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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Parti - Internationale - Etat : Prémisses
{Bilan} n°5 - Mars 1934
Article mis en ligne le 17 décembre 2016

par ArchivesAutonomies
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L’étude dont nous commençons la publication a pour but de donner - pour autant que possible - une analyse historique de la phase actuelle de la lutte de classe, afin de situer les problèmes essentiels surgissant de cette situation au cours de la lutte ouvrière. Encore une fois : la compréhension des événements est la condition indispensable pour permettre l’action. Les militants qui ne posent pas catégoriquement la nécessité de se donner à eux-mêmes, et de donner au prolétariat, une explication fondamentale aux événements historiques qui ont accompagné la première expérience de gestion d’un État prolétarien luttant pour la révolution mondiale, ne font que devenir les prisonniers de la vague de réaction que le capitalisme fait déferler sur le monde entier. Car s’il est parfaitement exact que la théorie du socialisme dans un seul pays n’est pas la filiation légitime et nécessaire d’octobre 1917, il est tout aussi certain que ce n’est pas au travers d’un simple déplacement politique des organisations communistes actuelles, afin de les remettre sur la base des positions occupées en 1917, que le prolétariat retrouvera la voie de son salut. Outre le fait que le déplacement est absolument impossible, des phénomènes politiques et sociaux d’une importance colossale se sont produits entre 1919 et 1934, et il faut les soumettre à une étude aussi complète que le firent, en leur temps, les bolcheviks, pour les problèmes issus de la transformation de l’économie capitaliste dans sa phase impérialiste. Le secret réel de la victoire des bolcheviks réside dans leur réaction rigoureuse contre tous les courants de la Deuxième Internationale : les véritables mouvements de masse se préparent au feu d’une série de scissions pour forger l’organisme appelé à diriger le prolétariat autour des formulations de la lutte révolutionnaire. Toute autre tentative de mobiliser les masses en dehors de ce travail principiel [1] - et les courants de gauche du mouvement allemand l’ont prouvé péremptoirement - devait conduire à la situation de 1919 où les ouvriers allemands en armes cherchèrent vainement l’organisme qui les aurait conduit à la victoire : cet organisme ne pouvait pas surgir spontanément mais devait être le résultat d’un travail opiniâtre et analogue à celui des bolcheviks.
Pour centraliser en une formule ce que s’efforce d’effectuer notre bulletin théorique, nous dirons que l’intervention réelle du groupe pouvant prétendre représenter la classe prolétarienne, n’est possible que sur la base de la résolution des problèmes politiques propres à une époque historique donnée.

