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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le Plan De Man - suite et fin
{Bilan} n°5 - Mars 1934
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 27 novembre 2016

par ArchivesAutonomies
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LUTTE REVOLUTIONNAIRE - ANTICAPITALISME - FASCISME

Le plan du travail pose, en second lieu, comme objectif essentiel à atteindre, la conjonction des classes moyennes et du prolétariat sur le front de l’anticapitalisme. Il s’agit donc d’établir la distinction fondamentale qui existe entre l’ "anticapitalisme" et la lutte prolétarienne.
Le mécanisme du fonctionnement de la société bourgeoise est essentiellement unitaire. Toutes les forces vives de la société doivent être concentrées autour de l’État, soit pour la lutte économique et politique contre d’autres États, soit pour les besoins de la guerre impérialiste, expression finale de cette lutte. La lutte des classes, entourée du filet de la démocratie bourgeoise, ne rompt pas cette continuité organique mais en devient un élément dans la mesure même où les organisations du prolétariat sont aux mains des défenseurs de cette soi-disant démocratie. Cependant, quand les éruptions sociales - particulièrement celles de l’après-guerre - font sauter les mailles du filet, que le flux révolutionnaire donne à la lutte de classe son expression réelle, alors se constituent immédiatement, d’abord embryonnairement, les éléments reconstitutifs de l’unité de vie de la bourgeoisie ou, en d’autres termes, les éléments nouveaux allant assurer la continuité de sa domination. C’est seulement au moment où ce flux s’avère incapable de prendre corps dans les revendications révolutionnaires d’un parti que ces embryons vont se peupler d’éléments particulièrement nombreux de la masse, qui ne vivra plus en tant que classe distincte à cause de l’étranglement des organisations prolétariennes. Ceci au point de vue général.
Dans la période actuelle, le problème de l’étouffement des luttes prolétariennes se pose dans des conditions différentes. Au lieu d’assister à la canalisation d’un flux prolétarien, nous assistons à la mobilisation du capitalisme autour d’un prolétariat battu, incapable d’opposer une résistance à celui-ci. La mobilisation du capitalisme se justifie, à notre avis, pour les raisons suivantes : quand les contrastes sociaux s’expriment dans la situation économique des prolétaires sans qu’une conscience de classe pour une action spécifique en résulte, le capitalisme tend simultanément à déverser ces contrastes dans la voie qui peut améliorer sa situation spécifique, pendant qu’il élabore les notions pouvant concrétiser l’idée de son unité indéfectible. L’anticapitalisme nous paraît donc être une conception nettement opposée à la lutte révolutionnaire, apparaissant comme arme idéologique du capitalisme, comme adaptation nécessaire pour relier le prolétaire et sa situation misérable aux classes possédantes, en tant qu’idéologie confinant la lutte ouvrière dans la stratosphère de la lutte contre l’hypercapitalisme, le capital financier, comme une forme de transition vers l’incorporation et la mobilisation autour de l’État capitaliste, de l’ensemble des classes opprimées. En général, on relie l’anticapitalisme uniquement aux classes moyennes. Selon De Man, c’est là leur idéologie spécifique. A notre avis, c’est là une profonde erreur. L’anticapitalisme apparaît comme réponse bourgeoise à l’incapacité du prolétariat de résoudre les contradictions de la société capitaliste et embrasse des couches prolétariennes aussi progressivement que s’affirme l’impotence des organisations de classe et la nécessité de réorganiser l’État capitaliste pour la lutte inter-impérialiste. Les classes moyennes représentent un élément positif, jamais décisif, dans le développement de l’anticapitalisme, mais au moment où elles sont présentées comme un élément décisif il est clair que l’offensive de la bourgeoisie a devant elle un prolétariat battu. La petite bourgeoisie, nous le rappelons, n’est pas un élément qui peut être politiquement actif en tant que telle. Le prolétariat n’a donc pas à pratiquer une politique en fonction de sa survivance, mais uniquement à tenir compte de son existence, c’est-à-dire à lui garantir, par sa force révolutionnaire, son désir et ses possibilités de créer une nouvelle société.
Dans la mesure où le prolétariat est en déroute, l’anticapitalisme peut trouver ses premiers porte-parole dans la petite bourgeoisie mais ses effectifs ne peuvent être fournis que par les travailleurs, seule base de masse capable de cimenter la domination capitaliste. Mais anticapitalisme ne signifie pas forcément fascisme en particulier, au point de vue de la destruction des organisations ouvrières que ce dernier comporte. En effet, l’anticapitalisme est d’abord un effort de mobilisation du prolétariat et, ensuite, lorsqu’il s’identifie au fascisme, une destruction brutale des institutions ouvrières. Mais il peut ne pas s’identifier avec lui, surtout lorsqu’il se base sur un capitalisme faisant partie des pilleurs de la dernière guerre et profitant ainsi d’une situation plus ou moins privilégiée, et alors apparaître comme complément indispensable des gouvernements de pleins pouvoirs. Dans ces conditions, l’anticapitalisme ne peut qu’apparaître au travers des forces sociales qui ont déjà canalisé les réflexes découlant des contrastes de classe : la social-démocratie qui se transforme parallèlement à son épanouissement. L’expérience du Plan De Man est une tentative d’adaptation de la social-démocratie aux nouveaux besoins du capitalisme. La conjonction de la lutte de la classe ouvrière avec l’anticapitalisme des classes moyennes ne peut donc signifier que l’adaptation du programme de la social-démocratie qui, sur le front de l’anticapitalisme, veut réaliser un bloc solide autour de l’État bourgeois de toutes les classes de la société.
Suivant De Man, les classes moyennes ne sont qu’une justification de la nécessité d’emprunter pareil chemin afin, paraît-il, de pouvoir réaliser un front unique avec ces dernières, menant à la victoire certaine. A ce sujet, voici l’opinion d’Henri De Man : "L’anticapitalisme de la petite bourgeoisie actuelle considère le capitalisme comme un régime de monopole auquel il faut opposer des revendications de liberté" ; et plus loin encore : "le plus clair de l’opposition des classes moyennes est concentré sur le capital financier". Ainsi, en fabriquant un anticapitalisme de fantaisie susceptible d’être juxtaposé à la lutte ouvrière, il en arrive à la conclusion banale que puisque le fascisme arrive au pouvoir grâce à cet attribut des classes moyennes, il sera possible, par des réformes de structure dépassant la classe ouvrière industrielle, non seulement d’éviter le fascisme mais de le remplacer en obtenant des masses ouvrières et les sacrifices demandés par le capitalisme et leur adhésion aux plans militaires de la bourgeoisie. Et cela, sans déterminer des heurts de classes capables d’ébranler l’harmonie de la société et par là de rendre nécessaire la liquidation de la social-démocratie, s’avérant incapable d’assurer la domination de la bourgeoisie.
Anticapitalisme, fascisme et lutte révolutionnaire, voilà les trois termes de la situation actuelle pour tous les pays capitalistes. Devant le prolétariat se trouvent, d’une part, la destruction de ses organisations de classe par le fascisme mobilisant d’abord des couches de la petite bourgeoisie, ensuite des couches d’ouvriers battus ou découragés et, d’autre part, la social-démocratie mobilisant les ouvriers, pour battre le fascisme, autour des objectifs propres à ce dernier et, pour cela, adaptant son programme traditionnel à l’anticapitalisme grâce à sa conjonction - purement abstraite - avec les classes moyennes. C’est là l’aspect essentiel du plan de la social-démocratie belge.

