bilan, organe de la fraction italienne de la gauche communiste depuis 1933.

Parallèlement à cette évolution politique, Gaston Davoust milita activement sur le plan syndical. Alors qu’il était licencié de chez Pathé, à la fin de 1929, il devint secrétaire administratif et trésorier permanent de l’USTICA pour une période de trois ans. À cette époque l’Union rompit avec la Confédération des travailleurs intellectuels et adhéra, en 1936, à la CGT réunifiée, se transformant en Fédération des techniciens. Bien qu’ayant quitté, en 1932, son poste de permanent, Gaston Davoust resta membre de la commission exécutive fédérale jusqu’à la guerre. Il entretint avec Alfred Bardin une action oppositionnelle et participa notamment aux tentatives de regroupement des oppositions syndicales autour des journaux L’Avant-garde syndicale, en 1935, et Le Réveil syndicaliste, en 1937. Durant cette période fortement marquée par la guerre d’Espagne, Gaston Davoust eut des relations avec la CNT anarchiste et se rendit plusieurs fois à Barcelone.

Arrêté pendant l’Occupation, il séjourna, du 10 octobre 1941 au 19 avril 1943, aux prisons de Fresnes et d’Angers, puis, du 21 avril au 8 mai 1943, aux camps de Royallieu et de Compiègne. Le 10 mai 1943, il entrait au camp de concentration d’Oranienburg-Sachsenhausen (matricule 66.373, commando Heinkel, usine d’aviation), à 30 km au nord de Berlin. Le camp fut évacué vers l’ouest le 21 avril 1945. Au cours de cette "marche de la mort" de deux cents kilomètres, qui prit fin le 30 avril à l’orée d’un bois, une importante proportion des quelque 30.000 détenus avait trouvé la mort, soit 30 p. 100.

Gaston Davoust fut évacué dans un car britannique et gagna, en plusieurs étapes, la frontière hollandaise. Un train conduisit au centre d’accueil d’Arras. Le 24 mai 1945, il arriva à Paris dans un état d’épuisement extrême : il pesait alors seulement 39 kilos. Durant les mois suivants, il fut accueilli par son frère au Mans, puis par des camarades de différentes régions afin de se rétablir de la terrible épreuve à laquelle il avait échappé. Durant les premières semaines, il ne put que manger et dormir, reprenant trois kilos par semaine, puis, petit à petit, il retrouva des forces et reprit des activités physiques. Auprès de ses amis, il était avide de savoir ce qui s’était passé durant ses années d’emprisonnement et de déportation. Il s’intéressait particulièrement aux "maquis révolutionnaires" car lui-même avait un moment envisagé de les rejoindre avant son arrestation, étant "contre le chauvinisme et la collaboration de classe de la "Résistance".

Il passa aussi plusieurs semaines chez Josep et Teresa Rebull, des militants de la gauche du POUM. Il se rendit ensuite à Besançon chez Marcel Ducret, ancien communiste d’opposition de la Fédération communiste indépendante de l’Est. Celui-ci, après avoir participé au mouvement de résistance "Libération", dirigeait alors l’hebdomadaire Franche-Comté Libération où il avait ouvert une rubrique de discussion sur " la responsabilité du peuple allemand dans les crimes nazis". À sa demande, Gaston Davoust y publia en octobre-novembre 1945, sur trois numéros, un article intitulé : "Le crime des bagnes nazis : le peuple allemand est-il co-responsable ? " Il écrivait : "En ce qui concerne les crimes nazis, il faut se rappeler que si Hitler a pu prendre le pouvoir, c’est parce qu’il était l’homme des Krupp et autres magnats allemands, parce que sa démagogie nationaliste et sociale a pu tromper une partie de la population qui souffrait du marasme économique issu des conséquences du traité de Versailles et de la crise mondiale, parce qu’Hitler fut soutenu par les capitalistes étrangers, français compris, qui voyaient en lui l’homme capable de mâter le prolétariat allemand et européen, parce que les dirigeants des organisations ouvrières, politiques et syndicales, trahirent les travailleurs qui avaient confiance en eux pour diriger la lutte contre la peste brune. Dans ces conditions, peut-on rendre responsable le peuple allemand en général ? Évidemment, non."

Matériellement, Gaston Davoust devait retrouver du travail pour reprendre son activité politique. Après une tentative infructueuse chez Citroën, il fut embauché en janvier 1946 à la MIOM (Manufacture d’Isolants et Objets Moulés), une usine de moulage de matières plastiques de Vitry où il resta durant sept ans. Mais, à la fin de l’année 1952, il fut licencié. Avec sa compagne, il décida alors de quitter la région parisienne et de trouver un point de chute sous des cieux plus cléments. En novembre 1953, il acheta une maison abandonnée dans le hameau de Bergerette (Commune de Grasse, Alpes-Maritimes) qu’il commença à aménager pour la rendre habitable. En attendant, durant une année, il prit en gérance un petit restaurant pour routiers, sis boulevard de la Madeleine à Nice, puis il travailla quelque temps aux "Plastiques Français", toujours à Nice, avant son rachat par la MIOM. Il avait aussi entrepris des démarches pour obtenir une pension de " déporté politique " qu’il finit par obtenir avec un taux d’invalidité de 85 % malgré les lenteurs administratives. Il faut noter à cet égard que, malgré ses difficultés financières, il refusa le statut de "déporté résistant", beaucoup plus avantageux, jusqu’à ce que les deux soient alignés à la fin de sa vie.

