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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Biographie d’Adhémar Hennaut (1899-1977)
Article mis en ligne le 4 septembre 2016
dernière modification le 15 septembre 2016

par ArchivesAutonomies
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HENNAUT (Adhémar), peintre en bâtiment, né à Jumet [Hainaut (Belgique)] le 11 mars 1899, fils de Joseph, ouvrier verrier, et de Hortense Decorte, ménagère.

En 1917, Hennaut travaille à Rotterdam en tant qu’ouvrier peintre, apprenant vite le néerlandais qu’il maîtrisa totalement. Il adhère au Syndicat des peintres de Rotterdam. En 1919, retourné à Bruxelles, il intègre le syndicat du Bâtiment et devient vite membre de son Comité exécutif. Trois ans plus tard, il est nommé secrétaire permanent du nouveau Syndicat du Bâtiment, Ameublement (fusion de l’ancien syndicat des peintres et du bâtiment).

Mais surtout, il est avec War van Overstraeten à l’origine du Parti communiste de Belgique, qui au Second congrès du Komintern (1920) vota la motion antiparlementaire présentée par Bordiga. La création du PC belge ne fut pas une création artificielle, surgissant dans un contexte de luttes sociales importantes : grèves dans la sidérurgie à Liège, grève des tramwaymen à Bruxelles, une agitation incessante à Verviers, qui avait toujours été un centre important de l’anarcho-syndicalisme.

Hennaut devint vite l’un des dirigeants ouvriers du PC belge, et en fut même quelque temps le secrétaire général. De 1923 à 1928, il fut Secrétaire fédéral et dirigeant du Parti Communiste Belge, mais aussi directeur du journal De Roode Vaan, l’organe en néerlandais du parti. Secrétaire politique depuis 1923, il est chargé de la "bolchevisation" du parti sur la base de cellules d’entreprises, politique avalisée au quatrième congrès du parti en 1926.

Pendant toute cette période, Hennaut resta dans la ligne du Komintern : non seulement il préconisa le front unique syndical avec les socialistes, mais soutint la participation aux élections. Lors des élections législatives et communales de 1925 et 1926, il fut tête de liste à Anvers et à Ixelles.

Avec toute l’Opposition de gauche, il en fut exclu en mars 1928 pour "trotskysme". Il cosigna (avec Charles Plisnier, War van Overstraeten, etc.) le Manifeste de l’Opposition belge. Ce Manifeste demandait la "réintégration de tous les exclus s’étant solidarisés avec l’opposition du PCR" dans l’Internationale et leur participation au VIe Congrès mondial (17 juillet-1er septembre 1928).

Le PC belge perdit alors la moitié de ses membres, l’Opposition étant puissante. En effet, en décembre 1928, lors d’une élection partielle communale à Anvers, la liste oppositionnelle menée par Hennaut obtient plus de voix que le PCB.

Hennaut fut l’une des principales plumes des journaux de l’opposition : Le Communiste et DeCommunist. Il fit partie du Bureau politique de l’Opposition, dont il fut le secrétaire administratif.

Mais, en 1929, l’Opposition se scinda en deux. Certains membres de l’opposition, dont Hennaut et War van Overstraeten, voulaient édifier un nouveau parti. La Fédération de Charleroi de Léon Lesoil suivit la politique de l’Opposition de gauche de Trotsky qui voulait former des fractions dans les PC pour les "redresser".

La politique électoraliste suivie par l’Opposition belge mena au naufrage. Les élections de 1929 furent un désastre pour l’Opposition, dont les militants sombrèrent dans la démoralisation. Malgré cela, la Fédération de Charleroi menée par Léon Lesoil, décida en 1931 la scission avec le groupe Hennaut-Van Overstraeten, ce dernier délaissant d’ailleurs vite l’activité militante.

Adhémar Hennaut fonda — avec Lode Polk ( ?-1945) d’Anvers qui retourna au trotskysme — la Ligue des communistes internationalistes (LCI). Son premier congrès se tint les 20 et 21 février 1932 à Bruxelles.

Hennaut collabora alors avec le groupe "perroniste" qui publiait Prometeo, puis à partir de 1933 avec la revue Bilan à Bruxelles. Ce fut le début d’une collaboration fructueuse non seulement pratique dans la lutte de classe (comme en 1934, lors de la grève de Verviers), mais aussi théorique jusqu’à la fin de l’année 1936. Il fit en français un exposé synthétique du livre phare du communisme des conseils germano-hollandais : Grundprinzipien kommunistischer Produktion und Verteilung. Il exposa avec brio les positions théoriques du GIC, tant sur la révolution prolétarienne que sur la nature capitaliste d’État de la Russie stalinienne.

Ce fut sur ce point que les divergences s’aiguisèrent, Bilan considérant à cette époque que l’URSS était encore un "État prolétarien". Sur ce point, Hennaut souligna les contradictions d’une telle position :

Bilan base également son affirmation que l’État soviétique est un État prolétarien sur le fait que la propriété collective des moyens de production y subsiste. Mais comment se fait-il, alors, que les dirigeants russes sont contre-révolutionnaires ? Bilan a trouvé une explication assez ingénieuse : parce que l’URSS se serait intégrée au capitalisme mondial. La bureaucratie de l’URSS est exploiteuse non par elle-même, mais du fait de sa liaison avec le capitalisme international. Les travailleurs russes se trouvent exploités — car Bilan admet qu’exploitation il y a — non par la bureaucratie russe, mais par le capitalisme international. D’ailleurs, l’exploitation, selon Bilan, se ramènerait à assez peu de chose, les conditions de vie des ouvriers russes, qui se trouvent parmi les plus avilissantes du monde entier, seraient le résultat d’une accumulation trop restreinte des forces productives pour la production des biens de consommation.