LE PLAN DU TRAVAIL

A. - L’économie mixte

Voici le premier point du plan : "Instaurer un régime d’économie mixte comprenant à côté du secteur privé, un secteur nationalisé qui englobe l’organisation du crédit et les principales industries déjà monopolisées en fait". L’économie mixte que le plan avance triomphalement a déjà fait partie de tous les plans réformateurs de la social-démocratie d’après-guerre. Otto Bauer, en particulier, en 1919, a préconisé pareille chose pour l’Autriche. Nous reviendrons du reste sur cette expérience résolue définitivement par les canons de Dollfuss. D’autre part, M. L. Laurat, professeur de patriotisme à la CGT, a également, dans un de ses derniers écrits, préconisé l’instauration pacifique - pour éviter le communisme de guerre - d’une pareille forme économique, afin de préparer l’entrée du prolétariat dans la nouvelle Icarie. Mais tant O. Bauer que L. Laurat - particulièrement ce dernier qui se présente comme un "authentique marxiste" - n’ont dépassé le stade des banalités. H. De Man, lui, éprouve le besoin de justifier l’économie mixte au nom d’une interprétation "profonde" de la notion de la propriété, car "le socialisme n’est nullement l’ennemi de la propriété, il est seulement l’ennemi d’un régime comme celui du capitalisme industriel qui, en séparant la propriété et le travail, assujettit les classes travailleuses à l’exploitation et à l’oppression par ceux qui détiennent leurs moyens de production".
Le fait essentiel contre lequel s’élèverait le socialisme serait, selon De Man, la séparation introduite par le capitalisme entre les travailleurs et la propriété de leurs moyens de production d’une part et les valeurs produites par leur travail d’autre part. Cette opposition expliquerait la "valeur morale" de l’expression de Marx concernant la socialisation : expropriation des expropriateurs, car Marx n’a pas manifesté son hostilité à la "propriété en général" mais à un régime "aliénant l’homme par rapport aux objets dont il se sert pour travailler et aux biens que son travail fournit". En somme, l’opinion que De Man veut mettre en avant et pour laquelle il déclare ouvertement se séparer de "Marx ou du moins de la plupart des marxistes" est la suivante : il faut attacher plus d’importance à la nature différente des revendications socialistes qu’impose l’application des principes de Marx concernant la propriété, "aux branches de la production qui n’ont pas encore été entraînées et qui ne le seront peut-être jamais dans l’orbite de l’industrialisation, de la concentration des entreprises et de la transformation des producteurs en prolétaires dépossédés". C’est pourquoi, aujourd’hui, l’expropriation des expropriateurs ne peut signifier que "la transformation des monopoles privés en services publics, tout en adaptant dans le secteur non monopolisé les solutions juridiques du problème de la propriété au degré et aux modalités de l’évolution économique dans ce secteur". Ou, en d’autres termes, "nationaliser là où existent des monopoles, orienter le capitalisme là où il évolue encore par la concurrence par les moyens d’économie dirigée et là où le capitalisme a laissé subsister l’unité de la propriété et du travail, maintenir et fortifier cette unité".
Il est vrai que Marx disait que le "caractère distinctif du communisme n’est pas l’abolition de la propriété en général, mais l’abolition de la propriété bourgeoise". Par conséquent, pour lui, le problème ne se posait pas d’être, ou non, ennemi de la propriété privée, mais surtout de saisir le caractère évolutif de cette notion : la transformation de son caractère personnel en social, la disparition de son caractère de propriété de classe en propriété collective. Mais toutes les démonstrations de De Man ont pour but de transformer la thèse de Marx, quant au produit social que représente le capital - donc la propriété bourgeoise - produit se maintenant et s’accroissant grâce au travail nouveau des prolétaires, et quant à la contradiction entre le caractère personnel que lui maintient la bourgeoisie et le caractère social que veut lui donner le prolétariat en un simple problème de moralité qui fait du socialisme un ennemi de "l’aliénation de l’homme par rapport aux objets dont il se sert pour travailler et aux biens que son travail produit". Grâce à cette transformation "morale" du socialisme, De Man peut tranquillement démontrer que le socialisme non seulement protégera le petit producteur, mais fera tout pour le maintenir [1] car, selon sa morale, le petit producteur n’étant aliéné à personne et partant notre moralité satisfaite, il peut subsister. Ainsi, toujours avec ce nouvel évangile, il sera possible dans le secteur non monopolisé de réduire l’aspect moral de l’exploitation de l’homme par l’homme pour satisfaire les principes socialistes concernant la propriété.
Mais le marxisme n’a rien à voir avec ces sornettes bibliques. Marx, déjà en 1848, alors que sa pensée se cristallisait, dans quelques notes retrouvées par Riazanov, disait : "le communisme, comme l’abolition positive de la propriété privée, considérée comme la séparation de l’homme de lui-même (c’est-à-dire l’aliénation réelle de la personnalité humaine, NDLR), donc le communisme comme l’appropriation réelle de l’essence humaine par l’homme et pour l’homme, donc comme retour de l’homme à lui-même en tant qu’homme social, c’est-à-dire l’homme humain, retour complet conscient et avec le maintien de toute la richesse du développement antérieur" (Revue Marxiste, 1927). Marx entrevoyait, à cette époque, la notion du communisme non comme une protestation contre un mode déterminé d’appropriation individuelle, mais bien comme une phase supérieure du développement historique supprimant toutes les antinomies à l’intérieur de la société, faisant de l’être un être social conscient, dominant les forces de production et, par là, la nature elle-même. Par après, Marx, dans le "Manifeste des Communistes", dans les derniers chapitres du premier tome du "Capital", a suffisamment détaillé sa pensée concernant la propriété privée pour qu’il nous soit permis de ne pas insister à ce sujet. Ainsi, par exemple : "Les communistes peuvent résumer leur théorie dans cette proposition unique : abolition de la propriété privée" ("Manifeste Communiste"). La possibilité de cette abolition découle du fait "que les forces productives dont la société dispose ne favorisent plus le développement des conditions de la propriété bourgeoise ; au contraire, elles sont devenues trop puissantes pour ces conditions qui se tournent en entraves". Le communisme vise à une libération de toute l’humanité de la sujétion aux forces économiques et à la nature. Le petit producteur, à qui De Man promet le respect de "son unité économique", reste, en fait, non seulement un anachronisme économique, mais un esclave (séparé de l’ensemble de la collectivité) lié aux forces économiques. Parce qu’il vise pareil but, au lieu de préserver le petit producteur, le communisme ne peut qu’entraîner sa fin, comme celle de tous les anachronismes, mais dans des conditions infiniment plus favorables que sous le régime capitaliste, conditions qui lui donnent l’assurance de voir l’État prolétarien garantir son existence comme celle de tous les salariés. Une fois établie la distinction entre la nécessité morale du plan et les nécessités du développement des forces économiques et sociales, il nous sera possible de dire quelques mots des "branches de la production qui ne seront peut-être jamais entraînées dans l’orbite de l’industrialisation, de la concentration des entreprises et de la transformation des producteurs en prolétaires".