Alors que Jean Lastérade de Chavigny souhaitait reconstruire l’Union communiste, Gaston Davoust préféra y renoncer car seule une infime partie de ses effectifs d’avant 1939 aurait répondu présent.

Il opta pour l’organisation bordiguiste française officielle, la Fraction française de la gauche communiste internationaliste (FFGCI) où il retrouva les bordiguistes parisiens passés à l’Union communiste de 1936 à 1939. Pour lui, " l’essentiel était que cette organisation [...] considérait la société russe comme ‘capitalisme d’État’". Il refusa tout travail en commun avec le groupe rival, la Gauche communiste de France de Marc Chirik et Robert Salama. Dans une lettre à Guy Sabatier de 1975, il exprimait une vive méfiance personnelle à l’égard de ce qui lui apparaissait comme un nouveau prurit sectaire : "Je connaissais Marc Chirik depuis 1928, mais il fallait qu’il soit toujours le number one voué à la secte".

Il donna quelques articles au journal de la Fraction, L’Étincelle, puis L’Internationaliste. Son état de santé étant précaire, il se chargea surtout de la correspondance internationale du groupe. Parmi les individus et organisations avec lesquels il entretiendra des contacts plus ou moins suivis, il faut mentionner pour l’immédiat après-guerre : pour l’Angleterre, Guy Aldred, Marie-Louise Berneri, The Anarchist Federation of Great-Britain et Freedom Press ; pour l’Amérique du Nord, Labor Views (Chicago), la Leninist League de Marlen [pseudonyme de George Spiro (1892-1981)], Paul Mattick, Politics, la revue de Dwight Mac Donald, Ruth Fischer, le Socialist Party of Canada ; pour l’Australie, le Workers’ Litterature Bureau de Jim Dawson (1889-1958) à Melbourne ; pour la Belgique, la Fraction belge de la Gauche communiste internationaliste, mais aussi le cercle d’Adhémar Hennaut ; pour le Chili, l’anarcho-conseilliste Laín Diez ; pour la Hollande, Henk Canne Meijer, Anton Pannekoek et le Spartacus-Bond de Stan Poppe et Cajo Brendel. Lors de son passage à SOB à partir de 1953, puis surtout dans les groupes ILO et ICO, après 1958, Davoust poursuivra assidûment ce travail de correspondance internationale.

Mais, à la suite d’une violente polémique sur la nature du régime social de l’URSS et la question de la démocratie ouvrière, la majorité de la FFGCI, se rapprocha puis adhéra à SouB. Davoust comme Lastérade refusèrent d’y militer. En 1955, Davoust rencontra Henri Simon à Grasse. Ils allaient devenir, l’expression d’une minorité de SouB qui refusait la conception majoritaire de l’organisation, mal "décrottée du trotskysme", selon eux, et se réclamait de l’expérience du communisme de conseils germano-hollandais.

Lors de la crise du groupe, en 1958, Davoust se retrouva logiquement parmi ceux qui le quittèrent pour ILO (Information et liaisons ouvrières), devenues ICO (Informations correspondance ouvrières). À partir de janvier 1960 (ILO, n° 18), Gaston Davoust assura des années durant la rubrique des "notes de lecture".

Malgré son éloignement de Paris, où se déroulait l’essentiel des activités de SouB, puis ICO, Davoust était tenu en permanence informé de la vie de ces groupes par de nombreuses lettres, en particulier celles d’Henri Simon. Il recevait aussi régulièrement lettres et journaux de correspondants étrangers, comme, par exemple, Pierre Lanneret aux États-Unis, les groupes conseillistes hollandais (Spartacusbond, Daad en Gedachte), des amis australiens, etc. Tout au long de l’année, Gaston Davoust recevait des visiteurs venus en voisins de Nice et des environs (ses vieux amis suisses Pavel et Clara Thalmann, Louis et Nicole Évrard, Raymond Hirzel, etc.) ou de Marseille (Nicole et Robert Camoin, Roland Simon).

