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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Critique de la plate-forme programmatique des R.K.D.
Bulletin de discussion n°1 - 25 juillet 1945
Article mis en ligne le 2 décembre 2016
dernière modification le 15 mai 2018

par ArchivesAutonomies
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I°) BILAN

1945 se situe au cœur même de la IIIème guerre impérialiste qui n’est que l’aboutissement de la période accentuée de crise capitaliste. Les conséquences de cette crise ont résulté jusqu’à présent en une vague de défaites surtout idéologiques infligées au prolétariat international. Mais ce vent de défaite englobant le prolétariat dans son ensemble a inévitablement eu ses répercussions parmi les groupes d’avant-garde, se manifestant à l’intérieur d’organisations par des virements politiques, des scissions ou des abandons personnels.

La formation du noyau CR a été basée presque exclusivement sur la rupture avec l’Etat russe, c’est-à-dire avec la guerre impérialiste et de cette position nous nous sommes proclamés organisation d’avant-garde révolutionnaire, la seule capable de mener le prolétariat à la victoire. Nous avons déclaré en outre avoir rompu avec le centrisme et toutes les organisations considérées comme telles (trotskistes, etc.). Cette "rupture avec le centrisme" nous la basions uniquement sur l’adoption du programme RKD que nous avons maintenu jusqu’à ce jour comme programme CR. Mais neuf mois après cet événement nous devons nous apercevoir que le seul fait de rompre avec la guerre impérialiste ne signifie pas rompre définitivement avec toute politique centriste qui était marquée chez nous par des années de luttes au sein d’organisations reconnues comme telles. Les chaines du centrisme ne devaient pas tomber de suite et un travail théorique pouvait seul nous mener à abandonner tous les principes vicieux et toutes les tares centristes et de là nous conduire à une politique bolchévik. Après la rupture avec le trotskisme, nous nous rattachions immédiatement à la plate-forme RKD et l’acception sur tous les points. Depuis notre politique ne cessa d’évoluer. Notre marche en avant qui se caractérisait par l’abandon de positions trotskistes provoquait des désertions. Mais pourtant, si notre politique a changé, il est à remarquer que nous nous réclamons toujours d’accord avec la plate-forme RKD qui reste notre principale arme et le reflet de notre idéologie. Malgré les résolutions et les textes du CC qui sont parfois en plein désaccord avec cette dernière, nous nous abritons derrière elle. Et aussi bien dans le bulletin théorique Communisme que dans le Pouvoir ouvrier, que dans les résolutions de cellules, et malgré toutes les attaques extérieures portées contre cette base théorique, nous nous refusons d’en parler. Un tel équivoque, tout en prouvant l’existence de tendances opposées même au sein du BP compromet largement notre politique. Nous devons donc sans délai avant de construire une base politique détruite, conserver ou bien réformer celle qui nous a abrité jusqu’à maintenant.

II°) LA BATAILLE.

La critique la plus urgente qu’il s’imposait de faire est sans aucun doute celle portant sur la prise du pouvoir par le prolétariat et toute la stratégie et la tactique qui en découlent. La majeure partie de ce texte concentré dans "la Bataille" se trouve actuellement en désaccord avec toute la ligne politique suivie par l’Organisation au cours de ces derniers mois et se trouve en contradiction flagrante avec la déclaration de Principes.

Il est urgent de spécifier et de critiquer une fois pour toutes les mots d’ordre de la plate-forme qui sont ignorés ou du moins oubliés (il faut l’espérer) par la majeure partie des camarades.

1°) Le Programme d’action

Le point central de la critique portera surtout sur le programme d’action qui tout en se réclamant du "Marxisme-Léninisme" se trouve de par lui-même en opposition avec cette idéologie.

a) sur la conception de l’Organisation :

Ou bien le programme pose l’organisation comme parti du prolétariat malgré les quelques passages démontrant que "le parti reste à constituer". Donc si vous concevez l’organisation comme parti, vous rejetez les conceptions bolchéviks du parti qui ne se forme qu’en période de montée révolutionnaire et qui englobe une fraction du prolétariat.