Manifestement, et De Man d’ailleurs le proclame, il s’agit là d’un ressuscitement des idées de Bernstein concernant les classes moyennes. Pourtant, il a été établi par Kautsky et R. Luxembourg en particulier que l’importance économique de ces dernières, même lorsque les statistiques accusent un accroissement numérique, diminue en fonction même du développement de la concentration des industries. Ainsi R. Luxembourg disait : "la lutte des entreprises moyennes contre le grand capital ne doit pas être considérée comme une bataille régulière où les troupes de la partie la plus faible fondent de plus en plus, mais plutôt comme un fauchage périodique des petits capitaux qui repoussent toujours rapidement pour être fauchés de nouveau par la grande industrie. Des deux tendances (ascendante et descendante) qui jouent à la balle avec les classes moyennes capitalistes, c’est en fin de compte la tendance descendante qui l’emporte contrairement au développement de la classe ouvrière. Mais il n’est pas indispensable que cela se manifeste dans la diminution numérique absolue des entreprises moyennes, mais, premièrement, dans l’augmentation progressive du capital minimum nécessaire au fonctionnement des entreprises dans les anciennes branches de la production, deuxièmement, dans la diminution constante de l’intervalle de temps pendant lequel les petits capitaux conservent l’exploitation des nouvelles branches de la production" (Réforme ou Révolution ?).
Ce que l’on pourrait évidemment affirmer, c’est que la survivance du petit capital - jouant souvent le rôle d’avant-garde technique du gros capitalisme - découle des hauts et des bas du capitalisme dans son ensemble et que sa disparition n’est possible qu’avec celle du capitalisme lui-même. Dans ce cas, l’on démontrerait tout bonnement le désir du plan de laisser intact le système économique de la bourgeoisie et rien de plus.
Mais le caractère véritable de duperie de cette nationalisation mixte reposant sur des concepts de morale apparaît pleinement au travers de l’examen du problème de l’expropriation avec indemnité. A ce sujet, O. Bauer a eu le très grand honneur d’anticiper De Man ; il a démontré, en 1919, que l’expropriation brutale de la grande propriété capitaliste et immobilière ne pouvait s’accomplir qu’au prix d’une dévastation formidable des moyens de production qui réduirait les masses populaires à la détresse et épuiserait les revenus nationaux : « l’expropriation des expropriateurs doit plutôt avoir lieu en ordre et en règle, de façon à ne pas détruire l’appareil de production de la société, à ne pas empêcher la marche de l’industrie et de l’agriculture...". Donc, "les sommes d’indemnisation que les propriétaires actuels auront à toucher seront fournies par un impôt sur le capital" (O. Bauer). Malheureusement, l’Autriche a connu l’indemnisation des propriétaires capitalistes sans expropriation. Cela s’est fait par la compression des salaires, des petits revenus, par l’imposition progressive des couches les plus pauvres de la population. Concrètement, cela a signifié, dans le meilleur des cas, intervention de l’État dans l’amortissement des pertes de branches d’industrie données, sur la base de cette plus-value budgétaire.
Le camarade Gourov, dans une lettre sur le plan De Man envoyée aux bolcheviks-léninistes de Belgique (Arbeit - Hollande) affirme qu’une expropriation par rachat aurait peut-être été concevable - seulement concevable - avant la guerre, mais, qu’à l’heure actuelle, avec la paupérisation des masses laborieuses, l’augmentation du capital constant, cela devient une impossibilité absolue. Cette hypothèse rétrospective nous paraît peu fondée du fait même que le problème de la victoire prolétarienne n’est concevable qu’au travers de la lutte insurrectionnelle des travailleurs et que celle-ci représente la rupture la plus violente avec les droits traditionnels de la propriété bourgeoise. Avant la guerre, comme actuellement, le problème de l’expropriation, parce qu’il se rattache au problème de la victoire du prolétariat, devait entraîner inévitablement une lutte impitoyable entre les classes qui ne veulent pas disparaître avec ou sans indemnités et le prolétariat voulant créer un ordre nouveau. Voilà pourquoi l’expropriation ne peut s’effectuer - pour les moyens fondamentaux de production et les organes centraux du crédit - que par la violence, qu’en détruisant le pouvoir de la bourgeoisie. Qu’une expropriation violente s’accompagne d’une désorganisation économique, l’exemple de la révolution russe le prouve, mais lorsque la survivance, à la tête du mécanisme économique, d’une classe historiquement régressive, désorganise toute la société, le prolétariat doit nécessairement s’engager dans une voie où il lui faut, comme disait Marx à propos de 1848, poser des revendications "qui paraîtront insuffisantes et insoutenables au point de vue économique, mais qui, au cours du mouvement, se dépassent elles-mêmes et sont indispensables comme moyen de révolutionner le mode de production tout entier". Au reste, l’expérience de la révolution russe a montré la possibilité, mais seulement après l’écrasement de la bourgeoisie, de passer à la réorganisation de l’économie sur la base de l’expropriation violente des expropriateurs.
Mais le problème de la continuité du fonctionnement de l’économie n’a pas seulement préoccupé les rêves de socialisation de L. Laurat ou d’O. Bauer ; De Man a voulu préciser ce problème et, pour cela, indiquer les limites de la nationalisation dans son économie mixte. "Il faut nationaliser le moins possible, dit De Man dans un de ses articles du "Peuple", il faut borner la nationalisation au minimum indispensable", tout en la conditionnant par une série de conditions préalables. Ce sont notamment :