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Le socialisme dans un seul pays est à la fois la conséquence de l’incapacité du prolétariat international à réaliser plus qu’avaient donné les bolcheviks en 1917, et l’expression politique de l’insuffisance - s’exprimant au travers des événements postérieurs à 1917 dans le monde entier - de la clarification historique conquise en octobre. Les principes jaillis de la révolution russe et de la fondation de la IIIe Internationale, ne peuvent nullement être considérés comme un point final, mais comme une marche dans l’ascension que le prolétariat doit effectuer pour atteindre sa libération. Une marche qui aurait pu être suivie par une progressivité constante à la seule condition que les mouvements révolutionnaires des autres pays enregistrent avec la victoire du prolétariat, de nouvelles bases idéologiques s’ajoutant au patrimoine historique du prolétariat mondial. En elles-mêmes, les défaites qui survinrent ne devaient évidemment pas signifier que les principes sur lesquels se basait le prolétariat étaient faux ou insuffisants. Les défaites pouvaient résulter du rapport de force entre les classes qui s’était montré défavorable au prolétariat, d’erreurs d’application de ces principes, ou d’incapacités tactique ou stratégique des organes dirigeants du parti. Mais qu’aujourd’hui, en 1934, quand la situation prouve qu’à la suite d’innombrables défaites dans le monde entier - Russie y comprise - nous assistons à l’écrasement du prolétariat dans tous les pays en même temps que s’épanouit le développement industriel de l’U.R.S.S. et qu’on essaye d’individualiser les causes de cette situation dans la mauvaise application "de la ligne" comme le font les centristes, ou de personnaliser cette cause en Staline et le "stalinisme" comme le fait le camarade Trotsky, ce procédé conduit à réduire le sanglant tribunal où se jouent les batailles historiques de classe, en une mesquine plaidoirie devant un juge de paix de village.
L’étude dont nous commençons la publication ne peut représenter qu’une contribution, d’ailleurs très faible, pour élucider ce qui nous semble être le problème central de l’époque actuelle. Fort probablement nous ne pourrons qu’indiquer une nécessité , et non fournir la réponse adéquate, car cette dernière ne ressortira que d’une révolution triomphante et d’un effort international des différents groupements issus de la dégénérescence du mouvement communiste. Ce dernier s’était polarisé autour du prolétariat russe qui a désormais épuisé sa fonction de guide international du prolétariat, et cela à cause des organes dirigeants du prolétariat de tous les pays, insectes grouillant sur le corps de la classe ouvrière russe et de ses formations dirigeantes, de Lénine et de Trotsky, aussi bien que de Staline.
Après le 15e Congrès du parti russe s’était ouverte une situation où un travail politique international aurait peut-être permis au prolétariat de faire l’économie d’une nouvelle guerre, de sauvegarder l’État russe au prolétariat mondial afin de traduire les immenses enseignements des défaites de l’après-guerre, au travers d’une victoire de la gauche marxiste au sein de l’Internationale Communiste. Notre voix, à ce moment, a été suffoquée au sein de l’Opposition de gauche et contre nous ont triomphé les braillards proclamant notre sectarisme et leur capacité ( ! ) pour concrétiser immédiatement de grandes victoires contre le centrisme. Il serait instructif de faire le bilan des anciennes polémiques : pour le moment, nous ne voulons que rappeler de quel côté se trouvent les responsabilités politiques de la déconfiture actuelle.
Notre travail ne cesse pas d’avoir sa raison d’être parce que, pratiquement, le sort du prolétariat est déjà irrémédiablement joué et que le capitalisme pourrait aboutir à la guerre. Les événements d’Autriche prouvent que les masses ne se résignent nullement à devenir la proie du capitalisme : cela signifie que sur le fond de la perspective capitaliste, des occasions peuvent se produire pour une reprise victorieuse de la lutte du prolétariat. Mais, pour assurer cette victoire, aussi bien que pour faire aboutir la guerre dans le triomphe de la révolution, le travail que nous proposons et que nous ne pourrons, encore une fois nous le disons, effectuer isolément, représente la condition préjudicielle et indispensable.

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"L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire des luttes de classes" (Manifeste du Parti Communiste).
Cette notion fondamentale sert à caractériser le marxisme par rapport à toutes les autres écoles historiques qui l’ont précédé Mais qu’il s’agisse de la délimitation de la classe en général et en particulier dans la situation actuelle où le prolétariat s’est trouvé appelé à exercer son pouvoir, qu’il s’agisse de la détermination de l’organe pouvant représenter cette classe, et qu’enfin il s’agisse de déterminer les bases sur lesquelles la classe et l’organe de la classe doivent agir, nous nous trouverons devant la nécessité de retirer des événements l’élément substantiel qui permettra de définir les notions théoriques, et de configurer les postulats pour la lutte du prolétariat dans les situations actuelles.
Pour ce qui est de la classe en général, nous assistons actuellement à une floraison bigarrée de théories qui, ou bien conduisent directement à la suffocation des classes sur le front commun des intérêts de la classe régnante, ou à la modification du rôle des classes fondamentales de la société pour attribuer aux classes moyennes des fonctions se substituant à la fois au capitalisme et au prolétariat ; ou encore menant à l’inversion du processus de la lutte des classes qui ne conduira plus la classe ouvrière d’un pays à lutter au sein même du prolétariat mondial, mais condamnera - et pour cela même l’annulera - la classe ouvrière à réaliser, dans le cadre de ses frontières étatiques, les tâches qui ne peuvent revenir qu’au prolétariat et à la révolution internationale.
Fascisme : par l’étranglement de la classe prolétarienne ; démocratie : par la corruption du prolétariat, ces deux formes d’organisation de la société capitaliste, semblent avoir annulé la substance de la théorie marxiste sur les classes, alors qu’en réalité le marxisme trouve, dans la situation actuelle, la plus lumineuse confirmation : l’une ou l’autre forme de l’annulation de la classe prolétarienne correspond à l’incapacité absolue de la société actuelle de maîtriser, de diriger, de contrôler l’évolution des forces productives. La seule classe pouvant s’acquitter de ce rôle historique, le prolétariat, ayant été anéanti, la société se trouve incapable de contrôler les forces économiques et ne retrouvera une issue qu’à la condition d’une reconstruction de l’ossature de la classe prolétarienne et de sa victoire révolutionnaire.