Davoust entretenait aussi des contacts, sans préjugé aucun, avec de jeunes militants de la région ouverts à la discussion sur une base de classe et désireux de profiter de son expérience et de sa culture, qu’ils soient anarchistes, PSU ou trotskystes JCR. Avant 1968, il voyait régulièrement un groupe d’étudiants trotskistes de Cannes qui publiaient un bulletin intitulé La Méthode. Durant l’été de nombreux visiteurs passaient à Bergerette, notamment ses amis parisiens d’ICO comme Henri Simon ou Claude Lastérade de Chavigny, le fils de Jean. Il reçut la visite d’historiens du mouvement ouvrier (Pierre Broué, Jacqueline Pluet, Jean Rabaut), de Jean Malaquais, et même d’Herbert Marcuse, installé aux USA.

En 1968, les événements de mai en France et d’août en Tchécoslovaquie avaient ébranlé le PCF et les bureaucraties syndicales tout comme "le mythe de l’URSS", attestant de la reprise de luttes ouvrières radicales à l’Est comme à l’Ouest. Il analysait pour l’un de ses correspondants la manière dont il fallait désormais se définir comme communiste de conseil : "Ce qu’il faut montrer aux jeunes intéressés de nos jours, c’est comment les opinions de Pannekoek sur la lutte ouvrière se sont formées sous l’influence directe de cette lutte elle-même, comment pour lui "la théorie" n’a jamais été "un programme que la réalité devait suivre", mais au contraire une analyse profonde de cette réalité à l’aide de la méthode de Marx — pour la mieux comprendre — et comment par conséquent, les résultats d’une telle analyse ont été différents selon la période dans laquelle elle fut faite et selon les formes de la lutte que les travailleurs adoptaient... " [Lettre à Robert Camoin, 26 novembre 1968].

Parallèlement à ICO, Gaston Davoust collabora activement aux Cahiers du communisme de conseils (Marseille) animés par Robert Camoin (1969—1972, 12 numéros), ancien anarchiste qui plus tard adhéra à différents groupes d’obédience "léniniste". Dans cette période, il était partisan de créer autour d’ICO une fédération de groupes communistes de conseils et s’opposait aussi bien à la pure contestation prosituationniste qu’à l’adhésion au groupe "Révolution internationale" de Marc Chirik, jugé "léniniste à 120 %" (sic).

Après la fin d’ICO, il suivit les efforts d’Henri Simon et du réseau "Échanges et mouvement" qui ne rencontraient que peu d’échos en France. À partir de 1975, il entra en contact avec le groupe " Pour une intervention communiste " qui publiait la revue Jeune Taupe dont il se sentait proche et qu’il aida de son mieux, y compris financièrement. La revue republia plusieurs articles — ou extraits d’articles — tirés de L’Internationale, le journal de l’Union communiste d’avant-guerre, sur le Front populaire, l’Espagne, etc., et de L’Internationaliste (FFGCI), ainsi que celui de Franche-Comté Libération sur les camps nazis. En 1979, les Cahiers Spartacus publièrent Chronique de la révolution espagnole 1936—1939, un recueil de ses articles dans L’Internationale et il revint longuement dans sa préface sur le bilan qu’il tirait de ces dramatiques événements. De la même manière, il avait en projet une Histoire de l’Union communiste qu’il ne put mener à bien.

À la demande de Jean Maitron, il écrivit son autobiographie (1980-1981), manuscrit qui fut publié par son vieil ami Henri Simon d’"Échanges et Mouvement" en mars 2004.

Atteint d’une gangrène de la jambe droite, il décéda à Grasse le 28 septembre 1984. Ses cendres ont été dispersées dans sa vigne de Bergerette.

Œuvre : Gaston Davoust, Le crime des bagnes nazis : le peuple allemand est-il co-responsable, Franche-Comté Libération, 1945. — H. Chazé, Chronique de la Révolution espagnole. Union communiste 1933—1939, Spartacus—René Lefeuvre, 1979. — Militantisme et responsabilité, Échanges et mouvement, Paris 2004. Présentation d’Henri Simon.

Sources : La Vérité, 15 août, 22 sept. et 15 déc. 1932. — L’Internationale, 1933—1936. — Jean Rabaut, Tout est possible !, Paris, 1974. — Guy Sabatier, "Gaston Davoust ou le refus de parvenir", Les Animaux de la Ferme, brochure n° 3 de Révolution sociale, 1986. — Robert Camoin, G. Davoust (H. Chazé) et la Gauche communiste internationaliste (1904—1984), postface de Guy Sabatier, Paris, hors commerce, Vincennes, juillet 1992 (sur ce travail, cf. Échanges, n° 75, février-mai, n° 76, juin-décembre 1993). — Philippe Gottraux, "Socialisme ou Barbarie". Un engagement politique et intellectuel dans la France de l’après-guerre, Lausanne, Payot, 1997. — Lettres de Robert Camoin, Guy Sabatier, Henri Simon, Roland Simon (Théorie communiste). — Correspondance Gaston Davoust—Robert Camoin (1968—1984). — Correspondance entre Gaston Davoust et Guy Sabatier (1975—1984), Institut international d’histoire sociale (IISG), Amsterdam, Guy Sabatier Papers.




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