Ou bien vous laissez de côté le facteur Parti et prétendez la prise du pouvoir, la dictature du prolétariat possibles sans Parti Révolutionnaire. Là encore une conception anti-bolchévik. L’expérience allemande et russe nous donne la preuve que sans parti révolutionnaire, il n’est pas question de Dictature du Prolétariat et encore moins de socialisme. Le programme d’action de ses mots d’ordre se dénonce lui-même comme un programme de parti et non comme un programme d’organisation qui ne pourra pas exploiter les résultats de ces mots d’ordre en supposant qu’ils soient accomplis. En plus, même, le Parti ne sera en mesure de lancer de tels mots d’ordre que le jour où il aura la majorité du prolétariat derrière lui (Octobre 17).

b) sur la conception de la période actuelle

La faute devient plus grave quand on s’aperçoit que de tels mots d’ordre sont attribués à "la période actuelle" et pour "notre lutte immédiate". Une telle qualification de période révolutionnaire a été rectifiée par le cours même des événements historiques. L’erreur de perspective repose surtout sur les conceptions de l’anti-fascisme et des maquis plutôt que sur les mutineries ouvrières sporadiques en cours dans le monde entier. Ici encore l’influence du facteur de "l’information de presse bourgeoise" fait place à une analyse marxiste détaillée. Il nous reste à critiquer la nature même de ces mots d’ordre.

"Cessation immédiate de la guerre impérialiste, renversement de toute dictature bourgeoise (militaire, policière) PAIX, PAIN, LIBERTÉ".

Le mot d’ordre est pour le "renversement de la dictature (militaire, policière, bourgeoise) fasciste ou "démocratique" et du "capital entier". D’abord il faudrait se renseigner auprès des auteurs sur ce qu’ils entendent par ce mot d’ordre savant de "dictature démocratique" qui n’est qu’un non-sens. Ensuite on identifie d’une part la "dictature militaire, policière, bourgeoise", d’autre part le capitalisme entier comme deux choses bien différentes. La force sociale de la "dictature (militaire, policière, bourgeoise)", un mystère ! Quant à la forme de domination du capitalisme, un autre mystère ? Quant à la démocratie bourgeoise, on évite d’en parler et on ne se prononce pas pour son renversement. Si, par contre nous examinons bien ce mot d’ordre nous voyons que Roosevelt se proclamait contre le militarisme, contre le fascisme. Quant au capitalisme, de Pétain à Staline, tous prétendent le combattre. Cette coïncidence n’est pas dépourvue d’explication et dénote bien le caractère opportuniste de ces mots d’ordre. Il est à signaler que de tels mots d’ordre ont été le départ vers l’anti-fascisme et la mobilisation des masses pour la guerre impérialiste. Nous devons dénoncer tous les Etats actuels comme défenseurs du régime capitaliste et que seul le renversement de la société capitaliste par la Révolution Prolétarienne devra mettre fin à toute domination démocratique ou dictatoriale de ces Etats. Nous ne combattons pas les gouvernement en tant qu’ayant des formes dictatoriales mais en tant qu’émanant du régime capitaliste. Seule la Révolution Prolétarienne mettra fin à toute guerre impérialiste et à toute domination de la bourgeoisie quelle que soit son nom et sa forme.

"Libération immédiate de tous les prisonniers"

Par ce mot d’ordre nous nous trouvons donc prêts à libérer tous les agents de l’impérialisme adverse qui sont par nature même ennemis de la classe ouvrière. Si nous prenons ce mot d’ordre dans la période actuelle puisqu’il "servira de base pour le Parti du Prolétariat" nous sortirons des prisons les défenseurs de l’impérialisme allemand composé de toute la clique réactionnaire fasciste (Pétain en tête) qui resteront nos pires ennemis et s’allieront avec la bourgeoisie gaulliste contre le prolétariat. Mais un tel mot d’ordre était donné en une période différente et en ce temps là on était pour la libération de tous les staliniens tout en reconnaissant le stalinisme comme courant contre révolutionnaire et de tous les agents de l’impérialisme, anglais, américain, français. On ne peut reprocher à ce mot d’ordre un manque de philanthropie. Mais les révolutionnaires ne sont pas des philanthropes avec les ennemis de la classe ouvrière. Accepter un tel mot d’ordre ne se conçoit qu’en période révolutionnaire lorsque les prisons sont pleines non pas d’agents d’un impérialisme quelconque, mais d’une partie de l’avant-garde du prolétariat.

Ensuite on donne le mot d’ordre "D’EXTERMINATION DE TOUS LES SS et BANDITS NAZIS ET DE TOUS LES ENNEMIS DE LA CLASSE OUVRIÈRE

On ne parle pas des volontaires de l’armée française, des troupes de choc russes, anglaises, américaines, des volontaires en Extrême-Orient qui par leur caractère chauvin et arriéré forment une armée contre révolutionnaire au même titre que les SS. Et nous voyons enfin le ridicule d’un tel mot d’ordre qui se situe dans la période actuelle à l’avant-garde de la réaction.

"Désarmement de la bourgeoisie, armement du prolétariat".