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Ce n’est pas seulement au point de vue géographique que le centrisme a représenté une révision de la signification de la classe en général et de la classe prolétarienne en particulier. C’est au point de vue substantiel que le centrisme a modifié la notion théorique de classe. Le socialisme en un seul pays peut paraître une artificieuse entreprise pour séparer l’État soviétique, où l’on réaliserait le socialisme, du monde capitaliste restant la proie des crises économiques et des convulsions sociales ; en réalité, puisque la classe est une notion historique et mondiale, l’État prolétarien, qui se dissocie du processus de l’évolution du prolétariat mondial, devient, dans ses frontières mêmes, l’instrument de la classe capitaliste mondiale et un coefficient d’une grande importance dans cette involution qui conduit à l’anéantissement de la classe prolétarienne mondiale.
Pour ce qui est de l’organe pouvant condenser et représenter la classe, une différence d’ordre social réside dans les fonctions qui reviennent au prolétariat par rapport à la bourgeoisie, au féodalisme, ou aux propriétaires d’esclaves de l’Antiquité. En définitive, toute forme d’organisation sociale représente un moment particulier que traverse l’humanité dans le contrôle progressif sur les forces de production. Au début, chaque organisation sociale représentait un progrès sur la précédente, progrès obtenu grâce à une révolution. Par après, cette même organisation se transforme en une tentative de freiner le développement productif qui après l’avoir appelé, désormais le condamne. Et c’est au prix d’une nouvelle révolution que la marche progressive peut reprendre. Nous ne pourrons classifier historiquement les sociétés qu’en fonction de la délimitation par rapport à la classe régnante. Cette classe se fonde concrètement sur la base d’une forme particulière qui la reliera aux forces de production. Et ici nous trouvons simultanément une forme particulière de l’appropriation des moyens de production, en général, et un aspect spécifique de la position où se trouvera le travailleur qui, lui aussi, tant qu’existent les classes, n’est qu’un moyen de production. Dans l’économie esclavagiste, c’est l’attribution personnelle des moyens de production aussi bien que de l’esclave. L’ensemble de la société vit et se reproduit sur la base de la continuité de la classe et des castes qui la composent. A cette époque, le faible développement des moyens de production ne permettra qu’une production pouvant suffire à la satisfaction des besoins d’une minorité infime de la population. L’économie du servage, tout en laissant subsister le caractère personnel de l’attribution des moyens de production, va permettre une plus grande distribution de ces derniers, et cela parce que le mécanisme productif ne peut plus supporter la sujétion à la caste, mais détermine une spécification du travail qui doit déjà obéir aux lois d’un marché plus étendu.
L’économie capitaliste triomphe quand une modification radicale et sans précédent s’est déjà effectuée : les moyens de production aussi bien que le travailleur lui-même ont définitivement perdu toute possibilité d’être attribués à des individus, et la production à chacun de ses moments prend un caractère collectif. Le divorce qui s’opère entre le caractère collectif et social des moyens de production, et le type d’appropriation de ces moyens, qui reste personnel, ne disparaîtra que lorsque les nouveaux rapports sociaux s’établiront en réflexe du mécanisme productif qui ouvre la phase de l’histoire consciente de l’humanité.

