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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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En Italie : Comme en France et en Angleterre le prolétariat fait les frais de la "Reconstruction"
L’Internationaliste n° 10 - Septembre 1947
Article mis en ligne le 4 septembre 2016
dernière modification le 15 mai 2018

par ArchivesAutonomies
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Comme en France et en Grande-Bretagne la misère s’accroît en Italie et bien entendu ce sont les masses ouvrières et paysannes qui en souffrent le plus. Les indices officiels du coût de la vie montrent clairement cette aggravation des conditions de vie des ouvriers italiens puisque le chiffre est de 2.900 environ par rapport à 100 en 1938 (il est actuellement de 900 pour la France). On voit donc là comme dans les autres pays capitalistes que la guerre impérialiste et la reconstruction qui la suit n’apportent que la misère et la mort.

Situation économique peu brillante

L’appareil de production, les machines, les chemins de fer, ont été détruits dans des proportions considérables. Il n’y a qu’à voyager un peu pour constater à quel point les wagons manquent de même que les locomotives. Le parc automobile parait être encore plus pauvre qu’en France, ce qui donne une indication suffisante du retard de l’économie italienne. Ce qui frappe le plus est ce marché noir accepté par le gouvernement, toléré même comme le correcteur de la vie économique. L’abondance, la diversité des marchandises exposées dans les vitrines des magasins, et surtout ces produits qui ne se trouvent en France que dans ce circuit hypocrite que nous appelons « derrière la boutique », surprend. Les prix prohibitifs (280 lires le kilo de pain en vente libre, 1.500 lires le kilo de fromage parmesan, 1.200 lires le litre d’huile, etc.) font la sélection automatique entre les classes. Ceci a pour conséquence inévitable d’aiguiser les antagonismes et de les conduire à leur suite logique, un mécontentement continu et progressif, des explosions dg grèves sauvages, le pillage assez fréquent des boutiques d’alimentation.

L’important problème du chômage en Italie est d’une acuité particulière. La bourgeoisie et son gouvernement ne savent actuellement que faire de ces deux millions de chômeurs, sinon de les envoyer à l’étranger travailler dans des conditions déplorables. Pour la classe ouvrière cette menace de chômage perpétuel est un grave sujet de préoccupation qui exerce déjà son influence sur les conflits sociaux où les chômeurs occupent une place importante.

Au sujet de l’orientation très marquée de l’Etat capitaliste italien vers la grande « démocratie des Etats-Unis » celle-ci n’a fait que s’accentuer ces derniers mois et se renforce encore avec le nouvel accord signé à Washington au cours du mois d’août. Cela consacre la domination économique de l’impérialisme américain sur la péninsule. Tous ces événements ne sont pas sans provoquer les cris d’orfraie des staliniens italiens qui à l’image des nôtres déplorent la perte de l’indépendance nationale et les « accords qui vendent notre pays ».

Néanmoins, cela permet à la fraction de la bourgeoisie qui dirige actuellement de faire ratifier le traité de paix en amorçant déjà la révision, sentant en ce domaine la discrète approbation des Américains et utilisant à des fins de propagande l’hostilité de la Russie à cet égard. De plus, les classes dirigeantes italiennes qui à travers cette deuxième défaite militaire et cette reconstruction de leur appareil de domination sur le prolétariat recherchent la meilleure formule politique, n’ont pas tout à fait renoncé aux colonies qui sont de toute évidence une source de profits intéressants. C’est pour cela elles viennent de lancer le ballon d’essai du retour à l’Italie « des colonies pré-fascistes », c’est-à-dire celles antérieures a l’ère mussolinienne.

La Politique générale

L’aspect de la politique générale est cornus et les nombreux parus italiens — ce n est pas un facteur propre à la France que d’avoir beaucoup de clans politiques — se disputent leur part d’influence dans la gestion de l’économie bourgeoise.

Ce qui domine en ce moment c’est naturellement ce que les staliniens appellent le gouvernement « noir » De Gasperi. Celui-ci représentant de la démocratie-chrétienne qui correspond au M.R.P. français fait avec les caractéristiques propres à ces nouvelles formations politiques issues de la deuxième guerre impérialiste, démagogie, jésuitisme et sauveurs des valeurs occidentales, la politique la plus appropriée de la domination capitaliste de l’heure présente. Composé d’une bon nombre de personnalités qui jouaient un rôle dans la période de Mussolini cette formation gouvernementale essaie de concilier une économie délabrée et réclamant pour sa survie un dirigisme efficace, et les tendances assez fortes de libéralisme qui subsiste tant dans la bourgeoisie italienne que dans les sphères capitalistes internationales.

Face à ce gouvernement « noir » utilisant également des méthodes démagogiques les communistes « italiens » avec leur appendice qui est le Parti de Nenni (Parti Socialiste Italien) constituent la force la plus décisive. Depuis qu’ils ne sont plus au Conseil des ministres ils ont engagé une campagne contre De Gasperi, qui est bien plus violente que celle des staliniens français contre Ramadier. Poussés en partie par la forte maturité des conflits de classe, ils emploient un langage extrêmement gauchiste. Ils appellent à des manifestations de protestation contre la vie chère ; s’ils n’appellent pas à la grève ouvertement ils ne les brisent plus, mais ils en craignent terriblement l’extension et la généralisation. Comme ici ils font des appels pathétiques pour retourner au gouvernement e faire une politique de gauches.

Notre Parti dans la lutte

Dans une telle situation le Parti Communiste international développe son influence avec persévérance. Son rayonnement qui va jusque dans la Basse-Italie s’accroit dans les centres industriels où des Fédérations jouissent d’un appui de la part des ouvriers qui éclipse l’influence des staliniens. Les auditoires qu’ils réunissent dans leurs meetings sont nombreux et attentifs. Ils expliquent inlassablement les positions fondamentales de la Gauche Communiste et surtout ils démasquent les deux blocs impérialistes Russie et Amérique qui préparent à ce futur conflit.

Beaucoup d’ouvriers, en désaccord avec le parti stalinien, conservent cependant le mythe du « grand parti de masse » et ne comprennent pas la nécessité de rompre avec lui. C’est à cette tâche d’explication et de vulgarisation des problèmes fondamentaux qui sont à l’ordre du jour de l’histoire que se consacre le parti italien avec dynamisme. C’est aussi dans la formation active de ses cadres qu’il se renforce de jour en jour.

GARROS.




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