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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Lettre de Paul Mattick à l’OCR
Bulletin d’études révolutionnaires n°6 - Fin Juillet 1946
Article mis en ligne le 2 décembre 2016
dernière modification le 15 mai 2018

par ArchivesAutonomies
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Chers amis,

(...) Je suis content de la présentation de votre groupe et aussi de la description que vous donnez des autres groupes. Je vais vous dire quelques choses de nous.

Quelques immigrants allemands et moi en particulier avons introduit les idées du Mouvement de Conseils européen aux USA, il y a environ 15 ans. Nous avons travaillé pendant un certain temps avec les IWW et nous sommes entrés en 1930 (à Chicago) dans une organisation appelée Parti Ouvrier Unifié (UWP) qui était le résultat d’une scission du Parti Prolétarien qui avait à peu près la même idéologie que le Parti Communiste de la Troisième Internationale. Nous avons publié pendant quelques années l’International Council Correspondance (Correspondance internationale des Conseils), et nous avons travaillé presque exclusivement dans le mouvement des chômeurs, durant la grande dépression. Il y avait un groupe similaire, plutôt petit cependant, à New-York et quelques individus dans différentes villes des Etats-Unis. Nous étions en contact étroit avec le KAPD allemand et l’AAU, et aussi avec le mouvement hollandais, en particulier avec H. Canne-Meijer et Pannekoek. Le titre de Parti Ouvrier Unifié fut bientôt rejeté et ses membres se considérèrent comme faisant partie du Mouvement connu sous le nom de Raetekommunisten ou Communistes de Conseils, c’est-à-dire le mouvement soi-disant ultra-gauche qui s’était opposé au bolchevisme depuis 1919. Plus tard nous avons publié Leaving Marxism et plus tard encore New Essays. Nous avons arrêté la publication en 1944, par manque de fonds et par manque de concours. La guerre a réduit le nombre de nos amis considérablement, et à présent il y a environ 30 personnes aux Etats-Unis qu’on peut considérer comme représentant les idées dans le sens desquelles votre groupe dirige à présent ses efforts. Je me suis déplacé de Chicago à New-York dans le but de coordonner les activités isolées et de prendre des dispositions pour une sorte de travail organisé, ici en particulier pour reprendre la publication de notre revue et pour éditer une série de brochures. Nous avons des rapports avec un certain nombre de très petits groupes en France (...) Nous avons des rapports avec les Communistes antiparlementaires de Glasgow. Egalement avec quelques camarades italiens et avec de petits groupes ou des individus en Australie, au Canada et dans quelques autres endroits. Vous le voyez notre entreprise est toute petite et sans importance réelle. Nous ne voyons pas non plus à présent aucune possibilité de surmonter cet état d’insignifiance. Toutefois cela ne saurait nous empêcher d’établir des rapports partout où c’est possible et d’intégrer autant que c’est possible, si peu que ce soit, le travail international fait par les diverses petites sectes qui actuellement existent. Je vous informe de notre situation réelle afin que vous ne puissiez nourrir aucune illusion à notre sujet. Nous n’existons pas à présent en tant qu’organisation mais plutôt en tant que groupe très lâche dont le but est la publication des idées développées à l’intérieur du groupe. Nous voulons publier, comme je l’ai déjà dit, une nouvelle revue dans laquelle travailleront des gens comme Pannekoek, Karl Korsch, Heinz Langerhans, moi-même et d’autres. Nous vous enverrons autant d’exemplaires que vous le désirerez aussitôt qu’elle paraîtra. En attendant nous sommes tout à fait disposer à discuter avec vous tout ce que vous pourriez vouloir discuter. Que nous sachions de façon précise à quoi nous pouvons vous être utiles (...)

(...) Nous sommes d’accord avec la plupart des idées exprimées dans votre lettre. Nous avons seulement l’impression que la position dans le sens de laquelle vont maintenant vos efforts est trop proche des idées du Mouvement de Conseils d’avant-guerre. Je pense que les théories et les activités de ce Mouvement ne sont plus satisfaisantes et qu’il est temps de repenser cette solution. Mais, ce que nous aurons à dire à cet égard, c’est que dans notre tentative d’arriver à un point de vue nouveau et plus fécond dans la question de la libération de la classe ouvrière vous apprendrez beaucoup mieux de nos travaux à venir. D’ici là nous pourrions discuter les problèmes qui vous tracassent particulièrement.

Cette lettre a uniquement le but d’établir des rapports entre vous et nous. Notre correspondance ultérieure pourra alors se concentrer sur les publications politiques et sur les questions théoriques. Nous espérons des nouvelles de vous sous peu ; avec mes meilleurs vœux.

Paul Mattick, le 22/05/1946




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