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Tant que les moyens de production se prêtaient à une attribution aux individus ou à la caste, la lutte de classe se déroulait autour de la possession des instruments permettant de garantir le privilège de la formation ayant le pouvoir, et de conformer ainsi tout le développement économique et politique autour de la défense de l’organisation sociale existante. A un certain point de vue, pour toute l’histoire qui précède la révolution prolétarienne, nous pouvons développer la formule de Marx : l’histoire n’a été que l’histoire des luttes de classes, par cette autre formule : l’histoire n’a été que l’histoire des classes pour s’emparer du pouvoir de l’État. Ce dernier représente, en effet, un instrument nécessaire aussi longtemps que la production ne suffit que pour une minorité de la population (minorité se retrouvant dans la classe qui, à cette fin, établira un type donné de société). D’autre part, nous assisterons également à une modification des classes qui se trouvent à la direction de la société, mais une continuité subsistera pour ce qui concerne l’organe de l’État qui, tout en se transformant dans les différentes époques, tout en se basant sur des formules différentes, n’en restera pas moins l’organe permettant l’oppression des classes travailleuses, et un organe historiquement nécessaire, au point de vue général.
Il est évident que l’État ne peut pas être considéré comme un démiurge au-dessus des classes, et l’élément de discrimination dans l’évolution historique : la classe reste toujours le moteur du mouvement, mais jusqu’à la période où les forces de production appellent le prolétariat au pouvoir, les classe livrent leur lutte autour de l’enjeu que représente l’État.
Pour ce qui concerne la féodalité par rapport à l’économie esclavagiste, ou la bourgeoisie par rapport à la féodalité, puisqu’il s’agit de différents types de privilèges et de régimes d’oppression sur les travailleurs, nous assisterons d’abord à une coexistence entre les deux types d’économie et à la pénétration progressive, au sein de l’ancienne économie aussi bien que de l’ancien État, des éléments appartenant à la nouvelle classe. Ensuite seulement se produira la lutte révolutionnaire qui fondera la nouvelle organisation sociale. La révolution n’est pas le point de départ pour la bourgeoisie, mais son point final : dans les trois siècles qui ont précédé sa victoire, la bourgeoisie avait déjà réalisé d’immenses progrès par une pénétration progressive d’ordre économique aussi bien que politique. Les succès qu’elle avait remportés au sein de l’État ne lui suffisaient pas, elle devait avoir tout l’appareil entre ses mains et elle obtint ce résultat par des mouvements révolutionnaires. Cependant, il n’en reste pas moins vrai que Richelieu, Colbert et Turgot représentent des pas intermédiaires et nécessaires vers le but final. La pénétration du capitalisme dans l’État féodal est donc un fait que l’on rencontre dans toutes les révolutions bourgeoises, lesquelles devant se conclure par un type plus avancé d’institution de privilèges, mais devant toujours aboutir au maintien du privilège, à la persistance de la division de la société en classes, permettant à la bourgeoisie, au travers de l’État, de réaliser ses tâches historiques.

