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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Pour les funérailles des victimes du "Diana"
{Bilan} n°3 - Janvier 1934
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 20 novembre 2016

par ArchivesAutonomies
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Introduction à l’article de Il Communista par Bilan :

Le procès du Reichstag s’est déroulé dans une atmosphère de désaveu total des actions terroristes. Méprisant les enseignements de Marx et de Lénine à propos des actions terroristes de la Volonté du Peuple en Russie, toutes les organisations, y compris le centrisme, se sont empressées de se désolidariser de l’acte de Van der Lubbe, jusqu’à demander au fascisme la tête d’un prolétaire voulant, par son action désespérée, ranimer l’esprit de lutte du prolétariat allemand. Nous estimons opportun de publier aujourd’hui une résolution adoptée par le P. C. I. ayant à l’époque une direction de gauche à sa tête, à propos d’un attentat terroriste commis par des éléments anarchistes, jetant une bombe dans un théâtre de Milan, blessant et tuant des spectateurs. Cela se passait en 1921, sept mois après l’occupation des usines [1]. Les fascistes étaient parvenus à cette époque, avec l’aide de l’appareil d’Etat, à conquérir des provinces agricoles et ils se préparaient à passer à l’attaque des villes rouges, bastions du prolétariat révolutionnaire. Immédiatement ils essayèrent d’exploiter cet acte désespéré, pour entraîner à leur suite les couches incertaines de la petite bourgeoisie et pour accentuer leur réaction anti-prolétarienne.
Le parti communiste qui s’était à peine fondé deux mois auparavant, n’hésita pas, malgré le vacarme fasciste, la panique de la social-démocratie, à prendre résolument des positions de classe, tout en s’efforçant d’expliquer les circonstances politiques qui déterminent les attentats terroristes. Les chefs de la social-démocratie, tels Turati et consort, préconisaient la non-violence et exhortaient les classes à mener une lutte "civilisée", c’est-à-dire à rejeter solennellement tout emploi de la violence pour résoudre les antagonismes sociaux politiques, pour finalement conclure un pacte de pacification avec l’ennemi de classe, le fascisme, suivant les règles en vigueur dans la conclusion des traités diplomatiques. Le parti communiste, par contre, préconisa une attitude de résistance à toute velléité fasciste d’exploiter ce fait contre la classe ouvrière, et alerta ainsi les prolétaires pour préparer une offensive ultérieure. Cette position est en opposition flagrante avec l’attitude du centrisme en Allemagne, s’efforçant lamentablement de démontrer sa non-participation à l’incendie du Reichstag au nom de l’innocence politique de ses militants et du fossé profond qui séparerait son activité des actions terroristes. Le P. C. A. permit ainsi que le fascisme exploite ce fait en passant immédiatement à la répression féroce du mouvement ouvrier, qui, à cause aussi de la position politique du parti, recula et fut écrasé impitoyablement.


TRAVAILLEURS DE MILAN !

Les événements survenus ces derniers jours donnent aux partis de la classe bourgeoise l’occasion d’effectuer une spéculation manifeste et nous devons nous préparer à y riposter.
Des minorités audacieuses, organisées pour l’action contre-révolutionnaire et appelées à s’opposer à l’avance de la classe ouvrière vers les objectifs de la lutte fixés par le programme communiste, cherchent à exploiter un sentimentalisme facile pour drainer derrière elles les couches intermédiaires et tous les éléments incertains et sans parti, afin de susciter, dans la soi-disant opinion publique de notre ville, un état d’âme hostile au prolétariat révolutionnaire.
Cette manoeuvre qui, ailleurs, a réussi en partie à cause des insuffisances et des inepties de certains dirigeants des masses, ne peut pas et ne doit pas réussir à Milan [2] . Nous, communistes, certains de la conscience des masses ouvrières de Milan, sentons le besoin de mettre en évidence le jeu de nos adversaires et de signaler les erreurs dans lesquelles l’on pourrait tomber, si l’on agissait dans la circonstance de la façon erronée que déjà les dirigeants socialistes semblent vouloir adopter. On veut répéter ce qu’on a fait à Bologne après le meurtre du conseiller communal bourgeois par des inconnus. Les dirigeants du mouvement ouvrier de la ville, ressentirent le besoin de désavouer un acte dont ils étaient accusés uniquement pour permettre une spéculation politique sur un cadavre.
Ils crurent faire tomber cette spéculation en mettant en évidence la distance qui existait entre leurs méthodes politiques et celles de ceux qui commirent l’attentat. Mais ils ne réussirent qu’à semer le défaitisme parmi les travailleurs et à favoriser la manoeuvre des adversaires. Ceux-ci, profitant de la désorientation et de l’absence de positions responsables des dirigeants des organisations ouvrières, prirent courage pour déclencher une offensive et, trouvant les ouvriers désorganisés, ayant perdu confiance en leurs organisations, ils obtinrent une facile victoire qui gifla la fierté de la classe ouvrière et brisa ses conquêtes.
Sur les victimes du "Diana", on veut répéter la spéculation cynique et vile, afin de briser la cohésion de la masse ouvrière. La bourgeoisie ne s’émeut certainement pas pour les morts et blessés du "Diana", elle ferme ses magasins à cause de l’imposition fasciste, mais elle continue, ses volets baissés, la chasse au profit qui représente toute sa moralité de classe. Mais entre-temps la spéculation continue. Mais entre-temps certains de vos dirigeants lancent les phrases que l’adversaire attend pour les exploiter, comme des conséquences de son action punitive qui brise et qui repousse l’idéalité révolutionnaire.