Ce furent néanmoins les divergences sur la question espagnole qui mirent fin à cette collaboration le 21 février 1937. Il vaut la peine de citer cet extrait du Bulletin de la LCI de mars 1937 qui donne sa version de la rupture avec Bilan et Prometeo  :

(Leur) position à propos de l’Espagne n’est pas un hasard, mais une conséquence logique de toute l’idéologie de la Fraction. Elle a son point de départ dans la conception du rôle hypertrophié — totalitaire pourrait-on dire, pour employer un mot à la mode — du parti. Si le rôle de la classe ouvrière dans la révolution se ramène en dernière analyse à s’en remettre à la sagesse du parti révolutionnaire, les possibilités révolutionnaires d’une situation ne pourront être déterminées qu’en fonction de l’existence ou de la non-existence de ce parti. Si le parti existe, la situation prend une tournure ou en tout cas peut prendre une tournure révolutionnaire. Si par contre ce parti fait défaut, l’héroïsme le plus pur de la classe, son idéalisme le plus exalté doit se dépenser en pure perte. Tel est le mécanisme du raisonnement de la Fraction et qui devait l’amener à défendre les positions contre-révolutionnaires que nous connaissons : rupture des fronts militaires, fraternisation avec les troupes de Franco, refus d’aider au ravitaillement en armes des milices gouvernementales espagnoles. Et le caractère réactionnaire de ces positions n’est pas diminué par le fait que dans le cours de la discussion ceux qui les défendaient aient été amenés à reconnaître l’application immédiate de ces positions comme impossible, remettant leur application à une époque où les travailleurs espagnols se rendraient par eux-mêmes mieux compte du caractère désespéré de leur action contre Franco.

La LCI d’Adhémar Hennaut collabora alors avec l’Union communiste d’Henry Chazé et renforça ses liens avec le communisme des conseils germano-hollandais. En mars 1937, Hennaut et son organisation participèrent à une conférence à Paris avec l’Union communiste, l’ex-minorité bordiguiste partie combattre en Espagne, Henk Canne-Meijer (GIC hollandais) et la RWL de Hugo Oehler. À partir de 1938, la LCI approfondit son évolution vers le communisme des conseils incarné par le GIC hollandais. Son groupe disparut en septembre 1939.

Hennaut est mort à Braine-l’Alleud (Brabant), le 26 mars 1977. Soucieux de ne pas être un fardeau pour ses proches, il s’enleva la vie en écrivant ces simples mots sur un journal : "C’est à moi seul de décider de mon propre sort".

Sans reprendre une activité organisée, il maintint toujours une attitude fraternelle à l’égard des groupes internationalistes, aussi bien les communistes de conseils que des membres de la section belge du CCI, qui publiait la revue Internationalisme.

Il fut l’un des premiers traducteurs en français du communisme des conseils hollandais. C’est lui-même qui traduisit les Conseils ouvriers (1943-45) d’Anton Pannekoek. Ce dernier, en 1947, fit lui-même ses corrections en français sur le tapuscrit de Hennaut pour la bonne concordance des versions hollandaise et anglaise. Ses archives en français (mais pas celles en néerlandais) ont été déposées au Groupe d’histoire et de sociologie du communisme de l’Université libre de Bruxelles (ULB).

Sources : "Manifeste de l’Opposition du Parti communiste belge", Contre le courant n° 16, 31 mars 1928 : https://www.marxists.org/francais/4int/ogi/1928/00/4int_19280000.htm — Adhémar Hennaut, "Comment l’Opposition s’est-elle scindée ?", Le Communiste, 1er nov. 1932, p. 15-16. — "La grève de Verviers", Bilan n° 7, mars 1934. — "Les fondements de la production et de la distribution communiste", Bilan n° 19, mai-juin 1935, n° 20, juin-juillet 1935 et n° 21, juillet-août 1935. — "Les internationalistes hollandais sur le programme de la révolution prolétarienne", Bilan n° 22, août-sept. 1935, et n° 23, sept.-oct. 1935. — "Nature et évolution de la révolution russe", Bilan n° 33, juillet-août 1936. — "Démocratie formelle et démocratie socialiste", Bilan n° 34, août-septembre 1936. — "La fin d’une alliance", Bulletin de la Ligue des Communistes Internationalistes, mars 1937. — "Résolution sur la guerre en Espagne" (résolution de Jean Melis-Mitchell), Communisme n° 1, Bruxelles, avril 1937. — Michel Olivier [Michel Roger], La gauche communiste belge (1921-1970), Paris, février 2005. — Sam Kapanci, Entre sociologie et histoire. Parcours d’un militant communiste, Adhémar Hennaut, ULB (mémoire de maîtrise), Bruxelles, 2013.




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