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Il en est tout autrement pour le prolétariat. Engels expliquait la nécessité de l’institution de la dictature du prolétariat en invoquant le caractère transitoire de l’État prolétarien, de cet État qui, reflétant la mission de la classe prolétarienne, luttant pour la disparition des classes, se fondera sur la notion principielle de son dépérissement et de sa mort. Cette notion d’Engels nous paraît reposer sur une notion plus générale d’après laquelle le dépérissement des classes et de l’État ne peut résulter que d’une élévation gigantesque de la production capable d’assurer le libre épanouissement des besoins du monde entier. Nous sommes séparés de cette situation ultime par toute une époque de profondes modifications dans la structure économique, où le prolétariat ne pourra agir qu’avec une direction centralisée qui doit tenir en vue, non pas des intérêts particuliers de localités ou de corporations, mais l’intérêt collectif du prolétariat en tant que classe représentant l’ensemble de la société. Et c’est à cet effet que le prolétariat aura besoin de l’appareil étatique, et c’est seulement sur la ligne de l’épanouissement croissant de la production que se manifestent concrètement les conditions pour le dépérissement et l’anéantissement de l’État.
Pour le prolétariat au pouvoir, l’État reste quand même une nécessité, mais sur un tout autre plan que pour les classes précédentes : pour le capitalisme, l’État représentait l’organe de domination sur les classes opprimées et dans sa phase de déclin, sur les forces de production également ; pour le prolétariat, au contraire, l’État n’est qu’un organisme d’appoint, nécessaire seulement pour orienter l’ensemble des travailleurs vers les solutions d’intérêt général, alors qu’inévitablement les masses pourraient subir l’attrait de solutions contingentes en opposition avec le but final : un développement concret tellement intense que les conditions seraient réalisées pour la disparition des classes.
Dès sa formation, le prolétariat ne luttera pas contre l’État capitaliste dans le but d’y pénétrer. S’il le faisait, il arriverait jusqu’à renier non seulement ses buts spécifiques et historiques, mais aussi à sacrifier ses intérêts immédiats pour la résistance à l’exploitation capitaliste. Féodalisme et bourgeoisie croissaient dans la mesure où se développait l’influence de leur classe au sein de l’ancien régime et des institutions mêmes de l’ancien régime ; le prolétariat ne peut se former et croître que dans la mesure où il concentre, sur son front de lutte, les plus puissantes énergies pour livrer la lutte pour la destruction de tout le régime capitaliste et pour fonder un État sur la base du programme complètement opposé que nous avons indiqué.
Pour le capitalisme, l’État pouvait suffire avant sa victoire comme après. Par contre, pour le prolétariat, il n’y a qu’un programme de destruction de l’État capitaliste avant sa victoire et l’État ne peut représenter qu’un simple organisme d’appoint après celle-ci.
L’organe où se constitue et se développe la classe prolétarienne est le parti de classe, l’Internationale. En correspondance avec la nature collective des moyens de production qui appellent le prolétariat à la direction de la société, et qui débordent aussi bien les limites des corporations, de professions, que les frontières des États, le chemin d’ascension du prolétariat ne peut se condenser que dans les tentatives successives de réalisation - par la construction d’une Internationale - des positions centrales autour desquelles la bataille peut être livrée pour la destruction de l’État capitaliste.
Au feu de la lutte pour la destruction de l’État se réalise, en définitive, la lutte du prolétariat pour anéantir, avec l’État capitaliste, toutes les forces séculaires qui s’opposent à la libération de l’homme des forces économiques. Historiquement, nous constatons une série progressive de positions centrales autour desquelles se construisent les organisations internationales du prolétariat.

