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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le cas Calligaris
{Bilan} n°5 - Mars 1934
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 27 novembre 2016

par ArchivesAutonomies
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"Ce même Calligaris ne veut pas se décider à quitter l’U.R.S.S. Il effectue des gestes objectivement provocateurs, mais ne réussit pas à trouver le chemin d’où il vint".
(Communiqué du C.C. Du Parti Communiste Italien)
Calligaris - nous l’avons déjà écrit -, n’est ni un journaliste allemand, ni un ingénieur anglais, ni un pasteur américain. S’il appartenait à ces catégories sociales et capitalistes, il saurait effectuer des gestes consciemment provocateurs et retrouver le chemin par lequel il serait arrivé en Russie. Les conventions diplomatiques qui l’auraient amené en Russie garderaient toute leur valeur pour le reconduire à la frontière, et cela même si un procès avait prouvé des responsabilités dans une oeuvre de sabotage pour le compte des classes dépossédées par la révolution de 1917.
Mais Calligaris n’est qu’un prolétaire qui s’était rendu en Russie à la suite d’une convention d’un tout autre ordre. Après avoir participé à la fondation du parti communiste en Italie, en avoir défendu l’organisation et les institutions au risque de sa vie contre les poignards et les revolvers des fascistes, après avoir purgé une peine de déportation, il s’était évadé à l’étranger. Son premier souci, dès lors, après qu’il eût constaté la terrible désagrégation du mouvement communiste, fut de ne pas croire sur parole ses anciens amis de tendance, de ne pas souscrire aux conclusions où en étaient arrivés les militants de la gauche avec qui il avait oeuvré pour la fondation du parti en Italie. Il voulut se rendre compte de la réalité : à son arrivée à l’étranger, il ne se laissa donc nullement retenir par des influences de tendance. Devant lui se posa le choix : ou prendre des liaisons avec notre fraction et s’interdire ainsi toute possibilité de contrôler la réalité de la situation en Russie, où il n’aurait pu se rendre, son hérésie une fois constatée, ou bien ne pas prendre des liaisons avec notre organisation et pouvoir ainsi obtenir l’autorisation de se rendre en U.R.S.S. Bien évidemment, pour un prolétaire qui avait dédié sa vie à la cause prolétarienne, ce qui devait primer c’était l’angoissant problème, à savoir si l’État prolétarien pouvait encore représenter le facteur décisif pour la lutte terrible du prolétariat italien, pour la révolution mondiale. Et le centrisme, croyant pouvoir dévoyer cette orientation de Calligaris, saisit l’occasion et l’envoie en Russie. Là-bas, comme ce fut le cas pour beaucoup d’autres, peut-être aurait-il graduellement évolué et, au lien de songer aux intérêts du prolétariat italien et mondial, aurait-il fini par considérer ses propres intérêts et la tranquillité de sa position. Mais les centristes s’étaient trompés, ils avaient cru faire un marché auquel Calligaris ne se prêta pas : une fois qu’il comprit la réalité en U.R.S.S., il prit une position de lutte contre une orientation politique qu’il estima contraire aux intérêts de la révolution communiste.
Et c’est pour cette raison que "Calligaris, suivant les centristes, ne parvient pas à retrouver le chemin d’où il est venu". En effet, Calligaris était arrivé en Russie par le chemin du doute, il ne peut en sortir que par le même chemin, après avoir constaté la situation réelle en Union Soviétique et avoir contrôlé les positions politiques sur lesquelles se base désormais l’État prolétarien. Il est sûr de lui-même, il sait la place qu’il doit occuper, il veut rejoindre les camarades qui ont fondé la fraction de gauche pour sauver le drapeau qui fut levé à Livourne lors de la fondation du parti en Italie.
Étant entré en Russie sur la base d’une convention qui le reliait au prolétariat, il n’est pas étonnant qu’aujourd’hui le centrisme soulève tous les obstacles pour le laisser sortir d’U.R.S.S., car, pour ce dernier, les seules conventions qui comptent aujourd’hui sont celles qui s’établissent avec le capitalisme.
Mais ce que nous demandons, pour le moment, c’est qu’on sorte de l’équivoque. En U.R.S.S., c’est le centrisme qui dispose des voies pour laisser sortir Calligaris. Ce dernier a demandé à partir. Le centrisme n’a qu’à lui en fournir les possibilités techniques. Si le centrisme s’obstine dans le silence ou l’équivoque, il nous signifiera aussi que c’est seulement par une agitation au sein des prolétaires du parti d’abord, de tout le prolétariat ensuite, qu’il se résoud à laisse à Calligaris la possibilité de quitter la Russie.




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