1. Le socialisme étant démocratique ne peut appuyer son action, à chaque moment de l’évolution économique et sociale, que sur la volonté politique d’une majorité traduisant les intérêts économiques des classes sociales.

2. Maintien d’un ample secteur d’économie libre, contrepoids à la bureaucratisation étatique qui pourrait se manifester avec la transformation des monopoles privés en services publics.

3. L’impossibilité de former immédiatement des personnes pour la bonne gestion des régies qui seraient créées.

Au point de vue politique, la première et la troisième conditions renferment déjà l’impossibilité d’une nationalisation quelconque orientée vers le socialisme du fait même de l’impossibilité d’arriver à celui-ci graduellement par la conquête pacifique de la majorité, comme l’expérience de l’Allemagne et de l’Autriche le démontre. Au surplus, le maintien des fondés de pouvoir de la bourgeoisie aux postes e commande de l’économie est la meilleure confirmation de la volonté du plan de respecter la propriété bourgeoise et, partant, dévoile ses intentions réelles. La deuxième condition est démagogiquement adressée aux petits industriels et commerçants, tout en étant dépourvue de sens.
En effet, pour ce qui est du capitalisme, les lois de son système économique entraînent, avec l’accroissement du capital constant, la concentration des entreprises et la centralisation des capitaux entre les mains d’une oligarchie qui tient, en réalité, et l’État et la vie économique en mains. Par conséquent, impossibilité, sur ces bases, de maintenir un secteur libre capable de résister aux gros monopoles. Pour ce qui est du prolétariat, il lui est impossible de coexister - comme inversement le capitalisme lui-même - en tant que puissance économique et politique à côté d’une puissance capitaliste compétitive ou non. Le monopole capitaliste laissera subsister des secteurs "libres", mais ceux-ci seront à sa merci continuellement, ne pourront disposer de matières premières, de capitaux que selon son bon plaisir, ou plutôt de son intérêt. Par contre, le prolétariat ne peut que poser les bases de la disparition de l’économie basée sur la transformation des produits en marchandises et, par là-même, de toute survivance d’économie capitaliste. Par conséquent, la distinction qu’introduit De Man entre économie nationalisée et économie libre s’avère totalement abstraite : la bourgeoisie monopolisatrice domine le secteur libre qui lui est subordonné en tout et l’État prolétarien par le libre épanouissement des forces de production pousse à sa disparition totale en même temps que la division en classes.
En conclusion, il nous paraît avoir montré que l’économie mixte du plan ne contient, au point de vue positif, que la seule idée du soutien par l’État - au nom de l’expropriation - des industries travaillant à perte, en même temps qu’elle permet au P.O.B. De tranquilliser la bourgeoisie quant à ses intentions réelles. Pour ne prendre qu’un exemple, pendant la grève du Textile, dans la région de Verviers, interrogé par un rédacteur du "Peuple", le dirigeant des syndicats ouvriers, le député Duchesne, du P.O.B., disait : "Que fait le gouvernement pour aider l’industrie textile, qui reste toujours au deuxième rang de nos industries nationales ? Il n’a même pas créé l’organisame de crédit que nous réclamons depuis longtemps" ("Peuple’", du 01-03-1934).
A côté de cette solution très pratique de l’économie mixte, exécutée grâce aux sacrifices qui seront demandés aux ouvriers, le programme d’économie mixte, subordonné à la conquête préalable d’une majorité constitutionnelle et à la réalisation du front de travail avec les classes moyennes, s’avèrent être une simple machine électorale, quant à ses perspectives, un exutoire pour les prolétaires, à qui l’on demandera d’appuyer l’État capitaliste afin de permettre son intervention pour le renforcement des secteurs économiquement déficients, car, pour De Man, le prolétariat n’est plus une classe appelée à construire une nouvelle société, mais un troupeau de moutons qui demande seulement par les bêlements d’une majorité électorale, l’herbe indispensable à sa reproduction.

B - La nationalisation du crédit

La nationalisation du crédit signifie, selon le plan : "créer et mettre au service d’un organisme qui représente l’intérêt commun, un pouvoir de direction unique pour l’organisation et la distribution du crédit... L’organisme représentatif du bien commun à qui l’on peut confier ce pouvoir existe et il n’en existe qu’un : c’est l’État". Cette nationalisation serait possible par la création d’un Institut de Crédit, organisé en régie coopérative autonome, transformant en monopole d’intérêt public le monopole de fait qui est actuellement aux mains des grandes banques privées. Les limites d’une pareille nationalisation résideraient dans le "maintien" des organismes bancaires qui se chargent actuellement de la distribution du crédit au profit du capital financier privé". Ainsi, on ne centraliserait pas trop le système de distribution. Les moyens pratiques pour la réalisation de cette nationalisation seraient une législation ad hoc permettant à l’État de transférer à l’Institut de Crédit les titres nécessaires pour s’assurer une influence dans la direction des grands organismes bancaires. Ces rachats de titres se feraient évidemment ou à l’amiable ou par des mesures d’expropriation indemnisées par cet Institut. Le personnel des organismes bancaires ne serait pas visé si, bien entendu, il offre une collaboration "loyale et dévouée". Et, enfin, comme organe central de direction du secteur nationalisé du crédit serait envisagée la création d’un commissariat financier relevant directement du pouvoir législatif.
Deux idées centrales méritent une certaine attention dans l’argumentation de De Man : 1° L’État, représentant du bien commun ; 2° L’Institut de Crédit, liaison entre l’État et les banques.
L’idée essentielle du capitalisme, comme nous le savons déjà, est, dans la période actuelle, de mobiliser autour de l’État toutes les classes de la société. Il s’agit évidemment là d’une tendance congénitale à la classe dirigeant l’État pour maintenir sa domination. Cependant, pour le capitalisme, elle s’exprime sous une forme particulière, puisque la concentration, la centralisation de la vie économique sont appelées à se diriger non vers la bourgeoisie, mais à se déverser dans la révolte de la force sociale issue de ce processus économique : le prolétariat. Pour subsister, la bourgeoisie passe à l’offensive et effectue, au nom de ses intérêts, la concentration active des forces sociales de la société autour des objectifs qui lui sont spécifiques. Cette concentration ne peut se faire qu’en modifiant radicalement la fonction du prolétariat seulement possible par le super-renforcement de l’État capitaliste jusqu’à l’installer au cœur même des masses ce qui signifie d’une part, contrôle direct de l’État sur les exploités par l’accroissement des moyens de répression fournis par les classes opprimées elles-mêmes, la suppression de leurs organisations et, d’autre part, drainage des prolétaires derrière l’État "représentant de l’intérêt commun".
Cette concentration des forces sociales ne peut cependant s’effectuer que sur la base d’une fusion complète entre les monopoles bancaires et industriels - pour lesquels le plan prévoit du reste la création de Consortium - et l’appareil d’État ainsi renforcé. Ce qui signifie que le développement des forces de production oblige le capitalisme à situer désormais l’arène où se solutionnent ses contradictions spécifiques uniquement dans la guerre impérialiste pour la conquête de nouveaux débouchés et que, de ce fait, toutes les branches de la production doivent être rattachées à l’État directement, le degré de développement de l’économie ayant plus ou moins annulé les possibilités de concurrence entre elles et déterminé leur fusion plus ou moins complète. L’Institut de Crédit paraît correspondre à cette tendance capitaliste en même temps qu’il semble pouvoir être un instrument de soutien des branches travaillant à perte.

* * * * *

Mais, en soi, la nationalisation du crédit, tant qu’on laisse subsister le pouvoir de l’État capitaliste, nous paraît être bien plus une pauvre fumisterie qu’une conception scientifique. Au point de vue réel, elle représente une tentative pour mettre à la disposition du capitalisme le prolétariat qui, selon le plan, devra soutenir tout renforcement de l’État et sa liaison avec le capital financier en exigeant uniquement de pouvoir participer à ce travail afin que l’État puisse vraiment exprimer les intérêts de la "Nation". A défaut de toute action, l’idéologie confuse, incompréhensible de la nationalisation du crédit, permettra toujours au réformisme de chloroformer les travailleurs afin de donner la possibilité au capitalisme de développer victorieusement toutes ses manœuvres.

VERS LA PROSPÉRITÉ

Le second point du plan se propose "de soumettre l’économie nationale ainsi réorganisée à des directives d’intérêt général tendant à l’élargissement du marché intérieur en vue de résorber le chômage et de créer les conditions d’acheminement vers une prospérité économique accrue". Ces directives seraient en l’occurrence :

1. Une politique de crédit favorisant spécialement les branches d’économie qu’il conviendra de développer pour la réussite du plan.

2. Une politique de prix (lutte contre les exactions monopolistes, etc.) tendant à la stabilisation des profits agricoles, industriels et commerciaux.

3. Une politique de travail (réduction durée du travail, normalisation des salaires par un régime contractuel légal du travail : reconnaissance syndicale, commissions paritaires, conventions collectives, minimum de salaire).

