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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Les difficultés de l’Opposition russe : Rakovsky dépose les armes
{Bilan} n°5 - Mars 1934
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 27 novembre 2016

par ArchivesAutonomies
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L’Humanité a publié dernièrement un télégramme annonçant que Rakovsky a déclaré se soumettre à la discipline du parti. Le camarade Trotsky a immédiatement publié une note, dans laquelle, après avoir déclaré qu’il ne s’agit pas là d’une capitulation idéologique et politique, il écrit : "Nous avons maintes fois répété que la restauration du parti communiste en U.R.S.S ne peut se faire que par la voie internationale. Le cas Rakovsky le confirme d’une manière négative, mais éclatante".
Nous nous solidarisons avec l’appréciation de regret employée au sujet de Rakovsky, car son dernier geste n’a rien à voir avec les honteuses capitulations des Radek, Zinoviev, Kamenev. Mais nous ne pouvons, en aucun cas, marquer notre accord avec la conclusion politique qu’en retire le camarade Trotsky. Il s’agit non seulement d’affirmer le critère international et général sur la base duquel pourra s’effectuer la restauration du parti communiste en U.R.S.S. mais de préciser dans quelle voie le camarade Trotsky s’est engagé. Rakovsky savait que l’opposition de gauche avait opéré son tournant pour la constitution d’une IVe internationale, en collaboration avec les gauches socialistes. Fort probablement, il ignorait que, pour le camarade Trotsky, (voir lettre de Gourov sur la nouvelle orientation) la constitution de la IVe internationale était effectuée comme seule aide possible aux bolchéviks-léninistes en Russie. Sur la base des informations qu’il avait pu lire dans la presse russe, Rakovsky qui, jadis, avait écrit : "Il y a pire que la prison et la déportation : la capitulation", au lieu d’être renforcé par les nouvelles positions de Trotsky et d’approfondir son opposition, a évolué vers la position opposée : la résignation à la discipline du parti. Quand on détermine la voie dans laquelle s’est engagée le camarade Trotsky, c’est-à-dire la IVe Internationale, on ne peut qu’affirmer que le cas Rakovsky présente bien une confirmation "éclatante", mais alors de l’erreur qui a été commise et non de la justesse de la politique appliquée par l’Opposition de gauche.
Sur un plan plus général, il faudra considérer que le cas Rakovsky n’est nullement un cas isolé et que si, d’une part, nombreux restent les militants qui persistent dans leur attitude contre le centrisme, d’autre part, dans les cercles dirigeants, une véritable déconfiture se vérifie. Bien que les dirigeants de l’opposition représentaient certainement le capital le plus précieux, cette crise, qui dure depuis 1927 et qui nous a conduits à la situation actuelle, où le camarade Trotsky est resté complètement isolé alors que les autres ont rejoint le centrisme, a bien d’autres raisons que les défaillances individuelles. C’est que la base sur laquelle s’était fondée l’Opposition russe, ne portait pas sur les questions de principe pouvant représenter la base du nouveau regroupement du prolétariat international et ne pouvait permettre une cohésion organisatoire et politique. Déjà le camarade Bordiga avait, en 1926, soulevé la nécessité, pour le prolétariat international, de venir en aide au prolétariat russe, qui ne pouvait pas rester indéfiniment le dispensateur de l’idéologie communiste. C’est sur cette base uniquement que l’on peut expliquer les nombreuses crises de l’opposition russe et le cas Radovsky.
Nous qui n’avons pas été parmi les coryphées qui entourèrent le camarade Trotsky pour vivoter sur son expérience politique, nous ne serons, en aucun cas, avec les anti-trotskystes qui voudraient spéculer autour du cas Rakovsky.
Il s’agit de problèmes politiques, conditionnés par des facteurs historiques, et qui mettent les camarades russes dans la nécessité de trouver, dans les communistes des autres pays, les compagnons indispensables pour les aider à sortir des terribles difficultés qu’ils traversent. Jusqu’à présent, les camarades russes n’ont trouvé que des militants tout prêts à rivaliser en platitudes et qui les isolèrent.
Singulier bouleversement de la notion de la solidarité politique, qui devait conduire à bouleverser les bases mêmes de l’organisation politique, l’exposant à des crises sans issues que seule, la construction de fractions de gauche solutionnera.




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