Ce n’est pas le désarmement de la bourgeoisie en tant que classe qui pourra écarter le danger de la contre-révolution. Il serait erroné de penser que seule, la classe bourgeoise qui se trouve une minorité dans la société puisse faire reculer à arme égale le prolétariat révolutionnaire, c’est-à-dire une majorité sociale. Ce n’est pas en prenant les quelques révolvers des officiers et des patrons que l’on désarmera la bourgeoisie. Mais c’est surtout en désarmant tous les organismes qui composent l’appareil bourgeois (police, etc.) tous les agents de la bourgeoisie sans distinction de classes.

"Jugement de tous les responsables de guerre".

Ce mot d’ordre spécifiquement bourgeois a pour effet de tromper les masses sur le caractère même de la guerre impérialiste. Actuellement la bourgeoisie s’en sert pour masquer la véritable cause de la guerre et pour freiner les actions de masses (Italie).

Nous devons donc condamner les chefs des Etats capitalistes non pas comme fauteurs de guerre, car la guerre qui n’est que la continuation de la crise capitaliste inévitable a ses racines profondes dans la société et non dans la nature même de tel ou tel individu, mais comme les représentants du système capitaliste et de là comme ennemis du prolétariat et du développement de la société humaine. C’est user de démagogie que de dire avec les masses : "tel ou tel chef d’Etat mort, la guerre fini..."(illisible) Hitler, Mussolini, Roosevelt sont morts et la guerre continue toujours son cours.

"Conseils d’ouvriers et soldats, Pouvoir ouvrier, démocratie ouvrière".

Le mot d’ordre de prise du pouvoir est lancé immédiatement, après celui de formation de conseils. C’est une vue simpliste et erronée des évènements que de croire que dès leur constitution les soviets se jetteront à l’assaut de l’Etat bourgeois. Dès la formation des conseils s’organisera une lutte entre d’un côté les organes prolétariens et de l’autre l’Etat bourgeois. Cette bataille sera caractérisée par une double lutte, d’abord lutte intérieure dans les conseils contre les agents de la bourgeoisie que celle-ci aura placés à leur tête (mencheviks, centristes...) et qui, par leurs mots d’ordre freineront l’action des masses, d’autre part, lutte ouverte extérieure dirigée contre le gouvernement et qui doit se terminer par une lutte armée. Dans ces deux sortes de luttes le Parti Révolutionnaire doit prendre une part active et diriger le combat par ses mots d’ordre. Il est erroné de croire que le prolétariat peut s’emparer du pouvoir à une période indéterminée. Pendant les mois de dualité de pouvoirs, le prolétariat au moyen de sa lutte quotidienne doit se mûrir et préparer l’insurrection finale qui correspond à une période révolutionnaire précisément déterminée par le processus historique qui doit être analysé et dévoilé par le Parti. Sans cela nous assisterons à des luttes pour la prise du pouvoir qui tout en se manifestant trop tôt risque d’entraîner le prolétariat dans une période de réaction qui affaiblira ses forces (Juillet 1917 en Russie) ou bien l’amèneront à une défaite complète (Allemagne 1919).

"EXPROPRIATION DES CLASSES RÉGNANTES PAR LA CLASSE OUVRIÈRE ET SA REPUBLIQUE DE CONSEILS"
"POUR LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE MONDIALE"
"POUR LA GUERRE RÉVOLUTIONNAIRE"
"LA MEILLEURE DÉFENSE EST L’ATTAQUE"

Nous n’insisterons pas encore une fois sur la valeur d’un tel mot d’ordre en une telle période (1943) mais cette fois encore, une conception simpliste fait place à une analyse marxiste de la situation et de l’histoire. Le mot d’ordre pose la Révolution mondiale réalisable sans (phase ?) révolutionnaire international(e), faute impardonnable après l’expérience des révolutions passées. Mais la conception de la révolution est tout autre chez les RKD. La révolution n’est plus basée sur la lutte de classes mais sur la guerre révolutionnaire et plus fort, l’attaque révolutionnaire. La théorie marxiste de la révolution prolétarienne basée sur la lutte de classes fait place à la révolution prolétarienne basée sur la guerre nationale et nous voilà au départ de la transformation inévitable de l’internationalisme en nationalisme "révolutionnaire". On prend le socialisme comme une marchandise que l’on peut transporter, imposer, protéger au moyen du système qui découle du capitalisme : La guerre.

La guerre inévitablement supprime toute économie planifiée, c’est-à-dire toute économie socialiste, seule économie possible pour la réalisation du socialisme et de l’abondance et instaure à la place une économie d’accumulation, c’est-à-dire l’économie propre du capitalisme.