4. Une politique monétaire - Reconnaissance de l’U.R.S.S. - Intégration du Congo à l’économie nationale nouvelle, etc., etc. Et, pour finir, une politique fiscale visant à décharger le commerce et l’industrie et une politique d’assurances sociales basée sur les cotisations suffisantes des assujettis et de leurs employeurs.

C’est ici que la démagogie la plus sotte, la plus grossière, s’exprime savamment. Il suffirait donc de pratiquer une politique de crédit pour déterminer une reprise de la production. Or, cette politique devrait, avant tout, porter sur les branches essentielles de la production : charbon, acier, rails, électricité, etc., dont la monopolisation permet la nationalisation et dont le fonctionnement à plein rendement peut assurer le succès du plan. Mais il se fait que ces branches ne sont rentables qu’à la condition de fonctionner pleinement. Et, précisément, ces industries - particulièrement dans un pays comme la Belgique qui vit, essentiellement, de ses exportations industrielles - produisent en fonction du marché mondial. D’autre part, les industries légères et de consommation ne peuvent augmenter leur demande en fournitures sur le marché intérieur du fait même de la décroissance de la consommation individuelle déterminée à son tour, d’une part par la diminution du capital variable (salaires) par rapport au capital constant et, d’autre part, par le manque de débouchés extérieurs entraînant une utilisation très réduite de ce dernier. Par conséquent, une politique de crédit peut, tout au plus, représenter une aide de l’État à des industries nationales afin de leur permettre de résister à la concurrence étrangère.
Seulement une reprise de la production - impossible sur la base d’un accroissement de la consommation sur le marché intérieur car cela supposerait le consentement bénévole du capitalisme pour augmenter le capital variable par rapport à la plus-value - déterminée par une demande extérieure pourrait attirer des investissements dans ces branches fondamentales, en même temps que représenter la possibilité de réembaucher des salariés, d’augmenter les salaires individuels et, par là, d’accroître la consommation du marché intérieur. A défaut de cette reprise, le capitalisme ne peut que réduire ses frais de revient, perfectionner ses moyens de production afin de pouvoir résister à la concurrence et, par-là, il crée les conditions - grâce au manque de débouchés, au rétrécissement de la consommation intérieure - où la reprise est impossible sans intervention militaire des différents impérialismes.
Toutes les directives du plan, une fois démontrée l’impossibilité de liquider les contradictions fondamentales du capitalisme sans le liquider lui-même, procèdent d’un désir "d’épater", de convaincre par l’étalage de mots pseudo scientifiques ou d’affirmations aussi stupides que dépourvues de signification. Ainsi, stabilisation des profits, politique monétaire, intégration du Congo à l’économie nationale, autant de mots lancés pour impressionner plutôt que pour expliquer une orientation. Il est vrai que De Man est le père du "mysticisme social", que son intention est de créer des idées-forces. Et, en promettant de liquider le chômage, un peu à la façon démagogique du fascisme, en lançant un programme économique incompréhensible, contradictoire, utopique et réactionnaire, il pense pouvoir orienter les masses vers les objectifs réels du capitalisme. Un seul point des directives correspond pleinement à ces objectifs. C’est celui qui vise à relier les syndicats à l’État, à empêcher, par un réseau légal et obligatoire de commissions mixtes et d’arbitrages, tous les conflits de classe. Cette pratique, fort en honneur parmi les réformistes, n’est cependant pas encore légale. Ici De Man se rencontre avec les démocrates-chrétiens qui, eux, déjà en 1932 avaient posé pareille revendication pour étouffer dans l’œuf toute tentative de lutte. Dans l’ensemble, les objectifs du capitalisme sont au-delà de ce point et le plan De Man en tient sagement compte.
Et, en effet, ce n’est pas une coïncidence si le problème de la défense nationale et de la guerre a été exposé par De Man immédiatement après l’exposition du plan et particulièrement après le problème de la résorption du chômage par le développement du marché intérieur. L’acceptation par la bourgeoisie du plan du travail créerait, selon lui, les conditions mêmes pour l’adhésion du prolétariat à la défense nationale. Nonobstant cette acceptation, le prolétariat aurait dû quand même modifier son attitude envers ce problème après la venue au pouvoir d’Hitler. Pour une défense nationale plus efficace encore, dit De Man, et évidemment une meilleure défense signifie, pour De Man, l’acceptation du plan du travail par la bourgeoisie, ce qui permettrait de réduire soi-disant les charges de chômage, la protection du marché intérieur contre le dumping social des pays à main-d’œuvre dégradée, et de créer une "meilleure Nation", seule condition pouvant prédisposer le prolétariat à défendre la "patrie".
Lier la situation économique des travailleurs au problème de la guerre, telle est l’intention véritable de tout le verbiage du plan concernant le relèvement de l’industrie nationale et l’extension du marché intérieur. Et, au point de vue du capitalisme, il n’est pas d’autre solution pour résoudre les contradictions sociales et économiques qu’engendrent son mode de production ; c’est pourquoi elle est vraiment la seule réalité qui, au travers de la démagogie du plan envers les chômeurs, l’ensemble de la classe ouvrière, subsiste dans la campagne du P.O.B.

DANS LES CADRES DE LA CONSTITUTION

Le dernier point du plan a pour but : "de réaliser dans l’ordre politique une réforme de l’État et du régime parlementaire qui crée les bases d’une véritable démocratie économique et sociale".
En premier lieu, tous les pouvoirs émaneront du suffrage universel et l’indépendance et l’autorité de l’État et des pouvoirs publics à l’égard des puissances d’argent seront assurés par l’organisation économique et sociale du pays (le plan l’affirme mais, évidemment, ne l’explique pas). Ensuite, il est également prévu la création d’un conseil économique adjoint aux commissariats financiers et des transports - à titre consultatif mais avec droit de contrôle. Une Chambre exercera le pouvoir législatif mais sera assistée, dans l’élaboration des lois, par des conseils consultatifs dont les membres seront choisis en dehors du Parlement en raison de leur compétence.
En somme, la réforme de l’État se borne à la suppression du Sénat et à la création de conseils corporatifs ou économiques : la centralisation de son fonctionnement et son contrôle direct sur les masses ouvrières.
Avant la guerre, la conception classique du révisionnisme concernant l’État était qu’avec le développement des coopératives, des syndicats, des électeurs socialistes, il était possible de s’emparer graduellement de l’État et de le réformer pour en faire l’instrument du socialisme. La conception du plan envers l’État nous paraît être à l’idée classique du révisionnisme ce qu’est la notion marxiste envers l’État qu’eût Lénine avant la guerre, à la notion qu’il concrétisa en octobre 1917 en Russie. Ce qui signifie que le plan De Man apporte un semblant de concrétisation de l’idée révisionniste poussée à ses limites extrêmes, dans une période où, parce qu’il ne faut pas corrompre, mais mobiliser, la notion de l’État doit être concrétisée.
Il est entendu que cette concrétisation ne se base pas sur l’État réel, instrument d’une classe, de même que le révisionnisme de Bernstein ne se basait pas sur la réalité, mais sur un État inventé de toutes pièces. L’État capitaliste ne se base pas sur le Parlement, le Sénat, mais bien sur la réalité de ses baïonnettes, ses multiples moyens de répression, sur une administration étatique reliée au capitalisme. Pour autant que le mécanisme démocratique, fonctionnant sur la base de ces piliers véritables de l’État, dissimulait aux masses le caractère de classe des institutions capitalistes, corrompait leurs chefs, leurs organisations, pouvait empêcher l’évolution des luttes prolétariennes, il apparaissait comme l’expression "libérale de l’ensemble de la Nation".
Mais aujourd’hui, plus que jamais, sa réalité se concrétise dans la répression directe de la lutte ouvrière par-delà les préjugés démocratiques, soit par les moyens "légaux", soit par l’assaut des hordes fascistes.
La réforme visée par le plan est donc essentiellement capitaliste puisqu’au lieu de toucher à l’appareil d’État, à ses piliers fondamentaux, elle tend à centraliser l’aspect de sa réalité, sur la base du renforcement de sa réalité : les moyens militaires de la "Nation", lesquels pourront servir - dans une certaine mesure, par l’enrôlement de mercenaires, pratique qui s’introduit de plus en plus dans certains pays capitalistes démocratiques - à la répression du mouvement ouvrier en même temps qu’à la préparation de la guerre.
Le gouvernement des pleins pouvoirs est un pas vers la simplification de l’appareil de l’État : il permet des interventions rapides du capitalisme monopoliste soit pour lutter contre la classe ouvrière, soit pour la lutte inter-capitaliste. Mais ce n’est qu’un pas et non une réforme. Cette dernière, le capitalisme ne pourra la faire que sur la ruine des institutions ouvrières ou avec leur enrôlement, car il s’agit d’affronter la réalité de la guerre avec des prolétaires mobilisés, chauffés, enivrés, dressés bestialement contre leurs frères. La réforme de l’État du plan doit donc être considérée comme la variante socialiste au gouvernement des pleins pouvoirs. Là est la réalité.