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Au cours de notre étude, nous analyserons la position occupée par le prolétariat au cours de la révolution française. Pour le moment, il nous suffira d’indiquer que c’est sur la base des révolutions de 1848 que se prépare la Première Internationale, laquelle parvient à établir la nécessité de poser la lutte du prolétariat sur une base politique et d’organisation indépendante de la bourgeoisie, alors qu’en 1848 - même après le "Manifeste du Parti Communiste" - Marx entrevoyait la nécessité de participer à la lutte sur la base d’un bloc avec les forces progressives de la bourgeoisie.
La Commune de Paris, si elle prouva la possibilité de l’instauration de l’État prolétarien, devait aussi prouver que la victoire du prolétariat ne pouvait être garantie qu’au travers d’une lutte se généralisant non seulement au-delà de Paris, à toute la France, mais jusqu’à embrasser l’ensemble des luttes du prolétariat des différents pays. Au cause du degré de développement économique et politique de cette époque, la Commune, glorieuse anticipation historique, ne pouvait qu’entraîner la chute de la Première Internationale.
La phase du mouvement ouvrier qui y succéda devait connaître la période d’essor du capitalisme, et par là-même rendre très difficile au prolétariat des pays capitalistes de traduire les enseignements de la Commune dans les indications positives et principielles permettant la victoire de l’insurrection prolétarienne.
La Deuxième Internationale ne se posera pas le problème de la prise du pouvoir, mais en correspondance aussi avec les caractères particuliers des situations, elle déterminera le prolétariat à emprunter un chemin radicalement opposé à sa tâche historique. De l’écrasement de la Commune, la Deuxième Internationale retirera la conclusion que le prolétariat doit désormais abandonner le programme de la destruction de l’État et devra se borner à des tentatives de pénétration - par le canal des réformes - dans la forteresse étatique du capitalisme : le prolétariat devait finir par être écrasé par l’État qu’on lui proposait de conquérir graduellement. Par contre, ce sont les bolcheviks qui s’appliqueront à l’étude des événements de la Commune et qui parviendront à faire de ces enseignements les armes pour les révolutions de 1905 et 1917.
La position de Marx de 1848, l’autre contenue dans le 18 Brumaire, la Première Internationale, la Commune, la Deuxième Internationale et, enfin, la Troisième, représentent autant d’étapes progressives dans le chemin de l’élévation du prolétariat. Chacune de ces étapes se concrétise en une formulation centrale caractérisant la position que le prolétariat doit occuper pour la victoire de l’insurrection et le triomphe de la révolution mondiale.
Octobre 1917 s’est produit alors que les conditions idéologiques et politiques ne pouvaient pas être réalisées pour permettre de conduire vers la victoire des mouvements révolutionnaires qui se vérifièrent dans les pays capitalistes, afin de garder au prolétariat mondial l’État soviétique. Des défaites essuyées par le prolétariat mondial est né le centrisme qui s’est emparé de la direction des partis communistes, de l’État prolétarien lui-même, et qui répète, pour la Troisième Internationale, le même rôle qu’a joué le réformisme au sein de la Deuxième Internationale.
Après la Commune, encore une fois, la Russie Soviétique a prouvé que l’État prolétarien ne peut garder sa fonction révolutionnaire qu’à la condition d’être relié aux luttes du prolétariat international. Plus que la Commune de Paris, la Commune russe a prouvé que dès que l’État prédomine le parti, les conditions se trouvent posées pour la dégénérescence et enfin la victoire de l’ennemi. C’est seulement dans le parti et dans l’Internationale que le prolétariat peut réaliser sa conscience de classe et sa capacité révolutionnaire.

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Notre opinion est que les problèmes inhérents à la gestion de l’État prolétarien doivent être analysés sur la base de l’expérience soviétique et que la reprise des luttes révolutionnaires, aussi bien que le salut des révolutions futures, sont reliés à l’effort que les fractions de gauche doivent effectuer dans cette direction.
Voici les chapitres qui seront publiés successivement : 1° La Classe et sa signification ; 2° Classe et État ; 3° Classe et Parti ; 4° Classe et Internationale ; 5° L’État démocratique ; 6° L’État fasciste ; 7° L’État soviétique ; 8° Thèses.

(La suite au prochain numéro)

Notes :

[1Poursuivant sa méthode coutumière, le camarade Trotsky, dans un de ses derniers articles, « Le Centrisme et la 4ème Internationale » dédie quelques lignes à notre mouvement - lui qui écrit des volumes sur des querelles de militants qui, sans crainte de ridicule, s’intitulent "bolcheviks-léninistes" - et parle de "la passivité de propagande abstraite" de ceux qu’il appelle les "bordiguistes" (la mode n’est-elle pas aux "ismes" qui dispensent d’analyses sérieuses). Évidemment pour le camarade Trotsky, la "pureté principielle, la clarté de position, l’esprit de conséquences dans la politique, la netteté de l’organisation", tout cela réside dans cette entreprise de confusion, de manœuvre, de maquignonnage, qui s’intitule pompeusement 4ème Internationale. Dans l’avant-guerre, Lénine (duquel nous nous inspirons), devait-il être considéré comme un champion de la propagande abstraite, selon le camarade Trotsky ?




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