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Biographie de Pierre Lanneret (1921-1993)
Article mis en ligne le 4 septembre 2016
dernière modification le 15 septembre 2016

par ArchivesAutonomies
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LANNERET (Pierre), dit CAMILLE, ERNEST RAYNER, typographe : né en novembre 1921 à Auxerre (Yonne), en Bourgogne ; ouvrier typographe : Pierre Lanneret est né dans une famille prolétarienne de tendance socialiste et anticléricale. Son père, invalide de guerre, se suicida. Sa mère était femme de ménage et de forte personnalité. À quatorze ans, il dut quitter l’école muni de son certificat d’études primaires pour travailler comme ouvrier typographe.

En 1938, Lanneret devint adhérent de la Jeunesse socialiste révolutionnaire (JSR), influencé par un instituteur, membre du Parti ouvrier internationaliste (POI). Il sympathisa avec le trotskysme et milita vers 1938 aux Jeunesses socialistes révolutionnaires, organisation de jeunes du POI (Parti ouvrier internationaliste). Ses amis trotskystes d’Auxerre étaient Marcel Brocard et Pierre Giblin. Il fréquentait aussi les libertaires et participait à la Ligue des espérantistes pacifistes. Surtout, il fut en contact dès les événements de mai 1937, en Espagne, avec un jeune ouvrier de sensibilité libertaire, Roger Bossière.

Son intérêt pour l’espéranto l’amena à s’engager de plus en plus dans les activités de pacifistes espérantistes jusqu’en 1939. Il se prononça résolument contre la guerre, sans ne plus appartenir à aucun groupe ou parti.

En 1942, il fut contraint d’aller travailler en Allemagne (Service du travail obligatoire, ou STO) dans une usine. Il profita d’une permission, pendant l’été 1943, pour devenir "réfractaire", grâce à des papiers fournis par Marcel Brocard.

Avec son ami Roger Bossière, Anna et Jean Justus, Maximilien Rubel, il adhéra à Paris au Groupe révolutionnaire prolétarien (GRP), fondé par Pavel Thalmann (1901-1980). Il prit le pseudonyme de Camille qui lui resta. Il fut considérablement influencé par Maximilien Rubel, avec qui il sera toujours en relation. Mais, en 1944, pratiquant l’entrisme trotskyste, il entra dans la Jeunesse socialiste, comme "infiltré".

Il confirma son orientation vers les positions "ultragauches" en 1945, en rejoignant le petit groupe "Contre le courant", issu de l’Organisation communiste révolutionnaire (OCR), branche française des "Revolutionäre Kommunisten Deutschlands" (RKD), il rejoignit en décembre 1945 la Fraction française de la Gauche communiste internationale (FFGCI) animée par Suzanne Voute, Alberto Masô et Raymond Hirzel. Très activiste, il s’y sentit mal à l’aise, attiré de plus en plus par l’activité du groupe Socialisme ou Barbarie (SOB) qu’il rejoignit finalement en mai 1950, avec d’autres (Albert Véga, Raymond Hirzel, etc.).

Mais, en avril 1951, au moment de la guerre de Corée, il décida d’émigrer au Canada avec sa femme, et son fils âgé de cinq ans, dans la crainte de voir déferler les troupes soviétiques en Europe. Il ne fut pas seul puisqu’un autre militant ouvrier de " Socialisme ou Barbarie ", son proche ami Roland Eloi (dit "Néron"), l’accompagnait. À Montréal, tout en apprenant l’anglais pour s’insérer dans la vie politique en Amérique du Nord, il adhéra à la Fédération du travail du Québec (FTQ), rattachée au syndicat américain AFL. Tout en formant un groupe de discussion au Québec, avec des Canadiens et des immigrés comme lui, il resta en contact étroit avec le groupe français "Socialisme ou Barbarie".

Dans un Québec très catholique, il se sentait profondément isolé, alors qu’il manifestait un virulent anticléricalisme. Beaucoup de sa correspondance se faisait sur papier à lettres orné d’un vautour " papiste ", poursuivant ses victimes, et accompagné de la légende : "Ne laissez pas les vautours de la religion vous dévorer". Plus tard, il se plut à dénoncer, coupures de presse à l’appui, les frasques de curés nord-américains dénoncés pour pédophilie.