QUELQUES EXPÉRIENCES HISTORIQUES

Le plan De Man, nous avons déjà eu l’occasion de l’écrire, n’est pas une nouveauté. Depuis la guerre, il y eut de nombreuses tentatives de "réformes" socialistes de la société bourgeoise. Immédiatement après l’armistice, la social-démocratie autrichienne lança un plan de socialisation dans des conditions très favorables. Renner était chancelier d’Autriche et O. Bauer fut nommé, à l’Assemblée Nationale, président d’une commission chargée de rédiger des projets de lois concernant la socialisation. Ils étaient soutenus par l’ensemble du prolétariat. Malgré cela, une seule loi fut votée et appliquée : celle des conseils d’usine, lesquels, au nom d’un contrôle sur la production, impossible sans insurrection victorieuse du prolétariat, furent des freins pour l’étouffement des luttes ouvrières. Le plan des austro-marxistes, comme le plan De Man, voulait d’abord assurer la continuité du fonctionnement économique : procéder graduellement, pacifiquement, par la voie de la démocratie. "La révolution politique (?) a été l’œuvre de la violence, disait O. Bauer, la révolution sociale ne peut être que l’ouvrage d’un travail constructif et organisateur" ("Arbeiter-Zeitung", 1919). On aurait socialisé par une expropriation - indemnisé intégralement par un impôt sur le revenu - les industries fondamentales. Un secteur libre, mais dirigé, aurait également été maintenu et l’État aurait joué le rôle d’arbitre entre exploités et capitalistes non expropriés ou participant à la gestion des branches socialisées. Évidemment, le suffrage universel devait être l’arbitre suprême pour la nomination des pouvoirs publics.
A cette époque, la Commune Hongroise était un exemple contagieux pour les ouvriers autrichiens ; c’est pourquoi la social-démocratie apparut avec ses projets de socialisation. Dès 1920, les ouvriers, canalisés autour de la social-démocratie, la Commune hongroise écrasée, le bloc des forces bourgeoises renversa "démocratiquement" Renner et le remplaça par un social-chrétien. Immédiatement, les bavardages sur la socialisation furent remisés au musée des accessoires et la lutte pour l’obtention pacifique de la "majorité" recommença. Les canons de Dollfuss viennent, ces dernières semaines, de donner une solution au problème de la "majorité" en même temps qu’à celui de la socialisation : seule la force, le rapport de force, peut définitivement résoudre et le problème de l’État et celui de la socialisation.

* * * * *

La seule expérience historique qui soit vraiment concluante au sujet de ces problèmes reste, évidemment, la révolution russe. Le point central de la lutte des bolcheviks fut d’abord la conquête du pouvoir politique : s’emparer de l’État, le briser et ériger l’État prolétarien, la dictature de la classe ouvrière, au travers de son parti révolutionnaire, seule mesure brisant la puissance du capitalisme et permettant le passage à la socialisation des moyens fondamentaux de production expropriés purement et simplement, l’expropriation des banques et la centralisation du crédit entre les mains de l’État prolétarien. L’expérience russe fut la réponse prolétarienne aux convulsions sociales surgies de la guerre et elle aborda le problème du pouvoir prolétarien sous son vrai angle. L’expérience autrichienne, par contre, représente en même temps que l’expérience allemande la réponse capitaliste, c’est-à-dire l’étranglement de la lutte révolutionnaire au moyen de la socialisation pacifique laissant subsister la puissance du capitalisme et son appareil d’État. L’écrasement du prolétariat allemand, auquel fut donnée la constitution démocratique de Weimar comme gage de la possibilité de socialiser pacifiquement grâce à l’obtention de la majorité et aussi d’Autriche, nous montrent clairement les résultats inévitables que les plans de réforme, effectués dans les cadres de la Constitution, au nom des saintes tables de la démocratie bourgeoise, entraînent logiquement. Dans l’immédiat après-guerre, il s’agissait d’arrêter le prolétariat dans sa lutte révolutionnaire, de le canaliser autour d’objectifs permettant au capitalisme d’organiser sa résistance et de préparer son offensive. Aujourd’hui, il s’agit de mobiliser le prolétariat autour de la lutte du capitalisme en étouffant toute possibilité de lutte de classe : c’est à quoi répondent les plans actuels de la social-démocratie, la NRA de Roosevelt [2] visant par ses codes du travail l’accentuation de la centralisation de l’appareil d’État et de sa liaison avec le capital financier au même but.