Prolétaires communistes,

Bien différente doit être notre, votre réponse.
Le bruit fait à dessein par nos adversaires ne nous oblige pas à exprimer notre jugement sur des actes que ces derniers choisissent pour faire réussir leurs manoeuvres. Notre programme est connu, nous ne cherchons pas à le modifier ou à l’excuser pour fournir des explications à l’insolence de la presse anti-prolétarienne et de la propagande contre-révolutionnaire.
Le déclenchement d’une lutte, qui a pour conséquence de tragiques épisodes, ne doit pas être jugée par nous, en donnant ou en refusant une sanction. Nos responsabilités découlent clairement de nos positions programmatiques. Au reste nous croyons devoir réaffirmer la grande vérité historique proclamée par le communisme, qu’il n’y a pas d’autre issue à la situation que la victoire révolutionnaire des travailleurs, dans un nouvel ordre vraiment civilisé, ou l’engloutissement de toute la vie sociale dans la plus noire des barbaries.
La bourgeoisie, plutôt que de disparaître de l’histoire, veut la ruine totale de la société humaine. Les bandes blanches qui se constituent pour briser l’avance émancipatrice des travailleurs, travaillent pour cette seconde solution sinistre. Nous espérons et nous croyons que ces bandes seront écrasées par la force consciente du prolétariat. Mais même au cas ou ce ne serait pas le cas, jamais elles ne pourront sauver de la chute finale, l’ordre pourri de la société bourgeoise. Le prolétariat de Milan ne doit donc pas aujourd’hui se laisser impressionner par une habile mise en scène et une commisération simulée, qui doit se transformer en haine contre les travailleurs et en l’écrasement de leur mouvement de classe.
L’adversaire ne doit pas avoir la satisfaction de voir le prolétariat milanais s’associer à une manifestation hypocrite, qui représenterait la première étape dans la voie de la violence qu’il se propose d’emprunter.
Qu’on fasse donc les funérailles des victimes. Nous serons absents d’une manifestation à laquelle on veut, bien à propos, donner un caractère anti-prolétarien et avec laquelle on veut, encore une fois, réaliser une solidarité de classes qui cache le guet-apens et l’envie effrénée de domination de la classe privilégiée. Mais si la manifestation faisait un seul pas dans la voie de l’agression au prolétariat et à ses institutions de classe, de l’outrage de notre, de votre idéalité révolutionnaire, alors, travailleurs de Milan, nous répondrons avec toute notre et votre énergie. La manoeuvre des contre-révolutionnaires ne doit pas réussir. Le prolétariat de Milan, qui n’oublie pas son passé, se trouvera à son poste pour se défendre, pour défendre l’honneur de son drapeau rouge, le sort de l’offensive de demain au travers de laquelle il prendra place parmi les camarades de lutte de toute l’Italie et du monde entier, pour la victoire de la révolution mondiale.

Il Comunista, 30 mars 1921.

Notes :

[1Précisément, le 23 mars 1921. Cet attentat est l’oeuvre d’un groupe anarchiste individualiste (sans exclure la possibilité qu’il soit manipulé par la police) qui croyait atteindre le commissaire de police Gasti. L’attentat servira de prétexte à une répression généralisée contre les anarchistes. Les responsables de cet attentant seront jugés le 9 mai 1922, et les principaux inculpés écoperont des travaux forcés à perpétuité. Les fascistes quant à eux en profitent pour attaquer les sièges des Syndicats et des organisations de gauche. Le siège du journal anarchiste Umanita Nova est ainsi détruit. (Note Smolny).

[2Dans la ville de Bologne, le jour de l’entrée en fonction de la municipalité socialiste, élue grâce à une forte majorité, se produisirent de graves incidents. Plusieurs coups de revolver furent tirés contre les représentants de la minorité bourgeoise du conseil municipal et l’un d’eux fut tué. Les fascistes s’empressèrent d’exploiter ce fait et les dirigeants socialistes, pris de panique, ne surent que se désolidariser publiquement, permettant ainsi la réussite de la manoeuvre bourgeoise et la dégringolade du mouvement ouvrier à Bologne, qui fût la première grande défaite du prolétariat italien (N.d.l.r).




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