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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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L’armée de Staline, instrument de la contre-révolution
L’Internationaliste n° 5 - 5 mars 1947
Article mis en ligne le 4 septembre 2016
dernière modification le 15 mai 2018

par ArchivesAutonomies
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Le 12 janviers 1918, le décret du Conseil des Commissaires du Peuple qui ordonnait la création de l’Armée rouge soulignait son caractère de classe très net. Le serment des jeunes soldats de l’Armée rouge était un serment socialiste ; il spécifiait que le combattant s’engageait “devant les classes laborieuses de Russie et du monde, à combattre pour le socialisme et la fraternité des peuples”. Aujourd’hui le serment a été modifié et indique qu’il faut “servir le Gouvernement et la Patrie”.

Ce changement est plus qu’un symbole et indique bien quelle transformation a subi le rôle et le caractère fondamental de l’Armée rouge.

Aux yeux du fondateur de l’Armée rouge — qui est Trotsky et non Staline, comme nos national-communistes veulent le faire croire aux ouvriers — cette armée représentait une nécessité pour la défense de la Révolution socialiste et non la volonté de faire renaitre un corps permanent, dénoncé de tous temps par les révolutionnaires comme devant disparaître avec la disparition de la domination bourgeoise.

Le souci des principaux dirigeants bolcheviks était grand (sic) de développer les Milices ouvrières parallèlement à l’armée permanente. Il était entendu que l’Armée rouge serait de courte durée et que l’extension de la Révolution aux pays à économie avancée permettrait le large développement des milices qui représentent le mieux le peuple en armes.

Néanmoins, l’Armée rouge naissante avait certains traits fondamentaux qui la différenciaient nettement des armées bourgeoises. Tout d’abord la formation des unités sur le lieu de travail ou de résidence des composants, était une garantie que les régiments restaient en contact avec les masses. On évitait l’encasernement qui crée un esprit de caste propre à dissocier les intérêts des masses de ceux des combattants. L’éligibilité des officiers, l’éducation politique des recrues, le fait qu’aucun soldat n’était libéré avant d’avoir appris à lire, le peu de différence des soldes aux divers échelons, l’absence de mess des officiers, tout cela contribuait à donner à l’Armée rouge son caractère de classe conforme à son rôle révolutionnaire.

Que reste-t-il de tout cela ? Les recrues sont loin de leur pays natal, il n’y a plus de formations territoriales ; en 1935, la hiérarchie a été accentuée et la différence entre les différents échelons est plus grande que sous les tsars. La discipline sans discussion, l’autorité incontestée des chefs, la création des maréchaux, sont autant de symptômes d’un changement radical.

Depuis 1935 également, les mess d’officiers sont rétablis, les régiments de cosaques qui avaient combattu avec acharnement la Révolution sont réformés avec tous leurs privilèges. Les différences de soldats sont l’équivalent de la différenciation des salaires civils de 1 à 200. Dans l’armée actuelle — dont on a changé même le nom l’année dernière et qui s’appelle maintenant armée soviétique — l’éducation politique n’est plus que la répétition des slogans admiratifs du “génial chef Staline” et l’obéissance aveugle a fait place à la libre discussion et à l’enthousiasme de la discipline librement consentie.

A cela viennent s’ajouter les dernières innovations de la guerre de “Libération” : le “culte du Héros” inauguré par Staline lui-même le 7 novembre 1943. La création des Académies militaires des Cadets, du 23 août 1943, marque l’assurance de la nouvelle couche dirigeante qui indique sa volonté de former des promotions d’officiers privilégiés tout dévoués à ses volontés.

Le rétablissement ou la création des “Ordres de Koutousov, Souvarov et Nevsky”, généraux tsariste particulièrement réactionnaires (le 29 juillet 1942) sont des preuves supplémentaires du caractère actuel de cette armée. Enfin, signalons que l’armée soviétique était, en 1939, la seule armée où l’autorité supérieure pouvait “légalement” fusiller les soldats désobéissants en temps de paix. En cela, elle montre des points aux pires armées fascistes.

Quant au rôle contre-révolutionnaire et conservateur de l’armée russe durant le dernier conflit on n’a qu’à regarder la haine et la répugnance qu’elle a soulevée PARMI LES ÉLÉMETNS PROLÉTARIENS DE LA POPULATION et même CHEZ LES MILITANTS STALINEINS DE BASE, dans les régions qu’elle occupe. Fidèle exécutrice des directives données par la couche réactionnaire qui dirige la Russie, son rôle a été de protéger partout la propriété et les éléments bourgeois tandis qu’elle écrasait dans le sang la moindre velléité d’agitation chez la classe ouvrière.

Les Marty et les Billoux — propagandistes officiels de l’Armée ex-rouge dans ce vingt-neuvième anniversaire — dépenseront en vain leur salive pour nous faire croire leurs mensonges : l’Armée de Staline en 1947 (et depuis bien des années déjà) n’a plus rien à voir avec cette des ouvriers et paysans russes des années 19191 et 20 : elle n’est plus l’armée créée pour défendre la Révolution socialiste et les principes du communisme internationaliste, mais la puissante force de choc de la contre-révolution stalinienne.

GARROS




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