LA SITUATION EN BELGIQUE ET LE PLAN

La grève générale de juillet 1932 a représenté la réaction culminante du prolétariat belge à l’avilissement graduel de ses conditions d’existence. Par son ampleur, la bourgeoisie comprit l’impossibilité de maintenir sa domination grâce aux moyens traditionnels de la démocratie bourgeoise, et même avec l’appui total des organisations de la social-démocratie. Il fallait réorganiser sa domination, créer les conditions où l’impuissance des ouvriers se conjugue avec la possibilité de réduire leurs conditions d’existence, leurs libertés de classe et d’organisation. C’est pourquoi le torpillage de la grève de juillet par la social-démocratie eut pour épilogue la dissolution des Chambres. Immédiatement, le P.O.B. s’empressa de canaliser la lutte ouvrière autour des nouvelles élections.
La conclusion fut que, dès janvier 1933, la bourgeoisie, forte d’une majorité parlementaire stable, ayant brisé une des plus importantes batailles du prolétariat, s’orienta vers la constitution d’un gouvernement de pleins pouvoirs. Les arrêtés-lois de ce gouvernement frappant durement la classe ouvrière déterminèrent une certaine effervescence parmi les travailleurs, s’exprimant jusqu’en avril par des manifestations souvent pacifiques, parfois violentes. En guise de réponse, le P.O.B. organisa un pétitionnement pour la dissolution des Chambres "ayant trompé le pays". Il s’agissait d’étouffer le désir de lutte des ouvriers. La manœuvre réussit brillamment grâce à la gauche socialiste mobilisant les ouvriers pour cette comédie avec une phraséologie révolutionnaire. Les communistes ne parvinrent pas, à cette époque, à faire connaître leur position, du fait même de leur faiblesse [3].
La gauche socialiste apparut, à cette époque, comme expression essentielle du P.O.B. Elle se développa immédiatement après la grève de juillet comme réponse social-démocrate au dégoût, à l’indignation des masses, comme instrument mieux adapté, dans ces nouvelles circonstances, pour continuer la fonction de la social-démocratie parmi les ouvriers. La gauche se développa avec une rapidité correspondant à la succession des manœuvres réformistes pour freiner la lutte et connut son apogée après avril 1933.
Les enseignements de cette période peuvent se résumer ainsi : la commotion de juillet 1932 détermine la bourgeoisie à s’orienter vers une réorganisation de son appareil de domination. Arrive donc le gouvernement des pleins pouvoirs. Le P.O.B. affirme sa volonté de se prêter à cette transformation, passe à l’étouffement des luttes de classes au moment même où surgissent les gauches socialistes pour retenir les prolétaires derrière le Parti Ouvrier.
Cette période se clôture par une défaite profonde de la classe ouvrière voyant, après l’application des arrêtés-lois, ses organisations syndicales tombées sous coupe directe du gouvernement. Malgré cela, le désir de lutte des ouvriers n’est pas encore épuisé et, en octobre 1933, les mineurs manquent de déclencher une grève générale. Mais, malgré le résultat du référendum, réunissant 90 % de suffrages affirmatifs, grâce aussi aux gauches socialistes, la manœuvre pour éviter la grève devait réussir.
Jusqu’à l’apparition du plan De Man, en novembre 1933, le P.O.B., par le canal de ses gauches, réussit à étouffer toute tentative de lutte. Mais même cela, après les événements d’Allemagne, était insuffisant : l’essentiel étant une réorganisation de l’appareil d’État en vue de la précipitation des antagonismes inter-impérialistes, capable de paralyser définitivement la classe ouvrière. Déjà, au sein même de la bourgeoisie, se faisait entendre, particulièrement dans les milieux de la jeunesse catholique, des voix pour une réorganisation corporative de l’État. C’est à ce moment que M. Crockaert, ancien ministre des Colonies, personnalité en vue du parti catholique, lance ses attaques contre l’hyper-capitalisme, le "mur d’argent", etc.
Pour la social-démocratie, il devient dès lors nécessaire, pour répondre aux nouveaux intérêts du capitalisme pour subsister quand même, d’adapter son programme. Les conditions concrètes pour cela étaient réalisées par l’immobilisation du prolétariat et par son rattachement à la social-démocratie au travers des gauches socialistes. Dès lors, le plan De Man pouvait venir : le P.O.B. dans son ensemble, de la droite à l’extrême-gauche, était prêt à le propager dans la classe ouvrière comme la seule solution à sa situation de misère.
Le plan De Man est donc une tentative de substituer au programme "socialiste" du P.O.B. un programme nettement capitaliste répondant à la nouvelle orientation de la bourgeoisie belge.

LES PARTIS POLITIQUES ET LE PLAN DU TRAVAIL

La fonction de la social-démocratie n’est pas une donnée immuable dans toutes les situations passées de l’après-guerre et à venir. De même qu’évolue progressivement la conscience de classe du prolétariat, évolue progressivement le développement de cette fonction dans le sens du plus grand rattachement au capitalisme. Toutes les situations de l’après-guerre confirment cette appréciation, car dans la mesure où les antagonismes sociaux se clarifient, se concrétisent dans la conscience prolétarienne sous la revendication de la révolution communiste, la social-démocratie ne peut qu’accentuer sa dépendance du capitalisme. L’avènement du fascisme en Allemagne, l’écrasement de la social-démocratie allemande, expriment l’aspect et le destin de la fonction de cette dernière dans les conditions particulières aux pays capitalistes écrasés par le Traité de Versailles, dépourvus d’un circuit de colonies, conditions nécessitant l’anéantissement de la fermentation prolétarienne par la destruction violente de ses organisations de classe. Seulement ainsi, il est possible à ces capitalismes de mobiliser, autour de l’État réorganisé, l’ensemble du prolétariat.
Affirmer, comme le fait le camarade Gourov dans une lettre aux oppositionnels belges au sujet du plan De Man, qu’après les événements d’Allemagne la social-démocratie défendra sa propre existence et pour cela luttera contre le fascisme ou bien que, pour elle, le danger n’est plus à gauche mais actuellement à droite, revient à renverser complètement le problème. La fonction intégrale de la social-démocratie subsiste intégralement et dans une mesure toujours plus progressive dans la période actuelle : la social-démocratie, qui subsiste dans les pays démocratiques, ne pouvant, après la victoire du fascisme en Allemagne, qu’élever sa fonction, non vers un rapprochement de la défense des intérêts du prolétariat - ce qui est impossible après 1914 - mais du capitalisme lui-même par sa concentration autour des soi-disant conquêtes démocratiques acquises par le prolétariat au sein du régime capitaliste, concentration s’exprimant par le bloc avec la bourgeoisie pour la défense du régime national démocratique contre le fascisme d’Hitler, de Mussolini. Cette disposition de la social-démocratie permet au capitalisme, comme l’expérience française vient de le démontrer, de s’orienter vers la constitution de gouvernements de pleins pouvoirs en vue de la préparation de la "Nation" pour la guerre.