Pouvons-nous défendre une économie capitaliste ? Pouvons-nous espérer le socialisme dans un pays ayant adopté une telle économie ?

Ensuite une économie de guerre entraîne automatiquement pour le peuple qui la réalise tout un système d’alliances économiques avec d’autres pays capitalistes. En plus l’Etat ouvrier par la guerre révolutionnaire servira inévitablement les intérêts d’un impérialisme (l’impérialisme concurrent à celui qu’il combat) et de là tout l’enchaînement inéluctable au régime capitaliste qui prouve la valeur du mot de Lénine : "Le socialisme n’est pas possible dans un seul pays". Tout cela ne serait que la triste répétition de l’expérience russe qui reculerait le socialisme encore pour plusieurs décades.

c) Stratégie et tactique de la Révolution prolétarienne mondiale

"Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes"
"Droits des nations opprimées à disposer d’elles-mêmes, droit de séparation des minorités".

Ces mots d’ordre exclusivement nationalistes n’ont rien de révolutionnaires. Le système social de l’exploitation ne changera pas suivant la nationalité ou la force de l’oppresseur. Seule la révolution prolétarienne dans tous les pays fera cesser cette exploitation.

Nous devons dénoncer le régime capitaliste dans toutes ses formes et ne favoriser aucun mouvement ne présentant pas un caractère et un but de classe.

Nous devons aider le prolétariat et toutes les couches travailleuses coloniales à s’affranchir du joug de leur exploiteur en les amenant à luter contre le capitalisme, contre toutes ses formes d’oppression et contre tous ses représentants (bourgeoisie colonisatrice ou bourgeoise indigène).

Nous devons considérer que la victoire de la bourgeoisie coloniale sur la bourgeoise colonisatrice ne sera en fait que la victoire d’un impérialisme sur un autre et en aucun cas une évolution du régime capitaliste ou un pas en avant vers le socialisme mais uniquement un conflit inter impérialiste.

Sur le Front Unique

"Il faut réaliser la tactique du Front Unique de Lénine vis-à-vis de tous les partis ouvriers."

D’abord il faudrait savoir ce que vous entendez par "Parti Ouvrier". Un parti ouvrier est-il celui qui compte le plus d’ouvriers parmi ses membres ? Ou bien est-ce celui qui défend les intérêts de la classe ouvrière ? Dans le premier cas, réaliser le Front Unique avec un parti sans tenir copte de son programme, mais uniquement du nombre et du milieu social de ses membres aboutira inévitablement en période actuelle à l’alliance avec la bourgeoisie. Dans le deuxième cas, l’alliance avec "le parti défendant les intérêts de la classe ouvrière" aboutira encore plus indirectement mais inévitablement à l’alliance avec la bourgeoisie. Car s’il existe "un parti ouvrier" différent du nôtre, cela revient à dire qu’il existe deux moyens de défendre les intérêts de la classe ouvrière et ces deux moyens sont représentés par les deux partis qui, malgré leurs désaccords tactiques arriveront au même but. Donc le fait même de réaliser le Front Unique avec un parti donne inévitablement à ce parti un caractère prolétarien. C’est là une idée bien fantaisiste du rôle et du contenu d’un parti prolétarien, conception fausse qui tend à appuyer le parti sur les bases d’un facteur numérique et non sur celles d’un facteur de classe.

Non, il n’existe qu’un seul moyen pour lutter contre la bourgeoisie. Ce moyen c’est la lutte de classe concrétisée par tout un programme que seul, le Parti basé sur des principes marxistes peut élaborer. Les autres partis qui se réclament du prolétariat ne sont que les défenseurs du régime bourgeois appelés un jour ou l’autre à se dévoiler directement dans le camp de la bourgeoisie.

Nous ne devons traiter aucun pacte, aucun Front Unique avec de tels partis qui sont les ennemis les plus redoutables du prolétariat car ces alliances ne peuvent que nous discréditer en donnant à ces partis un caractère prolétarien.

Sur les rapports avec les partis dits "opportunistes"

"Les communistes révolutionnaires doivent favoriser par des mots d’ordre tactiques la participation au gouvernement des partis dits opportunistes ; but : compromettre tous les autres partis, favoriser la propre expérience des masses".

Nous ne pouvons rien faire devant les événements historiques disent désespérément les RKDistes — les masses doivent faire leur propre expérience. Notre rôle de former le parti n’est pas encore venu. Puisqu’il en est ainsi facilitons les masses à faire leur douloureuse expérience et aidons les au moyen de nos mots d’ordre. En hâtant ainsi une période historique qui est inévitable, nous hâterons par la même "notre période" et la révolution.