En 1958, il déménagea avec sa famille à San Francisco où il s’adapta très vite non seulement pour la douceur de son climat mais en raison du caractère cosmopolite et intellectuel de la cité californienne. Il travailla toujours comme typographe, et envoya régulièrement ses impressions à ses amis et au Bulletin des correcteurs (Syndicat des correcteurs CGT de Paris et de la région parisienne). Comme au Canada, il dut s’inscrire au syndicat des typographes californiens, rattaché à l’AFL-CIO.

En 1970 il adhéra aux "International Socialists", un groupe international dissident du trotskisme qui définissait l’URSS comme un capitalisme d’État bureaucratique. Parallèlement, depuis 1968, il maintint des liens étroits avec Pouvoir ouvrier (scission de SOB), des groupes comme le Ferment ouvrier révolutionnaire (FOR) de Grandizo Munis, Informations et correspondance ouvrières (ICO) d’Henri Simon.

Il soutint activement dès 1962 les luttes des ouvriers agricoles mexicains animées par Cesar Chavez et Dolores Huerta en Californie ; il apprit d’ailleurs l’espagnol pour nouer des contacts militants avec les ouvriers originaires du Mexique et de l’Amérique centrale. C’est au cours d’expéditions pour soutenir les grèves des ouvriers agricoles "chicanos" qu’il rencontra sa seconde compagne Linda.

En 1975, il quitta "International Socialists" en désaccord avec des conceptions qu’il jugeait "bolcheviques" dans leur conception de l’organisation.

En 1976, il fut l’un des fondateurs du groupe libertaire "A World to Win", qui publiait le bulletin Now and After, à San Francisco, mais le groupe éclata et disparut en 1979. Par la suite, il se passionna pour le Nicaragua sandiniste, mais avoua très vite sa déception.

En 1985, Pierre Lanneret publia en anglais son témoignage sur l’activité des " internationalistes du troisième camp " pendant la Seconde guerre mondiale. Pendant la décennie des années 1980, et jusqu’à sa mort, il développa une importante activité épistolaire, de nature informative avec le syndicat des correcteurs CGT de Paris sur la profonde transformation des arts graphiques aux USA. Il resta en étroit contact politique avec le groupe communiste des conseils "Échanges et Mouvement", issu lui-même du groupe "Informations et Correspondance ouvrières" (ICO), ainsi qu’avec divers camarades des groupes auxquels il avait appartenu.

En 1987, il laissa d’importantes archives en français et anglais à la Hoover Institution de Californie.

Pierre Lanneret est mort d’un cancer le 17 mai 1993, à San Francisco.

Plus qu’un activisme tous azimuts, l’apport authentique de Lanneret se révéla après sa mort. En 1995, est publié son témoignage de militant internationaliste pendant la guerre, qui rend hommage au courage et à l’espoir de tous ceux qui combattirent tous les camps belligérants : Les internationalistes du "troisième camp" en France pendant la Seconde Guerre mondiale.

Sources : Témoignages de militants d’Auxerre. — Témoignages oraux de Henri Simon ; Alberto Masó. — Roger Bossière, "Souvenirs autour de Maximilien Rubel avant et pendant la Deuxième guerre mondiale", in Avec Maximilien Rubel... Combats pour Marx, p. 51-6. — L’Insomniaque, 1997. — Le Réveil prolétarien, 1943. — Le Prolétaire, nouvelle série de Fraternisation prolétarienne, 1946. — L’Internationaliste, 1946-1948. — Bulletin du syndicat des correcteurs CGT, 1980-1993. — Now and After, San Francisco, 1976-1979. — Arch. Pierre Lanneret (déposées en 1987, complétées en 2001) à la Hoover Institution on War, Revolution, and Peace, Stanford (Californie) (18 boîtes).

Œuvre : Les internationalistes du "troisième camp" en France pendant la Seconde Guerre mondiale, Acratie, La Bussière, 1995. Ce livre contient l’étude de Pierre Lanneret publiée sous ce titre dans Les Cahiers Léon Trotsky n° 39, sous le pseudonyme d’Ernest Rayer ; une biographie détaillée de Pierre Lanneret (travail collectif auquel ont participé Henri Simon et Roger Bossière). — Internationalists in France during the Second World War, Phoenix Press, London, 1996 (traduction de l’ouvrage en français).




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