* * * * *

Ces considérations une fois données, voici la position adoptée par le Parti Communiste, l’Opposition de Gauche et la Ligue des Communistes Internationalistes. Auparavant, il nous paraît intéressant d’indiquer la position des gauches socialistes envers le plan : leur accord fut unanime, après le Congrès de Noël du P.O.B. où la gauche présenta une timide résolution quant aux conditions qui déterminent la lutte légale ou illégale dont "l’esprit" fut accepté par De Man. Leur organe, "L’Action Socialiste", mena une campagne pour créer "la mystique du plan". Déjà à cette époque existait un conflit assez important dans l’industrie du Textile de la région verviétoise ; la gauche socialiste ne tenta même pas de concilier sa fameuse mystique avec la lutte en cours. Mais bien après, quand, au travers d’un référendum, les ouvriers du Textile eurent marqué unanimement leur désir de voir se déclencher une grève générale, après que la bataille parut inévitable, alors seulement la gauche socialiste se hasarda à relier timidement le plan du travail et ce conflit en demandant au Parti Ouvrier de ne manifester aucune "défaillance" afin d’éviter les "déceptions". En outre, depuis son acceptation enthousiaste du plan De Man, la gauche socialiste se voile les yeux devant le problème de la défense nationale. En somme, l’appréciation donnée dans la résolution sur la Deuxième Internationale et trois quarts parue dans le n° 1 de "Bilan" : "les gauches socialistes évoluent non vers le communisme, mais vers la social-démocratie", est pleinement confirmée par l’évolution de la gauche socialiste en Belgique.
Pour ce qui est du Parti Communiste, son attitude, bien qu’étant une position de classe, c’est-à-dire de lutte ouverte contre le plan du travail, ne pouvait avoir une répercussion quelconque du fait de son complet isolement du terrain même de la lutte des classes : les syndicats. Ses cris quant à la fascisation de la social-démocratie ne pouvait non seulement expliquer la signification concrète et historique du plan, mais représentaient plutôt un élément explicatif de sa séparation des organisations de classe confondues avec la direction réformiste. Par ailleurs, la valeur de son opposition au plan De Man fut complètement détruite par la réalisation parallèle de front unique avec les "social-fascistes" pour la reconnaissance de l’URSS et surtout par la valeur exclusivement verbale de cette opposition s’exprimant par des injures plutôt que par des mots d’ordre de lutte visant à une mobilisation des syndicats.
Quant à l’Opposition de Gauche, son action envers le plan fut d’une confusion épouvantable. Il convient tout d’abord de marquer que son mot d’ordre central : pour un gouvernement socialiste, lui fit d’abord donner son accord "expérimental" à la lutte pour la réalisation du plan De Man. Il est vrai qu’en son sein surgirent des oppositions à cette position. Par ailleurs, le camarade Gourov, dans la lettre déjà citée, a préconisé une attitude intermédiaire consistant à dénoncer le "plan de duperie" tout en se déclarant prêts à lutter coude à coude avec les socialistes aux cas où la bourgeoisie faisait mine de s’opposer au plan. Leur organe, la "Voix Communiste" disait, en novembre 1933, au sujet du plan : "Des chefs du POB demandent le pouvoir pour réaliser un plan de cinq ans destiné à supprimer le chômage, à donner du pain en suffisance à tous. Luttons pour leur donner le pouvoir. Exigeons la préparation immédiate d’une grève générale avec, comme revendication principale, démission du gouvernement de Broqueville. Instauration d’ "un gouvernement socialiste".
C’est seulement au mois de janvier 1934 que la "Voix Communiste" commença prudemment à marquer son opposition. Sa résolution votée le 14 janvier disait enfin : "le plan du travail adopté au Congrès du P.O.B. doit servir d’instrument nouveau de conservatisme démocratique", mais les commentaires accompagnant cette résolution détruisaient immédiatement la valeur de cette affirmation. Ainsi, parce que le plan parle de la nationalisation des banques et de la grosse industrie et que la social-démocratie, "en opposition avec la tendance de plus en plus réactionnaire des dirigeants bourgeois, pose sa candidature au pouvoir en promettant l’amélioration immédiate du sort des masses ouvrières et petites bourgeoises, le maintien et le développement (?) des droits acquis", cela signifierait : éléments positifs pour la lutte révolutionnaire. Après la parution de cette résolution, en contradiction manifeste avec toute sa campagne pour le soutien "expérimental" du plan, mais présentée comme sa conclusion, l’Opposition de Gauche s’est bornée à critiquer le problème de la défense nationale tel que le pose le plan en se donnant pour but de "sauver" la gauche socialiste et les Jeunes Gardes socialistes attirées par la perfidie de De Man dans un affreux traquenard.
L’Opposition de Gauche, au travers de ses mots d’ordre, a évolué vers les gauches au lieu de les attirer à elle. Toute son attitude envers ces derniers, surtout à partir d’avril 1933, s’est inspirée de l’idée fondamentale qu’évoluant vers le communisme, il fallait faciliter cette évolution en l’appuyant dans sa lutte contre le réformisme.
En somme, le seul groupement qui ait adopté une attitude de classe, au milieu de cette campagne de mobilisation des ouvriers par le capitalisme, face au centrisme se décomposant et devant l’impuissance de l’Opposition de Gauche, c’est la Ligue des Communistes Internationalistes. Déjà, à l’époque du pétitionnement, elle seule adopta une attitude d’opposition et de lutte catégorique. Par ailleurs, elle adopta une attitude de lutte contre le plan De Man : "le devoir de tout révolutionnaire, dit le Bulletin de la Ligue, en face de cette nouvelle duperie, consiste à éclairer les travailleurs sur la véritable signification de ce complot réactionnaire appelé plan De Man".
La Ligue des Communistes est donc la seule formation prolétarienne qui, aujourd’hui, en Belgique, essaye de s’opposer au plan De Man, et le seul noyau révolutionnaire qui représente l’opposition du prolétariat aux forces réactionnaires du P.O.B. Sa faiblesse extrême exprime la faiblesse du prolétariat belge, dans la situation actuelle, à s’opposer à l’attaque du capitalisme.
Le plan De Man n’a rencontré aucune résistance sérieuse parmi la classe ouvrière et cela dans une période où les menaces de conflits surgissent à l’horizon. Concrètement, De Man a pu présenter son plan à la Commission Syndicale de Belgique avec un cynisme extraordinaire : plus de grève partielle ou de grève générale. Tous ces mythes doivent être chassés. Voilà son langage. Il ne faut plus jouer un rôle de "serre-freins" à la lutte revendicative des ouvriers, mais la déplacer vers des objectifs la rendant impossible. Travailleurs et bourgeois se trouvent sur le même radeau de détresse ; leur intérêt est de lutter en commun : voilà l’idée essentielle du plan et c’est là l’aspect de la fonction de la social-démocratie : "étouffer la lutte des classes, créer une atmosphère, une ambiance (une mystique comme disent certains socialistes), un échauffement des esprits, un engouement qui permettraient de faire accepter les sacrifices consentis par les ouvriers du fait de leur "alliance" avec d’autres classes, comme autant de pas les rapprochant du socialisme. Il tend à renforcer "l’Union sacrée" avec la bourgeoisie scellée dès 1914" (Bulletin de la Ligue des Communistes Internationalistes).
Le plan De Man est la tentative de la social-démocratie de s’élever jusqu’aux besoins nouveaux du capitalisme "démocratique", de lui permettre d’effectuer par l’étranglement de la lutte de classes, une mobilisation de toute la "Nation" pour la guerre de demain, de rendre possible cette préparation en reliant la misère des travailleurs non pas à leur lutte revendicative, mais au sauvetage de la nation capitaliste dans son ensemble, seulement possible par l’adhésion du prolétariat à la défense nationale. Voilà la réalité de la lutte de la social-démocratie dans sa phase nouvelle. Seulement une lutte révolutionnaire contre l’ensemble de la social-démocratie, menée par les fractions de gauche formant les armes idéologiques pour la lutte simultanée contre la putréfaction du centrisme et les agents de la bourgeoisie, peut permettre au prolétariat de relever la tête et de reprendre sa lutte victorieusement.

Notes :

[1Nous renvoyons nos lecteurs à la citation extraite d’une étude de De Man dans le Bulletin de la Banque Nationale de Belgique, publiée par nous dans le numéro 4 de "Bilan" où il s’efforça de démontrer l’impossibilité d’une lutte des petits producteurs contre le monopole et par là l’impossibilité de leur maintien. Mais De Man ne craint pas de se contredire...

[2Voir dans le n° 3 de "Bilan" l’Etude sur le plan Roosevelt.

[3Nous ne parlons évidemment pas des bolchevik-léninistes qui soutinrent - tout en le dénonçant !!! - le pétitionnement, au nom de la "théorie de l’expérience".




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