Encore une fois une conception antimarxiste se dégage de ce raisonnement. S’il est naturel dans le cerveau du RKD qu’une organisation de quelques révolutionnaires peut changer le cours des évènements historiques en lançant un mot d’ordre qui risque de canaliser toute l’énergie d’une avant-garde pour l’intérêt de la bourgeoisie, il n’en est certainement pas de même pour tout marxiste qui pense que seul un programme révolutionnaire énergique peut amener à la prise du pouvoir par le prolétariat et au socialisme.

Non, ce n’est pas un mot d’ordre qui accentuera la marche des événements qui doivent passer par une période historique appropriée correspondant à un degré de maturité de la classe ouvrière. Ses degrés de maturité ne peuvent se gravir qu’au prix de dures expériences résultant de la crise croissante du régime capitaliste.

Mais vous qui savez à quoi vous en tenir sur les partis opportunistes, vous trahirez les ouvriers en ne leur montrant pas le danger et la classe que défendent ces partis. L’expérience que vous encouragez coûtera peut-être des milliers de morts et le sang de ces morts tachera pour toujours votre drapeau.

Un parti ou une organisation ne sont pas basés sur un programme élastique pouvant selon la période prendre la forme et la couleur qui convient le mieux à l’esprit des masses. Nous sommes une avant-garde qui représentons les intérêts du prolétariat, et qui pour cela, doit inévitablement lutter à contre-courant dans les rangs des masses. Faire de la démagogie en adoptant tous les mots d’ordre des masses, mots d’ordre qui représentent souvent un courant bourgeois n’appartient pas à une organisation révolutionnaire, mais est le caractère propre de tout mouvement opportuniste.

Il ne nous reste qu’à résumer cet ensemble de critiques protées sur les points essentiels de "LA BATAILLE".

Ce programme avant tout dépourvu de tout travail théorique a sa principale base fondée sur un tas de formules et de mots d’ordre consistant le plus souvent en citations de Marx, d’Engels et de Lénine et menant par là à une conception schématique et religieuse du marxisme. Ces formules et ces mots d’ordre écrits par des chefs qui représentaient à l’époque où ils les lançaient à une parfaite conscience de classe résultaient en ce temps là de tout le produit d’un travail théorique adapté à l’analyse de la situation. Il est par exemple clair que le travail de la IIIème Internationale Communiste devait s’élaborer au moyen du fruit des deux précédentes Internationales, plus un travail théorique propre qui concernait la période de la guerre impérialiste jusque là inconnue. Donc pour l’élaboration d’une nouvelle Internationale Communiste, nous avons déjà d’une part avec les expériences de la Commune, de la Révolution russe, allemande, etc. le travail d’élaboration politique des précédentes Internationales, mais d’autre part à ce travail, nous devons ajouter toute une analyse critique des expériences passées et des caractéristiques de l’époque actuelle. C’est précisément ce travail que le RKD n’a pas fait en se bornant à suivre pas à pas les principes de Lénine et de la Troisième Internationale.

Notre tâche actuelle est d’analyser l’expérience de la III° I.C. et d’en retirer les fautes qui l’ont conduite à sa faillite. Car, il est bien entendu une fois pour toutes que la dégénérescence de l’I.C. a sa source même dans tout son programme et non dans la nature de tels ou tels chefs. C’est sur cette tâche que se manifeste la carence complète non seulement de la plate-forme, mais aussi des organisations CR et RKD jusqu’à ce jour.

Si l’on compare ce programme à notre position politique actuelle, nous remarquons que, malgré tous nos efforts pour rompre avec la politique centriste, nous avons été obligés de côtoyer cette politique pendant un bout de chemin. Ce chemin qui va s’écartant de plus en plus avec lui du trotskisme doit inévitablement nous sortir du marais et nous mener à un autre chemin non pas parallèle, mais opposé.

Pour établir les bases programmatiques et les taches du Parti de demain, nous devons avant tout nous débarrasser de tout le poids des erreurs politiques passées et les dénoncer.

N’ayons pas peur de reconnaître encore une fois que nous nous sommes trompés, justifiant que de telles erreurs étaient inévitables pour une organisation qui veut se débarrasser de toute politique centriste.

Notre tâche est donc d’abandonner avec toutes ces erreurs le programme qui les abrite, c’est-à-dire "LA BATAILLE" et non seulement abandonner cette partie de la plate-forme mais la dénoncer une fois pour toutes. Il ne nous restera plus qu’à reconstruire un véritable programme révolutionnaire qui seul pourra forme le parti de l’avant-garde prolétarienne.

Gabriel (cellule B.)

Juin 1945 [NdE : ou 1943 ?]




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